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LES VIEUX AMIS

Bertrand n'en revenait pas. Le soir de la première très complimenté, cramoisi d'émotion, voyant déjà

sa redingote éclairée d'un ruban de la même couleur que ses joues, M. l'ex-directeur des Variétés, flambant d'enthousiasme, s'écria: «Voui, voui, messieurs, vous avez bien raison ! quelle artiste ! on dirait Schneider! »

On m'affirme que, soucieux de ne pas faire concurrence à l'opéra lunaire de M. Reyer, la Porte Saint-Martin va interrompre les représentations du Voyage dans Tanit.

17 MAI. — Comme M. Porel n'a plus qu'une quinzaine de jours à rester directeur de l'Odéon, il n'a pas jugé utile de nous donner une dernière premier;' — si j'ose ainsi dire — très luxueuse. A fin de bail, on ne décore pas de fresques les murs de l'appartement qu'un autre locataire va venir occuper. C'est pourquoi les Vieux amis, de son vieil ami Jacques Normand, lui plurent.

C'était la pièce rêvée : trois petits actes trottinant autour d'une intriguette pas compliquée; des rimes pas trop riches, un seul décor ; ça n'était guère plus dispendieux à monter qu'un monologue 3e Coquclin cadet. D'ailleurs, l'œuvre a déjà dix ans de bouteille, je veux dire de carton ; car, à l'Odéon, les vieux amis du directeur ne sont pas joués avant dix années d'attente, et les inconnus ne le sont pas du tout, contraints de céder la place au sympathique Shakespeare, un Anglais de talent, traduit souventes fois par des poètes moins géniaux que lui, beaucoup moins.

Les spectateurs, doucement émus, ont pris un réel intérêt à cette histoire simple : deux vieux amis craignant d'être expulsés de leur domaine, et qui 1 gardent. Il suffirait de condenser ees trois actes en un seul pour qu'il fût immédiatement représenté sur un millier de théâtres d'amateurs.

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La morale de M. Jacques Normand est aussi pure que le fond de mon cœur. Quanta sa poésie....

Sapiè ce — elle est en vers, comme Les Ecrevis* ses — peut plaire aux spectateurs purs, ex< mpts tous vices ; tout le temps on y parle honneur, bonté, vertu : c'est des beaux sentiments à bon que veux-tu. L'un de ces Vieuxamis est un homme irascible, l'autre, tout au contraire, est d'humeur très paisible ; il choisit pour son frac, sa culotte * t ses bas, la couleur qui distingue, Espagne, tes tabacs. Pauvre, il fait dans le monde assez peu de figure, mais sait se consoler par la littératur

Le nez de Cornaglia continue à prospérer. Les décors suffisent.

M. Jacques Normand ne compte que des amis dans la presse ; tous lui souhaitent un gros succès, ils ont eu un demi contentement.

21 MAI. — Vous n'avez pas oublié l'apologue où le fabuliste...

{Règle générale : Quand vous n'êtes pas absolument certain du nom de l'auteur à qui vous empruntez une citation, désignez-le par une prudente périphrase. Dites : « le fabuliste » dans le cas dont s'agit, « le dramaturge » si vous hésitez entre Eschyle et Valabrègue, « l'andouille » si vous parlez d'un émule de Montépin.)

... où le fabuliste — je crois tout de même que c'est Florian — raillait l'avaricieuse ineptie d'un 1 larpagon qui détenait jalousement, intactes, dans une armoire hermétiquement close, des pommes splendides. C'est seulement quand elles commençaient à pourrir « qu'en soupirant il les mangeait. »

Ainsi procède la Comédie-Française; quand une bonne pièce de théâtre, après un long séjour au Gymnase — ou à Déjazet — se fane, blettit, Messieurs les Sociétaires se décident à la servir aux appétits distingués des mardistes.

Vous allez encore prétendre que je ronchonne

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