MUSIQUE ET PANTOMIME
Ne parlons pas du Sâr, fuligineux wagnérien de la dernière heure, qui connaît la Tétralogie comme
le bon sens français, de réputation. Mais ce jeune de si grand talent, Jules Renard! Je lui ai entendu soutenir que la peur de la musique est salutaire comme celle de la débauche. Il fréquente l'Opéra une fois l'année, pour faire l'ange, comme on s'offre une orgie de temps en temps, quelque samedi soir, après une longue période de dur travail, pour faire la bête.
— Simple paradoxe.
— Possible ; Renard est le prince du fumisme à froid — un prince sans rire — et il s'est peut-être bien payé ma noble tête de vieillard. Mais rappelez-vous la définition de Taine, pas un fumiste celui-là : \s La musique éveille toutes sortes de rêveries agréables. N> Je ne sais plus où se trouve la phrase. . .
— Dans son Voyage aux Pyi'énées.
— Pas probable; elles n'existent plus depuis Louis XIV. En tout cas, c'est l'opinion arborée par les quatre-vingt-dix-neuf centièmes des gens de lettres. (Le dernier centième est sourd et s'oc* cupe de critique musicale.) Des rêveries agréables. Un point, c'est tout. Ils considèrent la musique comme un haschich pas coûteux dont on peut user sans crainte de se démolir l'estomac.
— Rassurez-vous, j'interrogerai aussi des musiciens.
— Alors, ce sera coquet! dès qu'ils ont l'audace d'écrire sur du papier sans portées, leurs opinions n'en ont pas non plus. On confectionnerait une gaffologie délirante avec les chinchollismes lâchés par les compositeurs. Tous, depuis Wagner, s'il
le premier, ce que je crois, jusqu'à Serpette, s'il est le culot, ce que j'admets, tous bafouillent. Ludger Rossignol (ait Vietorin Joncières) morigène
lioz; Berlioz exulte parce que les abrutis de l'Opéra sifflent s% le marnais style. sn de Wagner; W agner lui-même s'extasie devant certaines bo-
bêcheries d' Auber ; je ne parle pas" du papillon;
nant Saint-Saëns, qui change d'avis comme de résidence. Quant à Weber — pas relui d Hébranl. celui à'Euryanthe, un Monsieur — il traite les œuvres de Beethoven de «a chaos incompréhensible N>, et, après la symphonie en la, déclare l'auteur mûr pour les Petites Maisons.
— Si nous revenions à nos moutons, hein? Et< vous partisan de la pantomime à la note?
■ — Energiquement. Je ne voudrais pas contrister le champflleuriste Paul Eudel, qui, si j'en crois les bruits de Londres, est revenu le soir de la première de La Statue du Commandeur au Prince of Wales Theater saluer le public avec un buste de son idole sous le bras; mais, véritablement, ce pénible faïencier de Champfleury devait être déjà sérieusement raplapla quand il préconisait l'idée, si molincharde, d'une pot-bouille musicale, « discrète pour ne pas gêner l'inspiration des mimes ». Vieille oie de Noël! Vieil amoureux de Sainte- Périne ! Ça serait du propre,- les improvisations des cabots!
Non, non, leurs pas, leurs gestes doivent être précisément, minutieusement réglés, ou alors, c'est de la bouillie pour les chats. Seulement, il faut que le compositeur français, né malin, ait soin de ménager, toutes les dix mesures, un reposant point d'orgue ; c'est là que l'acteur et les instrumentistes se rejoignent, soufflent un peu. Et l'on repart ensemble, ou à peu près.
Je ne sais guère qu'une partition où Ton ait pu se passer de ce truc innocent et commode, le Collier de Saphirs, pour lequel mon ex-collabo Pierné écrivit une musique si délicieusement adéquate (comme disent les critiques instruits) au poème de Catulle Mendès. Mais des artistes aussi intelligentes, aussi déliées qu'Invernizzi, en connaissezvous beaucoup r
— Eh! Eh! Mais la question n'est pas là. Etesvous partisan du leit motiv?