‹ Soixante ans dans les ateliers des artistesChapitre 4 sur 12 · i832 et i · texte numérisé non relu

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ces morts délaissés ; ils ont été sa première admiration, la plus vivace, la dernière qui reste au cœur. En i83o, notre modèle voit le baron Gros jouir de son dernier triomphe : la royauté de juillet vient d'exhumer les hauts faits de l'Empire, tenus dans l'ombre par la Restauration : Eylau, les Pestiférés de Jajja, sont placés au musée du Luxembourg, où une jeunesse enthousiaste renouvelle les ovations de 180.4. Gérard rencontre Gros en descendant du musée, il l'accueille par cette amical et flatteur reproche : « Tu nous a tous mis dans le pot au noir! » Mais, l'ère qui s'ouvrait si brillante pour Gros, reconnu d'abord comme l'un des ancêtres du romantisme, cette ère allait lui faire connaître l'ingratitude sans pitié. Les écoles nouvelles sont assez semblables à ces jeunes sauvages qui, trouvant leurs aïeuls gênants, s'ils durent trop, les achèvent. Néoclassiques et romantiques menaient grand bruit alors contre tout ce qui procédait, en peinture surtout, de la réforme de Louis David, et ce fut à cette heure que le grand peintre de nos victoires allait revenir aux sujets mythologiques traités dans le goût de sa jeunesse! La Révolution de i83o n'apportait pas

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seulement des transformations politiques et sociales ; en art, le romantisme se sentait affranchi par les Trois Glorieuses, auxquelles il avait pris part dans la personne de David d'Angers. Il allait pouvoir se livrer à toutes ses inclinations, tous ses excès ; la tradition classique devient à son tour l'ennemi auquel on donnera des assauts furieux ; d'autre part, les néo-classiques, inquiets de leur parenté avec la réforme de Louis David, ne cherchent qu'une occasion de rompre violemment et d'affirmer leur indépendance.

Entre i83o et i835, le romantisme prend tout son essor. Dubosc assiste étonné à la transformation des ateliers ; ceux de la nouvelle école se remplissaient d'accessoires de toute sorte : dagues, épées, têtes de mort, guitares, etc., vieille ferraille et friperie qui montait l'imagination des jeunes romantiques ; ils commençaient à porter de longs cheveux, la casquette à la Buridan, souliers à la poulaine, bottes à la Werther... C'est le temps où l'on se bat aux drames de Victor Hugo, entre classiques et romantiques : Hernani, les Burgraves, Marion Delorme, Ray Blas...

quelles œuvres pour passionner la jeunesse

qui les voyait éclorel cette jeunesse que transportait au pays des rêves et des enchantements, les créations de Lamartine, de Musset, de Vigny! tandis que Balzac, le scalpel à la main, lui faisait sonder les misères de Famé humaine, et que George Sand troublait les cœurs et les entraînait ; la musique aussi prodiguait ses trésors à ce temps d'exubérance et de fécondité. 1 Cette société émancipée veut connaître son passé, elle s'en éprend au moment même où elle en renie les traditions dans l'ordre social. Le style gothique fait fureur, les architectes entreprennent les belles restauralions de nos cathédrales et châteaux historiques. 2 Les arls, comme la littérature, ne représentent que scènes de chevalerie, combats, chevauchées. Notre-Dame de Paris, de Victor Hugo, caractérise cette tendance en littérature.

1. Donizelti, Rossini, Beliini, Meyerbeer, Webcr, Halcvy, Ilérold, Adam, Auber... interprétés par: Lablache, Garcia, Noury, Dupré, Rubini, Mario, Malibran, Stolz, Falcon, Grisi, Dorus Gras, Sontag, Pauline Viardot, forment une réunion unique, foyer d'un éclat sans pareil pour les imaginations. Mendelssohn, Chopin, Liszt, Thalberg, ont aussi part à cette exaltation romantique.

2. Ce sont les architectes Lassus, puis Viollet-Leduc, qui exécutent les plus belles restaurations gothiques; ils occupent, notamment à Notre-Dame de Paris, une escouade de sculp-

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Il faut exprimer la passion sous le costume des siècles précédents, par des scènes pittoresques. Depuis la sentimentalité la plus exaltée, jusqu'aux excentricités de la bohème, en passant par la fanfaronnade du dégoût de la vie, il y a toutes les nuances du romantisme.

Cette explosion remue profondément les peuples; toutes les classes en sont atteintes, et noire invulnérable Dubosc y paiera son tribut. Il nous avouait qu'à cette époque, il avait cédé pour la première et la dernière fois à un semblant de passion. D'ordinaire assez dédaigneux et en soupçon du beau sexe, en cette circonstance, il consentit à demeurer avec une jolie fille blonde, la seule dont il conservât un souvenir attendri; elle était frêle-, et sa pâleur de phtisique n'était pas une affectation de la mode. Se sentant profondément atteinte, la jeune fille eut la pensée toute romantique de

teurs ; à leur tête Antonin Moine ; beaucoup de tailleurs d'images, sur bois et sur pierre, se sont dévoués à cette tâche de reconstitution, dévoués comme au temps jadis à l'œuvre collective et anonyme, et retrouvant le génie de leurs ancêtres pour les continuer. C'est le sculpteur Toussaint qui exécuta le bas-relief du tympan et la porte centrale de Notre-Dame : Le Jugement dernier.

mourir avec son amant; elle lui proposa de se noyer avec elle. Dubosc, qui était un gaillard solide très enraciné dans la vie, et qui prenait d'ailleurs les femmes médiocrement au sérieux, se promit de reculer indéfiniment l'épreuve : si bien que la mort emporta seule sa sentimentale maîtresse. Après cet événement douloureux, Dubosc ferma pour toujours le chapitre des romans. Il prétendait bien avoir le goût des belles femmes, mais ce goût ne l'entraîna pas loin ; à l'occasion il donnait à manger à discrétion à sa conquête: «jamais de toilette», disait-il; et, il avait un geste énergique pour exprimer qu'il résistait aux entraînements de la poche et du cœur !

Pendant ces années romantiques, Dubosc revêt sans cesse le pourpoint ou l'armure, il s'exerce aux attitudes, aux expressions pathétiques. Les peintres classiques sont un instant comme submergés par l'élément nouveau, pourtant quelques-uns marquent encore : Lethière expose la Mort de Virginie (i83i) et Léopold Robert transporte dans son tableau des Moissonneurs, les belles lignes et la sérénité du grand art.

Avant de pénétrer plus avant chez les

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romantiques, il convient de s'arrêter devant une œuvre de la forte race des maîtres sortis de la réforme de Louis David : Un jeune sculpteur , Henri Lemaire , a obtenu au concours le fronton de la Madeleine, et il en expose le modèle en i83i, sculpture large, saine et puissante, œuvre de grand statuaire, qui fit trop de jaloux pour obtenir pleine justice. Dubosc posa pour quelques-unes des belles figures qui rappellent la manière grandiose du peintre Gros. Notre modèle avait connu Henri Lémaire, arrivant de Valenciennes, chez Cartellier; ce furent des quolibets des élèves parce qu'il portait des culottes courtes, des bas bleus, une coupe d'habits qui sentait sa province. Il laissa rire et travailla; quand on vit ce qu'il valait on se tut, et, les bas bleus ne semblèrent plus si ridicules; il avait fait dès son arrivée à Rome une figure de Titan d'une si puissante allure, que Pradier disait en s'en souvenant : « Ma foi, il nous a fait peur à tous ! » Lemaire est resté en sculpture un des représentants les plus remarquables de la réforme classique; si un déclin hâtif, les douceurs de la fortune, n'étaient venus borner son horizon d'artiste, il se serait imposé à ses

contemporains et ne serait pas tombé dans un injuste oubli. 11 eut le goût malheureux des honneurs politiques et militaires, fut député sans éloquence et commandant de la garde nationale prêtant au ridicule. Plus tard, quand Dubosc venait poser chez lui, il se croisait avec le tambour-major, qui arrivait au rapport chaque matin, et avait le pas sur les gens de l'atelier. C'était plus qu'il n'en fallait pour créer des légendes burlesques sur le députécommandant, et les camarades n'y faillirent pas, ensevelissant sous ces propos le grand seulpteur qu'il fut en sa jeunesse1.

Les fortes études défendaient mieux les sculpteurs que les peintres contre les entraînements du romantisme; les classiques tiennent très haut leur drapeau, et ceux mêmes qui subissent l'influence et l'art de genre, le rehaussent par des qualités de premier ordre, comme Duret, dont le Mercure inventant la lyre (i83i), puis le Danseur napolitain (i833), l1 Improvisateur , réunissent avec un grand charme la vie expressive et le style. Si quel-

i. Par testament, Henri Lemaire léguait une somme devant servir à la fondation d'un prix pour les élèves sculpteurs de l'Ecole des Beaux-Arts.

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ques figures de Pradier souffrent d'une tendance un peu équivoque et des négligences de sa prodigieuse facilité, beaucoup y échappent, et plusieurs sont d'un goût, d'une pureté attiques.

Un chef-d'œuvre de Rude paraît au Salon de i833, c'est le Pêcheur à la tortue. Il se montre grand artiste devant la nature, la voit juste et la traite avec une liberté qui n'a rien du dérèglement romantique; ce classique a vécu dans les Flandres, mais cet admirateur des maîtres flamands garde le goût équilibré que donne l'étude approfondie de l'antiquité. Il sera surtout maître français par excellence; et, par une intuition de son génie et de sa race, il aura compris les destinées de l'art moderne. C'est à lui qu'appartenait de guider la sculpture française. Tel n'a pas été son rôle. Les clameurs du romantisme, l'engouement qu'il provoqua dans le public; d'autre part, l'omnipotence de quelques classiques exclusifs, laissèrent Rude dans une sorte d'isolement, et d'autres influences décidèrent de l'avenir de notre sculpture.

De i83o à i835, une période heureuse et brillante entre toutes s écoule à la villa Médi-

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cis : Horace Vernet est directeur. Le prestige de son nom, son humeur pleine de verve et de franchise, l'aimable gaîié de son père Carie, resté jeune comme à vingt ans, la grâce de sa femme, la beauté ravissante d'une fille accomplie, font de la résidence du Pincio un séjour enchanteur où se pressent les étrangers de marque, la haute société romaine. Des lettres, des souvenirs vivants en parlaient il y a peu d'années encore : quelle apparition était pour les nouveaux arrivants, mademoiselle Louise Vernet, avec son profil d'ange et ses cheveux d'or pâle! et le pittoresque tableau quand, jeune fillette, on la voyait danser la Tarentelle avec son père, aussi alerte qu'elle. Tout concourait à embellir ce séjour, où se faisaient entendre Mendelssohn, et la Malibran, ce bel astre si vite éteint!

Pour couronner ce directorat unique, un mariage vint unir deux noms célèbres dans la peinture. Constantin écrivait au baron Gérard le 12 février i835 : « M. Delaroche a épousé la semaine dernière mademoiselle Vernet; tout s'est fait sans éclat, ils se sont mariés à Saint-Louis-des-Français, à dix heures du soir. » A peine âgé de trente-huit ans, le

nouveau marié était au faîte des honneurs; cetle union venait s'ajouter comme un beau rêve à toutes les gloires de cetle brillante famille. Bonheur qui ne fut, hélas! qu'un court prologue, comme toutes les fêtes de la vie.

A peine de retour en France, Horace Vernet perdait son père, Carie Vernet, après une verte et heureuse vieillesse.

A cette époque Ingres n'est pas encore considéré comme le chef de la tradition classique ; émancipé de la tyrannie imposée par la réforme de Louis David, il a prouvé, cependant, qu'il n'entendait pas suivre les romantiques. Sa personnalité s'affirme et en fera bientôt le continuateur des grandes traditions. Ce maître fut surtout un initiateur, et l'on a pu dire justement de lui ce qu'il a pressenti Phidias avant que les marbres du Parthénon fussent exposés en Europe, exalté et joué Beethoven avant qu'il ne fût accepté même en Allemagne, relevé le temple de Raphaël, consulté les miniatures du moyen âge... le premier introduisant l'archéologie, le sens historique, il révèle les primitifs l. »

t . Éloge de M. Ingres, par Beulé.

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Le romantisme donne ses fruits en sculpture. Quoique David d'Angers ait droit au premier rang et au seul considérable en ce genre, d'aulres personnifiaient plus spécialement la révolution qu'il a commencée ; romantiques intransigeants dont Dubosc nous rappelait les heures de vogue bruyante... bien oubliée de nos jours! Maindron, qui se vit exalté pour sa Velléda ; Etex, dont la belle ébauche de Gain et sa race donna plus d'espérances qu'il n'en sut tenir. Chaponnière, mort très jeune, en laissant le souvenir d'un brillant début. Antonin Moine et Jehan du Seigneur, qui se complurent exclusivement dans les sujets religieux de style gothique et les scènes du moyen âge : ils y réussirent ; mieux sans doute que n'auraient pu le faire les classiques, que leur éducation éloignait de cet art ; des décorateurs comme Feuchère et son élève Klagmann, qui avaient retrouvé les qualités toutes françaises de la décoration devenues trop souvent étrangères aux adeptes de la réforme par l'antique. Klagmann, qui exécuta sur les plans de Visconti cette belle fontaine de la place Louvois, à Paris, dont les figures sont traitées avec une grande liberté

devant la nature, beaucoup d'originalité, d'ampleur et de souplesse, enfin Préault *,

Etrange aveuglement! le romantisme, si aisément épris de tout ce qui procède de la fantaisie pittoresque, ne comprend pas que son véritable génie en peinture s'est incarné dans Eugène Delacroix et qu'il a obtenu ses titres de noblesse par le grand coloriste. (( Jusqu'à lui, nous disait Dubosc, ceux de la nouvelle école peignaient quand même à la façon des élèves de M. David, une peinture lisse dans une certaine gamme de tons. » Tandis que Delacroix sort de cette convention par des bonds de tigre, son pinceau a toutes les hardiesses ; il semble que la terre, l'eau et le soleil soient délayés sur sa palette et qu'avec ces éléments de chaos il rende sa pensée, toutes les émotions dramatiques. Nouveauté sans ménagements, qui soulève d'indignation la routine et choque le goût et les tradition classiques. M. Ingres ne comprendra jamais comment Delacroix peut être un

1. Préault laisse beaucoup d'ouvrages pleins d'exagération et d'erreurs ; il ne resterait de lui que des bons mots, s'il n'avait fait un Christ d'un sentiment dramatique très puissant. (Eglise Saint-Gervais, à Paris.)

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galant homme et non un bandit, en faisant une telle peinture ; et Delacroix verra toujours, dans les néo-classiques, des hommes privés de chaleur, de sang, et croyant posséder des recettes de beauté. Toute entente, toute justice, demeureront impossibles entre eux : et cependant, une même gloire a déjà associé les deux noms des grands chefs d'école de la peinture contemporaine.

Du mouvement romantique est sorti le genre historique anecdotique, auquel les peintres sacrifieront tous, ne fût-ce qu'une heure; la sculpture aussi en subit l'influence. On exploite tour à tour Dante, Shakespeare, Walter- Scott, Gœthe, Byron, Chateaubriand; le moyen âge , ses légendes , ses fabliaux ! Aux sujets que nous citait Dubosc, nous pouvions juger à quel point le genre historique, pittoresque, triomphait aux Salons de cette époque : après la Barque du Dante, Delacroix donne coup sur coup : Cromwell dans le château de Windsor (i834), Guillaume de La Marck, Charles-Quint au monastère de Saint- Just, la Bataille de Nancy, le Prisonnier de Chillon, les Natchez, etc., et ses étonnantes études de l'Orient, parmi lesquelles : les Femmes d Alger, ce ravissement

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de couleur. Cependant les grands succès ne vont pas à lui, le public comprend mieux Paul Delaroche, Ary SchefTer, Devéria; ses acclamations sont pour les Enfants d Edouard, Jane Grey , Cromwell devant le cercueil de Charles Iev, l'Assassinat du duc de Guise; non moins pour Médora, le Giaour , Eberhard le larmoyeur, Marguerite et Faust, Françoise et Paolo... SchefTer est le peintre par excellence de la sentimentalité féminine. En 1882, Jean Gigoux expose un tableau remarqué : la Mort de Léonard de Vinci. Si les plus grands sont souvent méconnus ou combattus violemment par leurs contemporains, les générations suivantes se chargent de les venger. De nos jours on a dépassé la mesure dans la réaction vis-àvis des romantiques à la mode de i83o; Paul Delaroche, Ary SchefTer sont décriés de parti pris, avec le même excès qui les plaçait jadis au-dessus des plus grands. A côté des ouvrages qui absorbaient l'enthousiasme du public, il y en avait d'autres, moins vantés et d'un mérite sérieux : la Procession de la Ligue, par Piobert Fleury ; quelques toiles de Tassaërt, celles d'un jeune homme enlevé au début d'une carrière qui s'annonçait brillante :

Félix Auvray1; Court expose Boissy d'Anglas saluant la tête de Féraud (i833). Beaucoup d'autres noms dont l'éclat a bien pâli et qui avaient droit à moins d'abandon, nous étaient cités par Dubosc ; petits romantiques qui eurent leurs admirateurs, révèrent sans doute la gloire et ne furent pas sans talent réel, comme Louis Boulanger , Commairas , Dutilleux , Belloc, etc.

Ces revenants, évoqués par notre modèle, nous faisaient comprendre qu'à notre tour nous exercions vis-à-vis de nos devanciers cette joyeuse ingratitude, qui est peut-être nécessaire au renouvellement des formules de l'art I

Le genre anecdotique, l'Orient, hantent beaucoup d'esprits; Horace Vernet, tout en faisant sonner le clairon de nos victoires, peint Raphaël et Michel- Ange au Vatican, Rebecca à la fontaine, etc. Spectateur des guerres d'Algérie, Vernet se sert, le premier, des costumes d'Orient pour les personnages bibliques. Les contrées du soleil, explorées par les artistes, suscitent, inspirent des coloristes.

i. La plupart des œuvres de Félix Auvray se trouvent au musée de sa ville natale, Valenciennes, et révèlent un tempérament d'artiste remarquable.

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Decamps et Marilhat commencent la longue série des peintres d'Orient qui, sans doute, ne sera jamais close. Diaz met sa tache particulière de soleil dans cette riche harmonie. Les paysagistes, les animaliers ont émancipé la nature et resteront les derniers vainqueurs de la révolution, avec Corot, Daubigny, Jules Dupré, Théodore Rousseau, Brascassat, Troyon, Joseph Mélin; tandis que Paul Huet et Cabat, paysagistes essentiellement romantiques, partagent la destinée de celte école et sont, pour un temps, négligés avec elle, malgré le grand talent du premier et le mérite du second. — C'est au milieu de tant d'éléments vivaces que Gros, rêvant une impossible réaction, fait paraître des œuvres dans le goût de l'école de Louis David. En i835, il expose deux tableaux de chevalet : Acis et Galaihée, Hercule et Diomède, qui soulèvent dans la presse un toile de critiques de l'ironie la plus cruelle. Dubosc, qui avait le culte des grands maîtres de la réforme classique, en rappelait les expressions avec une indignation qui ne s'était pas émoussée; il nous faisait suivre le drame qui mit fin à cette glorieuse carrière. En vain, les élèves de Gros F adjurèrent-ils de

mépriser ces impertinences, lui rappelant ses récents triomphes, le maître, vieilli, accablé, ne put supporter ce qu'il appelait une flétrissure... Et comme ceux que ne retiennent pas les tendresses du foyer, ou les fermes espérances de la foi, le pauvre grand maître plia sous Fépreuve. Plein de dégoût, de lassitude de la vie, un matin, il suivit les bords de la Seine jusqu'au Bas-Meudon, et resta longtemps à contempler cette eau qui allait étouffer sa dernière torture, attendant que la nuit fût venue pour disparaître... Le lendemain, les mariniers faisaient la lugubre découverte du cadavre de Gros. Stoïque, désespéré, il s'était couché sur un lit de sable à peine recouvert par un mètre d'eau, et avait laissé la mort le saisir, C'était le 2 G juin i835. Cet événement produisit une profonde émotion , on exalta Fauteur de tant d'œuvres grandioses, patriotiques, on s'indigna contre ses détracteurs...

Je ne sache pas que ce malheur ait donné une leçon efficace à la critique. D'ailleurs, toutes les victimes ne font pas ce tapage, et les morts s'oublient vite!

L'année suivante, un autre événement tra-

gique venait attrister le monde des arts : le jeune maître Léopold Robert, poursuivi par un souvenir obsédant, une fatale hérédité, se noyait dans les lagunes de Venise, sous ce beau ciel qui lui avait inspiré des pages si lumineuses.

En 1837, Gérard s'éteignait, mort douce et religieuse bien en harmonie avec cette âme pure. Par la disparition de ces deux maîtres, Gros et Gérard, la période épique de la peinture, qui a débuté avec nos victoires de l'Empire, est définitivement close.

Guérin, Girodet ne sont plus; les derniers élèves1 de Gros appartiennent à d'autres tendances.

C'est bien une époque nouvelle qui a commencé avec la royauté de Juillet.

Cette belle société de la Restauration s'est dispersée, emportant le secret de sa grâce, de son art de bien dire... et les ombres des grands artistes formés en l'autre siècle sont allées avec les héros de la Révolution et de l'Empire, constituer la légende grandiose qu'ils ont contribué à immortaliser ici-bas.

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