‹ Soixante ans dans les ateliers des artistesChapitre 6 sur 12 · I IO · texte numérisé non relu

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constamment pour le voir, interrompt la circulation et doit être dispersée par les gardes municipaux. Cet imposant fronton est l'une des plus belles manifestations de l'art français, il acquerra toute sa renommée quand la génération influencée par ceux auxquels il porta ombrage aura disparu1. Au Corps législatif, le fronton est de Cortot; celui du Panthéon, de David d'Angers; son éducation classique y tempère encore la fougue de son sens pittoresque et en fait une œuvre du plus haut intérêt. La tour de l'horloge du Palais de Justice est restaurée et reçoit comme motif de décoration les charmantes figures Renaissance de Toussaint : la Loi et la Justice, d'un style si bien approprié. La fontaine de la place Louvois est inaugurée. La Cour des Comptes construite et décorée.

Louis-Philippe est jaloux de faire briller la gloire dangereuse de Napoléon. Les cendres du héros sont ramenées de Sainte-Hélène (( sur les bords de la Seine », comme il l'avait désiré. Dubosc assiste à cette solennité qu'un roid terrible rend plus imposante encore.

i. Les belles portes de la Madeleine sont dues au sculpteur de Triquetti.

LE MODELE DUTîOSC

L'immense catafalque qui renferme le cercueil d'où sortira un autre Napoléon, passe devant lui, pauvre badaud; il regarde, comme il a déjà regardé tant de choses, et se souvient des jours mémorables où il a vu l'Empereur, cet homme qui faisait trembler le monde, et ses généraux victorieux, les personnages de sa cour... Quel éclat! quelle gloire!... et tout tient maintenant dans ce char funèbre! Mais, celte grande ombre, encore grandie par le souvenir, rend bien petit ce qui l'entoure; on oublie les effets funestes de son ambition, de ses conquêtes, pour ne penser qu'à leur prestige. . . C'est la grande armée qui passe! etDubosc, lui aussi, a envie de crier : « Vive l'Empereur! »

Un superbe mausolée va être décoré pour le grand mort; sous le dôme des Invalides, Simart exécutera les bas-reliefs du pourtour à la gloire du héros législateur ; Pradier a été chargé des douze victoires, et Duret des cariatides de la porte d'entrée.

Au printemps de l'année 18/12, Rude a réalisé son rêve ; avec un ami il est parti pour l'Italie, cette terre sacrée de la beauté et du souvenir; elle tient au grand sculpteur tout ce qu'il en attend, et un juvénile enthousiasme

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le possède dès les premiers pas. Dans l'atmosphère azurée, devant ces beaux rivages, celte race au type pur, il évoque les héros de la poésie antique; à Naples, dans son musée, à Pompéi, il revit ses souvenirs de l'antiquité grecque et romaine dont il est adorateur plus qu'aucun, tandis que l'ignorance de la critique contemporaine voudrait en faire le renégat. Il va sans dire, toutefois, que Rude, comme tout artiste inspiré, créateur, s'il fait un sujet d'études des beaux exemples qui le précèdent, ce n'est ni pour les copier, ni pour les imiter, mais bien, comme il le dit lui-même, « pour y trouver cette inspiration qui naît d'une grande chose sentie et comprise ».

A Florence, la Renaissance l'éblouit à son tour; il reste frappé d'admiration devant les tombeaux des Médicis; enfin, à Rome, la grandiose allure du Moïse, dans son véritable cadre, est une nouvelle révélation de cette œuvre étonnante; mais, après avoir parcouru la Sixtine, il déclare que chez Michel-Ange le peintre est plus grand encore que le sculpteur. Rude a passé des jours pleins de charme a la villa Médicis, où son ami Victor Schnetz est directeur.

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Au retour, quels récits vont enrichir l'intimité familiale! quels souvenirs suivront Rude dans la vie du travail, et pendant les heures de contemplation devant la nature, lorsque, se rendant à sa modeste campagne de Cachan, il gravira à pied, selon sa coutume, les hauteurs de l'Hay pour voir descendre le soleil derrière les collines ! Ce ne seront plus seulement les douleurs passées qu'il évoquera *, mais la triomphante image de toutes ces manifestations de l'art, dont il est lui-même l'un des grands ouvriers; dans la lumière intense et sereine, toujours regrettée, qui demeure à la fois un souvenir et une promesse.

En 1842, Ingres a terminé l'Apothéose d'Homère pour un plafond du Louvre. Cette page magistrale est sortie des mains de l'artiste au moment le plus favorahle à son éclosion. La beauté homérique est mieux appréciée depuis que les plus parfaites créations de l'art antique ont attiré l'attention de l'Europe, et que le cri de détresse du peuple grec a réveillé les échos de sa grandeur ensevelie. Ingres s'est pénétré de la sérénité du beau antique

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