‹ Soixante ans dans les ateliers des artistesChapitre 8 sur 12 · Ce tableau est dans l'église Saint-Germain des Prés · texte numérisé non relu

Ce tableau est dans l'église Saint-Germain des Prés

3. Le prince est assis, drapé dans un burnous, qui rappelle ses campagnes d'Algérie. Cette statue est dans les galeries de sculpture du musée de Versailles.

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En 18/17, la vas*e toile de Thomas Couture : les Romains de la décadence, est l'événement du Salon ; Dubosc, qui était l'un des modèles préférés du maître de tempérament réaliste, disait, parlant de ce tableau : « Il me semblait nous revoir tous tels que nous étions dans nos poses et nos costumes... c'était frappant ». Peut-être toute la critique de cette œuvre, de grand mérite d'ailleurs, est-elle contenue dans cette remarque. Il y avait aussi un Christ en croix et les Naufragés dans un canot, par Delacroix; le Triomphe de Pisani, par Alex. Hesse. En sculpture : la Femme piquée par un serpent, qui devint la Cléopâtre, de Clésinger. Les Esclaves indiens pour torchères, par Toussaint, etc.

En 1847, Lenepveu et Perraud partent pour Rome, deux grands prix remarquables. Quel est le sculpteur qui ne se souvient du magnifique bas-relief de Perraud, qui pouvait faire prévoir Y Enfance de Bacchus. Maillet aussi se rendait à la villa Médicis.

La même année (18/47) es* organisée dans le Panthéon une exposition devant laquelle notre modèle se retrouva plusieurs fois au milieu des artistes et amateurs d'art de Paris ; cette

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exposition n'est pas seulement du plus haut intérêt, mais d'un effet superbe, et que l'on regretta de ne pas voir rester décoration définitive; d'une harmonie que les murs du temple ne connaîtront plus I Ce sont les belles copies d'après les Stanze de Raphaël par les frères Balze ; ces artistes distingués ont puisé dans l'atelier de M. Ingres le respect, l'amour des grandes traditions, de Raphaël surtout, le dieu de ce cénacle ; et, avec une noble et touchante abnégation, ils ont consacré une partie de leur vie à reproduire ses œuvres décoratives, ses plus vastes compositions, fiers de pouvoir élever en France, au divin maître, un monument digne de lui. Ils ont rapporté d'Italie le résultat magnifique de douze années d'un labeur assidu : sur les cinquante-deux copies des Loges \ quarante-quatre sont dues entièrement au pinceau des frères Balze, ainsi que les neuf Stanze ; les copies ont été exécutées

i. Au début de ce travail, Comairas et Paul Flandrin travaillaient avec les frères Balze ; mais par différentes circonstances, les premiers collaborateurs abandonnèrent cette entreprise et MM. Paul et Raymond Balze la continuèrent et l'acbevèrent seuls, ainsi que les copies des neuf Stanze qui leur furent confiées après celles des Loges. (Les cinquantedeux Loges furent toutes placées à l'Ecole des Beaux-Arts.)

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sous l'œil vigilant et sévère de M. Ingres, alors directeur de l'académie de France. Au Panthéon, elles trouvèrent un public d'élite pour les apprécier; M. Ingres, de retour à Paris, est le premier à les contempler, et, plein d'enthousiasme, il écrit aussitôt à ses élèves :

« Mes chers amis, encore sous l'impression de vos belles copies, je ne puis me tenir de vous exprimer mon entier contentement, et quelle est mon admiration pour votre religieux courage. Je félicite bien mon pays de posséder enfin l'émanation la plus complète de cet apogée de l'art du Vatican. Que les hommes d'aujourd'hui vous en sachent bon gré, et malheur à l'ignorant audacieux qui osera blasphémer, car non seulement il serait un âne, mais un âne méchant.

» Pour moi , comme Français , comme artiste, le cœur me bondit de plaisir. »

Signé: Ingres.

Paris, 12 octobre 1847.

Cependant, cet âne méchant dont parle M. Ingres, dans sa vivacité passionnée, se retrouve périodiquement, paraît-il, lorsqu'il s'agit de Raphaël.

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C'est la troisième fois, en France, depuis Colbert que l'on fait copier à grands frais les œuvres principales de Raphaël1; puis, le goût fait une évolution, il s'abaisse momentanément et la troupe triomphante des médiocres, inventeurs d'art sans traditions et sans étude des devanciers, conspue Sanzio. Paraît alors Yâne méchant, lâche ou jaloux, qui fait rouler les copies du maître dans les greniers de quelque musée ou école d'art... Peinture roulée, peinture sacrifiée. Et, quand le goût, las enfin de licences basses, de désordre, remonte vers des sphères plus sereines, on évoque Raphaël et son culte renaît. Il faut alors sacrifier de nouvelles sommes à la reproduction de son œuvre, qui s'est craquelée, écaillée dans les rouleaux.

i . Par trois fois ce vandalisme fut toléré : Pour la première série commandée par Colbert et à propos de laquelle il écrivait à Errard, directeur de l'Ecole de Rome : « Veillez bien à la bonne exécution de ces copies, et lorsqu'elles seront terminées, faites-en recommencer de nouvelles, pour le service du roy, l'honneur de l'Etat et le bien du pays. » Elles furent toutes perdues ayant été roulées et à l'abandon. De même en fut-il pour la deuxième série commandée au milieu du xvme siècle et exécutées par les pensionnaires de l'Ecole de Rome. Le président de Brosses en fait mention. Enfin, la troisième série, dont nous parlons ici, et dont une partie est en train de se détruire.

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En 1871, sous l'impulsion de M. Thiers, M. Jules Simon étant ministre des Beaux- Arts, un musée de copies d'après les grands maîtres anciens, fut organisé sous le nom, déjà oublié, de musée Européen; une partie des Stanze, par les frères Balze, y figurèrent, puis, l'entreprise abandonnée, elles firent retour à l'Ecole des Beaux-Arts qui refusa de les mettre en évidence, ayant fait un autre usage des places qui avaient été disposées pour elles par M. Duban, sur les deniers de ces généreux artistes ; on prétendit aussi — coup de pied de l'âne — que la jeunesse ne s'intéresse plus à ce maître; et sept des Stanze, sur nœuf, furent roulées; elles sont abandonnées depuis vingt et un ans, dans les greniers, à une destruction certaine. Toutes les réclamations à ce sujet ont été vaines7. Faudra-t-il attendre une nouvelle période du goût? l'heure où un jugement plus sain, plus clairvoyant, présidera à l'éducation des jeunes artistes, et tiendra à leur offrir les plus nobles exemples de la grande peinture? Alors, ne sera-t-il pas trop tard? Le temps accom-

1. Ces copies ont été placées depuis à l'Hôtel des Invalides, vestibule du dôme.

plit aussi son oeuvre de destruction sur les originaux, qui ne pourront bientôt plus être copiés ! et la langue sublime que parlait Raphaël sera perdue sans retour.

La Révolution de i848 est si promptement accomplie que, le i5 mars, a lieu l'ouverture de l'Exposition annuelle; notre modèle, qui a assisté à tant d'événements extraordinaires, s'étonne pourtant de voir disparaître en quelques jours, avec le gouvernement, tous ces jeunes et braves princes qui paraissaient si populaires ! Souvent il les avaient vus venir poser chez les artistes qui représentaient les faits de la guerre algérienne... Quelques barricades, les Tuileries envahies, le roi prenant la route de l'exil. . . et tout s'est écroulé ! Pour les artistes, une période heureuse venait définir; période de paternelle et prévoyante protection.

Dubosc eut la curiosité d'aller voir aux Tuileries le modèle Bokowski, dit Thomas l'Ours, qui avait élu domicile dans les appartements royaux, avec quelques autres vainqueurs, briseurs de vaisselle et autres objets difficiles à déménager devant la galerie. Des amis complaisants apportaient à manger

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aux nouveaux occupants, qui n'entendaient pas déloger! Il fallut traiter avec ces étranges locataires, afin d'éviter des scènes de violence. On leur proposa une sorte d'indemnité à leur choix pour vider les lieux. Thomas l'ours, ce colosse débonnaire, fut sans doute le plus modeste, il demanda... une paire de souliers!

Les dernières commandes du gouvernement renversé figuraient au Salon de i848; plusieurs étaient destinées à Versailles : le Serment du Jeu de Paume, d'Auguste Couder; le Passage de la Bérésina, de Pils; la Prise de Jérusalem, de Signol. En outre, il y avait : la Mort de Valentin et le Christ au tombeau, de Delacroix; et de ses admirables études de fauves qu'il traitait avec une sorte de puissance fantastique; d'Yvon, une suite de beaux dessins inspirés par la grande Pauline ; le Violoncelliste, de Courbet, et quelques toiles de Meissonier, de cette peinture solide aux touches fines, qui en a fait dès sa jeunesse le premier de nos peintres de genre. Charles Comte tient cependant parmi eux une place distinguée; il commence à exposer des sujets historiques d'une recherche très fine et d'une excellente exécution.

Un concours a lieu pour la statue de la République: c'est à Soitoux qu'échoit le premier prix; le second est décerné à Roguet pour une remarquable figure, dans un sentiment plus moderne que celle du lauréat ; elle eut les honneurs de la fonte.

Dubosc continue à s'intéresser aux succès des jeunes artistes et a poser clans les ateliers où ils travaillent. En i848, il sert au sculpteur Jules Thomas, pour sa figure de concours : Philoctète, qui obtient le grand prix de Rome. Il assiste à l'ouverture de nouveaux ateliers : celui d'Yvon, dans lequel on se montre l'élève Huart, blessé à la barricade de la rue Transnonain ; nous y avons aussi connu le danseur de l'Opéra Monfallet; il exposa plusieurs fois, et faisait marcher de front les entrechats et la peinture. L'atelier d'Àbel de Pujol, d'où sortit Emile Lévy ; et celui du sculpteur Toussaint où étudièrent Gumery et Paul Dubois.

La guerre civile s'est apaisée ; les artistes contribuent à faire oublier les scènes sauvages des émeutes de Juin; l'Exposition de 18/19 montre des œuvres attrayantes : la magie de l'Orient a inspiré à Delacroix ses Femmes d Alger, Otello et Desdemona ; on se prend au

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charme de l'inspiration si vraie de Pils dans son Rouget de Vlsle chantant pour la première fois la Marseillaise chez le maire de Strasbourg Dietrich.

En sculpture : de Cavelier, Pénélope, dont la langueur endormie sous des draperies savantes a conquis la réputation de son auteur, succès qui fera toute sa carrière. Une œuvre romantique, frappante par sa tristesse dramatique, le Christ en croix, par Préault.

Au Salon de i85o, le succès est pour les Exilés de libère, de Barrias, et l'Appel des condamnés, de Charles-L. Mûller. Il y a aussi la Désolation des Océanides au pied du roc de Prométhée, par Lehmann1. Gustave Courbet a exposé ses Casseurs de pierres et un Enterrement à Ornans, qui trouvent peu d'admirateurs et soulèvent une réprobation presque unanime. Les artistes se plaisaient encore à la recherche d'un certain idéal qui est une vérité de choix, et non à l'accentuation d'une vulgarité quelconque. Chez Courbet, celte accentuation était exprimée avec des qualités réelles qui donnaient à regretter l'usage qu'il en faisait parfois.

i. Toutes ces œuvres ont orné ou ornent encore le musée du Luxembourg.

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, Le temps ayant changé ou dérangé le point de vue, vingt ans plus tard, Y Enterrement à Ornans fut acquis pour le musée du- Louvre, où, malgré ses mérites, il n'est guère mieux à sa place que les émeu tiers de i848 ne Tétaient dans les appartements des Tuileries.

Un autre réaliste, François Millet, expose les êtres mal dégrossis qu'il a imaginés sous le nom de « paysans », mais qui sont plutôt des emblèmes de la rusticité paysanne la plus primitive, emblèmes qui ne sont pas sans puissance. — De Descamps, il y a une suite de tableaux d'Orient dans cette atmosphère brûlée, d'un éclat un peu dur qui caractérise son œuvre ; Fromentin pénètre les mêmes sujets des nuances fines de sa poésie ; Hébert s'est révélé dans la Malaria; Pils témoigne une fois de plus de ses qualités de franchise et de simplicité émue dans la Mort d'une sœur de charité ; Tassaërt expose sa Famille malheureuse ; Puvis de Chavannes, un Christ mort', Robert Fleury, Jane Shore.

En sculpture : le Faune dansan t 1 , de Lequesne, est l'un des meilleurs morceaux de l'art néo-

i. Placé dans le jardin du Luxembourg, près de la grille Soulïïot.

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classique; de Pradier, la Toilette d'Atalante1.

A la fin de Tannée 18A9, Gustave Boulanger part pour la villa Médicis ; la charmante Pénélope de son tableau de concours a séduit le jury. Le prix de sculpture est décerné à Roguet; déjà atteint d'un mal profond, ce beau garçon qui donnait tant d'espérance, est arraché à la vie en pleine jeunesse, dès son arrivée dans cette terre promise d'Italie, d'où l'avenir semble si beau !

En i85o, les nouveaux lauréats sont : le sculpteur Gumery et les peintres Baudry et Bouguereau; les brillantes et séduisantes qualités de Baudry étaient contenues dans cette œuvre de jeunesse, Zénobie retrouvée par les bergers y qui fut son grand prix.

En i85i, nouveau départ des camarades de l'Ecole; en peinture, Chifïlard; en sculpture, Bonnardel obtient l'un des deux grands prix décernés. La villa Médicis est à cette époque particulièrement privilégiée ; à ses jeunes hôtes se mêlent dans une facile intimité, des élèves de l'école d'Athènes à leur retour de Grèce; élément précieux pour les

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