‹ Soixante ans dans les ateliers des artistesChapitre 9 sur 12 · Au musée du Louvre · texte numérisé non relu

Au musée du Louvre

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esprits peu ou imparfaitement cultivés des artistes, trop absorbés qu'ils sont par le point de vue plastique. On voit successivement séjourner parmi eux : Beulé, déjà éloquent et d'une ardeur contenue; Mézières, charmant esprit; Edmond About, brillant, pétulant, ne pouvant s'arracher de nos ateliers dont il était l'hôte fêté ; Georges Perrot, et en dehors de ces intéressants camarades, il faut citer, parmi les visiteurs de passage, les deux frères Grenier, l'aîné, poète de grande valeur, et le second peintre de paysages. Enfin, le cher aimable savant Jean-Jacques Ampère, l'ami de tous les pensionnaires de la villa Médicis, malgré son âge mûr, aussi leur cicérone dans cette Rome antique qui n'avait pas de secrets pour lui, et qu'il faisait revivre dans de captivantes conversations au cours des promenades. Nul ne savait mieux que lui s'attacher la jeunesse; homme excellent dont les qualités de l'esprit n'étaient surpassées que par celles du cœur. Il vivait ses jours les plus heureux, dans sa chère Italie, au milieu des jeunes artistes qu'il aimait, accueilli par la famille Ch., qui allait devenir sa famille d'adoption; il y retrouvait l'abbé Pereyve, le

jeune saint tout de tendresse et d'élévation, et cet autre délicat esprit, jeune femme qui allait bientôt être enlevée au culte sentimental du vieux savant, et le laisser désolé dans son souvenir.

Au Louvre. — L'année i85i voit l'achèvement de la restauration de la merveilleuse galerie du bord de l'eau; le salon carré est décoré par Duban et Simart dans un style et une coloration qui sont d'un effet très froid; le salon dit des Sept-Cheminées est aussi dû à l'architecte Duban, les figures sont de Dnret. Il contient les chefs-d'œuvre de l'école française; Dubosc y retrouve avec attendrissement, dans la sérénité de la dernière demeure , les plus belles toiles de David, de Gérard, de Prud'hon, de Guérin ; Endymion dort voluptueux sous le grandiose Champ de bataille d'Eylau et la Scène du Déluge; les Sabines regardent triompher le drame de la Méduse escorté des Deux Cavaliers de la jeunesse de Géricault. Clytemnestre et Phèdre, de son vieux maître Guérin, trouvent leur place en face des Pestiférés de Jaffa et de la pure Psyché de Gérard. C'est l'heure du repos et de l'apothéose.

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Une autre inauguration a lieu avec éclat: celle de la galerie d'Apollon au Louvre ; Delacroix en a achevé le plafond, page éblouissante qui fait pâlir les ors des riches encadrements ; cependant Lebrun , qui en commença la décoration et qui donna son nom à cette belle galerie, soutient ce redoutable voisinage par sa parfaite entente des effets décoratifs; son collaborateur, en sculpture, avait été Girardon; il est impossible de souhaiter un plus magnifique ensemble.

A Paris, des changements à vue se préparaient en politique. Cette fois, Dubosc apprend, en allant poser chez Abel de Pujol, quai Jemmapes, le matin du 2 décembre i85i , par des affiches placardées partout, qu'un coup d'Etat est accompli. En une nuit de surprise tout a été fait ! Il voit un mouvement de troupes inaccoutumé; en avançant dans Paris, la circulation est interrompue sur certains points. La surprise a été la même pour tous ceux qu'il rencontre ; dans l'atelier , plusieurs ignorent encore les événements accomplis; bientôt, il y entre des personnes qui ont assisté à des épisodes sanglants; c'est comme une stupeur qui plane sur la ville; on

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ne comprend pas bien. Les jours suivants, il est question de déportation, on en parle à voix basse, beaucoup de noms sont prononcés; il y en a d'illustres, de toute sorte... Les choses se font mystérieusement et vite. Bientôt on lit sur les murs des proclamations, où tant de bonheur, de prospérité sont promises à la France, que Dubosc se reprend à sa gaîté, et ne voit pas pourquoi quelques-uns s'affligent et sont méfiants.

Point d'exposition en i85i; en i852, on remarque au Salon les toiles de Léon Bénouville, celles de Charles Comte; la Mort de Moïse, de Cabanel; en sculpture, une perle de goût attique : Anacréort, par Guillaume, qui porte à son apogée l'art néo-classique, et auquel le jury n'attribue qu'une seconde médaille! La Sapho assise, de Pradier, sa dernière œuvre; Jeanne et Arc, de Rude, très discutée malgré des qualités qui sont toujours celles d'un maître. — Un nouvel arrivant a la villa Médicis, le sculpteur Bonnardel, envoyait une glaneuse, Rat h, déjà marquée d'une personnalité très fine de pureté et de poésie ; tous ces dons allaient bientôt sombrer dans la folie; ce robuste garçon mourait à

trente-deux ans, avant la fin de son temps, à Rome; il mourait aux Pazzi, dans la camisole de force!

L'année i852 amène de nouveaux deuils dans les arts; Pradier meurt subitement, encore jeune pour la production. Cette nouvelle vient, à Rome, surprendre douloureusement les pensionnaires de l'Académie de France.

Le 2 juin, Pradier était allé avec sa plus jeune fille, Thérèse, et deux ou trois de ses élèves, à la campagne, par une de ces belles journées qui devancent l'été; on devait dîner chez un riche habitant de Bougival; le grand sculpteur était l'attrait promis à de nombreux invités; on avait obtenu, sans le connaître personnellement, par l'un de ses élèves, l'honneur de sa présence. Avant d'entrer, Pradier veut faire une promenade, la fraîcheur transparente de ce beau paysage l'attire. . . Tout à coup, il tombe frappé par une attaque d'apoplexie; ses élèves le transportent mourant chez son hôte ; mais le cynique personnage refuse de le recevoir, il ne veut pas d'un agonisant dans sa maison... il attend des convives. On obtient, à grand'peine, qu'il

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laisse étendre Pradier dans une pièce basse, à l'écart. Le médecin est appelé. Le soir, c'est l'agonie sans connaissance; une enfant, des amis en larmes, tandis que s'achève, à quelques pas de là, un dîner joyeux, dont le bruit parvient jusqu'à la chambre funèbre. Les élèves de Pradier n'ont pas oublié le nom de cet homme. — Le matin, la mort était venue, et le triste cortège reprenait le chemin de Paris.

Le 29 octobre suivant, survenait la mort du maître Ramey, âgé setilement de cinquante-six ans, quoiqu'il nous parût vieux, à cause de sa frêle santé et de sa production ralentie. Il s'était vu négligé pour sa lenteur venant d'un excès de conscience au travail, cette déception jointe à celle que lui donnèrent quelques-uns de ses élèves assombrirent les dernières armées de cet excellent homme, qui avait connu le plus brillant début. Son nom reste inséparable de son beau groupe, qui est au Louvre: par lui il demeure le jeune et vaillant classique de l'école de David.

C'est toujours un chagrin pour Dubosc de voir les ateliers se fermer, et disparaître les artistes qu'il a suivis à travers toute leur

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carrière. Le passé s'en va par lambeaux... ce sont les souvenirs pieux qui permettent de le reconstituer.

Le grand attrait du Salon de i853 est le tableau de Léon Bénou ville : Saint François mourant bénit la ville d'Assise; ce saint dont on ne voit pas le visage et qui, par sa seule attitude, pénètre d'une émotion religieuse. Le nom d'Elie Delaunay paraît pour la première fois, ce jeune élève de Flandrin deviendra un peintre de haut mérite ; il expose les Paludiers de Guérande ; Jules Breton, dans ses scènes champêtres, ne craint pas la poésie que lui prête souvent la nature, il ne fuit ni ne maltraite la beauté, quand par fortune il la rencontre. Par contraste, il y a la Tondeuse de moutons, par Millet. Une gravure fait événement : l'Hémicycle du palais des Beaux-Arts, d'aprèsPaul Delaroche, par Henriquel-Dupont. La Leçon d'anatomie, de Louis Matout, est placée à l'Ecole de médecine de Paris, salle de l'amphithéâtre. On inaugure la statue du maréchal Ney, de Rude, sur la place de l'Observatoire; la pose exigée par la famille n'est pas très heureuse, mais l'exécution a une valeur digne du grand sculpteur.

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Au mois de juillet i853, la distribution des récompenses du Salon fut précédée d'un discours du ministre de la maison de l'Empereur et des Beaux-Arts, M. Achille Fould; le langage qu'il tint — et que les actes devaient démentir — est cependant à noter comme symptôme de la préoccupation de quelques juges éclairés dont il trouva d'un bon effet de se faire l'écho : (( On peut regretter, y disait-il, de ne pas voir nos jeunes artistes poursuivre le beau idéal avec la même ardeur qu'ils apportent à l'étude de la réalité. On souhaiterait qu'à l'exemple des anciens maîtres, ils cherchassent à concilier l'idéal et la réalité en unissant la contemplation du type éternel du beau a l'étude intelligente des formes et des scènes que le spectacle de la nature offre à nos yeux... » Et plus loin : « II n'y a plus à songer qu'aux intérêts de l'art; désormais, l'administration ne disséminera plus les encouragements, etc. » On ne pouvait mieux dire; mais, tout opposée fut l'influence du second Empire sur les arts. Quand tout allait tendre au développement des jouissances matérielles avec une sorte de frénésie, quand les souverains, sans aucun goût ni aucune connais-

sance des arts , n'accueillaient que leurs manifestations les plus futiles, quand l'argent tant prodigué ailleurs était parcimonieusement compté à la direction des Beaux- Arts, comment un art sain, élevé, expansif, eût-il pu se développer? Bientôt les illusions s'envolèrent; non seulement on n'allait plus tenter aucun effort pour protéger les talents de quelque envergure, mais bien les décourager systématiquement en toute occasion. A ceux qui s'étaient laissé prendre aux phrases officielles et produisaient une vaste composition, une statue de quelque importance, dont la valeur s'imposait, la direction des Beaux- Arts adressait des réprimandes fort maussades : « Que voulez-vous que nous fassions de cela? Nous n'avons pas d'argent... donnez-nous de petites choses, des œuvres de fantaisie faciles à placer, etc.. » On rentrait sa grande toile ou sa statue, à moins que la nécessité vous obligeât à l'abandonner pour un prix qui n'en payait pas les frais. De temps à autre, pour mieux marquer ce désir de faire triompher l'art de genre, et afin d'éblouir le public, on avisait une des meilleures petites toiles du Salon, d'un nom connu, et on la payait un prix

fabuleux. En dehors de ces sacrifices disproportionnés, le maigre budget des Beaux- Arts servait en partie à satisfaire les charmantes protégées qui animaient les bureaux de leur présence, réclamant des copies ou de menues commandes, qu'elles faisaient faire le plus souvent. On peut dire que les artistes sérieux eussent été affamés sous le second Empire, sans la direction des Beaux-Arts de la ville de Paris; là, du moins, ils trouvèrent une protection éclairée, libérale et des occasions de s'exercer en de nobles entreprises. Il s'y rencontra des hommes intelligents, difficiles dans le choix des artistes, et grâce à eux, les édifices de Paris furent dotés d'œuvres de haute valeur ; tel fut le rôle du chef de bureau des Beaux-Arts de la Ville pendant les premières années de l'Empire : M. Varcollier; par lui, Ingres, Delacroix, Flandrin, Simart, Guillaume, et beaucoup d'autres artistes distingués purent donner la mesure de leur talent. Certes, s'il reste en France des vestiges du grand art, si toutes les sources n'en ont pas été taries après les aventures que lui fit courir la surintendance des Beaux-Arts, et les humiliations qui l'attendaient sous les direc-

tions successives, c'est à la ville de Paris qu'en revient l'honneur.

Toute l'activité des travaux se portait vers le nouveau Louvre qui allait enfin sortir de terre et se relier aux Tuileries; érection bien des fois projetée par les souverains, décrétée par la République de i848, et accomplie par le second Empire, avec la hâte qu'il mettait à toutes ses entreprises. L'architecte Visconti, au grand talent duquel on doit le plan général du nouveau Louvre, mourait au début de son exécution (i853). Hector Lefuel est appelé à continuer son œuvre, dont il modifia quelques parties; activité sans pareille, autorité inflexible, cerveau d'acier, Lefuel devait conduire avec une maestria supérieure ces travaux considérables et accélérés, à la décoration desquels furent employés plus de cent cinquante statuaires et tout un peuple d'ornemanistes. La précipitation qu'il y fallut apporter ne fut pas sans quelques inconvénients; il s'y rattache au moins le souvenir d'un véritable forfait artistique, qui eût pu être évité; sur un désir exprimé par Napoléon III, on décida, sans autres débats, la démolition du magnifique escalier du musée,

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— que les plans de Viscontî avaient respecté1,

— cette œuvre maîtresse de Percier et Fontaine, décorée par Abel de Pujol. Les deux architectes n'étaient plus là pour en voir la destruction s'accomplir, mais Abel de Pujol pût suivre, l'âme désolée, la pioche des démolisseurs faisant tomber par morceaux l'œuvre capitale de sa vie, la Renaissance des arts, vaste et magistrale composition dont on ne saurait trop déplorer la perte2.

Le nouveau Louvre a trouvé de nombreux détracteurs; il faut avouer, cependant, que depuis que le temps y a mis son harmonieuse poussière, on a mieux apprécié ses mérites, mais sans perdre tout à fait le regret qu'il n'ait pu être achevé par celui qui le commença, l'architecte Visconti, d'un talent sobre et d'un goût 1res sûr. Au milieu d'un grand nombre d'œuvres sculpturales exécutées à la

1 . L'architecte Normand a qualifie comme il convient cet acte de vandalisme dans une revue artistique.

2. Un des compatriotes d'Àbel de Pujol, M. Louis Àuvray, parvint à sauver quelques fragments du plafond ; ces morceaux, pieusement rassemblés, décorent la voûte de l'escalier de l'Académie de peinture et de sculpture de Valenciennes ; des indications au trait remplacent les vides laissés dans les parties détruites par les démolisseurs.

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hâte, s'il en est beaucoup de médiocres, plusieurs sont remarquables ; parmi ces excellents morceaux, citons au pavillon du fond de la cour: l'œil de bœuf décoré par Eugène Guillaume, charme de lignes et de beauté; celui de Bonnassieux; les Cariatides de Simart, celles de Duret. Un peu au delà les groupes de Barye: une belle statue de Soitoux : Montaigne.,. Beaucoup seraient encore à citer, et dans les temps plus récents : frontons, basreliefs et figures, qui sont venus s'ajouter à la liste des belles œuvres.

Mais, après cette fièvre de travaux, combien de sculpteurs et statuaires, hâtivement employés, se trouvèrent aux prises avec des difficultés inextricables pour exister?

L'année i854 n'a pas de Salon; tout se recueille, se prépare pour l'Exposition universelle de i855, qui devait être l'apogée du second Empire, et le triomphe de l'art français, qui entrait dans une période beaucoup moins favorable à son développement, que celle qui venait de finir.

DE i855 A 1870

Exposition universelle de i855. — Réunion des maîtres. — François Heim. — Mort de Rude. — Mort de David d'Angers, de Paul Delaroche. — Mort de Simart, d'Ary Scheffer. — Les modèles italiens. — Premières ouvertures de Dubosc sur ses projets au peintre Heim. — La vie de Dubosc pendant sa retraite. — Souvenirs de jadis. — Mort d'Abel de Pujol (1861). — Œuvres de Delaunay. — Mort d'Horace Yernet et d'Eugène Delacroix (i863). — Réformes à l'Ecole des Eeaux-Arts. — En 1867, mort d'Ingres. — Rencontre de M. Schnetz et de Dubosc, leurs causeries sur les artistes et les arts.

Le i5 mai i855? l'Exposition universelle ouvrait ses porles au palais des Champs- Elysées. Solennité glorieuse pour l'art français. Consécration d'un demi -siècle de productions des artistes vivants. Classiques, romantiques et leur descendance se mesuraient

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cote à côle, et plus d'une surprise attendait les artistes même, devant la réunion des œuvres des maîtres, réunion qui affirma, grandit ou diminua la renommée de chacun d'eux, et les marqua pour ainsi dire d'une première sanction de la postérité.

Cependant, la sculpture n'y pouvait tenir sa place légitime; privée de deux de ses chefs : Pradier et David d'Angers. Rude, qui en était une des plus hautes personnalités, n'y figurait qu'avec deux statues, et si remarquables qu'elles fussent, ne pouvaient donner une idée complète, du style, de l'originalité de notre école. Pradier venait de mourir, et David d'Angers, récemment revenu d'exil, ne voulut pas prendre part à une Exposition du nouvel Empire. — Rude, Pradier, David, quel éclat cette trilogie eût pu jeter sur la sculpture française !

La peinture, plus favorisée, donnait un ensemble d'une abondance et d'une beauté exceptionnelles ; nulle grande œuvre des contemporains ne manquait à l'appel. Les peintres se groupaient en fdes serrées autour des deux grands rivaux : Ingres et Delacroix.

Ce fut une joie profonde pour Dubosc de

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revivre par ces œuvres réunies tant d'heures de son existence passée ! Depuis les productions des derniers de l'école de David jusqu'à celles des plus jeunes exposants, toutes évoquaient un souvenir. Il se rappelait des jugements passionnés, des partis pris, à l'apparition de ces mêmes œuvres, et, maintenant, il assistait à l'apaisement, heure de justice relative qui modifie bien des opinions! M. Ingres, si souvent traité d'exclusif et froid classique, étonnait par la diversité de ses tendances et de ses préoccupations, à ce point que l'on eût pu en reprocher l'excès à cette œuvre considérable.

Quelle devait être l'impression d'un témoin des contestations passées, en assistant à la gloire de Delacroix? En effet, les plus âpres détracteurs restèrent muets devant l'œuvre pleine de passion dramatique du plus grand coloriste français, une œuvre shakespearienne! Horace Vernet reparaissait aussi jeune, aussi vaillant, faisant revivre nos jours glorieux, et tenant de nouveau le public captivé par tant de verve, de qualités faciles et brillantes.

Dubosc fut particulièrement sensible au succès inattendu d'un maître auquel il était

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depuis longtemps attaché : le peintre François Heim, tenu jusque-là dans une sorte d'ellacement. On oublie volontiers un grand mérite modeste, et nul ne semblait savoir qu'il y avait dans ce petit homme sans prétentions un véritable peintre d'histoire, et un peintre de genre d'ordre supérieur. Son œuvre réclama pour lui avec une telle autorité, qu'il fallut se ranger pour le laisser passer aux premiers rangs. Notre modèle retrouvait aussi parmi les artistes ses contemporains : Abel de Pujol, l'un des meilleurs parmi les derniers représentants de l'école de David; Paul Delaroche jouissant encore de tout son éclat ; Schnetz , notre directeur de Rome, cet inséparable de l'Italie; Léon Cogniet, Alex. Hesse, Robert Fieury, et les derniers élèves de Gros: Court, Signol, Thomas Couture, Muller; puis Roqueplan, Isabey, Eug. Lamy, Bellangé, Tassaërt; les orientalistes Decamps et Bida; les élèves d'Ingres : Hippolyle Flandrin, Théod. Chassériau, Chenavard; les animaliers Brascassat, Troyon et Mclin; la génération où figuraient : Meissonier, Charles Comte, Hébert, Yvon... enfin, ceux que Dubosc appelait : « ses

jeunes », qui commençaient à Félix Barrias, et représentaient les néo-classiques avec Léon Bénouville, Cabanel, Lenepveu, Bouguereau ; et en sculpture : Simart, Guillaume, Perraud, etc., école qui devait finir avec eux.

Dubosc n'était nullement dépaysé dans ce milieu nouveau, sorti des études classiques, de l'influence de M. Ingres, et bien incrédule à cette heure eût été celui auquel on eût dit, dans cette assemblée de style, de haut goût, d'élégance, que le succès irait dans un prochain avenir vers les Casseurs de pierres, la Demoiselle de village, de Gustave Courbet, les paysans plus rustiques que nature de François Millet, vers le réalisme enfin, dont la compagnie était à peine tolérée1.

En sculpture, Rude dominait l'école contemporaine; ce fut une éclatante réparation; elle devança, hélas ! de bien peu la mort du grand artiste.

Foyatier était à l'Exposition de i855 un des vétérans de la sculpture, puis arrivait la génération d'Auguste Dumont, classiques de l'école

i. Les œuvres des premiers réalistes sont devenues à leur tour fort arriérées, presque classiques, pour les révoltés d'écoles qui proclament Manet leur chef de file.

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de Louis David; suivaient Jaley, Etex le romantique — si différent de son maître Pradier — Aimé Millet, Diébolt, etc. Enfin, les classiques modifiés par l'école d'Ingres, dont l'aîné était Simart4 ; venaient après lui : Cavellier, Lequesne, Eugène Guillaume, Perraud, etc. Un des plus jeunes, Gumery, envoyait de Rome une charmante figure . Faune jouant avec un chevreau. Ecole brillante d'où sortirent des œuvres d'un goût, d'une excellence, qui ne seront pas aisément surpassés.

Notre vieux modèle ne devait plus retrouver jouissances si complètes ; leur souvenir éclaira ses années de retraite. Il avait été fier de la place tenue par l'art français au milieu des autres nations, et, lorsque se ferma le palais des Champs-Elysées, il se sentit triste, de celte tristesse que l'on éprouve au lendemain de ces fêtes de la vie qui semblent suspendre par un moment de joie intense la course rapide du temps vers l'avenir inconnu.

La mort de Rude, survenue le 3 novembre i855, laissait un grand vide dans la sculpture française, et faisait comprendre ou

i. Il exposait sa Minerve du Parthénon destinée au château de Dampierre.

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avouer trop tard qu'il y avait tenu une place considérable1. L'année suivante, celle de David d'Angers et de Paul Delaroche, achevait de précipiter le déclin du romantisme; tous deux avaient vu succéder à la plus haute faveur du succès, la malveillance de la critique et l'indifférence du public. Pour David d'Angers, des déceptions de toute sorte avaient assombri ses dernières années; fugitif après le coup d'Etat, il était allé visiter la Grèce, et l'avait vue à travers les désillusions de l'heure présente; sa Jeune Grecque au tombeau de Botzaris, mutilée par l'insouciante jeunesse, était l'image des croyances et des exaltations de sa vie, elle gisait à demi brisée... David revint, spectre de lui-même, achever de mourir dans sa patrie, tandis que Delaroche emportait l'image d'un bonheur rayonnant trop vite éclipsé.

En 1857 , un grand malheur frappait la sculpture néo-classique; Simart était enlevé dans toute la force de la production2. Enfin, c'était

1. Peu de jours après la mort de Rude, Dumont étant entré chez son mouleur, vit le masque du grand sculpteur moulé sur son lit funèbre ; il ne put retenir ses larmes devant le beau et calme visage de celui que l'on avait tant méconnu.

2. Il succomba aux suites d'uue chute qu'il fit en descendant d'omnibus.

Ary Schcfler, artiste aime, caractère droit, qui laissait de vrais amis pour le pleurer, et le souvenir d'une imagination, d'une grâce poétique, qui avaient ravi ses contemporains, plus sentimentals que nous.

En 1857, les expositions annuelles reprennent leur cours. C'est l'année de la Bénédiction des blés, par Jules Breton; des Cervarole, d'Hébert; de la Sortie du Bal masqué, premier et très bruyant succès de Gérôme; la Prise de la tour de Malakoff, d'Yvon, renouvelle l'émotion de nos récentes victoires ; on y retrouve les mêmes qualités d'expression, de composition pleine de vie et de mouvement, dont il a donné toute la mesure dans son épisode de la Retraite de Russie : le Maréchal Ney soutenant F arrière-garde de la Grande Année1 (exposé en i855). L'éclat du nouveau peintre militaire jette momentanément un peti d'ombre sur le vaillant Horace Vernet, qui expose la Bataille de l'Aima, le portrait équestre de Napoléon III, et ceux des maréchaux Bosquet, Randon, Canrobert. Chaplin sort du rang, il révèle dans ses Premières

1. Ces toiles, et d'autres encore, sont allées enrichir la belle suite de nos batailles dans les galeries de Versailles.

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roses, avec un vif succès, son rêve de fraîcheur nacrée aux contours charmants. La Séduction de Léda, par Gallimard, qui attire des critiques d'une excessive malveillance. En sculpture, des œuvres posthumes de Rude : Hébé, l'Amour dominateur, Christ en croix; le chef-d'œuvre de Perraud : l'Enfance de Bacchus ; l'Ariane, de Millet ; l'Enfant prodigue, de Gumery; Héloïse et Abélard, par Chatterousse, un élève de Rude, etc.

Après l'exposition, Perraud est décoré; il s'empresse, très fier, d'aller montrer son ruban rouge à ses vieux parents, bonnes gens rustiques, qui n'ont jamais quitté leur petit village de Monay, dans le Jura; le nouveau chevalier s'attend à une joie admirative; le père demande combien ça rapporte? ce Mais... l'honneur!... » Le vieux paysan baisse la tête sans rien répliquer, sa déception est visible; puis enfin, se levant, il dit à son fils : ce Nous allons retourner les foins, viens-tu P »

En 1859, Delacroix envoie au Salon les dernières pages de son étonnant poème : la Montée au Calvaire, le Christ au tombeau, Saint Sébastien, Ovide chez les Scythes, Herminie et les Bergers, Rébecca enlevée par le

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Templier, et un sujet qui le hante : Hamlet.

Léon Bénou ville, qu'on ne reverra plus, enlevé bien jeune à ses belles inspirations, expose : une Sainte Claire recevant le corps de saint François d'Assise, et une Jeanne d'Arc écoutant les voix, qui a donné lieu à une heureuse inspiration en sculpture. Par Curzon, une gracieuse Psyché; le bon Samaritain, de Bonnat, un nouveau venu; d'Elie Delaunay, la Leçon de flûte; Madeleine repentante, de Baudry, œuvre où il se révèle maître coloriste original et délicat. — Elie Delaunay, Emile Lévy, Henner, Chapu, les derniers connus personnellement de Dubosc, sont à Rome.

Quoique notre modèle touchât à la fin de sa carrière, il ne vit pas sans regret un changement survenir dans les ateliers : l'invasion des modèles italiens. Ils arrivaient, pour la plupart, des montagnes des environs de Naples, et allaient dès leur apparition, supplanter les modèles de notre pays, ces utiles auxiliaires, si souvent attachés aux artistes, et qu'une longue habitude rendait quelquefois bons juges de leurs œuvres. Au contraire, ces pauvres émigrants d'outre monts s'intéressent

médiocrement à notre travail, et, le petit magot amassé, ils retournent au pays, perdu dans les plis des Apennins. Si ce n'est quelque belle fille qui apporte dans son mince bagage de hardes, la ferme résolution d'épouser un pittore, ou, faute de mieux, un scultore, et qui y parvient, ses yeux aidant. C'est tout ce qui nous en reste après chaque invasion. Donc, ces nouveaux venus aux costumes pittoresques, aux types caractérisés, très beaux quelquefois, allaient s'introduire dans tous les ateliers, et non sans dommage pour les artistes, induits fréquemment en erreur par les défauts inhérents à cette race des montagnes, et par la trop grande similitude de ses types. Les modèles français se découragèrent et quittèrent le métier; à cette heure, il y en a peu qui s'y adonnent complètement.

D'autres causes avaient aussi contribué à détourner les femmes de ce pénible gagnepain ; au début du second Empire, le développement des affaires de Bourse, les tendances qu'il amenait, transformèrent nos plus beaux modèles en femmes richement entretenues.

Dubosc assistait à la fin d'un temps pour sa

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classe et allait se décider à prendre sa retraite, quoique ses soixante-deux ans n'eussent pas encore détruit l'élégance de ses formes. Il ne voulait plus poser,, tout se transformait dans les ateliers, enfin, il avait la certitude de pouvoir vivre rentier sans beaucoup entamer les revenus d'un capital qui dépassait maintenant la somme fabuleuse de cent mille francs ! L'heure approchait de la grande détermination relativement à l'emploi de sa fortune, de ce legs tant médité I II fallait faire choix d'un confident, d'un conseiller, homme d'expérience et discret... Il s'arrêta à M. Heim, qu'il estimait beaucoup et connaissait depuis sa prime jeunesse. Au printemps de i85c), il alla le trouver, et lui fit le récit d'une étonnante histoire, celle de ses économies ! Gomment il avait d'abord placé, en se privant de tout, par effroi de la misère qu'il avait vue se dresser au chevet de sa mère mourante; puis, l'accroissement assez rapide de ses épargnes, grâce à un travail incessant et à une parcimonie stoïque; enfin, l'idée de donner un but à ses efforts, dans une vie sans attaches, si ce n'est celle qui le liait aux artistes, par ses longues habitudes, son admiration pour

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eux, et l'intérêt qu'il portait aux jeunes qu'il voyait lutter pour devenir des maîtres à leur tour. C'est a eux qu'il songe par-dessus tout, il voudrait pouvoir leur venir en aide pendant la période, si difficile à franchir, des concours pour le prix de Rome... Tout cela est dit d'une voix rude, enrouée par l'émotion de confier le secret de sa vie.

M. Heim encourage son vieux modèle , l'idée est belle, il faut la réaliser sur l'heure. C'est cette réalisation qui effraye le primitif : livrer ses fonds à un notaire ! s'en remettre à lui de sa volonté, lui en confier le dépôt I... cela sera-t-il sacré? à l'abri de tout? M. Heim parvient à rassurer le brave homme, il le mène chez Me Pourcelt, notaire, rue de l'Université, et on lui donne la formule de son legs. Enfin, le 22 juillet i85g, — date mémorable, — Dubosc, dans la fameuse toilette des jours de folie, le cœur et le cerveau battant, se rend, accompagné de M. Heim, chez Me Pourcelt, et signe sa donation à l'Institut de France, en bonne et due forme. On décide qu'il viendra toucher tous les mois deux cents francs, somme qu'il a fixée pour sa pension personnelle.

Et voilà Dubosc donateur; il s'est, sans y songer, inscrit sur le livre de la postérité, son nom sera répété par d'innombrables jeunes gens, qui vont échapper, grâce à lui, à la période ruineuse des concours I Cela s'est fait si simplement, que Dubosc n'a pas bien compris à quel rôle ce testament le destinait. M. Heim lui a fait un compliment très court, en lui serrant la main, et le généreux bienfaiteur est retourné dans sa misérable chambre, reprendre sa vie habituelle au milieu de gens qui continueront à le croire un pauvre diable comme eux. Il ne cherchera pas, jusqu'à son dernier jour, à tirer vanité ou honneur de sa belle action, il l'enfouit comme il avait caché ses pièces, et devient avare de son bienfait.

Le hasard nous fit rencontrer Dubosc chez Me Pourcelt ; le lendemain il accourut nous questionner longuement sur son dépositaire ; nous ne pûmes que lui confirmer tout le bien qu'il en savait déjà. C'est ainsi que les détails de sa donation nous furent connus, il désira même qu'une copie de son testament restât entre nos mains; cet acte précieux était enfermé dans un étui de fer-blanc par crainte

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d'accident. Le vieux donateur le laissa pendant plusieurs années à notre atelier. Après sa confidence, il y revenait plus fréquemment encore; d'ailleurs, il aimait à fumer sa pipe en regardant travailler; il s'installait dans un coin, et, encouragé par notre accueil affectueux, par nos questions, il passait en revue ses souvenirs.

La vie de Dubosc pendant la retraite n'est pas sans intérêt, dans ses détails à la fois prosaïques et pittoresques ; elle affirme un type d'une originalité bien exceptionnelle . Cet étrange rentier occupait une pauvre chambre chez quelque logeur borgne ; mais, d'humeur soupçonneuse et fantasque, il déménageait souvent. Au début, sa vie se passait beaucoup dehors ; les expositions des concours de sculpture et de peinture pour le grand prix l'intéressaient particulièrement, puis les envois de Rome. L'hiver, il allait visiter les musées, les travaux d'art; c'est ainsi qu'il assista à l'exécution des fresques de Saint-Eustache, d'un effet si dramatique, par Thomas Couture, le maître qui avait absorbé en grande partie la fin de sa carrière; devant les belles et sereines peintures décoratives de Flandrin, à

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Saint -Vincent-de-Paul1 et à Saint-Germain des Prés, Dubosc retrouve l'enthousiasme qu'il avait senti devant les grandes œuvres des maîtres de sa jeunesse, et il en subit l'émotion religieuse. Il aimait aussi à chercher dans ces œuvres les silhouettes de ses jeunes camarades et à suivre l'interprétation à laquelle ils avaient donné lieu.

L'été, il parcourait les environs de Paris ; un jour, il nous témoigna le désir de venir à Bellevue (où demeurait M. Heim) : lorsqu'il sut que nous étions allié à la famille de monsieur et madame Nicaise Perrin, ses premiers protecteurs, il fut très attiré, et devait multiplier ses visites dans ce pays, rendez-vous d'artistes célèbres, tous connus de lui, quelques-uns rappelant ses plus anciens et plus chers souvenirs. Notre maison même s'y rattachait; demeure prédestinée des arts, elle avait commencé par servir de théâtre de campagne à Jenny Vertpré, au temps où une société brillante de la cour de Charles X venait dans le charmant Bellevue boisé et fleuri d'alors, applaudir la célèbre actrice jouant les premières pièces de Scribe.

i. A Saint- Vincent-de-Paul, le peintre Picot avait décoré le dôme.

Dans cet ancien parc des dames de France, si solitaire depuis la Révolution, des files de carrosses armoriés faisaient de nouveau résonner les chemins où avaient passé la Pompadour, puis Mesdames, ces bizarres filles de Louis XV; enfin, Louis XVI, Marie-Antoinette et le dauphin, lorsqu'ils venaient rendre visite à leurs tantes et vendanger avec elles sur les hauteurs de Meudon.

A la mort de Jenny Vertpré, tout redevint paisible a Bellevue; un sculpteur, M. Valois, avait acquis l'ancien théâtre dont il fit sa maison de famille, qui laissa un renom de vertu et de piété. Dubosc avait posé pour M. Valois; son gendre, Charles Timbal, peintre et fin collectionneur, hérila de cette maison qu'il nous vendit ; coin modeste qui allait revêtir de nouveau, et pour la dernière fois peut-être, la physionomie sympathique d'une demeure d'artiste. Dubosc se mettait au soleil du jardinet où les fleurs se mêlaient aux fraisiers, et les arbres fruitiers aux vieux acacias; il aimait la treille chargée de rosiers blancs, de vigne vierge, d'aristoloche, et le petit porche auquel s'enroulait une belle glycine plantée par M. Valois. Il eut un attendrissement en

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voyant dans le salon les portraits de monsieur et madame Pcrrin1, peints par M. Perrin, dans leur costume d'avant la Révolution; passé lointain, tout plein du précieux souvenir des êtres chers qui nous le font revivre!

La première visite du vieux modèle fut pour M. Dedreux-Dorcy, l'ami de Géricault, acquéreur généreux de la Méduse) nous conduisîmes Dubosc jusqu'à l'étroit sentier où se cachait la maison du pauvre artiste, aussi triste d'aspect que lui-même. Ce fut un douloureux revoir! Les déceptions de toute sorte, la perte de sa fortune, avaient irrévocablement affaissé M. Dedreux-Dorcy ; il gardait quelque chose des modes de sa jeunesse, sous une apparence délabrée, qui rendait ce souvenir poignant. Dans sa lutte contre la misère envahissante, à combien de démarches n'usa-t-il pas ses souliers vernis tout craquelés, pour obtenir une modeste pension, si bien méritée par son désintéressement, qui avait doté l'école française d'une de ses plus belles œuvres ! La vue

i. Le portrait de M. Perrin a été légué à la collection des portraits d'artistes au Louvre, et celui de son beau-père, M. Deleuse, peintre décorateur, son plus beau portrait, est également légué au musée du Louvre.

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de Dubosc , le souvenir de Géricault ranimèrent un instant ses yeux mornes et y firent briller des larmes; puis, il se mit à parler de sa mauvaise fortune, de ses tentatives pour la surmonter, avec cetle monotone persistance, qui éloigne, hélas ! tant de gens des malheureux ! Dubosc le quitta le cœur serré, se rappelant sa jeunesse d'artiste riche et dandy, et ce caractère si généreusement dévoué dans l'amitié.

Il eut de plus heureuses impressions en allant chez le sculpteur Husson, et en rencontrant le grand maître graveur M. Henriquel- Dupont, jeune encore au seuil delà vieillesse, à peine changé, gardant sa belle prestance et ce visage sur lequel se lisait tant de bonté loyale et simple. Enfin, Dubosc retrouva, très vert encore, le peintre Signol. A quelques pas de noire maison était celle d'Hippolyte Flandrin; lorsqu'il y arriva, le maître était en train de rattacher sur son mur une branche renversée; déjà il était bien pâle, et son aspect faisait prévoir la brièveté de sa noble vie1. Dans le voisinage, sur les hauteurs de Sèvres,

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