‹ Soixante ans de souvenirs (volume 2)Chapitre 16 sur 32 · GAIN · texte numérisé non relu

GAIN

Allez-vous m'exalter la douceur de mon frère? Du soin de le vanter rien ne peut vous distraire ! Sur ces éloges vains que vous lui prodiguez Vous revenez s;ms cesse! Et vous m'en fatiguez! Eh bien, si je n'ai pas son mérite en partage. Si j'ai mille défauts enfin, c'est votre ouvrage! Je serais vertueux si vous n'aviez péché ! Vous pleurez. .

MON PÈRE. ifiO

ADAM (avec un cri de douleur) î

0 père misérable !

0 d'un triste avenir image épouvantable ! Ainsi dans mon forfait les hommes confondus, Tous, du premier pécheur qui les aura perdus, Chargeront la mémoire et de haine et d'outrage ! Et leurs cris contre Adam s'clevant d'âge en âge, Si de l'ame après nous luit encor le flambeau, Troubleront ma poussière au fond de mon tombeau !

Cette terreur d'Adam, cette vision effroyable, ces siècles d'anathème et de remords dont il sent le poids tomber tout à coup sur sa tête, sont d'un grand poète.

Même nouveauté dans sa seconde tragédie, Epicharis et Néron, Le succès en fut immense. Le succès eut-il tort? Un seul fait pour réponse. Le cinquième acte de Christine à Fontainebleau, d'Alexandre Dumas, fut salué comme une grande hardiesse dramatique. Or, sur quoi repose la première partie de ce cinquième acte, la partie la plus originale, selon moi? Sur la peinture saisissante d'un des sentiments les plus bas et les plus puissants de notre pauvre cœur humain : la peur. Le poète nous montre Monaldeschi pâlissant, frémissant, pleurant, reculant, suppliant devant l'épée qui le menace. C'est la dernière heure d'un condamné lâche. Eh

bien, sur quoi porte le cinquième acte à'Epichains et Néron? Sur la même situation. Mettez Néron au lieu de Monaldeschi, mettez un poignard au lieu d'une épëe, mettez le peuple implacable et rugissant au dehors; au lieu de l'exécuteur présent et implacable, mettez les souterrains du palais des Césars au lieu d'une salle du palais de Fontainebleau, et vous aurez le même spectacle, d'un lâche fuyant devant la pointe d'acier, avec le même mélange d'affolement, d'espérance, de rage, auquel viennent se joindre quelques accents plus tragiques encore, car ce sont des cris de bourreau sortant de la bouche de la victime. C'est Talma qui jouait Néron. Il y fut sublime. Il osa, dans ce cinquième acte, entrer en scène pieds nus.

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