UN^MOT DE VICTOR UUGO. ^ ALFRED DE MUSSET
Musset. C'est elle qui à Saint-Pétersbourg, avait découvert le Caprice^ exhumé le Caprice^ représenlé le CapricCy et qui imposa le Caprice à la Comédie-Française pour ses débuts. On se rappelle l'effet prodigieux de ces quelques scènes. Ce fut une double révélation. Révélation d'actrice, révélation d'auteur. Mme Allan fivait alors près de trente-six ans ; elle avait engraissé, ses traits étaient devenus un peu lourds, sa taille un peu épaisse, sa voix avait perdu de son charme, ses yeux, un peu trop à fleur de tète, avaient perdu de leur éclat. N'importe! Son talent triompha de tout ! suppléa à tout! Elle emporta le succès par des qualités inconnues h Mlle Mars elle-même et à l'école de Mlle Mars ; je veux dire un côté de fantaisie, un imprévu de gaîlé, une audace de vérité dans l'intonation et le geste, qui ont préparé l'Ëcole moderne*.
Pour A. de Musset, ce fut bien autre chose. A ce moment, en 1847, il comptait seulement parmi les poètes charmants, il n'avait pour admirateurs que les dilettanti et les lettrés. Le Caprice, en le produisant sur la scène, le popularisa. Au Caprice succéda la Porte ouverte mi fermée, puis // ne faut jurer de rien, puis le Chandelier, puis les Caprices de Marianne, puis On
1. J*ai eu Mme Allan pour iolcrprète dans Bataille de dames, et dans Par droit de conquête. Elle jouait dans la première pièce la comtesse; dans la seconde, la fermière, eieWe est restée sans égale dans toutes deux, comme dans Péi'il en la demeure, comme dans La joie fait peur, comme dans Lady Tartuffe, où, avec un rôle de cinquante lignes, elle sut se maintenir au premier rang, à cùié de Mlle Rachcl. Si l'esprit le plus distingué que j'aie connu parmi les artistes dramatiques, notre cher et toujours regretté Régnier, était encore la, il signerait des deux mains ce que je dis de Mme Allan.
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lie badine pas avec r amour; et cependant, à mesure que CCS œuvres, toutes d'imagination et d'une forme si nouvelle, révélaient au public émerveillé un A. de Musset inconnu, l'autre, celui qu'on aimait déjà, mais en ne le connaissant qu'à demi, montait, grandissait, s'éclairait* La poésie de sa prose complétait la poésie de ses vers. On lisait ou on relisait Itolla après avoir entendu le Chan^ délier; et lorsqu'enfin, la Nuit d'octobre, si merveilleusement interprétée par Delaunay et Mlle Favart, donna la vie du théâtre aux conceptions purement lyriques du poète, ses deux talents réunis ainsi en un seul, le portèrent du coup au rang de Lamartine et de Victor Hugo.
Dans ma pensée, A. de Musset n'est pas leur égal. Son génie habite une sphère moins élevée que la leur. Il n'appartient pas à la grande race des génies bienfaiteui*s. Son idéal d'amour ne va pas au delà des Belcolor et des Namouna. Manon I^escaut est son Elvire. Il ne peint dans la passion que ce qu'elle a de maladif et de fatal. 11 ne décrit dans le cœur humain que les fièvres du cœur humain. Bien des personnages de femmes traversent ses poèmes ; cherchez-y l'image vraie et pure d'une jeune fille, d'une sœur, d'une mère, d'une aïeule, d'une femme croyante, d'une femme dévouée, d'une femme honnête, vous ne l'y trouverez pas. Je vais plus loin : demandez-lui la peinture d'un des grands et éternels sentiments de l'âme, l'amour paternel, l'amour filial, le patriotisme, la charité, l'amour de la liberté, l'amour de l'humanité ; vous ne l'y trouverez pas 1 Ce grand poète n'est ni citoyen, ni père, ni fils, ni homme même, dans