‹ Soixante ans du théâtre-françaisChapitre 10 sur 39 · DAZINCOURT · texte numérisé non relu

DAZINCOURT

Dazïxcourt, d'une figure fine et distinguée , avait la tenue , le ton , les manières d'un homme comme il faut. Aussi n'était-il vraiment à sa place que dans les intendans de grande maison. On s'expUquait tout de suite romment il arrivait qu'un grand seigneur

lui donnait sa confiance , en faisait son confident et presque son ami. Dazincourt avait trop d'esprit pour ne pas augmenter de respect pour ses maîtres quand ils ajoutaient à leur bienveillance pour lui. Le spectateur voyait que sa reconnaissance s'exprimait délicatement par son obéissance , et que celle-ci était moins un devoir qu'un besoin du cœur pour ce serviteur discret , intelligent et estimable. Quand Dazincourt était un messager d'amour, il abordait les dames avec une politesse parfaite ; pour les jeunes demoiselles , il était rempli de ménagemens et de secours légers pour leur innocence ; pour les duchesses , marquises ou comtesses , il était là , le chapeau bien bas , attendant leurs ordres ; mais pour les coquettes, ses révérences avaient un autre caractère ; la distance était moins grande, ses yeux plus malins, sa figure plus significative , et il faisait juger, par ses petites minauderies, que , s'agissant d'une intrigue et non d'un sentiment, il lui

allait de mettre plus de liberté dans son action.

C'était, dans les rôles fins, un matois de bonne compagnie qui complétait, par le jeu de la physionomie , le sens de ses paroles ; aussi ne le perdait-on pas de vue pendant tout le rôle : on n'était pas en scène avec lui quand on se bornait à l'écouter.

Dans le Pasquin du Dissipateur, Dazincourt fut un comédien admirable de tous points. Je ne peux pas le suivre d'un bout à l'autre dans cette comédie en cinq actes de Destouches ; mais mon âme s'émeut au souvenir de la dix-neuvième scène du cinquième acte :

CLÉON , ruiné.

Va-t-eii trouver Julie De ma part.

PASQUIN

Oui , Monsieur.

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