DAMAS
Damas, à son tour, a rempli cet emploi. Ses moyens avaient été remarqués à un théâtre secondaire; il ouvrit là sa route pour la rue de Richelieu.
C'était un comédien bien intelligent, bien laborieux , Damas !
Il s'emparait de la scène , puis il l'échauf-
fait , partie par son activité , partie par son talent.
Parce qu'il avait le don de la pénétration, il courait le risque d'en rencontrer l'abus ; c'est, selon moi, ce qui lui arriva.
Damas me parut avoir plus de zèle que de goût; embrasser, en étudiant un rôle, plus qu'un acteur sage ne doit étreindre. Je veux dire qu'à l'exemple de Baptiste aîné, il creusait, creusait et s'évertuait à trouver, dans le rôle, beaucoup plus d'intentions que l'auteur n'en avait placées. Cette prétention de jeter de la lumière sur toutes choses , anéantit l'effet de la peinture : on ne comprend pas, dans lés arts , un tableau sans ombres, un mouvement sans repos.
L'attention du spectateur est assaillie par une affluence d'idées que l'acteur veut rendre toutes saillantes. Il y a nécessairement dans tout cela tant de pierres fausses , que le chatoiement imposteur en est fatigant; les véritables beautés sont compromises en mauvaise compagnie; et l'acteur qui, à la
recherche des effets , en veut produire plus qu'il ne doit , en produit moins qu'il faut.
C'est là ce qu'était pour moi Damas.
La partie mimique de son jeu n'était pas assez ménagée ; parfois il grimaçait , et toujours il enfonçait sa tète dans ses épaules ; et il faut ajouter que , sans respect pour les vers, il chevrottait sur les monosyllabes; répétait deux , trois et jusqu'à quatre fois un oui, un won, un ahï un et, faisant ainsi deux pieds d'un demi-pied. Mole se donnait quelquefois cette licence ; mais licence de roi , au temps de Mole , ne tombait pas dans le public.
Eh bien , tout ce que je viens de rappeler aux personnes qui ont vu Damas, ne nuira pas à l'opinion qu'elles ont eue , et à bien des égards avec raison, que c'était un chaud et vigoureux acteur; qu'il était plein d'habileté dans les Phihnte, d'aplomb et de ressources dans les personnages composés , d'élan dans certains autres caractères.
Après cela , pour le pubhc comme pour
— cases camarades, c'était l'homme utile par excellence, l'intelligence dramatique propre à tout et toujours prête.
Je parlerai plus tard d'Armand , de Michelot et de Firmin.
Je dois dire quels étaient , sous la livrée , les sujets les plus remarquables que les acteurs que j'ai nommés , et ceux que je nommerai plus tard, ont eu à leur service ^ je veux dire les notabilités dans l'emploi des valets. J'ai peine à désigner ainsi des hommes tels que Dazincourt et Dugazon.