MONROSE
Pour en flnir avec les petites statures et avec ma digression , car j'en suis aux reines et princesses , je demanderai si MOiNROSE , notre premier comique, est un grenadier? Non : cet acteur à la voix mordante et à la diction franche et ferme , est un petit homme qui , à la scène, n'était pas moins bien plus grand que Cartigny, quoiqu'il ne lui allât pas à l'épaule , et que Cartigny ne fût
pas sans mérite. Pourquoi cela? C'est parce que dans cette petite enveloppe , du reste légère et accorte, il y a une intelligence vive, hardie, et une verve comique qui placent Monrose à la tête de son emploi. Dans le Menteur, F Etourdi , le Joueur , et autres comédies en cinq actes pour lesquelles l'esprit de l'acteur a besoin de toutes ses forces , cet acteur prend une allure décidée , ne bronche pas , et d'un bout à l'autre a le diable au corps.
Des opinions diverses se sont produites devant moi sur ce talent.
Quelques personnes ne trouvent pas à Monrose l'élégance et le goût fin qui doivent distinguer Figaro , parce que l'auteur lui donne tout l'esprit et tout le savoir qu'il avait lui-même. D'autres pensent qu'il pousse l'espièglerie et la charge trop loin.
Je ne rejette pas toute cette critique si elle ne touche que légèrement le mérite incontestable de Monrose ; mais j'ai toujours aimé à prendre sa défense et à faire obser-
ver sur sa gaîté , qu'un comique doit être comique ; qu'il est beaucoup de rôles dans cet emploi qui doivent être chaufiFés, qu'on me passe le mot, par une action expansive, et par une pantomime ardente et excentrique ; que l'exécution de ces rôles ne peut pas être compassée et froide parce qu'il plaît aux Français d'être graves comme les Espagnols de Charles-Quint depuis qu'ils se sont faits personnages politiques; parce qu'il nous arrive d'être tellement secs et positifs que nous ne savons plus comment on rit et comment on pleure; parce que nous en sommes , tant on nous voit désenchantés à trente ans et vieux à quarante, au point de ne plus comprendre le naturel , la naï-^ veté , l'abandon d'esprit et de cœur qui . dans les œuvres de Mohère, Regnard, Destouches et Dancourt , faisaient le bonheur des auteurs , des acteurs et des spectateurs. On se guindé aujourd'hui dans le capable et le sérieux ; on fait plus d'accueil au sous soi de Samson . qu'aï/ m rie bon cœur de Mon-
rose ; à l'esprit philosophique de Béranger qu'au génie chaud et chansonnier de Désaugier, à la correction du dessin enfin qu'à la chaleur du coloris.
Sur Monrose , après tout , sur sa valeur réelle comme artiste , il n'y a plus qu'un mot à dire : un journal a annoncé qu'il ne pourrait plus jouer , le public s'est attristé ; un autre journal a annoncé que Monrose jouerait encore, le public a repris sa bonne humeur.