‹ Soixante ans du théâtre-françaisChapitre 33 sur 39 · M'^ LEVERD · texte numérisé non relu

M'^ LEVERD

Dans la comédie , à laquelle je reviens sans transition pour ne pas perdre le temps, mademoiselle Leverd eut, il y a vingt ans, un talent de premier rôle, ferme et remar-

quabie : elle jetait sa parole résolument; dans les coquettes elle ne manquait pas de cet entrain et de cette audace auxquels on reconnaît l'allure dégagée des caractères impérieux. Sa prononciation n'avait pas la netteté désirable; son grasseyement, qui plaisait à quelques personnes , était un embarras dans sa diction.

C'était une brune piquante avec une figure ronde, fraîche, vive et expressive; sa taille se chargea trop vite d'embonpoint , et ce fut probablement l'une des causes de la retraite que le pubUc eût ajournée bien volontiers , car dans plusieurs de ses rôles il n'y avait pas de sujets pour la remplacer.

On a toujours prétendu que les qualités qu'elle avait pour la haute comédie auraient eu besoin d'être relevées par les manières du grand monde qu'elle n'avait pas assez.

C'était vrai pour le répertoire de mademoiselle Contât. Les modèles en ce genre avaient disparu dans la société au temps de mademoiselle Leverd ; mais il v avait encore

sur le Théâtre-Français , et sous les yeux de mademoiselle Leverd de bons exemples à suivre. La distinction , le goût et la noblesse ne manquaient ni à Fleury , ni à mademoiselle Mars , ni à Armand.

On peut donc raisonnablement objecter à mademoiselle Leverd qu'elle aurait pu perfectionner davantage ses études, et qu'avec un talent réel , chaud de ;verve et de franchise , elle est demeurée au dessous du degré de supériorité qu'elle était appelée à atteindre.

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