DUGAZON
DuGUZON fut un tout autre homme, et si Ton a dit quelquefois de Dazincourt que sa manière n'aurait rien perdu à être moins stricte et moins serrée, on ne s'est jamais avisé d'en dire autant de cet autre comique.
Dugazon était au contraire plein de verve, de mouvement et d'abandon. Acteur consommé, comme on sait, et professeur assez habile, assez universel pour former des sujets pour tous les emplois.
Il faisait de sa Ggure tout ce qu'il voulait , et il avait toujours Tftge , les habitudes de corps et d'esprit du personnage qu'il représentait. C'était un fleflé fripon dans les Frontin, un riboteur modèle dans Larissole^ un prothée dans les travestissemens ; c'était l'insouciance personnifiée des artistes enthousiastes dans M. Fougères de rintrigue épislolaire ; c'était encore, chose étonnante I l'acteur profond et adnairable dans le rôle si difficile de Bernadille, dans là Femme, juge et partie y de Montfleury. Dans cette pièçç
BERNADILLE.
Ah I me voilà pendu I Faate d'un faux témoin, faut-il me laisser pendre?
Le frisson de la mort m'a déjà saisi l'âme.
JCUE.
Ainsi sur ce sujet tu n'as plus de ressource ?
B£RNADILLE« Non , que \Oire bontii , mes lannes et ma hourse*
JULIE, C'est un faible secours , et je dois ob^eryer...^,
BERNADILLE.
Qaoi f je serai pendu \
Pour voir et entendre Dugazon dans cette scène on affluait de toutes parts de la ville au théâtre , c'est à dire que tout Paris voulait voir comment un homme pouvait être si complètement pendu, et cependant parler encore. Cette peur d'abord» cette terreur ensuite y et enfin cette prise de pos^ session de la mort ^ c'était effrayant » et tout le public anéanti par et pour Bernadille, répétait avec lui :
Le frisson de la mort m'a d^'à saisi l'âme.
Dugazon a emporté ce rôle dans la tombe, et, avec lui, son Bernadille mourut réellement et pour toujours.
Quelles ressources dans ce tdient, cassant de ce profond sacriGçe d'une vie à laquelle il se soudait pour ainsi dire , passant au:^ Originaux , à M. Petitpas ^ à M. L'Ëlu , à M. de Brétenville « et à cet autre original M. Fougères !
N'est-ce pas dans ces transformations qu'éclatent la force de l'esprit^ la flexibilité du talent « et la souplesse des conceptions et des moyens d'exécution?
Les amis de cet art peuvent donc tenir pour certain que si la simplicité , la naïveté et la pureté, charmes distinctifs de Préville, manquèrent à Dugazon pour atteindre à la hauteur de ce modèle, personne du moins n'en approcha si près.
La femme qui, à l'Opéra-Comiqtie, porta le nom de Dugazon , eut, à d'autres titres, un très grand succès. J'en dirai quelque chose.