‹ Soixante ans du Théâtre-FrançaiseChapitre 14 sur 33 · BAPTISTE CADET · texte numérisé non relu

BAPTISTE CADET

Je n'ai pas eu ces remarques à faire quand j'ai vu jouer Baptiste cadet.

Pour lui, il s'est laissé glisser tout bonnement sur la pente du talent né et mort avec lui. Il n'avait qu'à se montrer pour être comique. Ce long corps, ces longues jambes, cette longue figure, ces bras qui ne finissaient pas, tout cela servait à en faire un niais ac-

compli quand il voalait être niais , ou plutôt le paraître, car il était malin comme un singe, et on le voyait bien ; aussi n'y ayait-il rien de spirituel comme ses bêtises. Sa voix douce, légèrement nasarde , et par cela même goguenarde, se pUait à tous les tons , et il ne se les épargnait pas. 11 faisait bien encore deux choses difficiles au théâtre, rire et pleurer.

Dans le vieil Harpagon des Fourberies de 5cqf»r», il était dans une désolation qui, quoi qu'on en eût, excitait la pitié. Son

DUblel qa'alteit-il faire dans cette maudite galère?

élait bien le gémissement d'une Ame ^vare torturée par un sacrifice d'argent Et puis, lorsqu'à quelques jours de là on le voyait dans leê Héritiers se tordre en riant du scandale delà petite ville et s'écriant : «Aie, aie, la rate... » ma foi, tout le public était transporté à Landernau , et ce n'était plus à Paris qu'on riait aui éclats.

Quelle flgure avait Baptiste dans le Dandin des Plaideurs! Etait-ce là un magistrat en peine, une victime de la passion de juger tout le monde et toutes choses ?

Rappelons-nous que quand il fallait par^ 1er raisonnablement, Baptiste s'y entendait fort bien. Ses intentions étaient justes , sa diction naturelle et pure. Pouvait*on mieux jouer les Déguisemens amoureux, être plus sage , plus varié , plus consommé dans les quatre ou cinq transformations que subit l'acteur? S'est-on avisé de jouer la pièce lors et depuis? Oh! non. Il faut donc dire que M. Eustache Baptiste fut un très bon comédien.

Pour les rôles dits à manteau , la comédie française avait à la fois Gaunv)nt , Lacave et Grandmesnil.

Les deux premiers étaient des hommes exactsetsages. Gaumoutétait ferme etson intelligence ]»ratique servait bien à l'ensemble d'une représentation. Lacave était leraison- (icur par excellence : on peut demander à

M. Orgon du Tartufe si jamais homme du monde fût plus propre que Lacave a faire bouillir le 3ang des gens vifs.

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