M"' DUMESNIL
Je n'ai qae des traditioiis sans suite sar les demoiseUes Dumesnil et Clairon. Je n*ai la aoeun des mémoires qui ont été faits sur ces célèbres tragédiennes. Selon l'opinion de qnelqaes personnes qoi avaient jooi de leur talent et qui m'en ont parlé , mademoifldie DomsiaL semblait se produire sans étude et presque sans art; s'abandonner à ses inspirations sans autrement se mettre en peine de ce qu'elles seraient aujourd'hui ou demain. H suÎTait de là qu'elle était inégale, mais aussi que, ne copiant personne et ne se copiant pas elle-même , il y a?ait dans son jeu une originalité qui piquait le public et ne permettait à personne de s'attendre à ce qu'allaient produire cette spontanéité de sentimens, et cette liberté de Tenre et d'expression. L'actrice était ainsi toujours nouvelle et surprenante. La déclamation notée et prétentieuse de son temps
ne gâtait pas sa manière. Loin de là, sa diction était brusque, coupée, même négligée.
Dans les longuet tirades elle courait comme à un but; et tout à coup s'élevait avec la rapidité et la majesté de Taigle au dessus de tout ce qui l'entourait ; et de cette hauteur déclarait ses volontés, intimait ses ordres, répandait la terreur et déchirait l'âme par ses douleurs de mère et ses fureurs jalouses d'amante ou d'épouse. Telle était mademoiselle Dumesnil dans Clytemnestre , disant au roi des rois :
Est-ce donc ùlre père
et à Iphigénic :
lit vous, rentrez, ma fille
Telle elle était dans Médée , noyant sa vengeance dans le sang de ses enfans ; telle dans Agrippine , telle dans Cléopâlre , telle dans tout son emploi ; en un mot, la vérité toujours, mais inégalement « et le sublime souvent.
C'est là rimpressioD que mademoiselle Dumesnll avait Taite sur mes historiens, ses contemporains , et l'hommage respectueux qu'ils rendaient à un talent qu'ils disaient inimitable à jamais, à moins qu'une organisation semblable ne sortit encore une fois des mains de la nature.