ENFANCE
Louis-Gaston de Sonis naquit à la Pointe 4 Pitre, dans l'île de la Guadeloupe, aux Antilles françaises, le 24 août 1829, jour de la fête de S,. Louis, dont on lui donna le nom. ‘ On aime voir,dit son historien,la Providence placer ainsi sous le patronage du saint roi de France le berceau de celui qui fut un si grand serviteu- de la France chrétienne, Cette colonie, ces Îles où Dien l'avait fait naître, jamais Sonis n’en oublia la splendide beauté. C'est la beauté À la fois sauvage et magnifique des régions tropicales. JA, tout autour du aste archipel colombien, la mer déroule, sous le soutfle régulier des vents alizés, ses larges et paisibles vagues, tantôt. pendant le jour, transparentes à des profondeurs infinies. tantôt durant la nuit, semcées d’étincelles, et sillonnées de t "ainées phosphorescentes, Oh ! ces nuits sur les mers des Antilles ! C’est ce qui donna à Sonis enfant la première idée de l'infini de Dien. ” “ Ma tête. aconte-t-il, en se rap elant soixante ans plus tard un voyage Qu'il faisait À bord d’une pirogue,ma tête était tournée vers le ciel étincelant d'étoiles plus belles et plus brillantes les unes que les autres. Le silence de cette nuit n'était troublé que par Le bruit cadencé des rames. C'est alors que Dieu se révéla pour la première fois à mon Âme, Je sentis battre mon cœur dans l’extase de admiration, J'avais vraisemblablement six ans à cette époque, mais je n'ai Jamais oublié cette merveilleuse nuit. J’y retrouve l'écho des sentiments de mon enfance ; elle a laissé une empreinte inef façable sur ma vie ; elle est restée chez moi comme l’image de mon innocence, en même temps qu'elle à gravé dans mon cœur l’image ardemment aimée de mon père et de ma mère.”
Son père était capitaine, et l'enfant n avait que sept ans quand il vint en France, en compagnie du capitaine appelé à
(1) La plupart des faits historiques sont empruntés au beau livre de Mgr Baunard : Ze Général de Sonis.
— Paris, Sa mère, pour laquelle Sonis avait on véritable eulte, avait dû rester À la Guadeloupe, où elle mourut bientôt, at c’est par les soins de la pieuse et bonne grand'mère que l'enfant fut élevé et préparé à la première communion. C'oit le grand souvenir de cette époque. % Délicieux souvenirs de ma première communion, écrit-il, je ne vous ai jamais perdus, Vous êtes un baume qui avez consolé les mauvais jours de ma vie, Vous vous représentez en foule À ma mémoire, et, à cette heure même, si je laissais courir ma plume, je rempli- ‘ais bien des pages de tant de picuses pensées qui Opprissent
mon cœur, J'ai toujours cru fermement que cette première
communion avait été la bénédiction de ma vie ?. JEUNESSE
De cette bénédiction Louis ne perdit-il pas le souvenir, momentanéiient, aux jours de l’âge critique ? La foi et la pratique n’# vaient elles pas baissé chez ce Jeune homme qui dut, pour conquérir son instruction, traverser des milieux indifférents où sceptiques ? Lui-môme nous le laisse entendre. Mais ee ne fut que de courte durée, et Dieu, par un douloureux événement qu'il permit, vocublement.
gagna cette Âme À sa cause irré-
Cet événeme it fut In mort du père. Elle arriva presque subitement et ce fut pour Louis une des plus vives douleurs de sa vie,
L'épreuve ani jette par terre les Âmes molles, grandit jusqu’à lhérsome les Âmes fortes, en même temps qu'elle est une lumière pour les Âmes droites. Au lendemain de cette mort, un religieux vint apporter ses consolations aux enfants devenus orphelins. “I nous parla longtemps, raconte Louis. Chacune de ses paroles portait ; pas un mot qui n’eût un sens pénétrant ; dès le commencement de son discours, mon cœur était ouvert À deux battants, avide d'entendre ces
accents dont j'étais déshabitué depuis plusieurs années. Quand il nous quitta, j'étais converti : Jésus-Christ avait repris possession de mon Cœur,
Nous demeurâmes seuls, dit-il, couvrant de baisers le corps de notre père, Mes sœurs étaient À genoux au pied de ce lit où reposait tout ce qui nous restait en ce monde de ce que nous avions aimé, Je m'assis sur le matelas À hauteur de sa tête, tenant une de ses mains dans les miennes, La nuit se passa ainsi, O mon Dieu, vous savez ce que j'ai souffert !”
Au lendemain de cette mort, à 17 ans, Sonis entrait À l'Ecole militaire de St-( yr.—St-Cyr, ses études, ses exercices, sa vie active, ses traditions, ses perspectives, tout cela s'était emparé vivement de l'esprit de Sonis, l'esprit le plus chevaleresque de Ja France de nos jours, On le remarqua bien vite entre tous ses camarades, La note qu'on lui décerna dit tout d’un mot : Elève d'élite. On le réputait le plus brillant sujet de sa promotion. Il passa dans la cavalerie, ve qui était dans ses goûts ct ses aptitudes, Car, saluez, jeunes Canadiens ! le cheval était la passion de sa vie. Je vous souhaite d’autres traits de ressemblance avec Sonis. Vous avez au moius celui-là.
I s’en fut donc À Saumur, et le seul souvenir qu'il nous ait conservé de cette époque est celui d’un pèlerinage qu'il aceom. plit à l’abbaye des Bénédictins de Solesmes, Si je vote cu fait, c’est que jy trouve un trait de ce caractère à la fois monastique et militaire. Pourquoi ne restez-vous pas avec nous ? lri avait dit un moine. “Depuis, raconte Sonis, il n’est arrivé souvent et très-souvent d'entendre l'écho de cette parole, Dieu a poussé ma barque dans d’autres eaux, probablement en rapport avec la nature qu'il m'avait faite, et je l’en remercie, tout en ayant conservé une très-haute idée de
Ü( — la vie monastique pour laquelle j'ai toujours en un secret penchant, ”
Remarquez ces derniers mots, M sieurs, et n'en SOV CZ pas surpris. Dans tout soldat, ! Y a du moine, ot dans tout moine il y a du soldat, Ces deux hommes sympathisent, Comme s’harmonisent le froc et l'uniforme
Tous les deux, a dit encore le P. Didon, tous les deux sont voués, consacrés, l'un directement À son pays, l'autre directement à Dieu, tous les deux sont des sacrifié
“ L'un et l’autre ont une vie enchaîne dans la discipline étroite et austère qui la lice par l'obéissance à des chefs espece tés. Ils doivent être dans la main du général, passifs, dociles, zélés, ce qui n'empêche ni l'intelligence ni la noblesse. L'un et l’autre, pour des motifs divers, suivent ane vie simple et rude : le moine pour se dompter, le soldat pour acquérir l'endurance qui fait les victorieux. Tous les deux vivent dans l'apprentissage de la mort, face À face avec elle : l'un parce que la mort le réunira au Dieu qui est sa fin suprême ; l’autre parce que la mort peut toujours fondre sur lui À l’improviste, au jour des batailles et que la patrie exige de lui qu'il meurce à son service pour la défendre où pour ia glorifier.
“ Belles et grandes légions que je salue, bien que j'appur. tienne à l’une d'elles et que je reconnaisse mon indignité, Elles ont apparu dans ce monde Peur combattre l’égoïsme qui sort conime un torrent débordé, sous le ciel qui se voile, ”?