CASTRES
La petite vilie de Castres, dans le midi de la France,était en fête dans le mois de mai 1848. On a ait annoncé l’arrivée d’un nouveau régiment, et ce régiment était le Je huesards, Tout le monde à Castres était aix fenêtres pour cette entrée des hussards, qui comptaient parmi eux un Jeune officier de vingt-trois ans,le sous-lieutenant de Sonis.Il paraît,je n’en sais
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rien, que lorsqu'un régiment arrive dans une ville ou revient simplement de marche.les Jeunes filles ont l'habitude de soulever diserètement le ridean de leurs fenêtres,et qu'à travers le flot poudreux d'officiers et de soldats, elles font leur choix, à part elles, et le plus souvent, sans en rien dire à maman, Oh! je ne fais pas de jugements téméraires ; vous allez entendre la confession de la fature Mme de Sonis : Elle avait remarqué, dit-elle, ce jeune officier à la tournure élégante et si distinguée, Elle aimait à l’apercevoir,à le rencontrer : elle le suivait des yeux aussi loin qu'elle pouvait, lorsqu'il passait sons ses fenêtres... Quant à ce Jeune officier, prévenu par un de ses mis, il aimait aussi, lui, À regarder À la fenêtre, À la même fenêtre. De ces deux paires d'yeux télescopés l’une dans l’autre, jaillit un éclair, et cet éclair fut immédiatement suivi du coup de fondre. Ils étaient jeunes — ils n'avaient pas 4) ans à eux deux. Ils n'étaient pas riches — mais on dit que deux cœurs et une chaumière, eela suffit au bonheur, Bref, ce fut un ravissant mariage, et ce fut pendant trenteneuf ans, le plus heureux et le plus uni des ménages.
C'est À Castres que se place un incident qui va vous montrer l’îme droite et forte de Sonis. Où ne croirait pas, si luimême ne l'avait raconté, qu'étant à l'école de Saumur, il s'était imprudemment laissé enrôler dans la franc-maconnerie. qu'on lui avait représentée comme l’église d’un christianisme libre, mais non moins élevé, non moins bienfaisant que l’autre, Il ignorait complètement les condamnations ecclésiastiques contre les sociétés secrètes, et jamais d'ailleurs, il n'avait mis le piel dans une loge. Un Jour, son colonel lui demanda de remplacer, pour le service du soir, tel officier convié à un dîner franc-maçonnique, Mais, répondit de Sonis, pourquoi ne In'a-t-on pas invité, moi aussi ? — Est-ce aue vous seriez franc-macon ? — Oui, mon colonel, et quel mal y a-t-il À cela ? — Allez y voir, dit le colonel très-étonné qu fuit. — Eh bien, J'irai et je verrai.
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Il y fat. La décoration de la salle, la disposition du couvert affertaient des formes mystérieuses et symboliques, Sonis s’étonna, sourit : ce n’était rien encore. Mais les discours commencèrent. Il y en eut un premier, un second, un troisième ; on y parla de la fin du règne des Superstitions, de Tavènement de la religion nouvelle, de l'émancipation des intelligences et des consciences. Sonis souffrait et attendait. On s’en prit au catholicisme, À ses mystères, à ses prêtres. Souis n’y tint plus ; se levant brusquement de table « Ah ca, Messieurs, dit.il, où Suis-je done tombé ici ? Mais c'est un piège ! On m'avait dit que la religion serait toujours respectée, et on l’insulte ! Vous n’avez pas tenu vos promesses, Je suis délié des miennes : Vous ne me reverrez plus— Bonsoir.” Et d’un geste, repoussar : ’ivement sa serviette, il sortit tête haute, en laissant tout ce criste monde stupéfait et irrité.