LIMOGES
Continuons à montrer dans notre héros ce courage chrétien qui va de l'avant et aime l'attaque. C’est à Limoges, où il est arrivé comme lieutenant, Laissons-lui la parole : “Un jour que pour Payer ce que je devais à l'esprit de corps, j'étais allé passer une heure au cercle des officiers, entouré de beaucoup de monde, je me trouvais adossé, un journal à la main, au chambranle d’une cheminée, tout près d’une fenêtre donnant sur la voie publique, lorsque j'entends de ce côté le bruit d’une sonnette qui tintait par intervalles. Il me vint en pensée que c'était le Saint-Sacrement qu’on portait À un malade. Allais-je m'agenouiller ? Resterai-je IA, debout comme tout ce monde ? Il y eut en moi, je l'avoue, un moment de combat. Mais soudain une pensée me traversa l'esprit : si ces gens-là voyaient passer leur chef de corps, leur empereur, leur drapeau, est-ce qu'ils ne salueraient pas ? Et quand c’est mon Dieu qui passe ! Allons donc ! Là-dessus je m'approche de la fenêtre, me disposant déjà À mettre les deux genoux en
terre. Mais, à déception ! en levant les yeux, que vois je ? C'était le vulgaire chariot de Je ne sais quel marchand ambulant, dont cette clochette hypocrite annonçait le passage. Le bon Dieu s'était contenté de ma bonne volonté, ?”
Et lui aussi, de Sonis, dut être content d'avoir rainceu le respect humain. D'ailleurs il lui fit une guerre acharnée, et ce fut sur ce terrain qu'il remporta ses plus brillantes victoires. Un jour, il entrait, à l'issue des vêpres, à l’église Saint- Michel, à Limoges, et remarquant que sa grande tenue de hussards attirait l’attention de tous, il se dit : Voyons, n’oseras-tu pas faire le chemin de la croix, ici, maintenant, devant cette foule ? Allons, à genoux, ne craignons pas. Aussitôt, il s'agenouille à la première station et continue Jusqu'à la quatorzième, sous les yeux des passants, La chose fuite, le brave lieutenant en ressentit un scrupule, “N’ai-je pas dépasssi la note ? Et pour ne pas montrer de faiblesse, ai-je pas fait parade de dévotion ? ” — TI] alla s’en confesser À sou directeur qui lui dit : Vous avez voulu briser en vous le respet humain ; c'est bien. Passe donc pour cette fois, mais ne recommencez plus.
Ce n’était pas seulement devant le peuple qu'il affichait ainsi ses croyances. Même en haut lien, il ne se cachait point de ses pratiques religieuses. Un jour, (il était alors général), il fut mandé auprès de M. Thiers, président de la République française, qui fat pour M. de Sonis d’une courtoisie obséquieuse... J'eusse été la plus agréable personne du monde, racontait celui-ci dès le lendemain, qu'il n'eût pas témoigné autour de moi plus d’empressement et de coquetterie, [L’en. trevue termina par une invitation à dîner : c'était un vendredi de carême, M. Thiers semblait ne pas même se douter que ce fût jour d’abstinence : le dîner était gras. Pendant le repas, s’apcrcevant que Sonis ne mangeait point il en témoigna d'abord gracieusement son regret ; puis enfin, en devinant la cause, et s’excusant, et sS'exclamant, il se mit À
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gronder sérieusement Mme Thiers, qui S'empressa de faire servir en maigre son brave convive. Celui-ci ’amusait beaucoup ensuite À peindre le désespoir vrai où simulé du vieux politique, inconsolable d'avoir commis un tel oubli envers Un homme qu'il avait tant À cœur de conquérir,