L'AFRIQUE
Une nouvelle phase de l'existence de Sonis s'ouvre main: tenant devant nous. Il est nomme Capitaine et envoyé en Afrique, où il passera une grande partie de sa vie, vie humble, obscure, immolée, faite de force end irante ct de devoir quand même, Pauvreté, privations, solitude, choléra, fièvres du pays, les épreuves S'ajouteront anx épreuves pour tremper Son caractère au bénéfice des batailles qu'il devra livrer. C’est là qu'il va déployer tout son conrage, en Inôme temps Qu'il montrera dans le gouvernement de ses troupes une intégrité et une douce fermeté qui le feront aimer de tous. Qu'il s'agisse de l'expédition de la Kabyie,où il doit donner l'assaut à une véritable forteresse de Montagnes dont on avait fait los approches par des luttes sanglantes et dont la conquête devait couronner l'œuvre de vingt-sept années de combat : ou qu'il s'agisse de mettre fin anx incursions et aux éruautés des tribus marocaines et de s'engager dans cette contrée lointaine où le choléra fait de profonds ravages et qu'on finit par soumettre, grâce au courageux assaut du Col de Aïn-Taforalt : qu'il doive en qualité et au titre de commandant supérieur, réprimer l'insurrection de Djelfa, où les Arabes vont massacrer les chrétiens,et pour arriver à temps. iranchir en quatre heures une distance de trente-six lieues : que désavoné par le gou-
verneur, il se voit destitué de son commandement et obéisse sans s'expliquer, par pur esprit de discipline et en disant que l’obeissance militaire ne se discute pas ; qu'il entre en eumpague contre les Chambaas de Methïli, et cela par deux fois.
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réussissant à atteindre le bivouac du chef ennemi, qu’il poursuit sans trève et met, pour quelque temps du moins, dans impossibilité de nuire, recevant pour ce fait d'armes la rosette d’officier de la légion d'honneur ; enfin, que dans le célèbre combat d’Aïn Madhi la savante tactique du commandant, son Calme, son intrépidité, aient eu raison des brillantes charges des Arabes, et lui aient mérité cet éloge officiel : Le colouel de Sonis vient de se couvrir de gloire—toujours et partout c’est le même soldat que nous admirons, entreprenant dans l'attaque, endurant dans la souffrance, faisant bon marché de cette vie qu’il a consacrée au service de son pays, ne se laissant ni abattre par la disgrâce, ni enorgueillir par le succès, mais trouvant dans le devoir accompli l'honneur de sa Conscience et la récompense de son héroïsme.
Le combat d’Aïn-Madhi, raconté par les journaux d’Algérie et de France, ouvrit à M. de Sonis la porte de la renommée. L'empereur envoya en présent au vainqueur la vie de César qu’il venait de publier. Eufin, le commandant supérieur de Laghouat recevait le brevet de colonel du 6e Regiment de chasseurs, le 26 février 1869.
Mais, bien plus que les revers, les succès avaient la puissance de le détacher de ee monde et de le rattacher À Dieu. “ Plus je vis, écrivait-il, et plus mon cœur s’isole des intérêts de ce monde, auquel je ne tiens en toute vérité que par mes affections de famille, et par quelques relations’ sûres que vous connaissez en partie. Et dans une autre lettre Je suis à Dieu de plus en plus, et comme disait le P. de Ravignan, non senlement jusqu’au cou, mais par dessus la tête. Lorsqu'on se met À aimer Dieu, on ne peut point l’aimer assez. Malgré cela je suis toujours le serviteur inutile, ?”
En voyant cette Âme monter À de telles hauteurs, la pensée ne vient-elle pas qu’elle est mûre pour un sacrifice prochain, et que Dieu l’achemine ainsi vers un terme inconnu
purlans ette bre ant, tes
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qui sera plus près de son cœur, plus près de sa croix? (1)
C’est au spectacle de ce sacrifice que nous allons assister, C’est vers ce but inconnu que nous allons nous diriger avec lui,sûrs d’avance que nous nous trouverons en présence d’une âme qui ne marchandera pas avec le sacrifice, et qui ira jusqu’au terme sans défaillance, Si A ce terme elle trouve une croix, elle l’embrassera avec effusion, sûre d'avance, elle aussi, qu'au haut de cette croix, elle trouvera l'amour, et par l'amour et avec l’amour, la paix, le triomphe et l’immortalité,
2e PARTIE
Nous voici done arrivés à cette douloureuse période, que dans leur tristesse nationale les Français ont appelée l’année terrible. Oui, elle fut terrible en malheurs, mais héroïque tout de même en sacrifices — ct n’y aurait-il À saluer que la vaillance des de Sonis, des de Charette, des de Verthamon, des Bouillé, des Ferron, que ces uoms, dont l'écho retentit €ncore à nos oreilles comme une fanfare de triomphe, suffirait à proclamer que la France sait rester glorieuse, jusque dans ses plus mortels désastres.
Nommé coup sur coup général de brigade, général de division, commandant du 17e corps d'armée, Sonis comptait dans ses effectifs les deux bataillons des Zouaves pontificaux, sous la direction du colonel de Charette.
Charette, zouaves pontificaux, n’est-ce pas toute une épopée que ces noms rappellent ? Viterbe, Monte-Rotundo, Mentana, Castelfidardo, et les héroïsmes que ces batailles ont suscités, et les morts qu’elles ont couchés dans un linceul d'honneur, et les vivants qu'elles nous ont gardés pour l'exemple des générations suivantes, tous ces souvenirs nous restent et resteront comme ceux d’une chevauchée brillante
et douloureuse, fantastique comme un rêve et réelle comme
(1) Mgr Baunard,
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du sang, née et mise en marche pour la défense des droits du Saint-Siège, et cette campagne finie, remise en marche pour la défense des intérêts du pays.
Le Canada parmi toutes ses gloires comptera à jamais celle d’avoir donné de ses fils À cette sainte ause, et si les survivants de ces grandes jonrnées se font de plus en plus rares, le souvenir ne s’affaiblira ni dans votre histoire, ni ‘dans votre cœur, car dans l’une comme dans l’autre il est écrit en glorieux et ineffiçables caractères.
C'est la veille de la lugabre Journée dun 2? décembre 1870 Les troupes de Sonis se dirigeaient vers Patay—c'està-dire vers l'endroit où tonnait le canon. ‘ Marcher au canon ? c'était l’ordre sommaire qui réglait cette colonne. Sonis l'avait recu de Tours la veille et le général tressaillit À ces appels sauvages que sonnait la poudre dans ses rauques instruments, car le canon qui éclate produit plus qu’un bruit : il a comme une voix qui insulte et qui supplie, qui menace et qui gémit. (1)
Pendant cette marche, Sonis, infatigable et fougueux en apparence, las pourtant dans son cœur, oppressé par lPimminence des faits qui pendaïient alors sur notre histoire, anxieux de ce champ de bataille où il ne s'agissait plus d’une lieue arrée de terrain, mais bien de toute la terre de France, il ne parlait qu'à son Dieu de tant de tristesses, et se confiant à lui en de doux colloques, il lui demandait la consommation totale du sacrifice et la prompte occasion d’une mort de soldat.
Tout-à-coup la canonnade cessa de battre ses oreilles. II s'arrête, et fait camper ses hommes dans le village de Saint- Péravy. La nuit opaque était tombée, la campagne désertée et la troupe frileuse se taisaient également antour de lui—pas
(1) L'Assaut de Loigny ; Avenue des Deux-Montes, 1894.
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un bruit de la terre n’empôchait de monter à Dieu la prière de ce soldat. C'était la veillée d'armes du héros chrétien.
2 Décembre—2 heure: du matin.—Dans une sacristie de village, un dominicain, aumônier des zouavos pontificaux, (1) revêt les ornements sacrés, et par une providentielle coïneidence, le célébrant s’'aperçut que pour obéir aux règles liturgiques de son Ordre, il devait dire la messe du Sacré Cœur. Vers la fin de la messe, le Père tenant d’une main le ciboire et le protégeant de l’autre, faisait majestueusement face aux fidèles, Il vit la Sainte Table occupée tout entière, Sonis étant à la droite par devoir d'exemple plus que par droit de priorité. [les vit, et frappé d'une évidence intime et souveane, il comprit par leur seule présence que ces hommes allaient mourir. Il marcha vers eux sacerdotalement, et il leur distribua le Dieu de vie, disant d’une voix sccentuée et décroissante qui se perdait dans un murmure : Corpus Dominti nostri Jesus Christi custodiat te in vitam wternam. (2)
Après l’action de grâces, l’ordre fut donné aux troupes de se mettre en route pour Patay. LA, on entendait le bruit formidable de la bataille engagée depuis le matin, quand un simple sous-officier remit À Sonis un billet de Chanzy qui lui disait : Nous sommes vivement engagés À Loigny : venez À notre secours, M. de Sonis venait d'entendre l'appel au dévouement ; l’heure de l’immolation sonnait pour lui.
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Loigny était le point de résistance le plus important, Dès D le 27 novembre, les ennemis avaient organisé ce village pour
la défense. Ils avaient dû l’abandonner dans la nuit du ler
(1) Le R. P. Doussot, actuellement aumônier des Dominicains de Prouille. (2) L’Assaut de Loigny.
au 2 décembre, et il s'agissait pour nous de le tenir jusqu’à la dernière extrémité. Les braves soldats du 27e l’occupaient depuis midi, mais il fallait se hâter de les joindre ct de les secourir, Ce fut alors que Sonis se lança au galop de son cheval sur sa réserve d'artillerie, où il avait placé ses zouaves, son bataillon sacré, comme il les appelait. Mon ami, cria-t-il À Charette, amenez-moi un de vos bataillons. Puis s'adressant aux zouaves : Suivez-moi, leur dit-il. Montrez ce que valent des hommes de cœvr et des chrétiens.” Un eri d'honneur s'échappa de ces nobles poitrines. Tous voulaient courir À la mort. Mais le général n’en prit que trois cents.
Il était quatre heures et demie. Le jour tombait. La bannière du Sacré-Cœur était déployée, on la voyait de par tout. C'était électrisant ; et il y avait un tel entrain dans cette petite troupe qu’un moment on eut réeilement l’espoir du triomphe. Mais bientôt, raconte Sonis, nous fûmes accucillis à bout portant par un feu de mousqueterie très-violent, et beaucoup des nôtres tombèrent pour ne plus se relever.Je restai à la tête des zouaves pontificaux qui faisaient une résistance héroïque. Je ne voulais point me déshonorer en abandonnant ces trois cents hommes qui marchaient derrière moi, et qui ne m'auraient jamais pardonné ce crime. Hélas ! de ces trois cents hommes,cent quatre-vingt-dix-huit tombèrent devant Loigny, et avec eux dix des quatorze officiers qui les commandaient. La plupart de ces héros tombèrent À mes côtés. Moïi-même je fus blessé à la cuisse d’un coup de feu tiré à bout portant. Je n’eus plus la force de tenir mon cheval, et je criai à mon ordonnance : Mon ami, prenez-moi dans vos bras. C’est fini pour aujourd’hui.
Oui, ils étaient tous tombés, et le généreux Henri de Verthamon qui avait eu le glorieux privilège de porter le drapeau du Sacré-Cœur, et le capitaine Bouillé, le père, après
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