ARRETE
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avoir donné à son fils l'exemple du courage qui ne cède que devant la mort, et le pauvre Fernand de Ferron qui, depuis une heure, rampait, cherchant la chaleur d’un corps, quand le hasard de cette agonie errante, le condnisant près de Sonis, avait à la fin abattu le front du soldat sur la poitrine du général, et le jeune commandant de Bronssures qui tout à l'heure avait dit à de Sonis : # Mon général, que vous êtes bon de nous mener à pareille fête”, et qui,à cette minute, gisant sur le sol, poussé du pied par on soldat allemand et assommé d’un coup de crosse,exhalait dans son dernier souffle le nom d’une fiancée. Une vie double allait finir avec lui, «ur n'est-ce pas la loi souscrite pur tons les nobles cœurs qne ceux que nous aimons meurent vraiment avec nous, et que ceux que nous laissons sur la terre, dépossédés par nons de leur être, flottent vides au hasard des jours, pauvres Âmes épaves marquées encore à notre nom ?
C'en était fait : les zouaves pontificaux avaient échoué. Mais, dit un historien, quant au résultat de la bataille totale et suivant le jugement que la génération présente peut prononcer, ils avaient réussi: la demi-heure précieuse qu'il fallait gagner, était conquise et payée de leur sang ; les Bavarois s’arrêtaient à Loigny ; le 16e corps couchaît sur ses positions. Plus encore, la victoire allemande restait grosse d'une revanche française. Car la question débattue ce jour-là pur les armes étant ramenée le soir aux termes du matin, le confit demeurait pendant ; il devenait cette menace et cette énigme que l’un et l’autre peuple sentent aujourd'hui encore peser mystéricusement sur leur avenir, ?
A dix mètres en deça du bois où avaient combattu les zonaves, le général de Sonis gisait encore, le dos contre sa selle, dans la posture où son officier d'ordonnance l'avait
laissé. Sa tâche était achevée : il déposait son commandez
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ment avec ses forces, et il espérait que la mort secourable ne tarderait pas à venir, Des ambulanciers ennemis-parurent, mais Sonis se tut fièrement, ne voulant pas de remèdes allemands sur une blessure allemande.
“Alors ce fut la nuit lugubre et mortusire, Le ciel obscur tombait en neige, neige d’apaisement et d’ensevelissement, Minuit sonna comme un glas au clocher de Loigny, et Île temps continua de s'écouler, et les vies de s'enfuir, Deux ombres approchèrent de Sonis qui reconnut sur elles luniforme des zouuves. Ils voulaient entendre parler de leur Dieu, Et le saint leur rappela quelle grâce vient d’en haut à l'effort qui vient d'en bas, les délices de la bonne action, les ineffables joies du sacrifice ; il leur révela quels biens invisibles avaient enrichi sa propre vie d’obéissance et de pauvreté.”
“Tout À coupil se fit au milieu des nuages une blancheur sarnaturelle et de la lumière qui éblouissait, et plus beîle qu'aucun rêve humain n'aurait pu la concevoir, une forme de femme s’épanouit duns la grâce virginale et dans la splendeur maternelle : Sainte Vierge, est-ce vous ? demanda-t-il, Elle ne répondit pas, mais elle descendit davantage. Elle vint 1à comme elle était allée au calvaire ; et souriante à son extuse, salutaire À ses douleurs, elle s'arrêta dans la pose qu’on prête aux statues de Lourdes, en étendant vers lui des mains transparentes. [la reconnut, l'Etoile de la mer, radieuse sur cet océan de désastres où l’armée de France avait naufragé ; il la salua, la Porte du Ciel, si claire sur la auit si profonde, et longtemps ils conversèrent, dialogue indicible, communion mystérieuse — et quand au lever du soleil la vision disparut, Sonis comprit qu'il devait vivre : dans un atroce effort qu’il tenta pour se mouvoir, il sentit à côté de sa jambe droite rompue, sa jambe gauche inerte et glacée. Telle lui parut sa part d'avenir, qu’il ne marcherait plus ici-bas, et qu’il se traînerait sur des béquilles jusqu’au tombeau. Maïs n’envisageant pas les misères futures, et ne demandant à Dieu que le courage
quotidien, il se signa et fit comme un enfant sa prière du matin, ” (1)