LA FRANCE ET LA TURQUIE PENDANT LA RÉVOLUTION
Le dernier ambassadeur de la monarchie : Choiseul-Gouffier. — Sémonville est refuse par la Porte. — Mission de l'agent Daubry. — ■ Marie Descorclies, sa situation à Constantinople. — Questions religieuses. — Nomination de Verninac. — Son optimisme, son traité d'alliance. — Les affaires russes. — Négociations pour l'entrée de Dubayet. — L'arrivée à Péra.
Avant de pénétrer dans Stamboul avec le général Aubert-Dubayet, il paraît nécessaire de jeter un coup d'œil en arrière afin de se rendre compte de la situation politique que l'ambassadeur allait trouver.
Il faut d'abord se rappeler que l'alliance séculaire de la monarchie française avec la Sublime Porte avait eu à l'origine, comme but principal, de s'opposer aux envahissements en Orient de la puissante maison d'Autriche, notre constante ennemie à partir du seizième siècle. Or, depuis 1756, la France et l'Autriche s'étaient rapprochées et cette nouvelle orientation de la politique française avait été consacrée par le mariage de Louis XVI avec une archiduchesse.
D'autre part, la Turquie n'avait pas été soutenue dans sa lutte contre Catherine II et le désastreux traité de Kaïnardji, signé en 1774, avait ouvert à la Russie la navigation dans la mer Noire. Tous ces
événements de la fin du dix-huitième siècle et la politique de bascule suivie par les ministres de Louis XVI, avaient notablement diminué l'influence de la France en Orient. L'alliance ancienne subsistait encore en 1789, mais n'avait plus la même raison d'être, puisqu'elle n'avait pas empêché les empiétements des ennemis de la Turquie. Il faut du reste ajouter que les derniers ambassadeurs de la monarchie, le comte de Saint-Priest et surtout le comte de Choiseul-Gouffier, n'avaient pas su lutter à Constantinople même, contre les elTorts diplomatiques de l'Autriche et de la Russie.
Choiseul-Gouffier passait à Versailles pour un homme d'esprit et de valeur. Il était, depuis 1776, membre de l'Académie des inscriptions et, depuis 1784, membre de l'Académie française; il avait longuement voyagé en Grèce et publié, en 1782, le récit de son voyage; causeur agréable, protecteur attitré des écrivains, il était lié avec l'abbé Barthélémy et le poète Delille et fréquentait assidûment les salons de la princesse deLamballe et de Mme de Polignac. Tous ces titres, assez peu diplomatiques, l'avaient fait désigner à la fin du règne de Louis XVI pour l'ambassade de Constantinople. Le représentant du roi s'était montré plus érudit que diplomate et s'était beaucoup moins intéressé aux détails du commerce dans le Levant et aux empiétements de la Russie qu'aux fouilles des savants en Asie Mineure ou en Grèce. Aussi était-il, depuis longtemps déjà, extrêmement attaqué, lorsque M. de Lessart, ministre des Affaires étrangères, avait décidé son remplacement, au commencement de
1792. M. de Mousiier fut d'abord désigné. Puis, quand Dumouriez arriva au ministère, on songea à M. de Sémonville, l'ancien ami de Mirabeau. M. de Chalgrin, nommé en même temps premier secrétaire, reçut l'ordre de précéder à Constantinople le nouvel ambassadeur et d'assurer provisoirement le service.
Mais M. de Choiseul-Gouffier tenait à sa place. Il avait longtemps espéré le poste de Londres si les circonstances le forçaient un jour à quitter le palais de Péra. Ses amis avaient même tenté, en 1791, de le faire appeler au ministère en remplacement de M. de Montmorin (1). Aucune compensation ne lui étant offerte en 1792, il voulait absolument rester à Constantinople. Pour cela, il était nécessaire d'empêcher ou tout au moins de retarder l'arrivée du marquis de Sémonville.
Celui-ci, né en 1759, avait été nommé conseiller au Parlement de Paris en 1788. Il avait fait de l'opposition à la cour au début de la Révolution tout en gardant la faveur du roi, et avait négocié le rapprochement de Mirabeau. Il s'était ensuite entremis auprès des Girondins en 1791. Mais ses opinions s'étaient depuis lors fort accentuées et il avait eu l'occasion d'en faire parade pendant une mission à Gênes. Quelques mois avant sa désignation pour Constantinople, la cour de Turin avait refusé de le recevoir comme représentant du roi et l'avait même fait arrêter à Alexandrie par le gouverneur (2). Cet
(1) Lettre du 7 juin 1791. Le comte de Vaudreuil au comte d'Ai'tois.
(2) Lettre de Joseph de Maistre, du 27 avril 1792, citée par le
incident avait fait naturellement grand bruit dans les milieux diplomatiques. Choiseul en était informé et sut intéresser à ses projets les ministres étrangers accrédités à Constantinople. Le 8 août 1792, des notes très fermes furent remises par les ambassadeurs de Naples, d'Autriche et de Russie au reïs effendi. Elles demandaient à la Porte de suivre l'exemple donné par la cour de Turin et de refuser d'accepter la nomination de Sémonville (1). Grâce à toutes les intrigues suscitées par Choiseul et surtout à l'intervention haineuse de M. de Ludolf, envoyé de Ferdinand de Naples, le reïs effendi s'était laissé persuader et avait fait connaître officiellement que la présence du nouvel ambassadeur de Louis XVI serait très mal vue par Selim IIL
Sur ces entrefaites, M. de Chalgrin, premier secrétaire, était arrivé à Péra vers le milieu d'août, et, quelques jours plus tard, la révolution du 10 août et la chute de la monarchie avaient été annoncées. Clioiseul-Gouffier se barricada alors dans son palais pour attendre les événements prévus « c'est-à-dire l'entrée probable des coalisés à Paris et la restauration du trône (2) » .
Mais les dépêches suivantes annonçaient Valmy
mai-quis Costa de Beauregard, Un homme d'autrefois, cliap. v. Soinonxillc iïit plus tai-d .sénateur de l'Empire, puis jiair de France en 1814. Il avait épousé Mlle de Rostain, veuve en premières noces du comte de Montliolon. Le général de Montliolon fut son beau-fils. Une de ses helle-fiUcs épousa le général Joubert en 1799, peu avant Novi, pviis, en deuxièmes noces, le général Mac Donald.
(1) Voir le texte de ces notes dans les Mémoires tirés des papiers d'u7i homme d'Etat. Voir aussi La mission de Sémonville à Constantinople, par Georges Grosjean.
(2) Choiseul-Gouffier, par M. Léonce Pingaud.
et la proclamation de la République. Choiseul et Chalgrin ayant déclaré qu'ils voulaient continuer à remplir leur mission au nom du roi, les principaux Français de la colonie (la « Nation h), qui acceptaient avec joie le nouveau gouvernement, décidèrent de ne plus reconnaître les pouvoirs de l'ex- ambassadeur et de son secrétaire! La « Nation » se groupa derrière un jeune homme fort intelligent, Emile Gaudin (1), instigateur de cette petite rébellion, et le drogman Fonton fut chargé de défendre provisoirement les intérêts français (2).
M. de Choiseul-G ouf fier avait donc été contraint d'abandonner son palais. Il s'embarqua à la fin d'octobre pour Varna et, delà, gagna Bukarest, puis la Russie, où il devait rester dix ans. En partant, il avait cherché à rendre difficile la tâche de ses successeurs. On lit dans un rapport présenté plus tard au Directoire (3) : « En quittant Constantinople et cessant ses fonctions d'ambassadeur français, Choiseul-Gouffier joignit la bassesse à la perfidie. Il dépouilla le palais de France de tout son mobilier et y causa beaucoup de dégradations. On présume qu'il aura, en même temps, enlevé des archives et de la chancellerie les papiers les plus importants.
(1) Gaudin était de pas.^age à Constantinople. FiLs d'un commis aux Affaires étrangères, lieau-fils de Sémonin, garde du dépôt des archives, il se destinait à la carrière diplomatique et voyageait en Orient depuis plusieurs années pour apprendre le turc.
(2) Fonton prit d'abord une assez grande influence. Mais ce drogman levantin était surtout un homme d'affaires. Il passa bientôt au service de l'ambassadeur russe, qui lui avait offert de meilleurs gages.
(3) Rapport présenté par Delacroix le 6 messidor an V (24 juin 1797).
Mais ce qu'il y a de plus révoltant, c'est qu'il enleva les dépôts de la chancellerie à laquelle il avait la haute main comme premier administrateur. Malheureusement ces dépôts étaient considérables et appartenaient presque entièrement à des pupilles et à l'hôpital de la Nation. . . »
Quelle que soit l'exagération de ces accusations, il est évident que Choiseul-Gouffier quitta Constantinople dans de fâcheuses conditions (1) et que son rôle, pendant les dernières semaines de son séjour, fut très peu patriotique. Du reste, il fut décrété d'accusation par la Convention et forcé de rester à l'étranger. Des pièces interceptées par des cavaliers de Kellermann, en octobre 1792 — après Valmy — avaient en eflet été adressées à Paris et avaient prouvé la part active prise par Choiseul pour la nonacceptation de Sémonville. Le rapporteur du Comité diplomatique, Hérault de Séchelles, avait pu également prouver qu'une correspondance secrète existait depuis longtemps entre les princes émigrés et l'ambassadeur (2).
Après le départ de Choiseul, M. de Chalgrin était resté à Constantinople comme « représentant du roi » . Mais les affaires de France ne furent dès lors traitées par aucun diplomate accrédité. De l'ancienne ambassade, il ne restait qu'un jeune drog-
(1) Le fait de l'enlèvement de.s meubles de l'ambassade est exact. Le mobilier fut transporté dans une maison de campagne où Choiseul demeura jusqu'à son départ. C'était une mesure prise pour gêner le futur représentant du nouveau gouvernement, et rien que cela. Mais cette mesure dénote un singulier état d'ùme.
(2) Rapport du citoyen Hérault à la Convention. A. N., A. D., XV, 39.
man, Dantan, et la République n'avait comme porteparoles auprès de la Porte qu'un représentant sans mandat, le Levantin Fonton !
Ne renonçant toujours pas à imposer M. de Sémonville, qui s'était posé en personnage indispensable, la Convention se décida, à la fin de janvier 1793, à faire partir un envoyé chargé d'une mission spéciale, Marie Descorches. Cette décision fut annoncée à Barthélémy, ambassadeur en Suisse, et au chargé d'affaires à Venise. Descorches devait voyager sous le nom de Daubry et était représenté comme un négociant que ses affaires appelaient dans le Levant.
Daubry passa par Bàle, où il vit Barthélémy, gagna Venise, s'embarqua pour Raguse et arriva le 19 mars à Trawnik, capitale delà Bosnie. Le pacha refusa alors de le laisser continuer sa route et le garda pendant deux mois à Trawnik. L'agent français ne put repartir que le 18 mai et ne se présenta aux portes de Constantinople que le 7 juin 1793.
D'abord très médiocrement accueilli (1), il réussit pourtant, malgré l'opposition des ministres étrangers, à se faire accepter au mois de juillet comme agent ojficieux de la République. Un secrétaire d'ambassade, Hénin, était venu le rejoindre. Mais ce ne fut qu'en septembre que la première audience officielle fut obtenue.
(1) Voir au .sujet de l'an'ivcc de Descorches le mémoire portant la date du 24 janvier 1796 (A. E. Mémoires et Documents. Tui'Cjuie. 15-167) et les études de M. AnL.\RD sur La diplomatie du premier Comité de salut public, dans la revue la Bérolutiou, 1890.)
Hénin résidait à Venise et était parti sur l'ordre de la Convention lorsque « Daubry » avait été retenu à Trawnik par le pacha à partir du 19 mars. Arrivé le 23 juillet, après celui qu'il devait suppléer, le secrétaire trouva la place prise, ne put jjouer le rôle qu'il espérait et suscita mille ennuis à l'agent officieux de la République. AvecunFrançais de Péra, Chénier, il fonda un club jacobin (!!) et la « Nation » se divisa dès lors en deux camps. Soutenu par Emile Gaudin (1), Descorches se défendit vaillamment. Mais ces querelles étaient déplorables et faisaient le plus grand tort à la France en Orient. Informée par les délations de Hénin, la Convention envoya un commissaire enquêteur, Dubois-Thainville, qui donna amplement raison à Descorches.
Pendant que ces incidents se déroulaient, M. de Sémonville, enfin agréé par la Porte (2), avait quitté Paris, en juillet, avec Maret, nommé luimême auprès de la cour des Deux-Siciles. Les deux ambassadeurs devaient aller ensemble jusqu'à Naples où Sémonville se serait embarqué sur un
(1) Emile Gandin avait pris une certaine influence après le départ de Choiscul-Goulfier. Il remplissait les fonctions de secrétaire de Descorclies sans avoir été nommé en titre à l'ambassade.
(2) L'ambassadeur napolitain, M. de Ludolf, avait joué le rôle principal, avec Clioiseul-Goufficr, pour le refus fait en 1792. L'ingérance napolitaine servit de prétexte à une démonstration navale faite le 17 décembre 179â par l'escadre de Latouche-Tréville. (Voir l'étude sur Ca.xclau.x, I.) Naples s'engagea à renvoyer Ludolf et à reconnaître la République. L'acceptation de Sémonville par la Porte ne fut cependant connue qu'au mois de juin 1793 à Paris, plusieurs mois par conséquent après le départ de Descorches pour l'Orient.
vaisseau de guerre pour gagner les Dardanelles Malheureusement, Maret et Sémonville furent faits prisonniei;^ à Novale par les Autrichiens le 24 juillet (l).Descorches, qui était à Constantinople, fut donc officiellement nommé chargé d'affaires, — sous son vrai nom — et il remplit ces fonctions pendant près de deux ans.
Parmi les diplomates de la fin du dix-huitième siècle, ce Descorches reste une figure originale et curieuse. Lui aussi, pourrait, à la rigueur être compté parmi les soldats ambassadeurs .
Son père s'appelait Henri d'Escorchès et s'intitulait seigneur de Sainte-Croix et de Mesnil-Defray. Sa mère était une d'Osmond. Le jeune Marie-^envi- Louis d'Escorchès, né en 1749, à Sainte-Croix, dans le Perche, avait débuté dans l'armée royale en 1766 et avait obtenu de bonne heure le grade de colonel, en 1780. Aimant les voyages, il était alors entré dans la diplomatie et avait résidé à Liège et à Varsovie.
Revenu en France en 1789, il s'était rallié avec ardeur aux idées nouvelles et, en 1792, avait songé à reprendre son ancien métier de soldat. Il avait
(1) Sur leui' captivité, qui dura trente mois, voir le rapport présenté par Quinette au Conseil des Cinq-Cents {Moniteur du 4 ventôse an IV-25 février 1796) et l'article paru dernièrement dans le Carnet historique.
Sémonville et Maret furent éciiangés, en même temps que Beurnonville et quelques députés livrés par Dumouriez, contre la personne de Madame Royale, fille de Louis XVI.
même obtenu à ce moment le grade de maréchal de camp (1). Mais il s'était éloigné de l'armée depuis douze ans. Ne possédant plus l'activité nécessaire pour faire la guerre, il eut le bon esprit de rester diplomate et offrit ses services à la Convention. Le Comité l'avait alors chargé d'une mission à Varsovie en novembre 1792, puis, comme nous l'avons vu, l'avait désigné, à la fin de janvier 1793, pour Constantinople.
Aussitôt qu'il fut toléré puis reconnu parla Porte, Descorches se posa en républicain exalté et, afin de relever le prestige de la France, fit célébrer à Péra par des fêtes bruyantes les victoires remportées par les armées. Les Archives nationales ont gardé trace d'une de ces fêtes, célébrée en mars 1794 : le signal fut donné par vingt et un coups de canon tirés à bord du seul vaisseau français présent dans la rade; des chœurs entonnèrent l'hymne des Marseillais de Rouget de l'Isle; et la fête se termina par des rondes bruyantes autour d'un grand arbre de la Liberté. Ces fêtes « patriotiques » étaient inoffensives; mais Descorches eut la coupable faiblesse de laisser chanter en sa présence des couplets en l'honneur de la guillotine! Il rêva même, dit-on, de « républicaniser » Stamboul !
Malgré ces exagérations aussi choquantes qu'odieuses, le représentant de la Convention fut cependant traité avec une certaine sympathie par les
(1) Certaines pièces officielles, datées de Constantinople, portent l'cn-tétc suivant : « Marie Descorches, maréchal des camps et armées de la République française, son envoyé extraordinaire prùs de la Porte Ottomane, etc. » (A. E. Turquie. Supplément, 23, f' 14.)
ministres turcs. « La Porte n'était pas mal disposée — dit le baron Fain (1) — car, dans la Révolution, elle n'avait vu que les supplices et les victoires. On avait compté sans horreur les tètes tombées. Dès qu'un ministre s'est présenté, les relations, telles du moins qu'il est permis d'en avoir avec les Turcs, se sont rétablies sans difficultés. »
Descorches avait su profiter de ces dispositions sympathiques de la Porte et, pour se faire bien voir, avait distribué avec adresse... les objets d'art dont il pouvait disposer. « L'agent français — dit méchamment et peu véridiquement l'historien allemand M. de Sybel — trouva tant de gens bien disposés pour la France et tant de mains ouvertes dans le Divan, que, quelques mois après son arrivée, il avait distribué pour plus de quatre millions d'or et de diamants. Il avait obtenu en retour l'assurance réitérée qu'on commencerait au plus tôt la guerre contre l'empereur ou du moins qu'on s'y préparerait par de sérieux armements. »
Ce beau chiffre de quatre millions, s'il était exact, ferait, en vérité, grand honneur aux finances de la République française à la fin de 1793. Ce qui paraît certain cependant, c'est que le Comité diplomatique de la Convention avait compris la nécessité de faire des sacrifices pour obtenir quelques concours. Sur la demande de Descorches, une mission militaire fut désignée; on expédia à Constantinople
(1) Manuscrit de l'an III.
tout un matériel d'imprimerie qui avait été réclamé; enfin, de nombreux cadeaux furent envoyés de Paris. Un bijoutier à la mode^ Ménière, fut même chargé de clioisir parmi les richesses des anciennes maisons royales, divers objets « appropriés au goût des Turcs (1) ».
Le but apparent de l'envoi de la mission militaire était évidemment de former des instructeurs pour l'armée turque (2). En outre, par sa présence même, la mission devait porter en Orient le renom des armées de la République et peser sur les déterminations ultérieures de la Turquie.
Or, nous avons dit que si l'alliance de la monarchie avec la Porte avait vu ses liens très relâchés sous Louis XYI, c'était surtout à cause du rapprochement des rois de France avec l'Empereur depuis 1756. Les deux puissances, — la France et l'Autriche, — étant de nouveau brouillées, ce fait même impliquait une reprise d'entente entre les anciennes
(1) A titre de curiosité, voici le détail de doux des envois laits pai- Ménière :
Premier envoi : Pièces d'orfèvrerie, lu.stres provenant du château de Brunoy, pendules en lyre, glaces, tapis de la Savonnerie.
Deuxième envoi : Douze montres sans repétition et leur.s cliaînes en or, vingt-quatre montres en argent et leurs chaînes, deux pendules à jeux de flûte, quatre lorgnettes achromatiques garnies d'or, trois couteaux à lames et manches d'or, six paires de ciseaux d'or, trois tabatières en or de couleur enrichies de diamants roses, neuf hoites d'or émailiées de diverses formes, emicliie.s de diamants.
(A. E. Turquie, vol. 192, f» 132.)
Ces envois passèrent par Vienne. Une partie fut volée et n'arriva par conséquent jamais à Constantinople.
(2) Parmi les officiers désignés était le fameux Polonais Sulkowski,qui devijit, eu 1796, aide de camp de Bonaparte en Italie.
alliées. Le moment était donc favorable pour chercher à entraîner la Turquie contre son ennemie séculaire.
Malheureusement, l'effectif de l'armée du sultan Sélim avait été bien réduit après les quatre années de la guerre soutenue contre la Russie. De plus, le trésor était vide. Aussi les ministres du Grand Seigneur ne purent-ils se décider à prendre parti. « Le Divan, sachant qu'une attaque contre l'Autriche amènerait immédiatement les Russes sur le champ de bataille, flottait indécis entre son ambition et ses craintes, sans pressentir quel dommage il attirait sur l'Empire par ses timides hésitations (1). »
Toute la politique turque de 1793 à 1796, politique que je ne puis qu'indiquer, se résume donc en deux points : désir d'être agréable à la République française en prenant part à la guerre contre l'Autriche; mais crainte d'une intervention de la puissante voisine russe. Donc, hésitations, promesses, démonstrations de sympathie, réceptions cordiales, et, finalement, lamentable statu quo. Rien ne ressemble plus à la Turquie du dix-huitième siècle que. la Turquie du vingtième siècle.
Dès son arrivée, Descorches eut aussi à s'occuper des questions religieuses, et, sous le règne de Robespierre, cela était particulièrement délicat. Alors, comme aujourd'hui, le signe le plus manifeste de notre prépondérance en Orient, prépon-
(1) Pélissier. La diplomatie française dans le Lecanl. (Manuscrit des A. E.)
dérance reconnue depuis le seizième siècle par les capitulations, était, aux yeux des Musulmans, le droit de protection exercé par la France sur les établissements religieux catholiques. Or, au commencement de 1793, avant l'arrivée de Descorches, plusieurs consuls, croyant faire preuve de zèle, avaient maladroitement déclaré que la République renonçait à cette protection jusqu'à nouvel ordre. Dans plusieurs Échelles, les religieux, « effrayés des extravagantes impiétés de la démagogie française, avaient eux-mêmes décliné volontairement la protection de la France et s'étaient mis sous celle de l'Espagne et de l'Autriche (1). » Ainsi avait agi la puissante association des lazaristes de Constantinople.
Dans ces affaires religieuses, l'envoyé de la Convention montra de la réserve et de la prudence et écrivit à la Convention des lettres fort sages, très courageuses pour l'époque. Sa conduite conciliante fut approuvée. Grâce à son tact, la Répubhque régicide et athée continua, aux yeux des Turcs, à remplir son rôle de protectrice des chrétiens d'Orient. Un des premiers actes de Delacroix, nommé ministre en 1795, fut d'ailleurs de régulariser cette situation. Le Directoire décida que la protection serait officiellement rendue aux établissements religieux qui la réclameraient.
Bien que fort discuté par la partie de la colonie que menaient Hénin etChénier, Descorches réussit,
(1) Manuscrit de Pélissier, déjà cité.
en somme, assez bien à Constantinople. Mais les ministres étrangers à Péra avaient profité des discussions de la « Nation » pour chercher à discréditer le chargé d'affaires de France. Enserré par les intrigues de tous, dénué de moyens pécuniaires, le malheureux diplomate était en outre fort attaqué à Paris. Et cependant, le 25 août 1794, Kotchoubey, ambassadeur russe, constatait le succès de Descorches en écrivant au comte Vorontsov : « Les ministres turcs sont trop jacobins et montrent de la partialité pour les ministres français. »
Après le 9 thermidor (27 juillet 1794), le nouveau Comité de salut public jugea qu'il était utile d'envoyer en Turquie un véritable ministre plénipotentiaire. Les opinions exaltées de Descorches paraissant excessives après la chute de Robespierre, on décida de le remplacer par un diplomate moins combatif. Verninac, précédemment ministre en Suède, fut choisi, mais ne rejoignit d'ailleurs son poste qu'au mois d'avril 1795. Après avoir attendu son successeur, Descorches quitta Constantinople le 6 mai.
Raymond de Saint-Maur de Verninac appartenait à la carrière diplomatique depuis 1792. Né en 1762 à Cahors. il avait passé sa jeunesse à Paris, faisant des vers et des mots d'esprit. Fort instruit, d'intelligence fine et déliée, c'était bien plutôt un littérateur qu'un homme d'action, contrairement à Descorches. Il écrivait facilement, trop facilement
même. Aussi les dépêches officielles envoyées pendant sa mission sont-elles d'une longueur démesurée. Verninac y délaye ses idées, les répète, y revient encore. Malgré quelques aperçus intéressants, sa volumineuse correspondance donne une grande impression de lassitude.
Au moment de la nomination du représentant de la Convention, un nouveau partage de la Pologne se préparait depuis quelque temps et les premières instructions remises par le commissaire des Relations extérieures Miot, au nom du Comité, prescrivaient de pousser la Turquie à empêcher cette injustice. « C'est une question d'existence pour la Turquie (disaient les instructions), car la Pologne partagée, les puissances copartageantes se tourneront vers l'Empire ottoman et c'est aux dépens de cet empire qu'elles chercheront désormais les compensations des défaites que leur aura infligées la France. » Verninac devait agir énergiquement à Constantinople, tandis qu'un envoyé secret, Stamaty, se rendrait à Jassy et à Bukarest avec mission d'exciter les Moldaves et les Valaques contre la Russie et de tâcher de les coaliser avec les Polonais.
Mais il était déjà trop tard pour obtenir l'intervention turque dans les affaires polonaises. Le sort de la malheureuse Pologne venait d'être décidé au moment de l'arrivée de Verninac à Stamboul. La part de chacune des trois puissances était déjà faite (i). D'un autre côté, la paix entre la France
(1) Le partage fut dccidc des le mois de janvier, mais le traité défluitii' ne fut signé que le 24 octobre 1795.
et la Prusse allait se signer à Bàle et l'Espagne se disposait, elle aussi, à quitter la coalition. On pouvait penser alors que leur exemple serait à bref délai, suivi par l'Autriche. Dans ces conditions, il eût été particulièrement grave pour la Turquie de prendre parti en faveur de la Pologne, contre ses puissants voisins I Les efforts que Verninac avait ordre de tenter ne pouvaient donc aboutir.
Très optimiste à son arrivée, l'envoyé français s'était cependant fait de grandes illusions et les avait ingénument racontées à Paris. Cet optimisme vaut d'ailleurs la peine d'être signalé, parce que nous le retrouverons chez Dubayet et Carra Saint-Cyr. Pendant cinq ans, nos ministres à Constantinople ont été presque constamment satisfaits de leur diplomatie et ont considéré comme des résultats les vagues promesses obtenues. Lorsqu'à la fin de 1795 il fut question d'envoyer Pichegru comme ambassadeur à Constantinople, le Directoire demanda à Descorches (rentré en France depuis quelques mois) d'établir un mémoire général sur la Turquie. Après un long exposé historique, Descorches concluait ainsi : « ... Les Turcs ont prononcé de bonne heure leur attachement à la République ; ce sentiment ne s'est jamais démenti même dans les plus grandes crises de la Révolution; ils désirent une- alliance; nous ne devons attribuer qu'à leur position très difficile et à la faiblesse de leurs moyens tout ce qu'ils n'ont pas fait de plus jusqu'à présent; ils avaient commencé à s'avancer vers nous lorsque je les ai quittés; leurs dispositions
étaient telles que, bien ménagées, elles devaient nous conduire à tout ce que nous avons à désirer d'eux; leur situation politique et militaire est loin, malheureusement, de rassurer sur leur sort, si, abandonnés à eux-mêmes, ils devaient soutenir seuls le choc d'une nouvelle guerre... » Ce mémoire résume toutes les dépèches diplomatiques envoyées de 1793 à 1798 : les Turcs sont nos amis, ils nous aiment, promettent tout ce qu'on leur demande mais ne feront rien et ne peuvent pas faire grand'chose.
Le seul succès réel remporté par Verninac visait une question d'ordre secondaire. Sur les instances du ministre, le Sultan décida, dans le courant de 1796, d'envoyer en France un ambassadeur extraor»dinaire, Esseid Ali effendi. Le Directoire avait réclamé cette désignation parce que le Grand Seigneur avait un ambassadeur à Londres. Le choix fait par la Porte fut annoncé à Delacroix le IG fructidor an IV (2 septembre 1796), mais le départ d'Esseid Ali n'eut lieu que l'hiver suivant, après l'arrivée de Dubayet.
Sur le terrain politique proprement dit, Verninac avait été moins heureux. N'ayant pu empêcher ni même faire ajourner le troisième partage de la Pologne en 1795, il avait tenté d'obtenir un traité d'alliance entre la Turquie et la Répubhque. Après plusieurs mois de laborieuses négociations, un projet fut approuvé par la Porte et envoyé à Paris en mai 1796. Mais l'alliance, telle que le Sultan la comprenait, eût été fort onéreuse. L'un des articles
secrets du projet transmis par Verninac, spécifiait en effet que cette alliance n'aurait pas d'effet contre l'Angleterre. Cette clause ôtait d'avance toute valeur à l'entente. Présenté au Luxembourg par Delacroix, le 9 messidor (27 juin 1796), le projet fut repoussé à l'unanimité (1).
Assez dépité lorsqu'il connut cet échec, le représentant du Directoire demanda alors un congé de longue durée. Il ne lui plaisait pas d'attendre indéfiniment Dubayet, nommé ambassadeur depuis le mois de février 1796. Personnellement très bien disposé pour Verninac (qui devait, peu après, j devenir son gendre), Delacroix le pria cependant
de rester provisoirement à son poste et lui dora la pilule : « La médisance, qui est à l'affût de tous les événements, ne manquera pas de présenter comme une disgrâce votre remplacement. J'espère qu'il vous suffira de savoir que le Directoire est très satisfait de la manière dont vous avez conduit les affaires (2)... »
Ce satisfecit n'était qu'à moitié mérité. Verninac avait rétabli l'ordre dans les Échelles, apaisé les querelles de la « Nation » (3) et préparé le terrain
(1) A. E., vol. 193, 444. — Barras (I, xi) écrit à propos de ce projet d'alliance : « Ce traité serait vraiment humble et ridicule de la part de la République. » En juin 1796, le Directoire ciiercliait du reste à se rapprociier de la Russie.
(2) A. E. Turquie, 193-208.
(3) Moins violent que Descorches, Verninac avait cependant voulu faire du zèle en détruisant au palais de France tous les emblèmes de la royauté. Delacroix lui écrivit à ce sujet le 25 brumaire an IV (15 novembre 1795) : « Je ne puis qu'approuver les mesures que vous avez prises de ne laisser subsister dans le palais aucun vestige qui pût rappeler le souvenir de la monarchie. Cette conduite confirme l'opinion que le Comité a conçu de
pour le nouvel ambassadeur. Mais la situation do la France en Orient n'était pas meilleure en septembre 179G qu'en avril 1795, malgré la grande impression produite par les victoires d'Italie (1). L'alliance espérée n'avait pu se conclure et la médiation turque pour terminer la lutte avec l'Autriche restait à l'état de projet très vague et lointain.
Du côté de la Russie aussi, les affaires restaient assez embrouillées. Les premières victoires de Bonaparte avaient non seulement consterné, mais exaspéré la vieille impératrice, qui s'était décidée, sur l'insistance de Thugut, à promettre à l'Autriche soixante mille hommes de renfort, commandés par Souvarov. L'Angleterre devait fournir les subsides. En même temps, Catherine II avait négocié un rapprochement avec la Suède (2). Le roi Gustave IV vint à Pétersbourg en août 1796, se prit d'une réelle affection pour la grande-duchesse Alexandra, petitefille de la souveraine, et demanda sa main. Les fiançailles solennelles furent fixées au 21 septembre.
votre patriotisme et de votre attacTiement à la Rc[mi)liqiie en vous nommant au poste important que vous occupez... Quant aux portraits que vous avez l'ait rouler et qui sont en dépôt dans le palais, vous voudrez bien les faire brûler en votre présence et en dresser procès-verbal dont vous m'en\ errez copie eertiJiée. Ce ne sont vraisemblablement que de uuiuvaises copies qui n'intéressent en rien la gloire des Beaux-Arts. Si vous en jugez autrement, conservez-les. » (A. E. Turquie, 192-172.)
(1) Verninac écrivait le 25 juin 1796 : « Les ennemis de la Ré- ]iul»lique sont ici dans la consternation, nos brillants succès en Italie ont fait la plus vive sensation... »
(2) Une alliance entre la Suède et la France avait été cbaucbéc en 1795 par l'intermédiaire du baron de Staël, ministre à Paris. Elle avait semble viser spécialement la Russie.
Une question de religion renversa tous ces beaux projets. En parcourant le contrat soumis à sa signature, le roi découvrit une clause qu'il avait déjà rejetée : Alexandra devait rester orthodoxe. Furieux d'être ainsi joué et peut-être déjà moins amoureux, Gustave repartit pour la Suède sans sa fiancée, et l'impératrice « entra dans une telle colère, qu'elle fut saisie d'un vertige de nature à faire craindre un coup de sang » . Ces événements devaient hâter la fin de la grande Catherine.
Pour ne pas mécontenter son ami Delacroix et malgré son très réel désir de rentrer en France, Verninac consentit à attendre à Constantinople l'ar rivée du général Dubayet.
Cette arrivée d'un envoyé ayant le a caractère » d'ambassadeur préoccupait depuis longtemps toute la « Nation » et Verninac avait dû prévoir les mesures nécessaires pour qu'elle pût se faire dans des conditions flatteuses. Ayant appris la présence du général à Toulon, mais ignorant encore l'itinéraire adopté, il avait informé le ministre des relations extérieures, dès le 1" messidor (19 juin), que tout était convenu avec le reïs efîendi. « Si — disait-il — l'arrivée se fait par mer^ la Porte autorisera, par exception, l'entrée des frégates françaises dans les Dardanelles. Si la route de mer a été abandonnée, l'ambassadeur trouvera à partir de Trawnick, villefrontière, un drogman de l'ambassade et toutes les autorités seront prévenues... »
Une fois le voyage par mer définitivement abandonné (1), les négociations de détail pour l'entrée à Stamboul avaient été poursuivies. Comment se ferait cette entrée? Pourrait-on obtenir des honneurs solennels propres à grandir la personnalité du représentant de la République? « Pour refuser ces honneurs — écrivait Verninac, — la Porte répond toujours : est-il ambassadeur extraordinaire? La chancellerie ottomane, la plus routinière qui existe, est intraitable. Son code de cérémonial et l'usage lui semblent aussi sacrés que l'Alcoran. »
Le reïs effendi faisait du reste remarquer que la Porte n'ayant jamais eu, jusqu'à la fin du dixhuitième siècle, de représentants accrédités d'une manière permanente, toutes les ambassades turques avaient vraiment mérité l'appellation d'extraordinaires, à cause de leur rareté môme. Depuis deux siècles, cinq ambassades turques seulement étaient venues à Paris, — en 1581, 1618, 1669, 1721 et 1742. Elles avaient donc eu un cachet tout à fait extraordinaire, tandis que — au dire du ministre turc — Dubayet, malgré la différence de son titre, n'était, en définitive, que le successeur de l'ancien représentant du Directoire.
L'insistance de Verninac n'avait pu persuader le reïs effendi. Rien n'était encore décidé pour l'entrée officielle lorsque le général Dubayet aperçut les minarets de Stamboul, dans la matinée du
(1) Verninac regretta beaucoup le changement apporté au i)rojet primitif : « La difficulté qu'éprouve Auljert-Dubayet à .sortir de Toulon a démontré aux Turcs la .supériorité des Anglais sur nous dans la Méditerranée. » (Dépêche dul3 tliermidor-31 juillet.)
10 vendémiaire (i" octobre). Informé de l'insuccès probable des dernières négociations entamées par son prédécesseur, le nouvel ambassadeur écrivit alors de Ponte Piccolo (où il s'était arrêté pour attendre les nouvelles) : « Si le gouvernement ne me reçoit pas comme tout l'empire l'a fait, je suis résolu d'arriver de nuit au palais de France. L'ambassadeur d'un peuple souverain et victorieux doit faire exception dans la diplomatie routinière, quand cette nation elle-même en a fait une si glorieuse en Europe. J'ai reçu des témoignages d'attachement national trop unanimes des musulmans pour ne pas espérer une égale distinction de leur gouvernement. J'attends ici le résultat de la détermination de la Porte (1). »
N'ayant décidément pas réussi dans ses démarches, Verninac répondit à Dubayet que le parti proposé était fort sage : « Entrer de nuit, dans un tel état de choses, est ce qu'il y a de mieux à faire. Vous arriverez à deux heures après-midi à Kiatana. La Nation vous y offrira l'expression de ses sentiments. Vous vous y reposerez (le lieu est fort beau) jusqu'à quatre heures et demie. Alors vous vous remettrez en route et vous arriverez après la nuit ouverte (2). »
Le programme ainsi tracé fut suivi de point en point. Dubayet reçut les hommages de la Nation, se reposa à Kiatana et entra à Stamboul à la nuit tombée par la porte d'Eivaa Serai. Longeant ensuite la Corne d'Or, il put gagner Péra par le
(1) A. E. fonds France. Supplément, 1964.
(2) A. E. Turquie. 193-36.
Phanar sans être trop remarqué et entrer dans la concession française à huit heures du soir (1). Verninac lui remit immédiatement la direction effective do l'ambassade.
(1) Le palais de l'ambassade, datant du seizième siècle, avait été donné alors à la France par Suleïman. II était entouré de merveilleux jardins en terrasses descendant jusqu'au Bosphore. De nombreux comnnuis complétaient cette concession française, qui occupait tout un quartier du ■vieux Péra.
Le palais a été reconstruit en partie en 1810. Los jardins actuels n'ont plus la môme étendue qu'en 1796 et ne descendent plus jusqu'à la mer. Enserrée par de bautes maisons modernes, la concession française est maintenant encaissée dans l'étroit vallon de Yeni-Tcbarcbi et la vue sur le Bosphore est très limitée.
TV