‹ Soldats de France [microforme] (volume 2)Chapitre 5 sur 12 · ENTREZ · texte numérisé non relu

ENTREZ

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noux les marais qui bordent le fleuve. Les colonnes se forment dans la plaine, pénètrent à la suite de Broglie près d’Escaudain entre les lignes fortifiées. Laissant Montesquiou les disposer pour l'attaque, Villars retourne aux ponts, dans la crainte d'une attaque du prince Eugène sur son arrière-garde qu’il fait metire en bataille, appuyée sur les lignes que l'ennemi avait faites l’année précédente, autour de Bouchain. La précaution était superflue, Eugène, arrivé seul de sa personne à Denain, se hâte d’en faire sortir la cavalerie devenue inutile et les bagages, et y fait entrer les six bataillons qui gardaient les lignes de Thiant, puis, recommandant à d’Albemarle de tenir .jusqu’à la dernière extrémité, il retourne au galop jusqu'au devant de ses troupes presser leur marche. Tout l'avenir de la journée dépend de notre célérité. La victoire sera au premier qui atteindra les ponts qui joignent le camp de Denain à la rive droite de l’'Escaut. Les têtes de colonnes autrichiennes débouchent sur les hauteurs de Quérénaing. Il leur faut moins de deux heures pour arriver. Le sort de la France oscille dans la balance du destin, mais le souffle des grands morts, l’âme même de la patrie plane au-dessus de nos bataillons. Montesquiou n’en a encore que 33 pour l'attaque. Villars accourt avec Albergotti. Celui-ci demande à faire des fascines pour combler les fossés du camp. ‘‘ Croyez-vous,”? lui répond Villars, ‘‘en lui montraat l’armée d’ Eugène, que ces messieurs nous en donnent le temps. Les fascines seront les corps des premiers de nos gens qui tomberont dans le fossé,” et il donne l’ordre de marche. |

Les 33 bataillons sont disposés en 11 colonnes d’attaque, chaque colonne de 3 bataillons déployés, précédés de grenadiers ei piquets qui forment comme une quatrième ligne. Dans l’intervalle des colonnes sont les petites pièces de campagne qui tirent tout en marchant, mais dont le tir, à cette époque, était peu efficace. A la droite des lignes sont les deux maréchaux, Villars et Montesquiou, à la gauche Albergotti. Les autres officiers généraux sont distribués dans les colonnes. Les colonels marchent à la tête de leurs régiments. T’élite de la noblesse

française, ce qu'il y avait chez elle de meilleur, de plus patriotique, guide nos héruïques fantassins, fils vigoureux des classes travailleuses. Ce fut alors un beau spectacle. Nos soldats marchent dans un ordre admirable, comme à la parade, essuyant sans répliquer les décharges meurtrières de l'ennemi, dont les boulets et les balles font dans nos rangs des trouées sanglantes. Ils continuent leur marche ferme et silencieuse jusqu'aux fossés et y descendent l’arme au bras, après avoir jonché la terre de plusieurs centaines des leurs. Mais les voilà qui enjambent les éj'iulements, et comme un torrent qui, une fois débordé, submerge tout sur son passage, en un instant, ils épandent sur le camp de Denain leurs flots triomphants. Les Hollandais, fusillés à bout portant, serrés de près, la baïonnette et la pique dans les reins, courent à l’Escaut, mais le pont s'écroule sous la masse accumulée des premiers fuyards. Tout est tué ou pris. Les 17 bataillons de l'ennemi sont anéantis. Les chefs, le comte d’Albermarle, le prince d’Holstein, le prince d’Anhalt, célèbre général d'infanterie, sont obligés de se rendre, 12 canons et plus de 60 drapeaux sont pris. Eugène arrive sur la rive droite de l’Escaut avec ses premières colonnes, court au pont de Prouvy qui n’a pas été coupé, mais s’y heurte contre le prince de Tingry qui, sorti de Valenciennes avac sa garnison, l’occupe en force. Les impériaux engagent à travers le fleuve une fusillade sans effet, Notre infanterie, à l’abri derrière les retranchements conquis, leur tue encore sept ou huit cents hommes. Eugène donne l’ordre de la retraite en mordant, dit-on, ses gants de dépit. La France était sauvée.

C'était un joli succès sans doute, d’avoir enlevé un camp retranché et tué 8000 homes à l’ennemi, maïs les résultats du combat (par le nombre des troupes directement engagées, la bataille de Denain ne fut qu’un grand combat) les résultats, disje, furent bien plus décisifs que ceux de bien des grandes victoires, accompagnées d’une effusion de sang beaucoup plus considérable. La masse de l’armée d’Eugène n’était pas entamée, mais sa ligne était coupée en deux. Le soir même de la journée, Broglie court avec sa cavalerie investir Marchiennes qui, après

six jours de siège, est prise par Montesquiou avec sa garnison de plus de 4000 hommes, 140 balandres chargées de vivres et de munitions et les 1500 mariniers qui les montaient, 60 pièces de canon, le matériel de siège et toutes les * - vurces accumulées par l’ennemi, Villars voyant que le. . a1périaux ne peuvent plus faire de siège, tire des places voisines qui nous appartenaient encore plus de 50 bataillons qui grossissent son armée, tandis que les alliés sont obligés de s’affaiblir en renforçant les garnisons des places qu’ils occupaient, et qu’ils se flattent encore de conserver. Saint-Amand, Bouchain sont repris sous leurs yeux sans qu'ils puissent rien tenter pour les secourir. Le 8 Septembre, Douai capitule avec plusieurs milliers de soldats. Le 4 Octobre, on prend le Quesnoy où l’on trouve 116 gros canons (le siège, sans compter les pièces de campagne, 140 mortiers et des munitions immenses. Eugène remonte du côté de Mons. Les Hollandais découragés concluent la paixavec nous à Utretch, en même temps que la Savoie. La France retrouve ses frontières du Nord. I? Autriche veut continuer la guerre, mais l'impulsion partie de Denain ne s’arrête plus, et l’année suivante, Villars, dans une brillante campagne sur le Rhin, oblige notre dernier ennemi à conclure la paix à son tour. Coigny et Broglie que nous avons vu figurer comme chefs de corps à Denain, nous les retrouvons plus de 20 ans après en Italie, mais commandant en chef à leur tour ; ils venaient de succéder à leur vieux général, Villars, qui avait commencé la campagne et venait de s’éteindre à Milan, plein de. jours et de gloire. Notre armée était formée en grande partie de recrues, mais aux terribles batailles de Parme et de Guastalla, gagnées par nous, les redoutables cavaliers de l’ Autriche, Hongrois et Croates, viennent se briser contre nos jeunes carrés. Lepelletier, lieutenant-général, nous raconte, dans ses souvenirs d’un artilleur, une amusante anecdote, à propos de la bataille de Guastalla. A la fin de l’action, il y eut une brillante charge, exécutée par notre cavalerie. Il s y trouvait un brave Picard, qui n’avait encore jamais vu le feu, aussi avait-il demandé d’avance à son capitaine ce qu’il fallait faire le jour du combat.

On lui répond qu’il n'avait qu’à avancer dans la troupe de l’ennemi et à donner force coups de sabre de tous côtés. Mon Picard n’oublia pas le commandement, Il s'enfonce dans les escadrons ennemis et frappe en sourd, à droite et à gauche, tournant la tête vers son capitaine et lui criant: mon capitaine, faisons-je bien. Oui, lui répond ie capitaine, va toujours ton train, Ce qu’il fit et très bien.

La gaîté française ne date pas d’aujourd'üxi. Nos aïenx aimaient à chansonner les généraux incapables où couards. Tout le monde connait le quatrain fait sur Villeroi, surpris et fait prisonnier dans Crémone par le prince Eugène, Comme le dit Michelet, la garnison, heureusement, valait mieux que son générel et repoussa l'ennemi qui était déjà dans la place,ce qui donna lieu à un bel esprit d’écrire ce qui suit :

Français, bénissez Bellone, Votre bonheur est sans égal :

Vous ave: conservé Crémone, Et perdu otre général.

Une autre épigramme, dans le même genre, est, je crois, moins connue.

En Septembre 1158, les Anglais ayant débarqué dans la baie de Saint-Cast, reçurent une frottée de première classe des troupes et des milices bretonnes commandées par un officier nommé d’Aubigny. On tua 3000 hommes à l'ennemi. Le duc d’Aiguillon qui avait, soi-disant, le commandement en chef, se tint caché dans un moulin pendant le combat, d'où l’épigramme suivante :

Couvert de farine et de gloire, De Saint-Cast héros trop fameux, Sois plus modeste en ta victoire :

On peut d’un souffle dangereux, Te les enlever toutes deux.

Venons-en maintenant aux armées de la Révolution. A la: bataille de Jemmapes, gznée le 6 Novembre 1792 sur les Autrichiens, se produisit un très curieux exemple de ces révélations soudaines qu’un jugement droit et un cœur vaillaut peu.

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