‹ Soldats de France [microforme] (volume 2)Chapitre 6 sur 12 · TERRES · texte numérisé non relu

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vent faire surgir dans le cerveau même d'un homme de la plus humble condition, Au centre du front ennemi qui correspondait à celui de notre armée se trouvait une ouverture, avec un chemin pour entrer dans Jemmapes. Les Impériaux y avaient de la cavalerie qui pouvait, en cas de désordre dans notre attaque, tomber sur le centre de notre infanterie. Or, au moment où Dumouriez, voyant se dessiner les attaques de ses deux ailes, faisait avancer son centre, une brigade d'infanterie française qui marchait sur la trouée, voyant déboucher la cavalerie ennemie, se jette à droite derrière une maison, et laisse un espace vide par lequel cette cavalerie aurait pu percer notre centre, Le jeune Baptiste, valet de chambre du général en chef, inspiré par un mouvement héroïque et par son attachement pour son maître, part au grand galop, va trouver le général Drouin qui commande cette brigade, lui fait honte de sa retraite, ramène la brigade, occupe la trouée, va trouver sept escadrons de dragons et de hussards que le mouvement rétrograde de l'infanterie avait arrêtés, les conduit dans la trouée et vient trouver son maître, après avoir rétabli le combat, contribuant ainsi puissamment au succès de la bataille, comme Dumouriez en rendit compte dans son rapport à la convention, Aussi lorsque le valet parut dins cette célèbre assemblée, reçutil le baiser fraternel du président, une épée, un uniforme complet d’aide de camp et le brevet de capitaine. C’est ainsi que nos aïeux de la Révolution savaient récompenser le mérite, sans se laisser arrêter par des questions de filière et d’ancienneté, comme nous le faisons à présent, et c'est évidemment à cela qu’ils ont dû une grande partie de leurs succès. Représentezvous quelques vieilles culottes de peau à la place de Moreau, de Jourdan, de Hoche, de Marceau et de Bonaparte, et demandez-vous quel changement cela aurait fait dans l’histoire, Voici un autre épisode, un de ces épisodes qui émeuvent le cœur autant qu'ils frappent l’esprit, un de ces incidents au récit desquels des larmes d’attendrissement se mêlent à l’admiration que nous fait éprouver le spectacle du devoir accompli. C'était en 1793, au plus fort de la lutte gigantesque que la

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France soutenait contre l’Europe coalisée, La victoire d'Hondschoote, gagnée par Houchard sur les Anglais (8 Septembre 1793), venait de sauver Dunkerque, mais Maubeuge, cet autre boulevard de la patrie, était assiégée par une grande armée autrichienne, et les 15 et 16 Octobre 1793, Jourdan et Carnot livraient à l'ennemi cette fameuse et terrible bataille de Wattignies que Napoléon «ppelle le plus beau fait d'armes de la Révolution. Nos valeureux soidats s'efforcaient, dans une lutte acharnée, d’arracher à l'ennemi la possession du village de Dourlers dont les abords étaient si formidablement défendus que le prince de Cobourg, après avoir visité les apprêts de la défense, avait dit : ‘Si les Français me délogent d'ici, je me fais républicain moi-même.” Les Autrichiens battaient en retraite sur la place de l'église, serrés de près par la division Balland. Cobourg alors lance ses réserves. En même temps arrivent d'un autre côté les Hongrois qui venaient de rejeter dans le chemin de Monceau le 89e de ligne, un ‘le nos meilleurs régiments, Tout à coup, ils entendent battre la charge près d'eux. Le 89e qu’ils croient au fond de la vallées’est-il donc rapproché ? Une troupe fraiche cherchait-elle à les surprendre ? La charge redouble d’entrain. On dirait plusieurs caisses battant à la fois. Les Hongrois prennent peur, se débandent et se précipitent en désordre derrière les maisons, en communiquant leur panique aux troupes ennemies qui vont prendre l'offensive. Quel péril formidable menace les soldats de l’empereur ? C’est un enfant de quinze ans, le tambour Sthrau du 89e qui, à la faveur d’un chemin couvert, exécutait cette ruse de guerre, précédant de loin son régiment qui, toutefois. se rapprochaïit, et allait appuyer nos bataillons du centre, maîtres de la place de l’église. C’est là, à la fin de la journée, aprés une lutte effroyable, qu’on retrouva le corps de l’héroïque enfant entouré de cadavres ennemis.

Je vais maintenant vous raconter un fait de guerre tellement merveilleux que je ne lui connais pas d’équivalent dans aucune autre guerre moderne, et qui fait voir quels soldats la révolution avait formés. Il s'est passé il y a cent ans, dans

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