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cette magnifique campagne de 1799 en Suisse qui sauva la France d’une invasion et immortalisa pour jamais le nom de Masséna. C’est l’épisode initial de cetteimmense et splendide combinaison tactique, composée de vingt combats et s'étendant sur un échiquier de 80 lieues d’étendue que,du nom de l’affaire principale, on appelle la bataille de Zurich. Soult, alors général de division, commandait notre droite, séparée à ce moment de la gauche ennemie par la rivière Linth qui était bordée de notre côté de marais profonds. L’adjudant-major Dellard, plus tard général et baron de l’Empire, propose à Soult et obtient de lui l'autorisation d’organiser un corps de nageurs pour franchir la rivière, surprendre les Autrichiens et permettre l'établissement d’un pont. Il exerce ses hommes d'avance, et le 3 Vendémiaire, an VIII de la République (le 3 Septembre 1799), il reçoit de Soult l’ordre de tenter le passage à deux heures et demie du matin. A l’heure indiquée, lui et ses hommes armés chacun d’une lance, d’un sabre et d’un pistolet, ce dernier sur la tête avec un paquet de cartouches, le tout maintenu par un mouchoir, se trouvent au bord de la rivière en tenue de nageurs, c’est-à-dire à peu près nus. Je laisse maintenant la parole au héros principal de cet épisode, au général Dellard, qui en fut aussi l'historien.
‘Je n’ajoutai que ces mots aux instructions que je leur avais déjà données : ‘‘ Intrépides nageurs, vous allez dans un instant vous couvrir d'une gloire immortelle en portant la terreur et la mort dans les retranchements et le camp de l’armée ennemie. Vous ne pouvez pas faire de prisonniers ; la victoire qui vous attend s’y oppose. ÆEgorgez donc tout ce qui vous tombera sous la main. Ralliez-vous au coup ds sifflet que je donnerai sur la rive droite ; suivez exactement mes traces, je serai toujours à votre tête, et rappelez-vous que notre mot d’ordre est: vaincre ou mourir.”
‘ Au même instant je me glissai dans l’eau, environné de sept officiers qui nagent à ma hauteur. La troupe nous suit et bientôt nous abandonnons tous la rive gauche. Quelques hommes, entraînés par la rapidité du courant, sont portés très loin
et ne peuvent gagner la rive droite. D'autres, trop faibles nageurs, se noient sans recevoir aucun secours de leurs camarades qui sentent la nécessité d'arriver. Je touche le premier au bord opposé. Un pilotis élevé, soutien d’une digue, rend notre arrivée difficile. Je le franchis et je suis debout sur cette digue ; le sifflet se fait entendre, les nageurs se rallient. Pendant que je les réunis, un nommé Bergeron, mon adjudant sous-officier et mon compatriote (Dellard était de Cahors), depuis mort lieutenant-colonel en Portugal, surprend et tue un factionnaire dont les cris n’ont point donné l’éveil. Nous marchons à l'instant sur les postes; la position m'en était connue ; je n’en avais que deux à surprendre, pour avoir de suite le champ libre jusque sur les derrières du bataillon autrichien qui gardait la principale redoute, en face de laquelle la division devait effectuer son passage. Ces deux postes dormaient auprès d’un feu à moitié éteint. Les premiers nageurs les expédient à coups de lance, sans aucun retard pour notre mouvement.
‘6 Le marais que nous traversions en file, les uns derrière les
autres, retarda un peu notre marche par son extrême profondeur et l'épaisseur des joncs et des roseaux qui le couvraient, mais qui, d’un autre côté, nous cachaient et nous préservèrent de tout contre temps, jusqu'au moment favorable pour notre attaque.
"Je m'arrêtai à cinquante pas des Autrichiens, occupés sé. rieusement par le bruit que nos troupes faisaient sur la rive gauche pour l'établissement du pont. Le feu que l'ennemi dirigeait sur ce point était des plus vifs. A la faveur de ce tumulte, les nageurs se formèrent sur une seule ligne et, après avoir détaché nos lances, nous nous précipitâmes sur les retranchements ennemis et fîmes main basse sur tout ce qui les occupait. Les Autrichiens surpris et épouvantés d’une si brusque attaque se tournèrent à peine pour se défendre ; la plupart périrent sans coup férir, quelques-uns se précipitèrent dans la rivière ; un seul fut épargné pour nous conduire sur les autres redoutes, dont le feu commença au même instant que notre charge.
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‘Pendant ce vacarme, je m’'élançai sur le parapet pour annoncer aux nôtres que la rive droite était à nous et qu’on pouvait jeter le pont. Aussitôt qu’elles nous entendirent, nos troupes demandèrent à grands cris de voler à notre secours et les deux bateaux que nous possédions, notre unique ressource pour le passage, furent immédiatement lancés à l’eau avec 50 carabiniers de la 25e demi-brigade d'infanterie légère, commandée par le chef de brigade Gaudinot. Le premier embarquement courut les plus grands dangers à cause du mauvais état de nos emba:cations. Il dut son salut aux nageurs qui le secoururent.
‘* Pendant ce temps je complétais mon expédition en me portant précipitamment sur deux autres redoutes, dont je m'emparai et dont les pièces furent enclonées et les troupes égorgées ou dispersées. De là nous nous dirigeâmes sur le camp qui n'avait fait encore aucun mouvement, ignorant c2 qui se passait, étant trop éloigné pour l’entendre, mais qui se leva dans le plus grand désordre, en entendant nos cris, nos trompettes, nos tambours (Dellard avait avec lui 10 de ces derniers et + trompettes du 10e de chasseurs), et nos coups de pistolet. Ce qui acheva d'y mettre l'épouvante et la confusion, ce furent les cris de ‘‘sauve qui peut! nous sommes trahis !”” que je fis pousser en allemand par quelques nageurs alsaciens qui nommaient en même temps les régiments que nous attaquions et dont je m'étais procuré exprès les numéros et les noms, notamment celui de Bender, qui tenait la tête du camp.
‘En un instant les 10,000 Autrichiens que nous reveillàmes si brusquement prirent la fuite et se jetèrent en masse sur le village de Schänis. Le général en chef Hotze qui en occupait l'abbaye, surpris lui-même et ne sachant à quoi attribuer une si grande terreur, se précipita presque nu au devant de ses troupes et chercha à les railler. ‘‘ Vous êtes à jamais déshonorés, leur dit-il, si vous ne reprenez pas vos positions. Vous fuyez lâchement devant une poignée d’hommes nus. Retournez-vous seulement et leur mort est certaine.
‘€ Dans ce moment un nageur atteignit le genéral Hotze
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d’un coup de lance à la cuisse et le somma en vain de se rendre. Uniquement occupé du ralliement de ses soldats, il ne songeait nullement aux dangers qui l’environnaient, mais il succomba sans pouvoir rétablir l’ordre: un coup de biscaïen qu’il reçut à l'estomac le renversa mort. Ce coup partait de nos batteries, pointées au hasard dans l’obscurité et faisant un ravage affreux dans ce pêle-mêle. Il fut égaleisent funeste à deux nageurs, dont la perte me fut bien sensible.
‘Cependant le jour approchait. Malgré nos faibles ressources pour le passage de la division, une grande partie des troupes qui la composaient avaient atteint la rive droite de la Linth, où, après s’être formées, elles marchèrent sur Schänis. A leur approche, je ralliai les nageurs et me disposai à rentrer à Bilten où nous avions laissé nos vêtements. J’annonçai, avant de quitter le champ de bataille, la mort du général Hotze au général Soult, et, comme il la révoquait en doute, je le conduisis moi-même dans le verger où était son corps et, d'après ses ordres, je le fis transporter par quatre grenadiers dans l’abbaye où il avait couché la nuit précédente. Le bailli et plusieurs religieux le reconnurent en présence du général Soult, qui le fit déposer dans l'église. Vous avez, me dit alors le général, rempli mon attente ; choisissez un de mes chevaux, je vous en fais cadeau, je vais demander pour vous le grade de chef de bataillon.” |
Notre rentrée à Bilten ne fut pas difficile, elle s’effectua sans le secours des bateaux. Les nageurs traversèrent la rivière à la nage, et, après avoir repris leurs habits, ils rejoignirent leurs corps respectifs où ils furent tous récompensés par des. grades ou des armes d'honneur. Les noms des 21 de ces braves qui périrent dans le combat ou qui se noyèrent furent envoyés dans leurs pays pour être inscrits sur les colonnes départementales. Un nageur de la 94e se fit particulièrement remarquer par sa présence d'esprit et sa bravoure. Forcé d'abandonner ses armes par la rapidité de la rivière et le danger qu’il courait, il les remplaça, en âbordant, par un énorme pieu qu'il conserva jusqu'à la fin de l’action. Il frappait et assommait les
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ennemis avec le plus grand acharnement. D'un physique im posant et d’une force extraordinaire, on l'aurait pris pour Hercule, sous cette bizarre armure.”?
Dellard vient de nous donner un magnifique exemple de l’héroïsme de nos soldats, le général baron Thiébaud va nous montrer leur bon cœur, même quand ils s’écartent, pour un moment, du chemin étroit de la discipline. Cela se passe dans l’'immortelle campagne de 1805 que devait terminer le coup de tonnerre (’ Austerlitz. Comme il arrive toujours, quand une campagne se prolonge en territoire ennemi, la discipline s'était un peu relâchée et nos soldats devenaient chapardeurs, ce qui veuf dire pillards en Français vulgaire. Ecoutons Thiéband qui commandait la première brigade de la division Saint-Hilaire du corps du maréchal Soult.
‘° Ce que j'ai donné de coups dans cette campagne n’est pas croyable, et il faut bien admettre que je n’y allais pas de main morte, car j'ai cassé deux cannes. Le fait qui me coûta la seconde se rapporte à une anecdote que j'ai souvent contée, parcequ’elle peint le mieux notre soldat français et, dans un sens, lui fait le plus d'honneur. J’avais laissé filer ma brigade, je crois, pour m'arrêter à déjeuner ; quelques autres corps m'avaient dépassé, et je trottais pour la rejoindre, lorsque des cris effrayants partirent d’une maison isolée devant laquelle j'arrivais, et qui, sur m1 gauche, se trouvait à quelques tois s de la route. A l'instant, je suis en bas de cheval, j2 cours à la maison ; je la trouve pleine de soldats fouillant dans les armoires, dans les tiroirs même, pour voir, comme un d’eux eut l'effronterie de me le dire. s’il n’y avait pas des Autrichiens cachés; à grands coups de canne, je les fais déguerpir par la porte et par la fenêtre. J'apprends alors que la cave est remplie de soldats, et que le vin y coule à grands flots. Je me précipite par l’escalier ; mais à peine suis-je dans 14 cave que tous ces coquins souffient leurs lumières, sesauvent pendant que je casse mA canne sur le dos de je ne sais qui et que je mets le sabre à la main pour continuer de plus belle. Cependant le dernier est parti en fermant la porte sur lui et, dans une obscurité com-
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plète, je trébuche sur des baquets, contre des tonneaux, et je ne sors de là qu'après des cris de sourd qui son tenfin entendus. Je visite la maison et la cour pour m’assurer que tous mes pillards sont partis, et je les vois achevant de franchir une clôture de bois qui entoure le jardin ; ils m’envoient mille menaces et sottises ; l’un d’eux a même l’audace de me crier que je ne mourrais que de sa main ; je recommande de fermer portes et volets, de n’ouvrir à personne et me voilà remonté à cheval, Or, en reprenant la route, je vois qu’elle remonte par un long circuit autour d’un tertre, et désirant couper au court pour rejoindre plus tôt ma brigade, j’avise à l’un des côtés du tertre un terrain plan qui va rejoindre en ligne droite la route vers la fin de son circuit. Je pousse aussitôt mon cheval; mais il n’a pas fait quelques pas que ses sabots s’enfoncent ; il veut reculer ; je l’éperonne ; alors il se jette en avant et fait, comm en barbotant, je ne sais combien de bonds ; finalement il est en pleine bourbe et comme flottant sur son ventre. Je me trouvais dans un de ces infâmes marais, assez fréquents en Allemagne, beaucoup plus fréquents en Pologne, que rien n’annonce à la superficie, qui souvent embrassent d’inmenses espaces et dont plusieurs sont sans fond. J’essaye de sonder avec le pied, je reconnais que je n’ai rien à espérer d'appui que de ma monture ; mais insensiblement elle s'enfonce, et le moindre effort qu’elle fera pour se dégager l’enfoncera davantage. Richebourg (c'était l’aide de camp du général Thiébaud) et mon ordonnance se désolent, n’imaginant pas quels secours me porter, et nous commencions à être fort inquiets de mon salut, lorsque ces mêmes soldats que je venais d’assommer, qui juraient de me tuer, mais qui, au fond, savaient bien que j'avais fait mon devoir et qui, dans ce cas, ne méconnaissaient pas le leur, parvenus au point de la route qui domine le tertre, m’aperçoivent ‘et jugent de mon danger. Par un mouvement spontané ils dégringolent presque à pic, jettent leurs sacs et leurs armes, courent démolir la clôture en planches entourant le jardin de la maison d’où je venais de les chasser, arrivent chacun avec sa charge de planches au bord de ce maraîs mouvant, v font
tlotter un plancher, parviennent jusqu'à moi et, non contents de ce premier exploit, étendent leurs planches tout autour de mon cheval, à l'aide de cordes, de leviers et de sangles, ils le soulèvent et par la tête et par la queue, le tirent de toutes leurs forces hors de cette bourbe infernale et me le ramènent, ‘ Allons, leurs dis-je, en frappant sur l’épaule de l’un d’eux, vous êtes quelque fois diaboliques, mais vous n’en êtes pas moins des braves gens. Tenez, ajoutai-je en leur présentant deux napoléons, voilà pour boire à la santé de l’empereur. Nous y avons assez bu,” me répliqua l’un d'eux. A ce moment, ils partent tous en riant mais sans rien accepter.”
Voilà déjà deux fois que je vous lis des extraits tirés des mémoires de deux généraux de l'empire, de deux acteurs de la grandeépopée. Vousn'ignorez pas que depuis un certain nombre d’années, une recrudescence d'intérêt de la part du public, même à l'étranger, à l’égard de la grande figure de Napoléon, a fait sortir de l’ombre discrète dans laquelle ils étaient cachés, un grand nombre de mémoires très intéressants, écrits par des soldats de la révolution et de l'empire. (Ça été pour nous une surprise et une révélation. Nous nous représentions trop vo-
“—lontiers tous ces vaillants comme de simples sabreurs, lancés au galop de leur cheval dans une charge perpétuelle sous l’impulsion du puissant maître de la guerre, et voilà que nous découvrons, comme pour augmenter, si c’est possible, la gloire de cette prodigieuse époque et la gloire de la patrie française, que beaucoup de ces héros maniaient aussi bien la plume que l’épée. Les mémoires de Marbot sont les plus célèbres, mais qu’il s’agisse des siens ou de ceux du brave sergent Bourgugne des vélites de la garde, ils sont tous des plus intéressants. Les généraux Thiébault, Rapp, Dellard, Paulin, Lejeuue, Mathieu Dumas, le colonel Labaume, l'officier anonyme de la 32e demibrigade qui nous a laissé le récit des campagnes d'Italie et d'Egypte et d’autres encore nous ont retracé le souvenir de ce qu’ils ont vu, nous donnant ainsi une vivante image de ce temps où la fleur de la nation était toujours prête à se lancer dans la mort, car alors, comme le dit bien Alfred de Musset : ‘‘elle
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était si belle, si grande, si magnifique dans sa pourpre fumante, eile fauchait de si verts épis qu'on ne ne croyait plus à la vieillesse.”” Ce ne sont pas que les nôtres qui ont écrit : quelquesuns des auxiliaires à notre service, ceux que l'esprit d'aventure ou des sympathies nationales attiraient sous nos drapeaux, ont aussi laissé des mémoires. Il en a été ainsi du général de Brandt, Polonais mort plus tard au service de la Prusse, mais qui conserva toujours un souvenir attendri pour la grande armée et le glorieux drapeau tricolore, sous lequel il avait vu le feu pour la première fois. Il nous raconte une de ces anecdotes caractérestiques qui font ressortir la terrible énergie des officiers des armées impériales. Il s’agit ici du général Habert qui appartenait à cette nombreuse catégorie de hauts gradés de l’Empire qui aimaient à faire le coup de feu, côte à côte avec leurs soldats. La scène se passe au siège de Saragosse qui fut, comme l’on sait, anssi honorable pour les vaincus que pour les vainqueurs. Je laisse la parole à Brandt: ‘ Nous étions maîtres d’une rue terminée par un carrefour qui était encore au pouvoir des ennen'is. Pour pouvoir communiquer entre les côtés de la rue, on avait dû établir une barricade qui permettait, lorsqu'on la suivait en se baissant, de s’abriter contre le feu de l'ennemi. Habert qui était três grand devait se baisser davantage ; à un moment où il passait, un soldat couché à plat ventre près de la barricade dit à haute voix: tiens, les généraux ont donc peur aussi! Habert se précipite sur le soldat et l’empoignant par le bras, le forçe à se redresser en même temps que lui. Ce fut pour les ennemis le signal d’une terrible fusillade et le malheureux soldat fut frappé de cinq ou six balles. Habert n'avait reçu qu’une légère contusion au bras, mais n'avait pas lâché son soldat qu'il envoya rouler à ses pieds en le traitant de f....conscrit, puis il repritson inspection. Loin de prendre le parti de leur camarade, les soldats admirèrent l’acte de courage de leur général en disant: ‘‘ila bien faît, c’est une infamie de dire pareïlle chose d’un général comme celui-là.”
Il se présentait heureusement, même au milieu des plus terribles circonstances, des incidents moins tragiques. Rapp
ans DE cu
nous raconte qu’au passage de la Bérésina, Napoléon, tandis qu’il pressait l’établissement des ponts, avait fait mettre en batterie une vingtaine de pièces, commandées par un brave officier à jambe de bois, nommé Brechtel ; un boulet la lui emporte pendant l’action et le renverse. ‘‘ Cherche-moi, dit-il à un de ses cannoniers, une autre jambe dans le fourgon No 5. Il se l’ajuste et continue le feu comme de si rien n’était.
Waterloo! Waterloo! Waterloo ! morne plaine !
Comme une onde qui bout dans une urne trop pleine,
Dans ton cirque de bois, de côteaux, de vallons,
La pâle mort mêlait les sombres bataillons.
D'un côté c’est l’Europe et de l’autre la France.
Choc sanglant ! des héros Dieu trompait l'espérance,”
Que pourrais-je ajouter à ces vers du plus grand de nos poëtes, digne épigraphe de ce morceau, tiré d’un de nos plus grands historiens, Thiers.
‘ Le deuxième bataillon du troisième de grenadiers, demeuré dans le vallon, réduit de 500 à 300 hommes, ayant sous ses pieds ses propres camarades, devant lui des centaines de cavaliers abattus, refuse de mettre bas les armes, et s’obstine à combattre. Serrant toujours ses rangs, à mesure qu’ils s’éclaircissent, cette petite troupe attend une dernière attaque et assaillie sur ses quatre faces à la fois, fait une décharge terrible qui renverse des centaines de cavaliers. Furieux l’ennemi amène de l'artillerie et tire à outrance sur les quatre angles du carré. Les angles de cette forteresse vivante abattus, le carré se resserre, ne présentant plus q’une forme irrégulière, mais persistante. Cette poignée de braves dédouble ses rangs pour occuper plus d'espace et protéger ainsi les blessés qui ont cherché asile dans son sein ; chargée encore une fois, elle demeure debout, abattant par son feu de nouveaux ennemis ; trop peu nombreuse pour rester en carré, elle profite d’un moment de répit afin de prendre une forme nouvelle et se réduit alors en un triangle tourné vers l'ennemi, de manière à sauver en rétrogradant tout ce qui s’est réfugié derrière ses baïonnettes. Ils sont bientôt assaillis denouveau. ‘* Ne nous rendons pas”? s’écrient
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