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est bientôt entouré, blessé mortellement, alors le grand Ferré et les autres se disent : ‘ descendons, vendons bien notre vie, il y a pas de merci à attendre.” Ils descendent en effet, sortent par plusieurs portes et se mettent à frapper sur les Anglais, comme s ils battaient leur blé dans l'aire ; les bras s’élevaient, s’abaïssaient et chaque coup était mortel. Le Grand, voyant son maître et capitaine frappé à mort, gémit profondément, puis il se porta entre les Anglais et les siens qu’il dominait également des épauler, maniant une lourde hache, frappant et redoublant si bien qu’il fit place nette ; il n’en touchait pas un qu’il ne fendît le casque ou n’abattit le bras. Voilà tous les Anglais qui se mettent à fuir: piusieurs sautent dans le fossé ou se noient. Le Grand tue leur porte-enseigne, et dit à un de ses camarades de porter la bannière anglaise au fossé. L'autre lui montrant qu’il y avait encore une foule d’ennemis entrelui et le fossé ; ‘‘suis-moi donc,”” dit le Grand. Et il se mit à marcher devant, jouant de la hache à droite et à gauche jusqu’à ce que la bannière eût été jetée à l’eau. Il avait tué ce jour-là plus de quarante hommes. Les Anglais furent encore battus une autre fois par le Grand, mais cette fois hors des murs. Plusieurs nobles anglais furent pris qui auraient donné de bonnes rançons si on les eût rançonnés comme font les nobles, mais on les tua, afin qu’ils ne fissent plus de mal. Cette fois, le Grand échauffé par cette besogne, but de l’eau froide en quantité et fut saisi de la fièvre. Il s’en alla à son village, regagna sa cabane et se mit au lit, non toutefois sans garder près de lui sa hache de fer qu’un homme ordinaire pouvait à peine lever. Les Anglais ayant appris qu’il était malade envoyèrent un jour douze hommes pour le tuer, Sa femme les vit venir et se mit à crier; ‘‘O mon pauvre le Grand, voilà les Anglais; que faire !....lui, oubliant à l'instant son mal, il se lève, prend sa hache et sort dans la petite cour: ‘‘ Ah ! brigands, vous venez donc pour me prendre au lit; mais vous ne me tenez pas encore.” Alors, s adossant à un mur, il en tue cinq dans un
- moment ; les autres s’enfuient. Le Grand se remit au lit ; mais
il avait chaud, il but encore de l’eau froide : la fièvre le reprit
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plus fort et, au bout de quelques jours, ayant reçu les sacrements de l’ Eglise, il sortit du siècle et fut enterré au cimetière de son village. Il fut pleuré de tous ses compagnons, de tout le pays ; car, lui vivant, jamaisles Anglais n’y seraient venus.”?
Quand nous lisons notre histoire, une chose nous frappe d’abord. Pourquoi la France a-t-elle été si longtemps sans le principal élement de sa puissance militaire, sans cette infanterie nationale qui, dans les temps modernes, nous a valu tant de victoires. Pourquoi, jusqu’au 17e siècle, a-t-elle employé si souvent et en si grand nombre des mercenaires empruntés à toutes les nations qui l’environnaient. ‘Elle n’en aurait jamais eu besoiïn,”” dit Henri Martin dans sa belle histoire de France, ‘‘ si les premiers développements de l’infanterie nationale n’eussent été systématiquement étouffés par la crainte et la jalousie des nobles.” Dès la bataille de Courtrai en 1302, où notre noblesse se fit stupidement battre par les gens des communes de Frandre, on voit poindre cette jalousie. Les archers et fantassins des communes françaises avaient commencé l'attaque ; mais les chevaliers craignirent que ces hommes de pied qui ‘‘ bien se comportaient,”” ne gagnassent, au détriment de la chevalerie, l’honneur d’une victoire qu'ils estimaient facile. Ils firent replier l'infanterie sur leurs flancs et, pour couronner cette belle idée, allèrent se précipiter au galop de charge dans le canal de la Lys qui couvrait le front ennemi et dont ils ne soupçonnaient pas l’existence. J'aurais aimé à vous donner un résumé du développement de notre infanterie, mais cela me prendrait encore trop de temps. Inaugurée sous Charles VII par la création des francs-archers, elle disparait à la fin du règne suivant, reparait sous Charles VIII pour disparaître encore. Il en fut de même au 16e siècle, malgré les services rendus par elle à Ravenne, à Marignan, dans la guerre de Savoie, à Cérisoles, à Renty où, sous les ordres du grand Coligny, elle débusqua d’un bois les arquebusiers espagnols et rendit ainsi possible une belle charge de gendarmerie qui renversa les Impériaux. Lorsque François 1er créa, en juillet 1534, sept légions provinciales, chacune de 6000 hommes. il décréta que les hommes qui
les composaient pourraient être anoblis, s’ils se distinguaient. Or ils se distinguèrent tous. Leur première épreuve fut une guerre de Savoie en plein hiver et le passage des Alpes. Ils firent tout plier devant eux. Cela ne faisait pas l’affaire de la { noblesse. Elle se plaignit au roi en disant: ‘‘les vilains vont | se faire gentilshommes et les gentilshommes se font vilains.”? Les contemporains connaissaient et savaient apprécier à leur juste valeur nos fantassins de ce temps-là. Un écrivain du 16e siècle nous dit qu'ils n’avezient pas leurs pareils pour les assauts, et pourtant il faut arriver au dix-septième siècle pour voir cette institution, si importante pour notre fortune militaire, s’affermir d’une manière définitive. La royauté, à ce moment, était trop puissante pour se laisser influencer pâr les jalousies de la noblesse. Notre grand Richelieu témoigne souvent de sa joie à voir que la France n’avait pas besoin, pour se defendre, de mercenaires étrangers. Nos milices mêmes sont animées d’un esprit martial. Celles du Languedoc contribuent puissamment en 1637 à la victoire de Leucate, remportée par le duc d’'Halluin-Schomberg sur les Espagnols, en culbutant
les milices d'Aragon, de Catalogne et de Valence qui leur pr étaient opposées. à pl
LA destruction de la vieille infanterie espagnole par Condé bi à Rocroi port : à notre voisine du sud un coup matériel et moral # À dont elle ne se relève plus. Les prodiges accomplis par nos # re fantassins à Fribourz et à Nordlingen mattent le dernier sceau # €Z à leur réputation: Là France a enfin trouvé l’instrument qui en va la rendre redoutable aux autres nations, et sauver plus d’une M ré fois son indépendance nationale. La première bataille où il Æ So soit fait mention d'une charge à la baïonnette est celle de # bc
Neerwinden, gagné en 1693 par le maréchal de Luxembourg sur l’armée de Guillaume d'Orange, formée, comme celle que nous avions vaincue à Bouvines, d'hommes de toutes les nations du Nord. Les gardes françaises, quand ils eurent épuisé leurs munitions, culbutèrent l'ennemi à l’arme blanche. A ce moment la baïonnette n’était qu’un coutelas qu’on enfonçait dans le canon du fusil après avoir tiré, Vauban n'avait pas encore
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