‹ Soldats de France [microforme]Chapitre 4 sur 20 · RE NE · texte numérisé non relu

RE NE

imaginé de creuser la douille, de manière à utiliser l’arme nouvelle, sans empêcher le tir.

Enfiu la même année, la bataille de la Marsaille consacre définitivement la gloire de la baïonnette française. Ce fut la première bataille où l'infanterie chargea la cavalerie, sans en attendre le choc. Escadrons et bataillons piémontais, allemands et huguenots français hélas ! sont enfoncés et mis en déroute complète et poursuivis la baïonnette dans les reins par nos intrépides fantassins, sous la direction de cet habile homine de guerre, Catinat, dont le caractère était à la hauteur du talent.

Au point où j'en suis arrivé, si je voulais vous prouver le courage, l'endurance, ies qualités héroïques des aïeux du 17e siècle, où en trouverais-je des preuves plus éclatantes que dans l’histoire de la colonisation du Canada français. Mais de tels récits me feraient trop sortir du cadre que je me suis tracé, et je m'en tiens à la vieille France, dont les annales me fournissent trois anecdotes bien caractéristiques à cet égard. Dans la même annee 1637 qui vit la victoire de Leucate, le comte d’Harcourt qui commandait notre armée d'Italie, résolut de reprendre sur les ennernis les îles de Lérins, et principalement la plus importante d’entre elles, Sainte-Marguerite, où ils s'étaient bien fortifiés. La difficulté était de prendre pied sur lîle. Au conseil réuni pour la circonstance, à bord d’un de nos navires, d’Harcourt demanda au lieatenant-colonel Daguerre ‘*croyez-vous pouvoir descendre dans l’ile ? Monseigneur, le.soleil y entre-t-il ?—pourquoi cette question ? —si le soleil y entre, mon régiment y entrera.” Et le brave Daguerre, à la tête de ses soldats, emporte les fortifications élevées par les Espagnols au bord de la mer.

Pendant l'hiver de 1674 à 1675, le comte de Sault fit lever le siège d’un petit château appelé Bliescastel que les Impériaux avaient attaqué au nombre de quatre à cinq mille. Il était défendu par un capitaine gascon, à la tête de sa compagnie, Quoiqu'il en eût perdu la plus grande partie, et qu’il n'eût plus de vivres, il était si peu disposé à se rendre, lorsqu’on le délivra, qu’il était prêt à manger sa servante, morte

par accident, et que, pour cet effet, il avait mise dans un saloir. On vante beaucoup la ténacité des septentrionaux, mais je ne crois pas qu’on en trouverait beaucoup disposés à pousser le dévouement jusque là. Le marquis de la Fare qui raconte cette anecdote dans ses mémoires, ajoute que ce brave qui, malheureusement, était sans fortune et sans protecteur, au lieu d’être récompensé, comme il l’avait bien mérité, fut cassé l’année suivante par Louvois, parcequ’il ne put remettre sa compagnie en bon état.

J'emprunte une troisième anecdote à notre grand écrivain Racine. Au siège de Namur en 1692, un soldat du régiment des fusiliers qui travaillait à une tranchée, pose successivement trois gabions qui sont emportés l’un après l’autre par les boulets de l'ennemi. Le soldat rebuté s'arrête, mais un officier lui commande de continuer. Le soldat dit : ‘‘ J’irai, mais j y serai tué.’ Il va déposer son quatrième gabion et, en le posant, a le bras fracassé d’un coup de canon. Il revient, soulevant son bras pendant avec l’autre bras et disant : ‘‘ je l’avais bien dit.” On lui coupe le membre atteint. Il souffre l’opération sans desserrer les dents, et quand c’est fini, il dit froidement: ‘‘Je suis donc hors d'état de travailler; c’est maintenent au roi à me nourrir.

Jusqu'à présent nous n'avons vu que des fragments, des épisodes de notre histoire militaire. Je vais maintenant vous présenter un morceau d'ensemble, une de ces journées au souvenir desquelles doit palpiter toute âme française, car le salut même de la patrie y était en jeu, une de ces journées libératrices qui surgissent dans l'histoire comme un rayonnant éclair, une journée dans laquelle la vaillance de notre infanterie et la tactique du glorieux Villars assurèrent l'indépendance nationale : j'ai nommé Denain. Je résume le récit qu’en a fait le marquis de Vogüé dans son histoire de Villars.

En l’envoyant aux frontières prendre le commandement de la dernière armée dont nous disposions, le vieux Louis XIV prononça cee belles paroles qui rachètent bien des erreurs : ‘Si vous êtes vaincu, vous l’écrirez à moi seul ; je monterai à che-

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En face de notre armée, inférieure en nombre, se trouve le prince Eugène de Savoie-Soissons à la tête de cent trente mille Hollandais, Danois, Prussiens, Hanovriens, Autrichiens et Italiens ; le Prince Eugène, cet ennemi implacable du nom français et dont . cuis XIV a eu la funeste idée de refuser autrefois les services ; Eugène, cetexterminateur, (comme l’appelle Michelet dans sa langue énergique) qui nous a vaincus à Hochstædt, à Turin, à Oudenarde, à Malplaquet. Ses lignes occupent une étendue de 12 à 15 lieues, de Marchiennes sur la Scarpe, où il a son dépôt. jusqu'à Landrecies qu'il assiège. Des balandres, grandes embarcations de mer, parties d'Anvers sur l’Escaut, dont la Scarpe est un affluent, lui apportent les grains, les munitions et le matériel de siège qu’il compte employer pour se rendre maître des places qu’il trouvera sur sa route: comme Valenciennes est occupée par les Français et empêche ses convois de remonter jusqu’à Bouchain qui est en son pouvoir, il couvre et masque la première de ces places par tout un système de communications fortifiées. 1/ancien camp que Villars avait fait à Denain est agrandi, complété et relié à Marchiennes par deux lignes d’épaulements entre lesquels les convois peuvent circuler sans craindre nos coureurs. À Denain, sous la protection du camp retranché, défendu par 13 bataillons hollandais et 30 escadrons sous les ordres du duc d’Albemarle, un Hollandais décoré d’un titre anglais, deux ponts traversent l’Escaut. Sur la rive droite du fleuve, une nouvelle ligne rejoint et suit la petite rivière de l’Ecaillon, dont la vallée mène directement au Quesnoy et à Landrecies. Parallèlement à l’Ecaillon, une autre

petite rivière, la Selle, qui se jette dans l’Escaut, presque en

face de Denain, offre à l'ennemi une seconde ligne de défense. Ces deux cours d’eau n’ont que quelques mètres de largeur, mais leurs eaux sont profondes et encaissées. Le pays est ou-

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vert, uniforme ; nous le connaissons, car Bouvines n’est pas loin. C’est la grande plaine de Flandre, fort peu favorable aux surprises etaux mouvements dissimulés. Eugène divise la partie principale de son armée en deux corps. L'un, celui qui assiège Landrecies, s’est entouré d’une ligne de circonvallation qui est presque achevée. L'autre, sous le commandement direct du général ennemi, couvre les opérations du siège. Il se déploie dans de très bonnes positions, tout le long de l’Ecaïllon. Un retranchement ferme le passage de la source de cette rivière à la Sambre. Une fois Landrecies prise, Eugène se flatte que rien ne pourra l'arrêter, De là, il atteindra facilement la vallée de l'Oise et, persuadé qu’il culbutera l’armée française inférieure en nombre, il compte marcher sans obstacle jusqu’à la capitale de la France.

Le plan d’Eugène était redoutable, mais l'étendue de ses lignes, quelque bien fortifiées qu’elles fussent, était le côté faible de ses combinaisons. Néanmoins, tant que son armée restait massée entre le Quesnoy et Valenciennes, on ne pouvait songer à l’attaquer. Posté sur les hauteurs de Quérénaing, à quelques kilomètres de Denain, il pouvait suivre tous les mouvements de l’armée française et porter dans ses retranchements assez de forces pour défier tous les assauts. Il s'agissait de l’en éloigner. Alors vint à Villars l’idée d'employer sa manœuvre favorite, la conception stratégique qui, en 1702, lui avait fait gagner la bataille de Friedlingen, qui, en 1706, lui avait permis de forcer les lignes de Stolhoffen, défendues par le prince de Bade, un des meilleurs généraux de l’Empire et qui devait, en 1713, un an après Denain, assurer son triomphe définitif sur le prince Eugène. Cette conception consistait en une série de mouvements trompant l’ennemi, puis au moment favcrable, en une contremarche rapide, portant toutes nos forces concentrées sur le point secrètement choisi, enfin en une attaque si vigoureusement menée que la position est enlevée avant que l’ennemi ait eu le temps de réparer SON erreur.

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Dans l’après-midi du 22 Juillet, Villars passe la Selle, et laissant sa gauche au Cateau, il s'établit avec sa droite au petit village de Mazinghien. Informé de ses mouvements, Eugène, sans quitter son quartier-général de Bernerain, rapproche sa gauche de la Sambre, en avant de la forêt de Normal, et garnit de troupes et d'artillerie le retranchement qui joignait cette rivière à la source de l’Ecaïllon. Le 23 au matin, Villars masse ses colonnes an bord de la Sambre, Il fait commencer ostensilement des ponts à Catillon et près de l'Abbaye de Fémy, comme s’il avait l'intention ñe passer la rivière, et d’assaillir l'ennemi en partant de la rive droite. Nos chefs de corps euxmêmes croient à une attaque sur Landrecies et s’y préparent. On travaille bruyamment aux ponts. Des escouades ouvrent des chemins pour l'artillerie dans les bois de Fémy. D’autres coupent des fascines pour combler les fossés de la circonvallation, Vers midi, nos hussards vont battre la plaine entre l’Escant-et la Selle, jusqu’à la hauteur de Bouchain, Eugène commence à croire réellement que Villars a l'intention de débloquer Landrecies. Toujours sans quitter son quartier général, il resserre sa gauche sur la place, rappelle à lui le corps de droite, sauf six bataillons qui sont laissés dans les lignes de Thiant sur la rive droite de l’Escaut. Cependant le chef de l’armée française, enfermé avec le maréchal de Montesquiou qui avait voulu servir volontairement sous ses ordres et ses officiers d'état-major, combine avec eux tous les détails de la jour-née du lendemain, gloire éternelle de la France, confusion de ses ennemis.

À la chûte du jour les officiers de détail vont porter les ordres de marche à tous nos chefs de corps. Ceux-ci croient à une erreur et protestent. Les soldats se figurant qu’on leur fait tourner le dos à l’ennemi, murmurent. Montesquiou est obligé d’insister. A l’entrée de la nuit tout s'ébranle. En tête marche

î Vieux-Pont avec 30 bataillons, une brigade d'artillerie et les " équipages de pont. Broglie le suit avec sa cavalerie quia pour

mission d'empêcher qu'aucun homme ne se détache de la colonne, L’Italien Albergotti, un fils adoptif de la France, vient

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ensuite avec 20 bataillons et 40 escadrons. Coïgny effectue

avec sa cavalerie une fausse démonstration sur la rive droite de la Sambre, en face de Landrecies, puis, la nuit arrivée, il repasse sans bruit la rivière et fait l’arrière-garde.

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On marche toute la nuit sans obstacle, parallèlement à la Selle, dans la plaine qui la sépare de l’Escaut. Vers quatre heures du matin, nos têtes de colonne atteignent ce fleuve près du moulin de Neuville. Les soldats sont fatigués, les chevaux qui trainaient les équipages de pont n’ont pu suivre. Ilse produit un arrêt qui amène un moment d’hésitation. Villars accourt dans sa chaise de poste ; il fait manger une bouchée aux troupes. Dès que les pontons ont rejoint, on procède fiévreusement à la construction de trois ponts sur l’Escaut. Notre armée vient de faire devant l’ennemi et à son insu une marche de flanc de huit à neuf lieues, mais il s’agit de passer le fleuve et

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d'enlever le-camp de Denain, avant qu’Eugène ait eu le temps de venir nous prendre en queue. Il est sept heures du matin. Les éclaireurs impériaux commencent à paraître du côté de l'Escaut. Il n’y a pas une minute à perdre. Il y va du salut de l’armée, il y va du salut de la France. Vers le même moment, Eugène prévenu du mouvement de Villars, se porte rapidement sur une hauteur avec quelques officiers, parmi lesquels se trouvait un jeune volontaire de 17 ans, le futur vainqueur de Fontenoy, Maurice de Saxe. Le chef de l’armée impériale voit bien des régiments français massés dans le coude de l’Escaut, mais il ne nous suppose pas l’intention de passer le fleuve. ‘ Allons dîner,” dit-il à son escorte. S'il avait mieux compris nos mouvements, il avait encore le temps de nous atteindre, tandis que nous étions à cheval sur l’Escaut, dans une position très dangereuse. Vers 10 à 11 heures, il venait de se mettre à table quand un courrier d’Albermarle lui annonce que les Français avaient passé l’Escaut et faisaient mine de l’attaquer. Il saute à cheval et court bride abattue sur Denain, en donnant à ses troupes l’ordre de le suivre, mais l'heure propice était passée.

Villars, aussitôt ses trois ponts achevés, fait passer Broglie et sa cavalerie. Elle se porte au galop sur Escaudain, y aborde la double ligne qui menait de Marchiennes à Denain, cechemin fortifié que l’ennemi, dans son arrogante confiance, appelait : ‘le grand chemin de Paris.” Broglie franchit avec ses chevaux l’épaulement dégarni, rencontre un convoi de pain qui cheminait vers Denain, sous la protection de deux bataïllons, tombe sur l’escorte, la disperse, s’empare du convoi, et s’établissant solidement en travers de la route, coupe les communications avec Marchiennes. Pendant ce temps, le corps de Vieux-Pont a passé l’Escaut à son tour. Villars défile en tête de la brigade de Navarre. Il a mis son bufile des jours de bataille, celui qui lui porte bonheur. Son entrain se communique aux soldats qui commencent à comprendre la pensée de leur chef. Ils traversent gaiement dans la boue jusqu'aux ge-

noux les marais q'i bordent le fleuve. Les colonnes se forment dans la plaine, pénètrent à la suite de Broglie près d’Escaudain entre les lignes fortifiées. Laissant Montesquiou les disposer pour l'attaque, Villars retourne aux ponts, dans la crainte d’une attaque du prince Eugène sur son arrière-gartde qu’il fait metire en bataille, appuyée sur les lignes que l'ennemi avait faites l’année précédente, autour de Bouchain. La précaution était superflue, Eugène, arrivé seul de sa personne à Denain, se hâte d’en faire sortir la cavalerie devenue inutile et les bagages, et y fait entrer les six bataillons qui gardaient les lignes de Thiant, puis, recommandant à d’Albemarle de tenir jusqu’à la dernière extrémité, il retourne au galop jusqu'au devant de ses troupes presser leur murche. Tout l'avenir de la journée dépend de notre célérité. La victoire sera au premier qui atteindra les ponts qui joignent le camp de Denain à la rive droite de l'Escaut. Les têtes de colonnes autrichiennes débouchent sur les hauteurs de Quérénaing. Il leur faut moins de deux heures pour arriver. Le sort de la France oscille dans la balance du destin, mais le souffle des grands morts, l’âme même de la patrie plane au-dessus de nos bataillons. Montesquiou | r’en a encore que 33 pour l'attaque. Villars accourt avec Al- || bergotti. Celui-ci demande à faire des fascines pour combler les fossés du camp. ‘‘ Croyez-vous,” lui répond Villars, ‘‘en lui montrant l’armée d’ Eugène, que ces messieurs nous en donnent le temps. Les fascines seront les corps des premiers de nos gens qui tomberont dans le fossé,” et il donne l’ordre de marche. 1) Les 33 bataillons sont disposés en 11 colonnes d’attaque, Al chaque colonne de 3 bataillons déployés, précédés de grenadiers 1 et piquets qui forment comme une quatrième ligne. Dans l’intervalle des colonnes sont les petites pièces de campagne qui tirent tout en marchant, mais dont le tir, à cette époque, était peu efficace. A la droite des lignes sont les deux maréchaux, - Villarset Montesquiou, à la gauche Albergotti. Les autres offii ciers généraux sont distribués dans les colonnes. Les colonels marchent à la tête de leurs régiments. I’élite de la noblesse

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française, ce qu’il y avait chez elle de meilleur, de plus patriotique, guide nos hérvïques fantassins, fils vigoureux des classes travailleuses. Ce fut alors un beau spectacle. Nos soldats marchent dans un ordre admirable, comme à la parade, essuyant sans répliquer les décharges meurtrières de l'ennemi, dont les boulets et les balles font dans nos rangs des trouées sanglan-

tes. Ils continuent leur marche ferme et silencieuse jusqu'aux fossés et y descendent l’arme au bras, après avoir jonché la terre de plusieurs centaines des leurs. Mais les voilà qui enjambent les épaulements, et comme un torrent qui, une fois débordé, sub-

merge tout sur son passage, en un instant, ils épandent sur le camp de Denain leurs flots triomphants. Les Hollandais, fusil-

lés à bout portant, serrés de près, la baïonnette et la piqué dans les reins courent à l’Escaut, mais le pont s'écroule sous la masse accumulée des premiers fuyards. ‘Tout est tué ou pris. Les 17 bataillons de l’ennemi sont anéantis. Les chefs, le comte d’Al-

bermarle, le prince d’ Holstein, le prince d’Anhalt, célèbre gé-

néral d'infanterie, sont obligés de se rendre, 12 canons ‘et plus

de 60 drapeaux sont pris. Eugène arrive sur la rive droite de

l’'Escaut avec ses premières colonnes, court au pont de Prouvy

qui n’a pas été coupé, mais s’y heurte contre le prince de Tingry

qui, sorti de Valenciennes avac sa garnison, l’occupe en force,

Les impériaux engagent à travers le fleuve une fusillade sans. effet, Notre infanterie, à l’abri derrière les retranchements

conquis, leur tue encore sept on huit cents hommes. Eugène

donne l’ordre de la retraite en mordant, dit-on, ses gants de dé-

pit. La France était sauvée.

C'était un joli succès sans doute, d’avoir enlevé un camp retranché et tué 8000 hommes à l’ennemi, mais les résultats du combat: (par le nombre des troupes directement engagées, la bataille de Denain ne fut qu’un grand combat) les résultats, disje, furent bien plus décisifs que ceux de bien des grandes victoires, accompagnées d’une effusion de sang beaucoup plus considérable. La masse de l'armée d’ Eugène n’était pas entamée, mais sa ligne était coupée en deux. Le soir même de la journée, Broglie court avec sa cavalerie investir Marchiennes qui, après

six jours de siège, est prise par Montesquiou avec sa garnison de plus de 4000 hommes, 140 balandres chargées de vivres et de munitions et les 1500 mariniers qui les montaient, 60 pièces de canon, le matériel de siège et toutes les ressources accumulées par l'ennemi, Villars voyant que les Impériaux ne peuvent plus faire de siège, tire des places voisines qui nous appartenaient encore plus de 50 bataillons qui grossissent son armée, tandis que les alliés sont obligés de s’affaiblir en renforçant les garnisons des places qu’ils occupaient, et qu’ils se flattent encore de conserver. Saint-Amand, Bouchain sont repris sous leurs yeux Sans qu’ils puissent rien tenter pour les secourir. Le 8 Septembre, Douai capitule avec plusieurs milliers de soldats. Le 4 Octobre, on prend le Quesnoy où l’on trouve 116 gros canons de siège, sans compter les pièces de campagne, 140 mortiers et des munitions immenses, Eugène remonte du côté de Mons. Les Hollandais découragés concluent la paix avec nous à Utretch, en même temps que la Savoie. La France retrouve ses frontières du Nord. LI? Autriche veut continuer la guerre, mais l'impulsion partie de Denain ne s’arrête plus, et l’année suivante, Villars, dans une brillante campagne sur le Rhin, oblige notre dernier ennemi à conclure la paix à son tour. Coïigny et Broglie que nous avons vu figurer comme chefs de corps à Denain, nous les retrouvons plus de 20 ans après en Italie, mais commandant en chef à leur tour ; ils venaient de succéder à leur vieux général, Villars, qui avait commencé la campagne et venait de s’éteindre à Milan, plein de jours et de gloire. Notre armée était formée en grande partie de recrues, mais aux terribles batailles de Parme et de Guastalla, gagnées par nous, les redoutables cavaliers de l’ Autriche, Hongrois et Croates, viennent se briser contre nos jeunes carrés. Lepelletier, lieutenant-général, nous raconte, dans ses souvenirs d’un artilleur, une amusante anecCote, à propos de la bataille de Guastalla. A la fin de l’action, il y eut une brillante charge, exécutée par notre cavalerie. Il s’y trouvait un brave Picard, qui n’avait encore jamais vu le feu, aussi avait-il demandé d’avance à son capitaine ce qu’il fallait faire le jour du combat.

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On lui répond qu’il n’avait qu’à avancer dans la troupede l’ennemi et à donner force coups de sabre de tous côtés. Mon Picard n’oublia pas le commandement, Il s'enfonce dans les escadrons ennemis et frappe en sourd, à droite et à gauche, tournant la tête vers son capitaine et lui criant: mon capitaine, faisons-je bien. Oui, lui répond le capitaine, va toujours ton train, Ce qu’il fit et très bien.

La gaîté française ne date pas d'aujourd'hui, Nos aïenx aimaient à chansonner les généraux incapables ou couards. Tout le monde connait le quatrain fait sur Villeroi, surpris et fait prisonnier dans Crémone par le prince Eugène. Commele dit Michelet, la garnison, heureusement, valait mieux que son

générel et repoussa l’ennemi qui était déjà dans la place,ce qui

donna lieu à un bel esprit d’écrire ce qui suit : Français, bénissez Bellone, Votre bonheur est sans égal :

Vous avez conservé Crémone, Et perdu votre général. :

Une autre épigramme, dans le même genre, est, je crois, moins connue.

En Septembre 1158, les Anglais ayant débarqué dans la baie de Saint-Cast, reçurent une frottée de première classe des troupes et des milices bretonnes commandées par un officier nommé d’Aubigny. On tua 3000 hommes à l'ennemi. Le duc d’Aiguillon qui avait, soi-disant, le commandement en.chef, se tint caché dans un moulin pendant le combat, d’où l’épigramme suivante :

Couvert de farine et de gloire, De Saint-Cast héros trop fameux, Sois plus modeste en ta victoire :

On peut d’un souffle dangereux, Te les enlever toutes deux.

Venons-en maintenant aux armées de la Révolution. A la bataille de Jemmapes, gagnée le 6 Novembre 1792 sur les Autrichiens, se produisit un très curieux exemple de ces révélations soudaines qu’un jugement droit et un cœur vaillant peu.

vent faire surgir dans le cerveau même d’un homme de la plus humble condition. Au centre du fronc ennemi qui correspondait à celui de notre armée se trouvait une ouverture, avec un chemin pour entrer dans Jemmapes. Les Impériaux y avaient de la cavalerie qui pouvait, en cas de désordre dans notre attaque, tomber sur le centre de notre infanterie. Or, au moment où Dumouriez, voyant se dessiner les attaques de ses deux ailes, faisait avancer son centre, une brigade d'infanterie française qui marchait sur la trouée, voyant déboucher la cavalerie ennemie, se jette à droite derrière une maison, et laisse un espace vide par lequel cette cavalerie aurait pu percer notre centre. Le jeune Baptiste, valet de chambre du général en chef, inspiré par un mouvement héroïque et par son attachement pour son maître, part au grand galop, va trouver le général Drouin.qui commande cette brigade, lui fait honte de sa retraite, ramène la brigade, occupe la trouée, va trouver sept escadrons de dragons et de hussards que le mouvement rétrograde de l'infanterie avait srrêtés, les conduit dans la trouée et vient trouver son maître, après avoir rétabli le combat, contribuant ainsi puissamment au succès de la bataille, comme Dumouriez en rendit compte dans son rapport à la convention, Aussi lorsque le valét parut dans cette célèbre assemblés, reçutil le baiser fraternel du président, une épée, un uniforme complet d'aide de camp et le brevet de capitaine. (C’est ainsi que nos aïeux de la Révolution savaient récompenser le mérite, sans se laisser arrêter par des questions de filière et d’ancienneté, comme nous le faisons à présent, et c’est évidemment à céla qu’ils ont-dû une grande partie de leurs succès. Représentezvous quelques vieilles culottes de peau à la place de Moreau, de Jourdan, de Hoche, de Marceau et de Bonaparte, et demandez-vous quel changement cela aurait fait dans l’histoire.

Voici un autre épisode, un de ces épisodes qui émeuvent le cœur autant qu'ils frappent l’esprit, un de ces incidents au récit desquels des larmes d’attendrissement se mêlent à l’admiration que nous fait éprouver le spectacle du devoir accompli. C'était en 1793, au plus fort de la lutte gigantesque que la

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France soutenait contre l’Europe coalisée. La victoire d’Hon:dschoote, gagnée par Houchard sur les Anglais (8 Septembre 1793), venait de sauver Dunkerqne, mais Maubeuge, cet autre boulevard de la patrie, était assiégée par une grande armée autrichienne, et les 15 et 16 Octobre 1793, Jourdan et Carnot 1ïivraient à l'ennemi cette fameuse et terrible bataille de Wattignies que Napoléon appelle le plus beau fait d'armes de la Révolution. Nos valeureux soidats s’efforçaient, dans une lutte acharnée, d’arracher à l’ennemi la possession du village de Dourlers dont les abords étaient si formidablement défendus que le prince de Cobourg, après avoir visité les apprêts de la défense, avait dit : ‘Si les Français me délogent d'ici, je me fais républicain moi-même.” Les Autrichiens battaient en retraïte sur la place de l’église, serrés de près par la division Balland. Cobourg alors lance ses réserves. En même temps arrivent d’un autre côté les Hongrois qui venaient de rejeter dans le chemin de Monceau le 89e de ligne, un de nos meilleurs régiments. Tout à coup, ils entendent battre la charge près d'eux. Le 89e qw’ils croient au fond de la vallée s’est-il donc rapproché ? Une troupe fraiche cherchait-elle à les surprendre ? La charge redouble d’entrain. On dirait plusienrs caisses battant à la fois. Les Hongrois prennent peur, se débandent et se précipitent en désordre derrière les maisons, en communiquant leur panique aux troupes ennemies qui vont prendre l'offensive. Quel péril formidable menace les soldats de l’empereur ? C’est un enfsnt de quinze ans, le tambour Sthrau du 89e qui, à la faveur d’un chemin couvert, exécutait cette ruse de guerre, précédant de loin son régiment qui, toutefois, se rapprochaït, et allait appuyer nos bataillons du centre, maîtres de la place de l’église. C’est

là, à-la fin de ia journée, aprés une lutte effroyable, qu’on retrouva le corps de l’héroïque enfant entouré de cadavres ennemis.

Je vais maintenant vous raconter un fait de guerre tellement merveilleux que je ne lui connais pas d’équivalent dans aucune autre guerre moderne, et qui fait voir quels soldats la Il s'est passé il y a cent ans, dans

révolution avait formés.

entre

cette magnifique campagne de 1799 en Suisse qui sauva la France d’une invasion et immortalisa pour jamais le nom de Masséna. C’est l'épisode initial de cette immense et splendide combinaison tactique, composée de vingt combats et s'étendant sur un échiquier de 80 lieues d’étendue que,du nom de l’affaire principale, on appelle la bataïlle de Zurich. Soult, alors général de division, commandait notre droite, séparée à ce moment de la gauche ennemie pur la rivière Linth qui était. bordée de notre côté de maraiïs profonds. L’adjudant-major Dellard, plus tard général et baron de l’Empire, propose à Soult et obtient de lui l'autorisation d'organiser un corps de nageurs pour franchir la rivière, surprendre les Autrichiens et permettre l’établissement d'un pont. Il exerce ses hommes d'avance, et le 3 Vendémiaire, an VIII de la République (le 3 Septembre 1799), il reçoit de Soult ordre de tenter le passage à deux heures et demie du matin. À l’heure indiquée, lu: et ses hommes armés chacun d’une lance, d’un sabre et d’un pistolet, ce dernier sur la tête avec un paquet de cartouches, le tout maintenu par un mouchoir, se trouvent au bord de la rivière en tenue de nageurs, c’est-à-dire à peu près nus. Je laisse maintenant la parole au héros principal de cet épisode, au général Dellard, qui en fut aussi l'historien.

‘Je n'ajoutai que ces mots aux instructions que je leur avais déjà données : ‘‘ Intrépides nageurs, vous allez dans un instant vous couvrir d'une gloire immortelle en portant la terreur et la mort dans les retranchements et le camp de l’armée ennemie, Vous ne pouvez pas faire de prisonniers ; la victoire qui vous attend s’y oppose. Egorgez donc tout ce qui vous tombera sous la main. Ralliez-vous au coup ds sifilet que je donnerai sur la rive droite ; suivez exactement mes traces, je serai toujours à votre tête, et rappelez-vous que notre mot d'ordre est: vaincre ou mourir.”

‘ An même instant je me glissai dans l’eau, environné de sept officiers qui nagent à ma hauteur. La troupe nous suit et bientôt nous abandonnons tous la rive gauche. Quelques hommes, entraînés par la rapidité du courant, sont portés très loin

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et ne peuvent gagner la rive droite. D'autres, trop faibles nageurs, se noiïent sans recevoir aucun secours de leurs camarades qui sentent la nécessité d'arriver. Je touche le premier au bord opposé. Un pilotis élevé, soutien d’une digue, rend notre arrivée difficile. Je le franchis et je suis debout sur cette digue ; le sifflet se fait entendre, les nageurs se rallient. Pendant que je les réunis, un nommé Bergeron, mon adjudant sous-officier et mon compatriote (Dellard était de Cahors), depuis mort lieu-

tenant-colonel en Portugal, surprend et tue un factionnaire dont les cris n’ont point donné l'éveil. Nous marchons à l'instant, sur les postes; la position m'en était connue ; je n’en avais que deux à surprendre, pour avoir de suite le champ libre jusque sur les derrières du bataillon autrichien qui gardait la principale redoute, en face de laquelle la division devait effectuer son

passage. Ces deux postes dormaient auprès d’un feu à moitié

éteint. Les premiers nageurs les expédient à coups de lance,

sans aucun retard pour notre mouvement.

‘€ Le marais que nous traversions en file, les uns derrière les antres, retarda un peu notre marche par son extrême profondeur et l'épaisseur des joncs et des roseaux qui le couvraient, mais qui, d’un autre côté, nous cachaient et nous préservèrent de tout contre temps, jusqu’au moment favorable pour notre attaque.

Je m'arrêtai à cinquante pas des Autrichiens, occupés 56. rieusement par le bruit que nos troupes faisaient sur la rive gauche pour l'établissement du pont. Le feu que l'ennemi dirigeait sur ce point était des plus vifs. A la faveur de ce tumulte, les nageurs se formèrent sur une seule ligne et, après avoir détaché nos lances, nous nous précipitâmes sur les ret:anchements ennemis et fîmes main basse sur tout ce qui les occupait. Les Autrichiens surpris et épouvantés d’une si brusque attaque se tournèrent à peine pour se défendre ; la plupart périrent sans coup férir, quelques-uns se précipitèrent dans la rivière ; un seul fut épargné pour nous conduire sur les autres redoutes, dont le feu commença au même instant que notre charge.

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‘ Pendant ce vacarme, je m'élançai sur le parapet pour annoncer aux nôtres que la rive droite était à nous et qu’on pouvait jeter le pont. Aussitôt qu’elles nous entendirent, nos troupes demandèrent à grands cris de voler à notre secours et les deux bateaux que nous possédions, notre uniquè ressource pour le passage, furent immédiatement lancés à l’eau avec 50 carabiniers de la 25e demi-brigade d'infanterie légère, commandée par le chef de brigade Gaudinot. Le premier embarquement courut les plus grands dangers à cause du mauvais état

de nos emba:cations. Il dut son salut aux nageurs qui le se-

coururent.

‘* Pendant ce temps je complétais mon expédition en me portant précipitamment sur deux autres redontes, dont je m’'emparai et dont les pièces furent enclonées et les troupes égorgées ou dispersées. De là nous nous dirigeâmes sur le camp qui n'avait fait encore aucun mouvement, ignorant c2 qui se passait, étant trop éloigné pour l’entendre, mais qui se leva dans le plus grand désordre, en entendant nos cris, nos trompettes, nos tambours (Dellard avait avec lui 10 de ces derniers et 4 trompettes du 10e de chasseurs), et nos coups de pistolet. Ce qui acheva d’y mettre l'épouvante et la confusion, ce furent les cris de ‘sauve qui peut! nous sommes trahis !”” que je fis pousser en allemand par quelques nageurs alsaciens qui noômmaient en même temps. les régiments que nous attaquions et dont jé m'étais procuré exprès les numéros et les noms, notamment celui de Bender, qui tenait la tête du camp.

‘En un instant les 10,000 Autrichiens que nous reveillàmes si brusquement prirent la fuite et se jetèrent en masse sur le village de Schänis. Le général en chef Hotze qui en occupait l'abbaye, surpris lui-même et ne sachant à quoi attribuer une si grande terreur, se précipita presque nu au devant de ses troupes et chercha à les railler. ‘‘ Vous êtes à jamais déshonorés, leur dit-il, si vous ne reprenez pas vos positions. Vous fuyez lâchement devant une poignée d'hommes nus. Retournez-vous seulement et leur mort est certaine. |

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d’un coup de lance à la cuisse et le somma en vain de se rendre. Uniquement occupé du ralliement de ses soldats, il ne songeait nullement aux dangers qui l’environnaient, mais il succomba sans pouvoir rétablir l’ordre : un coup de biscaïen qu’il reçut à l'estomac le renversa mort. Ce roup partait de nos batteries, pointées au hasard dans l'obscurité et faisant un ravage affreux dans ce pêle-mêle. Il fut également funeste à deux nageurs, dont la perte me fut bien sensible.

‘Cependant le jour approchait. Malgré nos faibles ressources pour le passage de la division, une grande partie des troupes qui la composaient avaient atteint la rive droite de la Linth, où, après s’être formées, elles marchèrent sur Schänis. À leur approche, je ralliai les nageurs et me disposai à rentrer à Bilten où nous avions laissé nos vêtements. J’annonçai, avant de quitter le champ de bataille, la mort du général Hotze au général Soult, et, comme il la révoquait en doute, je le conduisis moi-même dans le verger où était son corps et, d'après ses ordres, je le fis transporter par quatre grenadiers dans l’abbaye où il avait couché la nuit précédente. Le bailli et plusieurs religieux le reconnurent en présence du général Soult, qui le fit déposer dans l'église, Vous avez, me dit alors le général, rempli mon attente ; choisissez un de mes chevaux, je vous en fais cadeau, je vais demander pour vous le grade de chef de bataillon”?

Notre rentrée à Bilten ne fut pas difficile, elle s’effectua sans le secours des bateaux. Les nageurs traversèrent la rivière à la nage, et, après avoir repris leurs habits, ils rejoignirent leurs corps respectifs où ils furent tous récompensés par des grades ou des armes d'honneur. Les noms des 21 de ces braves qui périrent dans le combat ou qui se noyèrent furent envoyés dans leurs pays pour être inscrits sur les colonnes départementales. Un nageur de la 94e se fit particulièrement remarquer par sa présence d’esprit et sa bravoure. Forcé d’abandonner ses armes par la rapidité de la rivière et le danger qu’il courait, il les remplaça, en abordant, par un énorme pieu qu'il conserva jusqu’à la fin de l’action. Il frappait et assommait les

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ennemis avec le plus grand acharnement. D'un physique im posant et d’une force extraordinaire, on l'aurait pris pour Hercule, sous cette bizarre armure.”

Dellard vient de nous donner un magnifique exemple de l’héroïsme de nos soldats, le général baron Thiébaud va nous montrer leur bon cœur, même quand ils s’écartent, pour un moment, du chemin étroit de la discipline. Cela se passe dans l’immortelle campagne de 1805 que devait terminer le coup de tonnerre d’Austerlitz. Comme il arrive toujours, quand une campagne se prolonge en territoire ennemi, la discipline s'était un peu relâchée et nos soldats devenaient chapardeurs, ce qui veut dire pillards en Français vulgaire. Ecoutons Thiéband qui commandait la première brigade de la division Saint-Hilaire du corps du maréchal Soult.

‘ Ce que j'ai donné de coups dans cette campagne n’est pas croyable, et il faut bien admettre que je n’y allais pas de main morte, car j’ai cassé deux cannes. Le fait qui me coûta la seconde se rapporte à une anecdote que j'ai souvent contée, parcequ’elle peint le mieux notre soldat français et, dans un sens, lui fait le plus d'honneur. J’avais laissé filer ma brigade, je crois, pour m'arrêter à déjeuner ; quelques autres corps m'avaient dépassé, et je trottais pour la rejoindre, lorsque des cris effrayants partirent d’une maison isolée devant laquelle j’arrivais, et qui, sur mA gauche, se trouvait à quelques toises de la route. A l'instant, je suis en bas de cheval, j2 cours à la maison ; je la trouve pleine de soldats fouillant dans les armoires, dans les tiroirs même, pour voir, comme l’un d’eux eut l’effronterie de me le dire. s’il n’y avait pas des Autrichiens cachés; à grands coups de canne, je les fais déguerpir par la porte et par la fenêtre. J'apprends alors que la cave est remplie de soldats, et que le vin y coule à grands flots. Je me précipite par l'escalier ; mais à peine suis-je dans la cave que tous ces coquins soufflent leurs lumières, se sauvent pendant que je casse ma canne sur le dos de je n2 sais qui et que je mets le sabre à la main pour continuer de plus belle. Cependant le dernier est parti en fermant la porte sur lui et, dans une obscurité com-

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