‹ Soldats de France [microforme]Chapitre 9 sur 20 · LE HE · texte numérisé non relu

LE HE

d'être un succès décisif, prit nos francs-tireurs pour uue troupe allemande. Reyau qui aurait dû s'assurer de la chose se replia sur les positions qu’il avait quittées le matin, au lieu de prononcer notre mouvement sur notre gauche, ainsi qu'il en avait reçu l’ordre de Chanzy, chef du 16e corps, mouvement en vertu duquel il aurait été à portée de poursuivre avec sa cavalerie les Bavaroïs battant en retraite dans de mauvais chemins et démoralisés, ce qui aurait changé pour eux en un vrai désastre ce qui ne fut qu’une défaite. Le lendemain, l'amiral J'auréguiberry, ayant lancé à la poursuite des Bavaroïs le peu de cavalerie qu’il avait pour son escorte, avec son chef d’étatmajor, le colonel Lambilly, cette cavalerie atteignit un convoi allemand, lui prit 2 pièces d'artillerie attelées, 25 caissons de munitions, 30 voitures de bagages, plus un certain nombre de prisonniers.

Quant au père Bureau, bien des années après la guerre, il a fini paisiblement ses jours en Normandie où il voulait absolument faire venir mon frère qu’il avait pris en grands affection et qu’il voulait, mordicus, marier à une Normande, en quoi il ne réussit pas, mon aîné ayant déjà, en bon Alsacien, trouvé son Alsacienne.

Je ne vous ai parlé que des francs-tireurs de Saint-Denis et de Paris, mais il en est d’autres qui ont rendu des services importants, surtout ceux de Cathelineau à l’arméede la Loire, les éclaireurs de Franchetti à Paris et les chasseurs des Vosges du capitaine Coumès. Ils ont tous fait voir ce qu’on aurait pu faire, si l’on avait su donner une meilleure direction à des efforts trop éparpillés, pour qu’ils aient pu £voir une grande influence snr les événements. La lecture de nocre histoire militaire m'a convaincu que nous sommes, parmi les grandes nations, une de celles qui ont le plus gaspillé de forces qui auraient parfois assuré notre triomphe. Il y aurait un livre instructif à faire pour nous, triste à lire, il est vrai, mais qui nous serait salutaire, un livre qu’on pourrait irtituler ; forces perdues.

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Mais comme le dit le commandant Rousset dans son histoire de la guerre franco-allemande. ‘Que dire de tous ces braves gens, inconnus pour la plupart qui, pour servir leur pays, se faisaient espions, coureurs de bois et de grandes routes, et dans le seul but d'arrêter un cavalier allemand ou d’arrêter une reconnaissance, risquaient mille fois leur liberté, leur vie, le pain et l’avenir de leurs enfants? Que dire de ces vaillants courbés par l’âge, qui prenaient encore un fusil, comme le a quis de Coriolis, comme M. de Marnas, comme M. de Bouillé et le marquis de Coislin, frappés sur le champ de bataille en mêlant leur sang à celui d'enfants de vingt ans. Que dire enfin de ces paysans, de ces ouvriers, fils du peuple et généreux comme lui, qui payèrent de leur vie leurs actes prémédités de sacrifice et regardèrent sans faiblir les douze fusils du peleton d'exécution. C’est Debergue, le jardinier de Bougival, qui coupa cinq fois avec son sécateur les fils télégraphiques reliant le poste de la Jonchère au quartier général de Beauregard et qui, grâcié de la vie s’il voulait promettre de ne pas recommencer, refusa fièrement ‘‘ parcequ’'il était français.? C’est J ean Baptiste Gardon et Jean Nicolas Martin, deux ouvriers qui combattirent avec nos soldats dans la sortie de la Malmaison, et qui, traduits pour ces faits devant une cour martiale, firent au président cette admirable réponse : ‘‘ Tout citoyen a bien le droit de défendre son pays.” Les deux braves furent passés par les armes à l’endroit même où Debergue était tombé un mois auparavant, C’est Dubois qui, voyant l'ennemi entrer dans sa ville natale, à Epinal, prend un fusil, malgré les supplications des siens, s’agenouille au milieu de la rue, abat deux cavaliers prussiens, puis, sûr du sort qui l'attend, recoit stoïquement la mort ..... ...c'est Mme Dodu, cette courageuse

directrice de postes, qui risque cent fois sa vie en interceptant les correspondances ennemies ; c’est Melle Lix, receveuse de postes à Lamarche qui s’enrôla dans les francs-tireurs des Vosges et combattit à Nompatelize avec eux ; c’est le sergent Hoff un Alsacien dont les exploits pendant le siège de Paris ont été contés cent fois, au point de devenir légendaires (il avait tué 27

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allemands dans divers combats individuels) ; c'est Melle Maria Clément née Biard, encore une receveuse des postes qui, pendant plus de deux mois, fit seule, et au refus de certains hommes, le service de la correspondance, marchant la nuit sous un déguisement dans la campagne couverte de neige, ou se cachant de longues heures dans les bois, immobile et grelottante, pour laisser passer une patrouille qui la guettait! c’est Charles Gom-

bault, sergent au 1er zouaves qui, prisonnier de guerre et bru-

talisé un jour par un sous officier allemand, bondit sous l’outrage, riposta par un coup de poing et mourut sous les balles bavaroïses, à 22 ans, en disant aux 6000 soldats français amenés de force à son supplice : Camarades, je vais mourir ! crions tous : Vive la France ! ”

Et c’est en face de ces figures rayonnantes de patriotisme et d'énergie qui appartiennent à notre génération et que nous

aurions pu connaître, que nos ennemis et nos envieux ont pu

se figurer, à propos d'événements récents, que la France était finie. Est-ce par ignorance de notre histoire, ou parcequ’ils la connaissent trop bien, qu’ils ont débité les calomnies et les inepties qu’on sait contre notre armée. Ce doit être cette dernière raison qui les aura rendus encore plus injustes, plus haineux et plus menteurs que d'habitude. Ah ! sans doute, il leur serait bien agréable de pouvoir désorganiser, en ne versant que de l'encre, ce redoutable instrument de combat qu’on appelle l'armée française, gage de notre sécurité et de notre indépendance nationale et que nos socialistes voud'aient remplacer par des milices sans cohésion et sans instruction militaire. Je ne demande pas mieux que de croire qu’il viendra un jour où tous les hommes, anthropophages compris, verseront des larmes de tendresse en s’embrassant et chanteront en chœur:

‘ Les peuples sont pour nous des frères (bis)

et les punaises des ennemis.”

Mais en attendant ce jour béni qui me parait très aléatoire et qui, dans tous les cas, ne sera connu que de nos arrière-neveux, je vois toutes les nations qui nous environnent se hérisser de baïonnettes, de canons perfectionnés, et chercher des explo-

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