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LA FRESQUE DE SAINT-AQUILIN

On voit par là qu’en 1659, vers la fin du temps de la décadence, il y avait encore de bons religieux qui s’occupaient des choses de Dieu. Dom Houeau était un homme vénérable, dont les manuscrits mauristes parlent avec le plus grand respect.

«Jean Houeau, moine et sous-prieur de Solesmes, a laissé de nombreux monuments de sa dévotion; le souvenir de sa piété est encore vivant parmi les gens du peuple. » — « Au nombre de ceux qui se distinguèrent par leur piété et leur sainteté, nous devons signaler Jean Hoyau, sous-prieur du monastère; dans des temps bien difficiles, quand d’autres religieux s’égaraient loin des règles, il se donnait tout entier à la solitude, prenant soin des choses saintes, et compensant par des expiations volontaires ce que les autres faisaient de mal. Aussi, les habitants de Solesmes, bien qu’il ne soit plus là, vénèrent sa mémoire. Sa sainteté, ses mœurs dignes et pures, ont des témoins éloquents qu’on ne saurait suspecter (1). » L'Essai, qui rapporte aussi la restauration' de la chapelle et analyse le document ci-dessus (p. 58, 61), ajoute que « le nom de dom Houeau était encore en vénération dans la paroisse de Solesmes cinquante ans après sa mort (2) ».

Malheureusement, en matière d’art et d’archéologie, le meilleur de nos moines d’alors était bien de son siècle, et son siècle, qui voyait tout en style de Versailles, méprisait hautement, quelle que fût leur importance, les œuvres mal alignées, mal dessinées, du vieux temps. Les fresques de Saint-Aquilin n’étaient certes pas une merveille ; mais, en pareille matière, nous savons trop aujourd’hui que l’on ne conserve jamais assez. Le restaurateur du xvn® siècle trouva tout naturel de les noyer sous l’indispensable badigeon. Il n’entendait point cependant exclure les beaux-arts de son programme, car c’est à lui que nous devons, selon toute vraisemblance, quelques bizarres statuettes en terre cuite peintes, plus mal dessinées que la fresque et, à coup sûr, bien éloignées de ce que faisaient, au xvne siècle, les bons sculpteurs. Pour nous, elles sont quand même les bienvenues, parce qu’on a prié devant elles dans un oratoire bénit, parce qu’elles ont leurs souvenirs, parce que, après les hécatombes d’antiquités qu’on a faites, on ne peut se montrer trop avare des restes les plus minimes du passé.

En 1882 (octobre et novembre), une nouvelle « restauration » de l’oratoire, faite sous la direction de M. Cartier, remit au jour la pauvre fresque ; un artiste de talent, M. A. Foucher, alors à Solesmes, la débarrassa habilement de son enduit. Nous pûmes l’examiner et constater la parfaite conservation du trait, fait au pinceau, sans repentir, et des vives couleurs dont elle était chargée, pourpre, vert, ocre jaune et rouge surtout. Elle se trouvait à droite de l’autel ; la gauche était occupée par un dessin très effacé, où l’on distinguait à peine une arche de Noé. II semblait bien pourtant qu’elle dût être épargnée ; il n’en fut rien. M. Foucher put la copier à l’aquarelle, et, malgré les plus vives instances, on la fit disparaître définitivement et sans tarder. Plus heureux qu’elle, l’ancien appareil de la muraille, moyen appareil à joints écrasés, subsiste encore sous le mortier et sous le badigeon du xix® siècle, qui n’a rien à envier à celui du xvne. On voit un peu de cet appareil dans la planche que nous donnons d’après l’aquarelle scrupuleusement exacte de M. Foucher. (PL X, fig. 1.)

M. Cartier attribuait cette peinture à la fin du xve siècle; nous la croyons du xm®, sinon de la fin du xne. Le faire et les costumes, la main levée du juge, sentent encore l’influence byzantine, mais les types, assez vulgaires d’ailleurs, ne sont plus byzantins. Les spécialistes apprécieront. Nous laissons aussi à qui de droit le soin de rechercher quelle peut être cette scène de martyre dans l’oratoire d’un saint confesseur.

(1) « Johannes Hoyellus, monachus & subprior Solesmensis, multa suæ devotionis monumenta reliquit, pietatisque fama apud plebeianos adhuc viget. » (A 215 v) — « ... Pios inter & sanftitate conspicuos notandus venit Johannes Hoyellus, nonasterii proprior, qui, difficillimis temporibus, dum alii monasticis procul a regulis aberrarent, solitudini vacabat intentus, sacrorum gerebat curam, & aliorum mendas voluntariis cruciatibus expiabat. Hinc Solesmensibus incolis, tametsi vivis ereptus, maximæ est venerationi, sanditatis ejus, morumque gravitatis & innocentiæ testibus atque præconibus minime fucatis. » (C 473)

(2) On lit dans la chapelle de Saint-Aquilin, sur une plaque de marbre noir, l’épitaphe suivante : « cy gist le corps de d. j. hoyau, PRIEUR CLAUSTRAL A SOULESMES, ET FONDATEUR DE CETTE CHAPELLE ; DITES PAR CHARITÉ POUR LE REPOS DE SON AME, PATER, AVE. l6... » Le nom de Hoyau se trouve fréquemment dans le Maine au xvn° siècle. M. de Grandmaison, dans ses Documents inédits (p. 230, 231), nomme un Charles Hoyau, sculpteur du Mans, ayant son atelier au Mans, qui fit « toutes les figures du grand autel de l’église (des Minimes du Plessis) », la sainte Vierge, les quatre Évangélistes, deux anges, & trois autres figures. « 11 a mis son nom au bas de la statue de saint Marc. » (D'apres les Notes préliminaires de l’Inventaire des Archives des Minimes du Plessis-leç-Tours , p. 107, archives d’lndre-&-Loire, 1631-1632.) — Le 16 mars 1632,1 abbaye de Beaumont-Iez-T ours passe marché avec cet artiste pour « six images de deux pieds neuf pouces de haut » (une crèche). « Lesdites figures furent faites au Mans & ne furent rendues ici & parfaites qu’au mois de may 1634. Et à cause de la longueur du temps, ne les ayant rendus au terme porté dans le marché, il bailla la bergère. Pour quoy, Madame, par dessus les Hc IV xx VIII lt portes par ledit marche, luy bailla LXlt. »> (D’après les Chroniques de Beaumont, p. 206, Archives d’Indre-&-Loire , publiées depuis par le même auteur.). - Au milieu du xvn° s.ecle un Robert Hoyau, habitant de la Ferlé, fait construire un hôtel en cette ville, & élève, sur la place de l’église, la fontaine qui porte son nom. (H,st. de la Ferté par Charles, p. 186, fig.) Sur le sculpteur Charles Hoyau, voir Le Sépulcre de la Cathédrale du Mans, par M. Chardon, le Mans, 1869, in-8° de 35 p., extrait du Bulletin de la Société d’agriculture, etc., de la Sartbe. C’est à cet artiste qu’on attribue, avec grande vraisemblance, le Sépulcre de la cathédrale du Mans ; il est l’auteur de la sainte Cécile de la Psallette & du Sépulcre de MaroUes-les-Brault.

LA STATUE DE GEOFFROY (i)

La statue de Geoffroy soulève une question qui, touchant d’assez près aux origines de Solesmes, reviendrait de droit aux travailleurs que tenterait l’histoire de notre monastère ou celle de Sablé. Il en est de même de la date de fondation, 1010, date contestée, et qu’on a rapprochée de quelque trente ans. L’étude spéciale de ces points historiques ne serait pas ici à sa place. Mais puisque nous avons parlé de la statue de Geoffroy comme de la plus ancienne de notre église, surtout comme d’un souvenir précieux qu’il nous sied de conserver, nous devons donner à son sujet les éclaircissements que la science des autres nous a fournis. — Voici ce que dit Ménage touchant la vieille statue de Solesmes : « Les religieux de ce couvent prétendent que nostre Geoffroy de Sablé est enterré dans leur église. Et dans cette prétention, ils firent mettre en 1672 ces mots sur un tombeau qui est dans leur église, sur lequel est représenté un homme armé portant un bouclier chargé d’un aigle : Ci gist Geoffroi de Sablé , principal fondateur de ce monastère, vers l’an 1010. II est vray que les seigneurs de la dernière maison de Sablé ont porté d’or à l’aigle éployé d’azur ; et ces armes se voyent encore aujourd’huy dans la grande vitre de l’église de Nostre-Dame de Sablé : mais comme du tans de ce Geoffroi de Sablé, il n’y avait point d’armes de famille, on ne peut pas conclure par ce bouclier, que cet homme armé représente Geoffroi de Sablé, fondateur de Soulesmes. Et on peut au contraire conclure de là qu’il ne le représente point : car, de son tans, comme il vient d’estre remarqué, il n’y avoit point d’armes de famille. Ce n’est qu’au commancement du xue siècle que ces armes ont esté en usage. A quoy j’ajoute que ce tombeau est dans un petit passage : et si ce tombeau estait celui du fondateur, il auroit esté mis dans le lieu de l’église le plus éminent. J’avois fait cette remarque, lorsque j’ay appris par un titre du prieuré de Soulesmes, que ce Geoffroi de Sablé dont le tombeau est dans l’église de ce prieuré, estait fils de Robert III du nom (2). » Voici en effet comment Ménage établit la généalogie des seigneurs de Sablé. Geoffroy le vieux, fondateur de notre prieuré, frère puîné de Raoul, vicomte du Maine, de la maison de Beaumont-le-Vicomte, eut une fille, Avoise, qu’épousa Robert de Nevers, dit le Bourguignon ou l’Allobroge, quatrième fils de Renaud Ier de Nevers, comte d’Auxerre, et d’Adélaïde, fille du roi Robert. Avoise s’étant trouvée seule héritière, porta la seigneurie de Sablé à son mari, que Geoffroy Martel, comte d’Anjou, investit encore, entre 1041 et 1054, de la seigneurie de Craon. Robert le Bourguignon se croisa, sur l’exhortation d’Urbain II, et mourut en Palestine vers 1098, laissant Sablé à son fils Robert, appelé aussi le Bourguignon, surnommé Vestrol, que Ménage qualifie de Ier du nom, et qu’il suppose mort avant 1 1 1 o ; il avait épousé Hersende de la Suze ; son frère Renaut, plus âgé que lui, avait reçu la seigneurie de Craon, vers 1068, du vivant même de leur père, leur aîné, Geoffroy, étant mort jeune vraisemblablement. Lisiard, fils aîné de Robert Vestrol, lui succéda à Sablé; il guerroya avec un Guy de Laval, avec Geoffroy Plantagenet, et mourut avant 1195 ; >1 laissait, de Thiphaine de Briolay, sa femme, trois fils, dont Robert IIe du nom , qui lui succéda, et un Geoffroy, dont Ménage n’a d’autre preuve, dit-il, que les Mémoires de M. du Bouchet. (Op. cit. p. 164.) Ce Robert, fils de Lisiard, en révolte constante contre Geoffroy Plantagenet, son frère de lait, fut enfin contraint par lui à la paix en 1 146 ; il fit la fondation de l’Abbaye de Belle-Branche, que le Gallia place en 1152; sa femme Hersende, que Ménage croit de la maison d’Antenaise, lui donna une fille et deux fils, Robert « IIIe du nom » et Geoffroy. C’est « le Geoffroy de Sablé dont on voit le tombeau dans l’église du prieuré de Soulesmes », ajoute-t-il (op. cit. p. 167), et il donne la charte cviii du Cartulaire, par laquelle Robert III, fils d’Hersende et mari de Clémence de Mayenne, fait une fondation pour l’âme de ce Geoffroy, son frère, « vers 1170 ». ( Cartul . p. 93.) Puis il continue par l’histoire de Robert III, qui fonda, en 1189, au Bois-Renou, près Sablé, une abbaye de Prémontrés, transférée en 1209 au Perrey-Neuf par Guillaume des Roches, son gendre; l’acte de cette fondation mentionne aussi Hersende, mère de Robert, et Clémence, sa femme, sœur de Juhel de Mayenne. Robert III passa outre mer « en 1 189 ou 1190 », commanda la flotte de Richard Cœur-de-Lion et fut grand maître du Temple « depuis 1 190 jusques à la fin de 1 195 ». Il avait eu un fils, Geoffroy de Cornillé, et deux filles, Marguerite de Sablé, l’aînée, qui épousa le célèbre Guillaume des Roches, auquel elle porta la seigneurie de Sablé, et une cadette que l’auteur ne peut nommer, qui épousa Geoffroy Marceau, également inconnu à l’auteur. Marguerite, dame des Roches et de Sablé, eut aussi deux filles, Jeanne, l’aînée, qui épousa Amaury de Craon, fils de Maurice II, mort en 1220, à qui elle porta la seigneurie de Sablé; Clémence, la cadette, comtesse de Blois, puis vicomtesse de Châteaudun.

(1) Cf. ci-dessus, p. 39, et la figure, ibtd.

(2) Pour II», suivant Ménage, Histoire de Sablé, ir° partie, 1683, p. 28.

LA STATUE DE GEOFFROY

Tels sont les renseignements donnés par Ménage sur cette branche de la famille de Nevers , la troisième, d’après lui, qui tint la seigneurie de Sablé, l’une de celles qui se distinguèrent le plus par ses nombreuses fondations monastiques et sa grande libéralité. M. de Bodard de la Jacopière, dans sa 2° édition des Chroniques craonnaises(i), a reproduit cette généalogie. Il faut en corriger et préciser les données par l’excellent travail de MM. A. Bertrand de Broussillon et P. de Farcy, Sigillographie des seigneurs de Craon, en cours de publication dans le Bulletin de la Commission historique et archéologique de la Mayenne (2e série, t. II, 1890, p. 597, et tomes suivants). Pour ce qui nous concerne, ce travail est ce qui existe de plus substantiel touchant Robert le Bourguignon , tige de la deuxième maison de Craon et de celle de Sablé. (Op. cit. p. 616 et 625.) Les chartes du Cartulaire de Craon 4 à 84 (1050 environ à 1097) contiennent presque toutes le nom de Robert, qui y paraît tantôt comme donateur de Saint-Malo de Sablé à Marmoutier, tantôt comme bienfaiteur de cette abbaye, de celles de Saint-Aubin, de Saint-Nicolas, de Saint-Florent du Ronceray, ou qui signe comme témoin des donations faites par Geoffroy le Barbu et Foulques le Réchin. La charte 84 mentionne son départ pour la Palestine, et la charte 85 nous le montre de passage à Marmoutier, entrant au chapitre et confirmant les dons faits par lui de concert avec Berthe de Craon, sa seconde femme, veuve de Robert de Vitré, et avec ses fils Robert de Sablé et Renaud de Craon. C’est son dernier acte (2). Tout cela nous fait connaître la famille de notre Geoffroy, mais rien n’égale l’intérêt des détails que la Sigillographie met en lumière sur « Robert IV de Sablé », le Robert III de Ménage, propre frère de Geoffroy.

On a pu remarquer que Ménage appelle « 7er du nom » Robert Vestrol, fils du premier Bourguignon. On pourrait peut-être compter ainsi, parce que ce Robert semble, d’abord, être le premier titulaire de la seigneurie de Sablé à l’exclusion de celle de Craon. Mais, en fait, c’est bien Robert de Nevers, le premier Bourguignon, qui a tenu aussi le premier la seigneurie de Sablé, par son mariage avec Avoise, surnommée Blanche, fille de Geoffroy le vieux; c’est lui-même qui, affermi dans la seigneurie de Craon par son second mariage avec Berthe de Vitré, a voulu passer et a passé cette seigneurie à Renaud son fils aîné, gardant pour lui celle de Sablé. Robert de Nevers est donc bien Robert de Sablé Ier du nom, et le Robert III de Ménage devient Robert IV, comme l’ont écrit dom Guéranger en 1846, M. G. Dubois en 1869, et le Cartulaire en 1881. (Cf. Cartul., addition à la p. 93.) D’ailleurs Ménage lui-même a compté des deux manières dans ce qu’on appelle sa 20 partie ( Annuaire de la Sartbe pour 1844, p. 30) : il appelle Robert III le fils de Lisiard.

Avant de se signaler par ses exploits en Orient, notre Robert IV s’était déjà fait connaître par la haute situation qu’il sut donner à sa famille, plus encore par son humble foi et par sa générosité. Allié aux maisons d’Antenaise , de la Suze, de Mayenne, de Craon, jouissant de la faveur particulière de Richard Cœur-de-Lion, seigneur de Sablé, Loupelande, la Suze, Précigné, Briolé et Brion, nous le verrons associé à tout ce qui se fit de bonnes œuvres dans l’Anjou et dans le Maine; à la veille de partir pour la croisade, il recevait chez lui l’abbé d’Evron, le faisait servir à table par son fils Geoffroy de Cornillé, lui montrait de son donjon le domaine qu’il reconnaissait tenir en fief de l’abbaye , puis, se faisant apporter du vin, il l’offrait à genoux à son hôte, sans que les instances de celui-ci pussent vaincre son humilité (3). Vers le même temps, non content d’avoir établi des Prémontrés au Bois-Renou, il fonda encore l’abbaye bénédictine du Perray-aux-Nonnains (commune d’Écouflant), et lui donna de riches domaines (4). Sur la fortune, le crédit, le caractère de Robert IV de Sablé, sur Geoffroy de Cornillé son fils, qui lui survécut peu, sans doute, sur Marguerite, sa fille aînée, qu’il maria à Guillaume des Roches « vers la fin de juillet 1190 », peu de jours avant d’aller rejoindre le roi Richard, enfin sur l’honneur qu’il eut de commander la flotte croisée et d’être élu grand maître du Temple, on doit lire les notes et les nombreuses références données par M. G. Dubois dans ses Recherches sur la vie de Guillaume des Roches, sénéchal d'Anjou, du Maine et de Touraine (5). Robert IV, avec d’autres grands personnages, l’évêque d’Évreux, Garnier de Naplouse, grand maître des Hospitaliers, André de Chaliron et Geoffroy du Perche, figure comme témoin de la charte de Richard Cœur-de-Lion donnée à Limassol, en Chypre, le 12 mai 1 191, et constituant le domaine de sa femme la reine Bérengère de Navarre (6). Élu grand maître du Temple en 1 191 devant Acre, il est encore, « le 1 1 février 1192, témoin d’une donation faite par Guy de Lusignan à Notre-Dame des Allemands », et « le 13 octobre de la même année », il souscrit « une charte de Richard Cœur-de-Lion en faveur des Pisans(7) ».

(1) In-8° de 750 p. avec pl., le Mans, Monnoyer, 1871, p. 244 bis.

(2) Voir dans le Cartulaire de la Couture et de Solesmes les chartes de Robert le Bourguignon, p. :

Vestrol, p. 26, 41.

(3) Dom Pioun, Histoire de V Eglise du Mans, t. IV, p. 179-

(4) Gallia Christiana, t. XIV, Instrum. col. 158.

(5) Bibl. de l’Ecole des Chartes, t. XXX, 1869, p. 381. — Guillaume des Roches avait épousé en premières noces « t fille d’Hilaria ». Cf. Sigillographie des seigneurs de Craon, p. 208, & ibid., note 1, autres références sur Guillaume des Roches.

(6) Dom MartÈne, Veter. Script, amplissima Colleftio, t. I, col. 995. — Op. cit. p. 386.

(7) Sigillographie des seigneurs de Craon, p. 625, d’après E. Rey, L’Ordre du Temple, p. 14; ibid., p. 624, note 2, references sur 1 ordre du Temple.

, 27, 29, 39, 41 , <& celles de Robert

: certaine Philippa,

LES SCULPTURES DE SOLESMES

Mais c’est surtout le Cartulaire de Craon, publié parallèlement avec la Sigillographie, qui nous fait connaître sur notre Robert IV les particularités les plus intéressantes, son rôle important dans le pays, sa sollicitude pour les monastères et ses relations avec Maurice 11 de Craon. En 1172, il est présent au chapitre de Saint-Martin de Tours, pour un accord au sujet de droits sur Précigné(i) ; il reconnaît tous les droits de Saint-Martin et cède une partie des siens, « et ecclesiæ beati Martini jus suum recognoscens , in perpetuum habendas in pace (contentiones) dimisit, et, in memoriam hujus facti, cultellum super altare beati Martini deposuit ». Témoins pour Robert de Sablé : Guy de Laval, Maurice de Craon, une foule d’autres seigneurs. 1 180-90, c’est Maurice II qui fait un don aux moines de Chaloche : Robert de Sablé est témoin avec Juhel de Mayenne(2). En novembre 1190, à Messine, Richard Cœur-de-Lion traite avec Tancrède, roi de Sicile : Robert de Sablé est garant de la paix avec Guy de Craon, frère de Maurice //(j). Vers 1190, Robert de Sablé établit les possessions et les droits de l’abbaye du Perray-aux-Nonnains : Maurice II est témoin(4). « Vers 1 190 », Savary III d’Anthenaise fait un don à l’abbaye de Savigny : Maurice II, Robert de Sablé et Geoffroy de Sablé sont témoins (5). Cette charte, qui établit, pour sa part, les relations de Robert IV avec Maurice II, soulève une autre question. De quel Geoffroy s’agit-il ici? Est-ce le frère ou le fils de Robert IV? Le doute peut naître de ce que Geoffroy, fils de Robert, qui survécut certainement à son oncle, porte, même après la mort de celui-ci, le titre de Cornillé et non celui de Sablé, que portait son oncle. Mais la charte cvm du Cartulaire de la Couture, par laquelle Robert IV fonde une messe pour l’âme de son frère, ne peut guère se dater plus tard qu’elle ne l’est (vers 1170); en effet, selon toute vraisemblance, l’abbé Laurent, qui en est témoin, est bien celui de la Couture, puisqu’il s’agit d’une messe fondée. Le Gallia indique bien deux autres Laurent, l’un de Clermont, l’autre de Fontaine-Daniel, qui paraissent en 1206, 1207, mais ce sont deux Cisterciens. On se demande ce qu’ils feraient ici. Or, dès 1 175, l’abbé André a succédé à Laurent(6). L’indication fournie par le témoignage de « Robertus prior Solesmensis » est moins sûre, car si ce prieur apparaît vers 1 170, son premier successeur connu n’apparaît qu’en 1 189. Clémence, femme de Robert, vit encore; elle est aussi témoin. Au contraire, Geoffroy de Cornillé, leur fils, figure dans une donation faite aux moines de la Boissière en Anjou par Robert, pour le salut de son âme, de celles de son père et de sa mère, « et de son épouse Clémence, mère de Geoffroy (7) ». Il figure aussi dans l’acte par lequel Robert IV établit les possessions et les droits de sa fondation du Perray-aux-Nonnains (8), où il parle de la chapellenie qu’il avait promis d’y ériger pour l’âme de sa femme Clémence. Lui-même fait une donation aux chanoines du Bois-Renou (depuis, le Perray-Neuf), pendant que son père était grand maître du Temple (1 191-1 196), pour leur céder « certains héritages de sa terre de Cornillé en Anjou (9) ». Il est donc à peu près certain que Geoffroy de Sablé, frère de Robert IV, le Geoffroy enseveli à Solesmes et dont nous avons la statue, était mort assez jeune, dès 1 170 environ, ou 1175 au plus tar<^? avant sa belle-sœur Clémence et son neveu Geoffroy; tandis que ce neveu, Geoffroy de Cornillé, ne mourut qu’après sa mère Clémence, après le mariage de sa sœur Marguerite (vers juillet 1190), après l’élection de son frère Robert IV à la charge de grand maître (1191). C’est donc Geoffroy de Cornillé qui est témoin avec son père vers 1 190 pour la donation à Savigny; on peut admettre sans invraisemblance qu’il prit le nom de Sablé au moment même du départ de son frère (août 1 190), qui le laissait seul chef de sa maison. La mort de ce Geoffroy de Sablé-Cornillé transféra à sa sœur Marguerite des Roches l’héritage paternel, qui se répartit conformément aux coutumes du Maine et de l’Anjou.

Nous connaissons déjà suffisamment Robert IV de Sablé pour comprendre que les moines de Solesmes, au xne siècle, aient entouré de leur respect et de leurs pieux suffrages la tombe de son frère Geoffroy, au point de le confondre, le temps aidant, avec leur fondateur. D’ailleurs la riche donation de Robert IV leur créait une obligation grave, celle d’une messe chaque jour pour l’âme du défunt et pour tous les fidèles trépassés : « et ibi unus de monachis celebrabit divina officia [pro ejus anima et pro cunctis fidelibus defunctis singulis diebus] » (10). Mais les bonnes relations qui existaient entre Robert IV et Maurice II de Craon, dont nous avons vu les preuves, en même temps qu’elles éclairent encore le caractère du seigneur de Sablé, viennent aussi corroborer l’hypothèse de dom Guéranger suivant laquelle Solesmes serait redevable de sa sainte épine à Robert IV frère de Geoffroy. {Essai, p. 26. ) Nouveau titre, plus impérieux que les autres, à la reconnaissance des moines envers les deux frères de Sablé. Maurice II de Craon, parent

(1) N° 148 ; dom Housséàü, n° 1886.

(2) N° 164 ; Bibl. Nat., fonds fr. 22450, f. 320.

(3) N° 170 ; Rymer, 1190, p. 21. — Cf. op. cit. p. 108, note J.

(4) N° 173 ; Gallia, t. XIV, Instrum. col. 158.

(5) N° 175 ; Cartulaire de Savigny, n° xcui des chartes de l’évêché du Mans.

(6) Op. cit. chap. cxix ; Cartulaire manuscrit de la Couture, f. 143, aux Archives de la Sarthe.

(7) G. Dubois, op. cit. p. 381, note 2, d’après dom Housseau, t. VI, n° 2125.

(8) Vers 1 190. — Cf. Gallia, t. XIV, Instrum. col. 158.

(9) Ibid., d'après Ménage, p. 175.

(10) Entre crochets, la leéture de Ménage, op. cit. p. 167.

LA STATUE DE GEOFFROY

de Robert, son ami et son témoin dans les donations, est une des belles figures de ce xii- siècle, qu’on traite de barbare, peut-être parce qu’il avait la foi, du moins pour la raison que ses mœurs étaient rudes, ses caractères parfois violents, son genre de vie bien différent du nôtre, sans doute aussi parce qu’on commence à peine à l’étudier sérieusement. Plusieurs sont déjà revenus des préventions premières, en suivant pas à pas le xne siècle dans les actes authentiques que ses hommes ont posés. Il y a des ombres au tableau, mais il en est ainsi pour tous les tableaux de l’histoire humaine ; le meilleur est celui dont les ombres ne sont fortes qu’en proportion des couleurs. Si le xn® siècle a trop de sève, ne nous en plaignons pas trop haut, nous quj connaissons les décadents. Marquons les ombres à leur place . elles n effacent pas l’éclat de sa vigueur encore neuve et de sa foi. On connaît les bonnes œuvres de Maurice II par le Cartulaire de Craon; abrégeons son histoire. En 1158, plus âgé que Robert IV, il est au siège de Thouars; dès le commencement de 1169 , on le trouve en Palestine avec les croisés; il rentre en France après mars / /70 et épouse Isabelle de Meulan, veuve en premières noces de Geoffroy IV de Mayenne. On peut déjà remarquer que c’est peu de temps après ce mariage, célébré « dans le courant de 1170 » ( Sigillog ., p. 79), que Maurice II paraît, pour la première fois à notre connaissance, comme témoin d’un acte public de Robert IV (Saint-Martin de Tours, 1172). En 1191, il se croise une seconde fois et s’en va rejoindre le roi Richard et le seigneur de Sablé. Sa femme et son fils aîné encore enfant viennent le conduire jusqu’à Tours, et il ne les quitte qu’après avoir confirmé en leur présence tous les dons faits à Saint-Nicolas de Craon. Plus heureux que Robert, il revit la France, fonda, à son retour, le prieuré grandmontin de la Haye-aux-Bonshommes, près de Craon, et mourut le 12 juillet 1196, deux mois avant le sire de Sablé. MM. Bertrand de Broussillon et P. de Farcy, à qui nous empruntons toute la partie solide de cette étude (Sigillog., Maurice II, p. 71-120), résument ainsi sa vie : « Maurice II ne fut pas seulement un grand guerrier et un homme de foi ; il fut encore poète, et, parmi les chansons des trouvères de la langue d’oil qui sont venues jusqu’à nous, il en est une qu’on peut légitimement considérer comme son œuvre. »(Op. cit. p. 85.) Nous renvoyons à leurs références. Voici le premier couplet de la chanson :

Al entrant del doux termine Del tans nouvel.

Que naist la flours en l'espine Et cist oisel

Chantent parmi la gaudine Seri et bel.

Dont me rassant amours fine D’un tres-douz mal,

Quar je ne pens à rienz al Fors la u mes cuers s’acline. (r)

Tel était Maurice II de Craon. Son cœur fut transporté à l’abbaye de Savigny, et Isabelle de Mayenne choisit sa sépulture auprès de lui (2). S’il faut en croire la charte de fondation du Perray-Neuf (1189) (3), Isabelle de Mayenne, née de Meulan, qu’il épousa en 1170, était la nièce par alliance de Clémence de Mayenne, femme de Robert IV de Sablé. En effet, il est dit, dans cette charte, que Clémence était sœur de Juhel de Mayenne; Ménage l’entend avec raison de Juhel II, car aucune des trois sœurs de Juhel III n’épousa un seigneur de Sablé (4), et son autre sœur Mahaut, que son père Geoffroy IV de Mayenne avait eue d’un premier lit avec Constance de Bretagne , épousa André II de Vitré, puis Thibaud de Mathefelon (5) ; quant à Juhel Ier, il appartient au xi* siècle. Clémence, étant sœur de Juhel II, mort le 23 novembre 1161 ( ibid .), se trouvait être la tante de Geoffroy IV et par conséquent d’Isabelle de Meulan, sa seconde femme, que Maurice II épousa, après son veuvage, en 1170. C’est par cette sorte de parenté que Robert IV et Maurice II se trouvèrent rapprochés à cette date, qui marque aussi, nous l’avons vu, le début des actes publics de donations où ils témoignent l’un pour l’autre. Or Maurice II rentrait alors de Terre-Sainte, d’où il rapportait nombre d’insignes reliques. Rien de plus intéressant, à ce point de vue, que les dix authentiques, appartenant tous à l’année 1169 (ibid. p. 72), qui lui furent donnés aux lieux saints, et dont il fit présent à Saint-Nicolas de Craon et à

(1) Chroniques craonnaises, 2° éd., p. 197, d’après Trébutien.

(2) Cartulaire de Craon, n° 185.

(3) Ménage, Hist. de Sablé, p. 169. — La charte donnée dans le Gailia, t. XIV, Instrum. col. 158, « vers 1190 », d’apres le Cartulaire du Perray n’es, pas la charte de fondation ; elle confirme, augmente & définit les droits & possessions du Perray ; elle semble viser une pièce antérieure ’ qui est peut-être celle donnée par Ménage. CeUe-ci est-elle authentique ? Il est regrettable que M. G. Dubois n'ait pas donné les notes qu'il promet sur la filiation de Clémence de Mayenne. (Op. cit., 1869, t. XXX, p. ,84 ; le renvoi 6 ne répond à rien.)

(4) Sigillographie des seigneurs de Laval, p. 15.

G) Sigillographie des seigneurs de Craon, p. 77.

LES SCULPTURES DE SOLESMES

la Haye-aux-Bonshommes. Ces pièces sont à lire (i). Elles nous montrent des morceaux de la vraie croix donnés par Amaury, patriarche de Jérusalem, par Philippe de Milly, grand maître du Temple, par Stéphanie, abbesse de Notre- Dame-la-Grande de Jérusalem, par Amaury, roi de Jérusalem ; le grand maître du Temple tient sa relique de Constantinople : « Quem Emmanuel Constantinopolitanus imperator mihi dédit cum essem cum eo apud Constantinopolim », etc. (n° 138). Ce sont des fragments de la colonne de la flagellation, donnés par Renaud, abbé du Mont-Sion, « fortissimo fortissimorum militi, Mauricio videlicet de Creon », et par Girard de Montclar, maître de Saint-Lazare de Jérusalem. C’est une parcelle d’un saint clou, donnée par Raoul, évêque de Bethléem ; c’est un grand nombre d’autres précieuses reliques, provenant, on le voit, de la passion du Sauveur ; c’étaient celles-là que les croisés tenaient le plus à obtenir. Maurice dut en rapporter bien d’autres ; pourquoi n’en aurait-il pas offert une très belle à Robert, au moment où il allait épouser la nièce de Clémence (r 170), au moment aussi où l’attention de Robert et de Clémence se portait vers Solesmes (1170 environ), pour un sujet moins riant? Cela n’aurait rien d’invraisemblable, et ces détails nous semblent corroborer l’hypothèse de dom Guéranger. D’ailleurs il n’est pas plus difficile d’admettre que Robert IV se procura lui-même la sainte épine, quand il fut grand maître du Temple, et qu’il la confia à Maurice II, sans doute, revenant de la croisade pour la seconde fois (1196), afin qu’elle fût donnée à l’église de Solesmes, où reposait son frère Geoffroy.

Maurice II mourut, nous l’avons dit, le 12 juillet 1 196, suivant l’Obituaire de la Haie-aux-Bonshommes (2). Robert IV, quatorzième grand maître des Templiers depuis 1 1 9 1 , mourut le 28 septembre 1 196, suivant l’Obituaire de Reims (3), qui le nomme Aubertus Sabloel (Sabloliensis). Ménage (4) avait déjà relevé, dans différents auteurs, les noms de Robert de Sablol, Sabeollus, ou de Sablueil, qui lui sont donnés. La charge de grand maître du Temple n’était pas nouvelle dans sa famille : Robert de Craon, cousin germain de son grand-père Lisiard, et surnommé aussi le Bourguignon, comme Renaud son frère, comme Robert de Nevers, tige des deux maisons, et comme Robert Vestrol, l’avait tenue en 1 136, après Hugues de Payens. « En cette qualité, en 1 138 ou 1 139 », il livra le combat désastreux de Thécua, et en 1148 il est cité parmi les chevaliers de Terre-Sainte qui se joignirent à l’armée de Louis VII (5). Ce Robert de Craon aurait eu pour cousin germain Geoffroy, abbé de Vendôme, petit-fils, par son père Henri, de Robert de Nevers, le premier Bourguignon, seigneur de Sablé et de Craon (6).

Telle était la famille de notre Geoffroy, digne du respect de tous et de la reconnaissance des moines. Quant à la statue mutilée du frère de Robert IV, elle possède, en plus, une valeur archéologique incontestable : l’aigle éployé qui figure sur l’écu du chevalier est la plus ancienne image des armes de Sablé-Nevers, notablement antérieure au sceau et contre-sceau de Marguerite de Sablé, dame des Roches, nièce de Geoffroy, fille aînée de Robert IV. Ce sceau, dont une empreinte se trouve aux Archives de la Sarthe (7), « appendue à une donation faite en 1227 à l’abbaye de Bonlieu », avait déjà été reproduit par M. Hucher dans son étude sur les sceaux de Guillaume des Roches (8). C’est son dessin que son fils veut bien nous autoriser à donner ici. La légende du sceau est : f sigillvm margvarite domine de sablvel. Le contre-sceau porte l’aigle éployé, avec cette curieuse légende : f desov lescv mon PERE SVNT MI SECRE.

Leÿ auteurs de la Sigillographie des seigneurs de Craon ont publié aussi le dessin de M. Hucher; ils ont repris ses données et poussé plus loin. Us signalent d’abord une empreinte du même sceau, datant de 1226, aux Archives du Calvados, déjà dessinée par Léchaudé d’Anisy (9) ; c’est là la plus ancienne figure de l’aigle de Sablé après l’écu de notre Geoffroy.

Ils font ensuite le curieux rapprochement de sa légende avec celle qui se

lit sur un sceau de Jeanne de Châteaudun, fille de Clémence des Roches et petite-fille de Marguerite de Sablé (1248) : Sub clipeo patris latent sécréta mea. Enfin, ayant eu la bonne fortune de combler les lacunes de Ménage sur ce point, en rétablissant le nom de Philippa, la sœur cadette de Marguerite, celui de Geoffroy de Martsac ( ou Matha ) et de

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