SCIENCES ET BEAUX-ARTS
Extrait d’un Mémoire sur Germain Pilon , et sur l’état de la sculpture dans le département de la Sarthe, lu à la Société libre des Arts du Mans , par le C. Renouard.
(L’Extrait et le Mémoire sont du même auteur.)
« Le Mémoire étendu dont je ne vous présente qu’une analysé rapide, renferme deux objets. Le premier, c’est de vous donner une notice historique de Germain PILON, notre compatriote, dont les savans et les amateurs des arts regrettoient depuis longtemps de ne connoître que le nom et une partie de ses ouvrages.
« Le second, c’est de prouver que le département de la Sarthe a été le berceau de la sculpture française.
« Pour vous épargner les épines de l’érudition et l’ennui des citations, nous ne vous fatiguerons point des détails polémiques d’une dissertation ni de cette série de preuves dont le premier résultat est la certitude de la naissance de Germain Pilon à Loué, distant de six lieues du Mans, quoi qu’en disent les faiseurs de dictionnaires, les biographes qui
LES SCULPTURES DE SOLESMES
se copient servilement d’âge en âge, d’édition en édition, sans examen, sans critique, suivant l’usage des compilateurs et compagnie. »
Après cette entrée un peu charlatanesque, viennent les preuves de la naissance et l’énumération des œuvres de Germain Pilon; nous ne nous y arrêtons pas. Voici en quels termes Solesmes y figure.
« Il existe dans l’église des ci-devant bénédictins de Soulesme, près Sablé, environ 40 statues de pierre de liais, formant plusieurs groupes. Pendant plus de deux siècles et jusqu’au temps où elles ont été illégalement vendues à un particulier qui les tient en chartre privée, curieux, amateurs, connoisseurs, tous s’empressoient de venir de dix à vingt lieues admirer ces monumens vraiement admirables. Malgré les bornes que me prescrit un extrait, on voudra bien me permettre une observation importante pour l’histoire de l’esprit humain et pour celle de notre département. Il est étonnant que ces statues, objet, pendant environ trois siècles, de l’admiration et de la curiosité publique, ne Payent jamais été de cette crédulité superstitieuse qui transforme en Esculapes les saints que la religion révère. De là ce reproche populaire trop connu dans notre département pour le rapporter (1).
« Quelques-unes de ces statues, qui sont les moins anciennes, sont sorties du ciseau de Germain Pilon. Elles sont le dernier ouvrage qu’il a fait dans notre département, et n’ont été vraisemblablement achevées que vers l'année 1560. Alors, après avoir enrichi son pays natal des productions de son art, il se rendit à Paris, où sa réputation et le désir de l’accroître l’appelèrent sans doute. Il embellit la capitale de ses chefs-d’œuvre, pendant environ trente ans. Sa mort, en 1590, l’empêcha d’exécuter en marbre le beau modèle de Saint François qu’il fit en terre cuite en 1588, et qui était destiné pour la chapelle du Louvre. Ce fait, peu connu, quoique certain, et l’épitaphe de Germain Pilon, que nous avons heureusement trouvée, donnent un démenti formel aux éditeurs de Moréri et aux faiseurs de dictionnaires, qui placent la date de sa mort, les uns en 1606, les autres en 1608. Et voilà comme l’on écrit l’histoire !
« Sans vous fatiguer de détails nécessaires dans un mémoire, et fastidieux dans un extrait, nous pressentons le plaisir que vous aurez d’entendre l’épitaphe de notre célèbre sculpteur :
Pilon , l’injustice des Cieux T’a donc retiré de ces lieux,
Et ton œil est couvert d’un ténébreux nuage, Pour ne voir jamais plus le jour.
Eusses-tu taillé ton image Avant que de partir de ce mortel séjour!
Ta main l’eût si bien exprimé Que la mort auroit estimé Cet effort de ton art un effet de nature.
A insi elle eût fait son effort A l’encontre de ta figure,
Et toi, franc de péril, tu ne serais pas mort.
(1) « Il est comme les Saints de Solesmes, qui n'ont ni force ni vertu.