LES . MANUSCRITS
l’an 1670, céda le priorat à dom Étienne de Noyelles, de la même Congrégation; celui-ci, en cette présente année 1684, commence, avec beaucoup de zèle, la reconstruction des lieux réguliers en partie détruits (1). » Ce manuscrit est une note abrégée, qui donne, en plus, les événements survenus depuis 1676, notamment l’ouragan de 1682, qu’il décrit avec des circonstances toutes locales et très détaillées, (f. 226 v) Il emploie aussi la désignation immédiate : hancce basilicam, en parlant de l’église de Solesmes. L’auteur est vraisemblablement un moine du prieuré. L’ordre des matières est encore celui des notices du Monasticon Gallicanum , mais les chapitres n’en sont pas toujours indiqués. On peut remarquer qu’au folio 229 verso le passage concernant dom de Noyelles, qui donnait alors des gages de son zèle, a été bâtonné et biffé depuis, probablement par dom Germain, qui utilisa plus tard ces documents pour la Sancti Pétri Solesmensis Cella (ms C), alors que l’espérance laissée en 1684 par le malencontreux commendataire avait fait place à de tristes réalités (2).
Ms C : Sancti Pétri Solesmensis Cella. (B. N. Lat. 11819, f. 467. Monasticon Gallicanum .) La date de ce manuscrit soulève une difficulté. Les auteurs du Cartulaire disent : « C’est un travail nouveau, fait, en suivant les mêmes lignes, environ vingt-cinq ans après le premier. » (p. 4jo, note 1.) Quel est ce premier travail, qui doit servir de point de départ? Nous ne pouvons le préciser complètement. Il ne saurait être question du ms D, qui est une notice spéciale sur les choses remarquables de l’église du prieuré. Restent B (1684) et A (1676); vingt-cinq ans après, ou environ, c’est 1709 ou 1701 ; environ 1709, c’est trop tard, puisque notre ms C a été certainement écrit avant la mort de dom de Noyelles (3), que Y Essai historique (p. 78) et le Cartulaire, moins affirmatif, il est vrai (p. 455)» placent en 1706. Et 1701, c’est encore trop tard, semble-t-il, puisque notre texte appartient, non plus au Monasticon Benedictinum, comme les deux précédents, mais au Monasticon Gallicanum, que dom Michel Germain laissa, en mourant, « prêt à être livré à l’impression (4) ». Or, dom Germain mourut le ^^) janvier 1694, après une courte maladie commencée le 2 du même mois. C’est donc jusqu’à 1693, au plus tard, qu’il faudrait faire remonter notre ms C. D’autre part, sa rédaction ne peut être antérieure à 1684, puisqu’à cette date YEpitome en est encore à espérer merveilles du prieur, tandis que le masque est aux orties, en attendant le froc, au moment où notre manuscrit C est composé (5). Tenons donc pour une date qui reste à préciser entre 1684 et 1693, et n’oublions pas que dom Germain lui-même fut
(1) « Idemque domnus Josephus, anno 1670, ipsummet prioratus titulum concessit domno Stephano de Noyelles, ejusdem Congregationis monacho, qui, bocce anno 1684, magno animi zelo, incipit loca regularia monasterii partim destru&a reædificare. » (f. 229)
(2) Voici le passage bâtonné & biffé dans le ms B, f. 229 v : « (Stephano de Noyelles), qui hocce anno 1684, magno animi zelo, incipit loca regularia monasterii partim destru&a reædificare, studioque, vigilantia ac labore annuos reditus quinque millium quingentarum vix nunc communiter librarum turonensium multum adauéturus speratur. Faxit Deus optimus maximus ut ad opus perfeâlum monasterii reœdificationem felicissime per ducat. »
Le ms C, au contraire, après avoir résumé les griefs de la Congrégation contre Étienne de Noyelles, ajoute : « Faxit Deus, utvotorum mentor, desertum continentioris normes genus postliminio résumât ; & quando mortem non licet fugere, vitæ mollioris ac solutions sæculique studiis ex animo moriatur, æternum vi&urus. » (f. 472 v; cf. f. 470 v.)
Ce triste personnage suscita à la Congrégation tout entière de nombreuses difficultés; sa mort seule, arrivée en 1706, rendit la paix au prieuré. Outre le rapprochement très clair des deux passages que je viens de citer, on pourrait apporter une foule d’autres textes montrant que dom Germain, en rédigeant le ms C, avait sous les yeux les mss A & B. Un exemple. Les deux bons moines du pays, auteurs des deux premiers manuscrits, se sont livrés à des fantaisies d’étymologie toutes naïves sur le nom de leur cher prieuré. « Solesmes, quasi mansio solis & amor, locus esset ille. » (A 197) « Quasi mansio solis : quippe cum toto anno, a prima ad vesperum, iste collis, quando sol lucet irradiatur. » (B 226) Le savant dom Germain rejette cette poésie : « Non a solis mansione (quod inepte garriunt recentiores) inditum loco nomen primarium. » (C 467)
(3) Voir note précédente ; C 470 v & 472 v.
(4) Courajod, Monasticon Gallicanum, 1869, p. 11.
(5) Voir ci-dessus note 2; B 229 v.
LES SCULPTURES DE SOLESMES
l’auteur de la Sancti Pétri Solesmensis Cella(i). Ainsi ce manuscrit, qui résume sur certains points, complète sur d’autres et fond ensemble les deux précédents, est la rédaction la plus autorisée de la notice sur notre prieuré, suivant le plan du Monasticon Gallicanum, appliqué cette fois par son auteur. C’est ce ms C que dom Guéranger a utilisé dans l'Essai historique (p. vu), avec beaucoup d’autres documents.
Avant d’en finir avec ce premier groupe de nos sources, il n’est pas sans intérêt de remarquer en passant que, dès 1676, le mémoire qu’on envoyait de Solesmes à Saint-Germain-des-Prés est rédigé suivant le plan uniforme que dom Germain avait arrêté longtemps d’avance pour son Monasticon. C’est une confirmation de détail à ce que M. Courajod a écrit sur ce sujet (2).
Ms D : Mémoire de ce qu’il y a de plus remarquable dans l’église du prieuré de Saint-Pierre de Solesmes, avec la lettre d’envoi de ce mémoire à dom Mabillon. (B. N. Lat. 12697, £ 224- Monast. Benedict. ) La lettre d’envoi, adressée à dom Mabillon, est datée de Solesmes, 1 5 février 1702, signée Fr. François Riant, mbi. (3), et de la même main que le mémoire. Elle semble autographe. Le tout en français. Il n’y a plus rien dans ce manuscrit qui rappelle les mémoires précédents; c’est une simple et intéressante description des statues. Elle a été sobrement utilisée dans les Annales O. S. B. (4).
Ainsi nos quatre notices manuscrites se partagent d’elles-mêmes en deux séries : i° le groupe A, B, C ; A, B étant les matériaux envoyés successivement à dom Germain avant 1695, et C la rédaction de dom Germain lui-même; le tout se rattache au Monasticon Gallicanum; — 20 le seul ms D, envoyé en 1702 à dom Mabillon pour les Annales O. S. B. (5). Les notices A, B, D, matériaux ayant servi, ont été classées plus tard dans le Monasticon Benedictinum , recueil en grande partie formé, au xvne et au xvme siècle, de cette sorte de documents.
Nous retrouverons les quatre manuscrits quand il s’agira d’étudier les descriptions anciennes de nos Saints ; mais, pour l’instant, c’est une aride chronologie que nous allons leur demander, en complétant leurs indications par celles de V Essai historique de dom Guéranger. La valeur de ce dernier travail est connue; tous les auteurs qui ont écrit sur Solesmes l’ont pris pour base (6). Bien ordonné, très bien écrit, plein de faits exposés avec une scrupuleuse exactitude ou une sage réserve, il fut apprécié dès qu’il parut (7). Aujourd’hui même, il reste le meilleur pour la partie historique ; nous verrons plus loin que, s’il doit être complété en plusieurs points, il garde, sur beaucoup d’ouvrages parus longtemps après lui, le grand avantage de ne s’être pas lancé imprudemment dans les systèmes, et d’avoir pressenti le vrai avec clairvoyance sur les questions difficiles à établir. Combien il est à regretter que dom Guéranger n’ait pas eu le temps de rééditer cet ouvrage !
(1) Monasticon Gallicanum, colleaion de 168 planches, &c., avec une préface de M. L. Delisle, gr. in-40, Paris, Palmé, 1871 ; p. xxxii : « Solêmes (Prieuré de)... &c. Rèdaâtion de dom Germain. Ms lat. 11819, f 467. '» C’est bien notre ms C,’ l’hésitation n’est pas permise; il suffit de contrôler la cote donnée par le Cartulaire (1881), avec celle qu’indique M. Delisle.
(2) Courajod, op. cit., p. 8 & 1 1. Dès 1672, on réunissait à Saint-Germain-des-Prés les matériaux du Monasticon Gallicanum, préparés suivant un programme « longtemps médité d'avance ».
G) D°m Riant, du Mans, profès de la Trinité de Vendôme, fut prieur de Solesmes pendant deux triennats, en 1693 & en 1696. 11 mourut à la Trinité de l’Evière, à Angers, le 15 décembre 1718, âgé de 77 ans. (Essai bist., p. 77, 78.)
(4) « Celebrantur ejus loci statuæ insignes ad pietatem compositæ, quas medio sæculo proxime elapso Joannes Bouglerus, ultimus prior regularis, fieri curavit. » (Annales O. S. B. t. IV, p. 195.)
(5) Pour les raisons exposées plus haut, je ne puis croire que les mss A & B aient fait partie de l’envoi à dom Mabillon.
(6 ) Recherches sur les artistes qui ont exécuté les sculptures de l’église abbatiale de St-Pierre de Solesmes, par dom Piolin, in-8°, 35 P- ! Arras, imp. de la Société du Pas-de-Calais, 1878; p. 4. — Les Sculptures de Solesmes, par E. Cartier, nouvelle édition, m-8°, 144 p., i pian, 1 fig. ; Paris, Palmé, 1877; P- 2.
(7) Correspondant, t. XIV, 1846, p. 637; compte rendu signé P. L. (Pierre Lorain?).
LA CHRONOLOGIE