CHAPITRE VI
Allez , tons tos discours ne me font pas de peur; Je sa^s comme je parle, et le Gel yoit mon coenrr
Mouias.
En abordant des questions délicates , questions qui ne peuvent être touchées qu'avec une extrême réserve, nous sentons le besoin de rappeler encore une fois que Técole propose exclusivement d'organùer le travail.
Si cette proposition était a<icepiée, si Teffet éprouvé de Torgànisatioa du travail était de confondre la raison et la passion dans une même tendance, d'identifier Fintérêt privé avec Tintérêt général, toute contrainte liiorale ou légale , toutl^ action répressive serait sans but, puisqu'elle manquerait d'occasion pour se mà-^ nifester.
178 SEGONDU PARTIE. GH. Tl.
Nous ne prétendons rien de plus ; nous ne somme» pas assez insensés pour vouloir la suppression de tout moyen coercitif, le plein essor des passions, ayant qu'une expérience suffisamment longue du milieu réformé, n'ait démontré, atujc générations futures , que c^l essor est sans danger.
Et tant que la passion peut enfanter le désordre^ tant qu'elle peut être en opposition avec le devoir, nous voulons aussi que Thomme sache se vaincre ; et si sa raison n'y suffit pas, qu'il craigne la loi armée pour prévenir d'abord , puis pour frapper.
Après cette explication nécessaire, nous entrerons sans craint^ dans notre sujet.
La loi, la morale plus sévère encore en principe, ne peuvent avoir qu'une tendance légitime: enseigner à l'homme à éviter les excès qui lui nuir«ieat personnellemeat, à préférer son bonheur à ua plaifiir passager, puis enjcore à sacrifier son intérêt privée dés qu'il est en oppkiaiaition avec un intérêt plus général.
Agir de manière â^ être ulil^ à sca et aux autres, auar autres surf^ut^ telle doit être la prescription de la morale, qui ne peut aller au delà.
Si la morale commandait ce qui peut nuire à l'individu ou à l'espèce, elle serait odieuse et ipseasée; si elle condamaait des choses innocentes, eUe serait capricieuse et arbitraire.
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Les actes proscrits par la morale sont : l**. des actes mauyais, ahsolufnertt, indépendamment de la forme actuelle de la société; 3^. des actes nuisibles, accidentellement, par suite de l'organisation même de cette société.
Les actes manyais aiiolument , quHIs nuisent à autrui (0 ou à nous-mêmes, sont à jamais condamnables et seront condamnés sous toute forme sociale. La science doit fournir le moyen de prévenir ces actes, en détruisant les causes par suite desquelles ils sont. . Les actes qui nuisent acéidentelletnent, ft cause de Torganisation particulière de la société où ils se montrent , peuvent devenir innocents sous une aatre forme sociale, et h morale doit cesser de les condam^ ner.-
En harmonie , la morale continuera à interdire les choses qu'elle défend, parce qu'elles sont mauvaises d'une manière absolue. Pour prévenir leur retour, on conservera toutes les lois existantes , t6ut Fappareil de la justice , l'amende , la prison , le bagne , le juge et le bourreau. On conservera cet appareil, jusqu'à ce qu'il soit bien constaté qu'il ne sert à rien , jusqu'à ce qu'il se soit rouillé dans une heureuse et complète inaction.
(i)Le8 actes qtilti«isétitèiautriiî penveâtse fâkiger eDdéiliigraddef classes : \°. violence matérielle, abus de la force physique, i)rutaltté; 29, Tiolence morale, abus de la force intellectuelle, perfidie.
De DOS jours déjà , les crimes sont-ik bien fréquents dans les classes qui jouissent de quelque aisance ? Ne. partent-ils pas , presque toujours , des classes inCérieures , rongées par Tignorance et la misère.
Ne fautril pas conclure de ce fait, que si les classes pauvres étaient élevées à la condition des classes moyennes, la plupart des crimes seraient prévenus? Les crimes ne serontrils pas évités plus sûrement encore, dans la société harmonienne, où. tous les humains seront développés physiquement , intellectuellement et moralement, de la manière la plus complète-, où tous seront assurés , pour eux. et pour ceux qu'ils aiment, d'un avenir exempt de soucis et de privations.
Gomment les passions conduiraient-elles au crime, quand tout sera disposé pour les satisfaire d'une manière heureuse, quand leur énergie déterminera la part de chacun en richesse, en jouissance , en plaisirs? Par quel étrange caprice , quand toute voie honorable sera largement ouv-erte à l'essor passionnel, Thomme iraitril chercher une voie honteuse, qui ne pourrait le conduire qu'au mépris et à la ruine de toutes ses affections !
Car le crime ne pourrait se cacher, dans cette sociétéoù tous se voient à chaque instant du jour, où l'on peut connaître, heure par heure, ce que chacun a fait. Par exemple : quand et comment se servirait-on d'un objet volé ? A qui le vendraiton ? Par quel moyen l'utiliser ?
Sf le crime se montre encore en harmonie , ce sera
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dans une proportion tellement réduite, que la société, regardant le coupable comme un insensé, cherchera seulement à se préserver d'une nonveUé attaque en mettant ce coupable dans Timpossibilité de nuire une seconde fois.
Les excès que la morale condamne encore , à juste titre, parce qu'ils nuisent à Tindividu, seront évités dans un milieu où toujours Fexercice attrayant d'une faculté ' succède à Texercice attrayant d'une autre. Ainsi, quelqu'amateur qu'il soit du plaisir de la table, le chasseur n'y reste que le temps nécessaire pour satisfaire son appétit, si le plaisir de la chasse l'appelle autre part. Les hommes commettent des excès parce qu'aucun plaisir ne tend à les arracher au plaisir du moment, parce que la papillonne qui les sollicite à changer d'occupation, ne peut leur offrir aucune occupation agréable en alternat.
Quant aux actes que la morale défend parce qu'ils^ nuisent accidentellement, sous une certaine forme sociale , nous avons dit qu^elle devrait cesser de les conr damner dans un milieu où ils seraient innocents.
Ainsi , dans nos sociétés , la liberté amoureuse conduirait à une affreuse confusion, à l'abandon des enfants, au mépris de la femme, au bouleversement de la Camille , de la famille seule base de toutes les sociétés civilisées. La morale a donc cent fois raison de prêcher
le mariage exclusif, de s'élerer contre toute yiolatiofï de cette loi sur laquelle repose Tordre social entier.
Mais si les hommes YÎTaient dans un milieu où cette liberté serait sans danger, où elle tendrait à resserrer Tafiection réciproque des époux, des pères et des en* fants^ où elle rendrait francs, loyaux, conformes au vœu du créateur tous les rapports des sexes ^ où elle entraînerait la jeunesse aux grandes choses , la morale devrait réclamer à grands cris cette liberté, car Tamonr, ce don de Dieu, est en lui-même «ne bonne, utile et in*nocente passion.
Pourquoi donc cette seule pensée, exprimée par Fourier, qu'il pourrait y avoir un jour quelque modi-' fication aux coutumes amoureuses, a*t-eile soulevé contre lui tous les moralistes ?
En vérité , ne semUeraitril pas que les coutumes actuelles ont conduit à un ordre tellement parfait qu'il faut craindre d'y toucher, parce que tout changement ne pourrait que gâter l Ne croirait<on pas que les rap^ ports des sexes sont aujoifrd'hui tellement justes, réguliers, nobles et vrais, qu'il n'est plus possible de rêver, d'imaginer quelque chose de mieux.
Eh bien ! nous surmonterons notre d^oùt : nous soulèverons quelque coin de ce voile en guenilles, qui cache si mal les plaies de notre état moral , et nous verrons si la société peut perdre à un changement quel qu'il soit , si l'imagination la plus féconde
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peut se représenter quelque chose de pire que ce qui est!
La loi civile et morale établit sur un mode unique les rapports réguliers entre les sexes : comment cette loi est-elle exécutée ?
C'est d'abord une moitié du genre humain, le» hommes , qui se font un jeu de la violer aux applaudissements de Tautre moitié. Gela est si vrai que certains traits de chasteté , dans un jeune homme , amèneraient, même sur des lèvres de moraliste, un sourire équivoque dissimulant à peine le dédain.
Quant à Tautre moitié, une fraction, la fille des classes privilégiées, peut être préservée à force de surveillance et de soins !
Mais encore à quelle condition?... C'est que la fille du pauvre sera livrée en holocauste à la passion déchaînée I... La fille du pauvre, si souvent égarée et séduitel...La fille du pauvre qui doit, hélas l alimenter de sa chair l'infamie et la prostitution l
Et parmi les premières, les plus heureuses, combien encore succombent , lorsqu'elles ont fornié ce lien qui doit les attacher pour la vie, à un seul homme, à un seul amour !
Cette chute n'est pas chose rare ^ le drame et le roman, miroirs des mœurs, n'ont plus puissance d'émouvoir sans l'adultère , l'adultère qu'ils montrent
sinon heureux et paisible, du moins tombant avec grandeur, comme César au pied des conjurés, comme Hippolyte entre les débris de son char ! Et cependant Tadultére se cache dans Tombre, insulte par derrière ; Tadultère est faux et perfide, il n'a même rien de la grandeur brutale du crime hardi qui s'étale au soleil.
N'en ai-je pas assez dit? dois-je aller plus loin ? J'ai montré la presque totalité de l'espèce humaine en révolte contre la loi -, j'ai parlé du libertinage, de l'adultère, de la prostitution ! Faut-il entrer dans les détails, toucher toutes les plaies, découvrir tous les ulcères ?
Ici c'est une femme qu'une faute peut conduire à des malheurs si grands, qu'alors une mère... la mère tue