‹ SolidaritéChapitre 13 sur 28 · SON ENFANT · texte numérisé non relu

SON ENFANT

Puis la société indignée rassemble ses juges, frappe l'infortunée de la flétrissure, des fers, de la mort! Cependant celui qui l'a séduite et poussée au crime par son lÂche abandon, libre et honoré, peut, rien ne l'en empêche, s'asseoir au banc des jurés pour donner aussi satisfaction, par son verdict, à sa vertueuse colère f

Plus loin c'est l'enfance encore, rejetée du sein maternel, abandonnée à la charité publique, faible, étiolée, avec un sang corrompu par les germes d'une hideuse maladie, ignoble fille des plus honteux débordements.

Et doit-on s'étonner si, dans les classes pauvres, plusieurs se débarrassent de leurs enfants par Tabandon et même par le crime, lorsque dans toutes les classes un si grand nombre ne se bornent pas à des vcbux pour prévenir Taccroissement de leur famille (0 ? Dans nos sociétés où Ton salue avec joie la nabsance de tout animal domestique, Thomme seul est souvent accueilli avec tristesse à son entrée dans la vie. L'homme, le roi de la création ! le producteur par excellence ! . . .

J'ai parlé de Tenfance : grand Dieu !

L'enfance, espoir de l'avenir ! L'enfance, tendre bouton qui, pour donner plus tard la fleur brillante et parfumée, puis le fruit précieux, doit être préservée avec tant de soin !... Que devient-elle entre tes mains. Civilisation ?... Gain !... Qu'as-tu fait de ton frère ?...

L'enfance 1 Dieu te la donne avec sa grâce naïve, sa franche gatté, sa touchante candeur!... Par quelles

(i) Ge titre de père qui établit entre un homme « one femme > un enfant, an lien si donx, sera tonjonrs recherché avec empressement en harmonie, où il n'exposera à ancune charge tendant à en compenser les avantages. Aussi Foorier accorde-t-il à la femme It droit de désigner à son enfant un père autre que le père naturel, si elle arait à se plaindre de celui-ci. La punition serait cruelle pour Te coupable, et celui qui serait élu à sa place accepterait toujours ayec bonheur. La paternité par adoption sera fréquente encore en harmonie, où rien ne tendra à détruire le charme des rapports de famille. De toutes parts les plus tendres noms, les plus douces affections seront offerts et prodigués à l'enfiince, qui attire à elle par un charme si paissant.

préGaations la maifitiens-iu dans son heureuse ignoranoe ? Par quBis soins la {>réserYes-tu de toute souillure, de tout sale contact, de toute impureté! Le respect pour rînnocence, loi sacrée ! comment sais-tu Tobserver ?

L'Mfeace ! Mais h tout moment, en tous lieux, tu lui prodiguas une funeste instruction *, tu Tinittes par la tue, par Toc^e, par tous les sens à des secrets si dangel'Oux pour elle ! Ton impure science, tu la placardes sur tes édifices, la chantes dans tes cabarets , tu la cries dans tes carrefours ! Tu l'offres dans tes salons, dans tes livres, dans tes spectacles, dans tes musées !

Aussi ta stupide et cruelle imprévoyance porte des fruits dignes de toi! Regarde dans tes collèges, dans tes écoles, dans tés pensionnats; regarde de prés si tu roses et compte le nombre de ceux qui échappent à de honteuses leçons ; que tu rends à leur famille sans leur avoir fait payer ta science de mots, en flétrissant à tout jamais leur cœur, leur iûtelligenoe ou leur santé !

Ah ! c'est là la plaie honteuse !

Eli bien ! ose encore parier de ton hypocrite pudeur ! ose maintenant te scandaliser, parce que Fourier promet à l'avenir d'autres mœurs que tes mœurs , d'autres amours que tes amours !

Nous le savons bien : les moralistes autant que nous

VOEURS ET COUTUMES. 187

s'indignent et se soulèvent. Mais vingt sièoies d'expé'rience ont sui&sammenl prouvé leur impuissance à guérir.

Cette expérience du passé est tellement concluante qu'eux-mêmes ont abdiqué leur mission. J'en appelle à leur bonne foi, qu'ils disait donc s^iis espèrent qu'un jour leurs prédications seront écoutées, qu'un jour toutes les plaies que nous avons signalées seront enfin fermées ? Non ! . .... Ils acceptent tout comme condition fatale de la vie humaine ; à leurs yeux , par exemple , c'est un mal nécessaire que la prostitution ^ ils s'y résignent f La prostitution ! Infamie des infamies!

Ainsi celui qui pense que Ton ne peut agir sur l'homme par d'autres moyens que la prédication morale, doit admettre et admet en effet que l'humanité

croupira'dans sa fange jusqu'à son dernier jour !

' Mais celui qui sent au fond du cœur que Dieu, qui aime le beau et le bon, n'a pas condamné irrévocablement l'espèce à tant de turpitudes , doit chercher le salut commun dans des voies encore inexplorées, dans de profondes modifications de ce qui est.

Et puisque tous ces désordres , tous ces vices se sont développés sous une loi de contrainte, ont existé avec la coercition, nepeutK)n espérer que l'ordre et la vertu naîtront de la liberté : de la liberté agissant sur un nouveau milieu, sur un milieu convenablement préparé !

i88 &ECO1I0E PARTIfi. CE. Tf.

Dans une phalange, nous Tayons va, Tenfance fonctionnant sous les yeui de tous n'est jamais abandonnée  elle-même, ni dans les champs, ni dans les ateliers, ni même dans les dortoirs. Sans cesse livrée à des occupations variées, sans cesse préoccupée de ses intrigues industrielles, passionnée par sa jeune ambition , elle ne connatt pas cet ennui profond , fruit de cette inaction à laquelle notre éducation la condamne si stupidement , et qui favorise tous les vagabondages de rimagination. A la fin de chaque journée, Tenfant fatigué ne songe qu'au repos, auquel il se livre, souriant déjà à ses efforts , à ses triomphes du lendemain.

Dans la phalange, rien ne peut éveiller des idées dangereuses, quand elles sont prématurées. L'enfance a ses livres, ses bibliothèques, ses musées, ses salons-, elle ne vit plus dans un monde où tout est fait pour l'adulte, où l'on ne songe à elle que par exception. En sa présence, les hommes, tous assez éclairés pour comprendre la portée de leurs actes, s'abstiendront de paroles d'amour, de propos galants, avec d'autant plus de soin qu'ils seront libres de traiter ces questions aux réunions du soir, après que l'enfance se sera retirée : car l'enfance, qui a besoin de sommeil, se livrera (a première au repos , tenant à honneur de paraître au réveil des séries, aux séances du matin.

Pour que la curiosité de l'enfance ne soit pas éveillée par un bmsque passage de ses coutumes à celles de la

jeunesse, une transition est soigneusement ménagée par Yinsiiiniîond'un corps vestalique. Les adolescents des deux sexes, au sortir de Tenfance, à i8 ou 19 ans(i), entrent dans cette corporation où ils doivent passer un temps plus ou moins long suivant leur caractère et leur tempérament.

De brillants avantages accordés à ce corps tendent à y retenir les jeunes gens. Il est Thonneur de la phalange, qui s'en pare avec orgueil dans les jours de fêtes *, car c'est là sa plus fratche, sa plus gracieuse, sa plus riante jeunesse : il est honoré, recherché, aimé de tous, de la vieillesse à laquelle il prodigue ses soins, de Tâge viril qu'il charme par sa beauté, de Tenfance aux habitudes de laquelle il est encore fidèle, qu'il guide dans ses travaux du matin, qui est fiëre de suivre les coutumes d'une corporation aussi généralement respectée, et qui s'inquiète peu de ce qui se passe dans ces séances du soir, où le corps vestalique ne paraît pas.

Pendant le temps donné au vestalat, la jeune fille, le jeune homme, font un choix. Ce choix n'est déterminé par aucune considération de fortune ou de rang, et les parents n'ont pas à s'en inquiéter , car II ne peut compromettre en rien l'avenir de leur enfant. Pour choisir.

(•) La vie active de l'enfance harmonienne retardera la puberté josqn'à l'âge de 17 ou 48 ans , et la yieillesse reculera dans une proportion égale. Ces assertions surprendront peu ceux qui se sont occupés des lois de la nature organique.

190 SECONDE PSkRTIE. CH. TK

chacun consulte son penchant, et ceci est conforme à la volonté de Dieu, de Dieu qui n'a pas mis dans nos; cœurs cet énergique penchant qui pousse les sexes Tun versTautre, pour que, comme c'est la règle en civilisation, la jeune femme se trouve avec indifférence, froideur ou même dégoût, entre les bras de Tépoui qu'on lui a donné. Cet outrage à la nature est cependant la conséquence forcée de notre organisation sociale , car mieux vaut encore cette prostitution déguisée, que toutes les misères qui peuvent, en civilisation, écraser une pauvre famille formée sous la seule influence de Tamour.

Leur choix fait, le jeune homme, làjeune fille le déclarent, le font régulariser; puis ils passent du veslalat dans une autre corporation. Tel est le mariage en harmonie* Ce mariage est-il indissoluble? Ces nceuds pourront*ils être rompus? La morale effarouchée nous adresse toujours ces questions avec un grand empressement.

Parmi les hommes, les uns sont organisés pour la constance en amour, les autres sont portés au chan* gement. Les caractères divers sont dans la nature, et Dieu Ta voulu, parce qu'il est bon qu'il en soit ainsi.

Le premier de ces caractères convenait à la civilisation, se pliait à sa forme, servait à ses vues : la

HOEjDRS ET COUTUMES. 191

civilisatioB Ta accepté et sanctifié^ puis elle a frappé de réprobation le caractère opposé.

Cette condamnation d'un fait naturel n'a rien changé aux tendances de Thomme : Tinconstance est restée dans les cœurs ^ seulement elle s'est cachée, papce qu'elle était repoussée -, elle a pris un masque, elle a su mentir^ elle est devenue fausse, perfide, ignominieuse.

Pourquoi Fourier n'aurait-il pas accepté l'inconstance comme tout autre penchant de l'homme? Où est le danger de l'inconstance dans le milieu social qu'il a découvert? Comment la famille pourrait -elle en souffrir ?

En France un grand nombre d'hommes grav^ demandent le divorce, qui existe déjà dans plusieurs contrées civilisées, et leurs adversaires ne repoussent cette proposition qu'en montrant les dangers qui accompagneraient son acceptation. Dans la phalange, où ces dangers n'existent plus, les adversaires du divorce seraient donc les premiers à en proclamer l'opportunité.

On ne saurait trop le répéter, la loi a bien vainement décidé que tous les amours devaient être constants. Combien d'hommes arrivent à l'âge de trente ans sans avoir eu dix maîtresses ? L'opinion ne pouvant flétrir une conduite si commune, déroutée par cette contradiction flagrante entre les coutumes et la loi, est tombée dans un tel excès de déraison qu'elle regarde

comme des gentillesses dans un sexe, ce qui déshonore dans Taulre; qu'elle appelle la victime infâme, et ne cesse pas d'honorer le complice, le séducteur, celui qui , par tous les moyens , par tous les serments, par toute la puissance de son esprit, de son expérience, a fait tomber une créature humaine, a réussi à la dégrader, à Tavilir!... Vos jugements civilisés, sont-ils assez stupidement iniques ?

Dans la phalange , où les trois sexes sont indépendants Tun de l'autre par leur position sociale, par leur rang, par leur fortune, on pourra sans crainte honorer tous les caractères , qui se montreront tels qu'ils

sont, et le mensonge sera banni des rapports d'amour. Êk lorsque l'amour ne sera plus compliqué, comme aujourd'hui, de considérations factices d'intérêt et d'amour-propre, une séparation ne sera plus un divorce ^ car le mot divorce porte avec lui une pensée de haine : une séparation se fera d'un commun accord, et l'amour sera remplacé par une affection neutre, fort puissante et fort naturelle entre gens qui se sont aimés avec passion, bien que ce sentiment soit à peu prés inconnu en civilisation, où toute rupture est violente, parce que toujours le mensonge l'a précédée.

Dans nos sociétés l'amour, même dans toute sa pureté et revêtu de toute sanction légale, n'est que de VégoUme à deux. H est d'ailleurs bien rare qu'il se

MCœURS ET COUTUMES. 193

montre dans les unions régulières , c'est presque toujours en dehors du droit qu'il agit dans toute son énergie, de sorte que Tamour, en civilisation, est une passion funeste, puisqu'il pousse si souvent au désordre, et si rarement dans le droit chemin.

En sera-t-il toujours ainsi? Faut-il voir dans ce puissant ressort, dans ce sublime présent de Dieu, la source certaine d'un désordre qu'aucune combinaison sociale ne permettrait d'éviter? N'esl>-il pas plus religieux d'admettre, avec Fourier, que cette passion est pour un but doublement utile ^ de chercher comment, après avoir rempli sa tâche directe en assurant la conservation de l'espèce, l'amour peut encore exercer une salutaire influence sur le mouvement social, en passionnant les hommes pour le beau et pour le bon?

Cette influence directe de l'amour sur les faits sociaux s'est montrée déjà dans le moyen âge : à cette époque toute guerrière de la vie humaine, l'amour, qui avait reçu un commencement d'organisation, poussait les chevaliers aux combats, aux tournois, aux grands coups de lance. Dans l'avenir, l'amour, s'il était complètement organisé, ne pourrait -il agir d'une manière analogue, mais pour un autre but? Mais en faisant sentir à l'un des sexes le besoin de s'illustrer, de s'embellir, aux yeux de l'autre, d'une auréole de savoir, d'bonneur, de vertu?

En harmopie, les relations d'amour, comme toute» les relations, conduisent à une organisation régulière engroupes et séries, groupes et séries comprenant Tâge pubère seulement. La transition entre les deux âges est sageqaent ménagée, comme nous Tavousdit, par l'institution du vestaiat, où déjà Tamour est connu, mais par son seul ressort animique.

En sortant du vestaiat chacun doit entrer dans une corporation qui a pour régie la constance ^ quelquesuns s'arrêteront définitivement à cette corporation;, mais la plupart en sortirontquand leur caractère se sera bien dessiné sous le rapport amour; puis chacun s'enrôlera dans celle de$ corporations de la série amoureuse dont la règle, plus ou moins sévère, est en accord avec ses penchants et son tempérament. ^

Les statuts des diverses corporations de cette série sont asse? variés popr que chacun puisse trouver ce qui convient à sa nature. De cette manière , nul n'aura intérêt à dissimuler, et tous , se faisant connaître tels qu'ils sont, obéiront scrupuleusement aux lois sous lesquelles ils se seront rangés , puisqu'on agissant autrement ils se déshonoreraient saps motif, étant toujours libres de suivre une autre règle, en le déclarant-, en passant dans une autre corporation.

Ainsi la liberté tuera le mensonge , et la vérité présidera à tous les rapports d'amour ; ainsi , chacun mettant son caractère au grand jour, nul ,

en aimant, ne pourra craindre les déceptions et la perfidie.

La franchise et Tabsence du mal ne suffiraient pas pour qu'une corporation fût honorable et honorée -, il faut encore qu'elle produise le bien , qu'elle concoure positivement au bonheur général , et par ses actes, et par le charme qu'elle répandra dans les travaux.

Nous ne pourrions , sans sortir du cadre que nous nous sommes tracé, exposer ici le rôle particulier de chaque corporationamoureuse^ mais, pour montrer que nous ne craignons pas de faire connaître toutes les idées du matlre, après avoir parlé du vestalat et de la corpora tion suivante qui a pour règle la constance, nous irons chercher, à l'autre extrémité de la série , une corporation dont le nom a effarouché tous les moralistes , la corporation qui usera le plus largement de la liberté en amour : les Bacchantes.

Il est des femmes courageuses et fortes qui aiment les travaux virils, qui se plaisent dans les rassemblements guerriers. Aux époques subversives, ces femmes sont des Bradamantes, des Qorindes , des Jeannes d'Arc ^ et, sous des dehors moins poétiques, ces caniinières qui partagent si résolument la fortune de nos soldats. Ce type de femme, relevé par tout ce que l'éducation harmonienne ajoutera à sa grâce, à la noblesse de ses sentiments, est ce que Fourier appelle la Bacchante,

Les Bacchantes seront partie essentielle de toutes les armées industrielles, où , tout en partageant les travaux de Tautre sexe, elles se réserveront les détails qui ne conviennent qu'au leur. C'est un noble cars^^re que celui de la Bacchante ! N'est-on pas ému en pensant à ces faibles femmes, qui , sur le champ de bataille, oublieuses du danger, prodiguent des soins à tous ceux qui souffrent , portent secours à toits ceux qui tombent. Généreuses, dévouées, intrépides, comme elles aiment leurs frères d'armes ! comme elles sont aimées d'eux ! Quelquefois l'étoile des braves a décoré leur poitrine, et vous-mêmes, moralistes, vous eussiez applaudi avec toute l'armée , et sans demander auparavant si , dans la vie des camps , la cantiniére n'a jamais été femme , si toujours elle a repoussé l'amour qu'elle inspirait.

Puisque, dans les armées industrielles, le rôle de la Bacchante est évidemment utile , Dieu a dû donner à un certain nombre de femmes un caractère qui leur permît de le remplir. La femme timide et réservée aura sa place au foyer de la phalange, mais elle serait malheureuse et déplacée dans le tumulte des camps, dans le mouvement des armées. Là, c'est la Bacchante qui convient : Dieu l'a créée pour ce rôle, qu'elle remplira dignement. Pour des fonctions aussi opposées , il fallait des caractères opposés. Pourquoi repousser l'un , quand tous deux sont

MOEURS ET GOUTUUES. 197

dans la nature, quand tous deux sont indispensables à rhumanité (0 P

Par quelle étrange aberration la civilisation, hideuse de souillures, la ghamds; pkostituéb: , crie-t-elle ù Timmoralité, en nous écoutant? Il faut choisir entre cet avenir où les sexes ne s'appartiendront qu'entratnés par le cœur, conformément â la loi divine, et le présent où la volonté de Dieu est perpétuellement et scandaleusement outragée , où cette passion si légitime dans son essence, Tamour, ne peut se satisfaire qu'en attaquant Tordre, qu'en violant la régie établie. Sommesnous immoraux , parce que nous préférons la loyauté , la vérité , Tutilité dans les relations amoureuses , aux turpitudes qu'elles présentent en civilisation ? parce que les Bacchantes et les Bayadéres (s) nous paraissent honorables, autant que la prostitution nous révolte ?

(>) Du reste elles {les Bacchantes) seront ennemies de la yénalité.

Une Bacchante qui serait convaincue de la moindre faute en ce

genre serait honteusement destituée et flétrie par le sobriquet d'AMiE

DU comve&ce; elle perdrait tous ses droits à l'avancement qui peut la

conduire, comme nos militaires « jusqu'au grade de maréchale, et

plus loin encore.

( Ri ferme industrielle . art, de Fmrier. )

(s) Les Bayadéres et les Bayadcrs seront des artistes qui parcourront les phalanges et les armées « et concourront puissamment à répandre le charme, à embellir les fêtes, à passionner pour le t>eau. Ninon de Lenclos eût été une Bayadère. ?(inon ne savait ni tromper, ni se vendre, et ses anciens amants étaient à jamais ses amis. Ninon attirait à elle par son esprit, sa grâce, sa bonté, les hommes les plus distingués de son siècle; et quoique la plupart n'aient jamais»

Soyez francs , moralistes , à la pensée de ces moeurs nouvelles, de ces amours reliés à Tindustrie, loyaux ^ naïfs, naturels, bien au-dessus de toute vue intéressée, sentez- vous vous monter au cœur, ce dégoût que vous éprouviez lorsque nous vous pariions de la corruption de Tenfance et des autres plaies de nos sociétés ? Comprenez^vous enfin que la vertu n'est pas une chose mystique , arbitraire ? que la vertu devant . se mesurer par ses effets, par son concours au bonheur de Tespéce , Tinconstance devient vertu dans une corporation où la constance serait moins utile à Ffaùmanité ? N'admettez-vous pas avec nous que Tamour est une passion fort innocente , et qu'il faut élargir le cercle où il peut agir librement, à mesure que le danger de la liberté recule par le progrés de la société.

La religion même n'a rien à dire : elle ne prescrit pas le mariage exclusif d'une manière absolue; elle le veut, elle a raison de le vouloir en civilisation -^ mais

songé à des rapports plus intimes^ tous trouyaient auprès d^eUe uu délassement à leurs fatigues, un encouragement à leurs travaux. ?(inon cependant était dans une position fausse que n'accepterait pas la Bayadère de ra?euir, elle violait la règle établie dans la société on elle vivait.

Piinon était une infâme, diront certains moralistes théoriciens qui auraient brigué les premiers l'avantage d'être admis dans le cercle si distingué où cette femme présidait. Heureuse l'humanité, quand elle ne connaîtra plus d'autre infamie que celle des Piinons ! Si Kinon était infâme , de par la justice et la logique, ces grands hommes du grand siècle, qui s'honoraient de son amitié, étaient infâmes au même degré.

elle modifie la loi avec la forme des sociétés , ce qui le prouve, c'est qu'au temps du patriarcat, elle permettait aux plus saints personnages la polygamie et le concubinage /

Mais la pudeur n'est donc qu'un vain mot ! Que deviendra-t-elle dans ce pêle-mêle, dans ce désordre, dans cette promiscuité ?

La pudeur !.... (0 Les civilisés sont tellement habitués à voir singer toutes les vertus , dans leurs sociétés corrompues , qu'ils ont fini par douter qu'elles soient réellement et naturellement au cœur de l'homme.

Vous croyez donc que la pudeur n'est qu'hypocrisie, qu'elle vient seulement de la crainte du blâme, et des châtiments temporels ou éternels. Car, si vous admettez que la pudeur est vraie , indépendante de toute loi , de toute convention, pourquoi disparaîtrait-elle d'un milieu organisé pour le libre développement de tout ce qui est en nous (a) ?

Et dans ce milieu il n'y aura ni pêle-mêle , ni

(i) Dieu n'a-t-il pas établi que les seies iront l'un à l'autre attirés par l'amour ?... ^ï'est-ce pas par la passion seule que la pudeur de la femme est sauvée?.... Et si, en ciyilisation, il y a nécessité de se préoccuper, pour les rapports des sexes, de considérations étrangères aux attraits du cœur, n'est-ce pas un malheur, une profanation, une violation de la loi de Dieu ?

(t) Un Turc, bon moraliste, qui ne saurait rien de la civilisation , afflrmerait, sans aucun doute, que la femme, si elle était affranchie

200 SECONDE PARTIE. €H. YI.

désordre, ni promiscuité, puisque tout y est classé, ordonné, régularisé ; puisque chaque caractère y trouvera sa place, son rôle et son emploi.

Vous tenez donc bien à la loi de contrainte amoureuse, malgré cette longue expérience qui la montre toujours escortée des plus sales prévarications.

Alors rassurez-vous ! Ni vous, ni vos enfants ne verrez ces moeurs nouvelles. La civilisation a trop dégradé rhomme au physique et au moral, elle Ta frappé de trop d'infirmités de tous genres pour qu'il puisse songer à organiser la liberté amoureuse , avant de s'être relevé de sa chute, avant de s'être régénéré dans son âme et dans son corps par le fait du passage de plusieurs générations à travers le milieu réformé. Rassurez-vous, vous jouirez longtemps encore du mariage exclusif ; vous en jouirez jusqu'à ce que l'homme en soit las , jusqu'à ce que les pères et les époux sentent que les temps sont venus, qu'il faut expulser enfin le mensonge

et livrée à elle-même, se donnerait au premier venu, à chaque instant et en tout lien. Cependant la femme a été délivrée de ses gardiens « elle vit, en civilisation, libre de toute contrainte matérielle, et son caractère s'est ennobli par la liberté, et la femme civilisée est fière et pudique mille fois plus que la femme du barem. Si la femme était affranchie de la contrainte morale et légale qui pèse sur elle dans nos sociétés, et contre laquelle elle réagit par la fausseté; si elle était abandonnée sans entraves à son tact délicat, à son exquise sensibilité, ne s'élèverait-elle pas encore plus haut, ne dépasseraitelle pas la fenmie de la dvilisatioo , par un sentiment pins profond de Ja dignité de son sexe ?

MOEURS £T COUTUMES. 20i

du poste où il se sera retranché en dernier lieu : Tamour et la famille.

Cependant la réforme que nous proposons atténuera beaucoup le mal. Cette réforme assurant l'indépendance des deux sexes, les choix seront plus naturels , les rapports sympathiques étant seuls consultés. D'un autre côté, Taccord entre les époux ne sera plus troublé par ces aigres discussions qui s'élèvent sur les détails de la yie commune, lorsque la direction de ces détails n'appartiendra ni à l'un ni à l'autre.

En terminant sur un sujet si difficile, il doit nous être permis d'appeler le maître au secours du disciple ^ nous allons donc citer Fourier. Par cette citation , il sera bien établi que les moralistes, s'ils éblouissent par quantité de bonnes intentions, ne brillent pas , à beaucoup près, d'un pareil éclat, par la logique et le raisonnement. Ne pouvant s'occuper de tous les livres de morale, il y en a des milliers , Fourier a choisi un des ouvrages qui sont admirés avec le plus de ferveur ^ il a pris Télémaque. Que dira-t-on s'il est prouvé que, dans ce livre si Vanté, il n'y a pas un atome du plus simple bon sens. Ab uno disce omnes !

La citation , à cause de sa longueur, a été placée àî la fin du volum0i;

Page 1