SECONDE PARTIE. CH. TII
être ses illustres aïeux dont il montre le blason ayec tant d'orgueil ?
Evidemment, tout homme en positicm de préy^r un mal, d'effacer une douleur, d'apporter un bien, donnera, par égolsme même,- jusqu'à sa fortune et sa vie, pour un tel résultat, s'il doit revenir à plusîeuri^ reprises jouir du bien qu'il aura fait, souffrir du mal qu'il n'aura pas empêché? Avec la croyance deFoiirier, égoYsme et dévouement n'ont qu'une seule tendance. En d'autres termes, l'égOYsme est rendu impossible par l'étroite solidarité qui lie tous les membres de la fa* mille humaine.
Il n'y a plus à songer à son salut iiuMviduel, à se racornir le cœur par un lâche Espom d'être sauvé, quel que soit le sort réservé aux autres hommes nos frères. Il faut sauver l'humanité pour se sauver soimême ^ la voie du bonheur général est là seule voie du salut. Tel est le noble but offert à chacun ! but bien ca-^ pable d'échauffer le cœur, d'élargir l'âme , de féconder tous les sentiments généreux !
La solidarité entre les hommes est une chose sainte, car l'humanité entière est complice de celui qui a péché. La solidarité n'exclut pas la responsabilité individuelle : les vies mondaines et les vies ultras-mondaines sont liées comnve les sommeils et les veiUes, et ceUii qui a manqué une existence inférieure, qui l'a troublée par /es excès y par le crime, par \e ^vùcÀdie, sc>\siSïvc^4»ft&
GOSHOGONIE. 219
la vie supérieure suivante , comme celui dont le sommeil a été intorrompupar uucauchemar, par de mauvais rôvtô, se seat moins biea disposé pendant la veille qui suit.
Les hommes <Mit toujours eu uu sentiment plus ou moins vague de la solidarité *, ils Tont écrit dans leurs croyances, le péch^ originel en est une preuve. Mais nul, avant Foarier, n'a&it comprendre que la solidarité est juste : la métempsycose bi-composée en est la seule démonstration, puisque seule elle prouve que les vivants ont travaillé, dés l'origine, à conduire Thumanité dans la voie bonne ou mauvaise où elle se trouve actuellement. Sans la métempsycose, le fils ne doit pas répondre des actes du père , et te péché originel est une monstrueuse injustice.
5". En liant aussi étroitement le bonheur de l'individu au bonheur de Tespéce, Dieu entraîne les hommes vers le bien , assure parmi eux la pratique de la vertu d'une manière certaine et seule digne de sa grandeur. Regretterait-on , par hasard , ces hurlements désespérés, ces cris de rage, ces Uasjphèmes, horrible concert qui empoisonnerait éternellement le bonheur des élus, si les élus conservaient encore au cœur une corde sensible à la douleur d'autrui ? Dieu , gouvernant paternellement par Tattraction , conduisant les hjpmmes à la sagesse et au bonheur par la solidarité, semble-t-il donc moins grand que ceVu\ Qp^\ tv^ ww^ &3tv5|§s^X^%
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mondes sans s'étayer d'un bourreau ? que celui dont on ne pourrait parler sans montrer à ses côtés son Tristan r Ertnite 9 Satan, qui serait la pierre angulaire de la création, comme l'exécuteur des hautes œuvres a été , jusqu'à ce jour, la pierre angulaire de l'édifice social ?
Comment les hommes pourraient-ils aimer un Dieu partageant, entre le ciel et l'enfer, les misérables créatures sorties de son sein ? Gomment ne se sont-ils pas révoltés quand on leur a dit qu'ils chanteraient un jour les louanges de ce Dieu , de ce Dieu qui frapperait sans merci, sans mesure et sans fin, leur mère peutêtre, leur sœur, leur fille, leurs semblables ?
La croyance au salut individuel , si elle n'a pu altérer la bonté native des esprits généreux, a triplé le sentiment de personnalité des âmes étroites, et la peur de l'enfer a fait des lâches de ces cœurs desséchés. Rampant sous l'impitoyable puissance à laquelle ils croyaient, pour se la rendre favorable, dans leur monstrueux égolsme, ils auraient incendié l'univers. Ils l'ont prouvé chaque fois qu'ils ont eu le pouvoir de le faire : les Charles IX ^ les Louis XIV en sont des exemples fameux. Et ceci n'est pas le crime d'un seul , c'est le crime d'un principe, puisque l'Eglise n'a jamais eu de foudres contre cet infâme sacrilège , contre cette exécrable supposition qu'on se rendait agréable à I>iea eiï immolant des victimes Yiwmivtv^ , «sv ^ ^^\ivl-
laiil de persécutions et de meurtres ^ puisque TËglise a fait sortir llnquisilion de cette religion de paix, dont le Fondateur empêchait de tirer Tépée, même contre ses persécuteurs et pour sa légitime défense.
D'autres , placés dans des circonstances moins heureuses , ne pouvant donner d'aussi éclatantes preuves de foif ont inventé des ignominies, des lâchetés d'une autre nature. Pensant que Dieu se complaisait à leurs douleurs, ils ont prétendu se rendre agréables à ses yeux en se torturant affreusement. Ici un hideux fakir se place dans une attitude forcée qu'il garde pendant des années, jusqu'à ce que ses articulations se soient ossifiées. Là, je ne sais quel non moins hideux personnage de la légende catholique , mu par un sentiment identique, se hisse sur le chapiteau d'une colonne et s'y établit pour la vie, mettant sa sagesse à ne descendre dans aucun cas , pour aucune nécessité. Plus prés de nous, de sales moines se privent de chaussure et de linge, croyant que leur vertu sera mesurée à l'épaisseur de la crasse qui couvre leur corps. Et tous ces dévots sont bien satisfaits d'eux-mêmes quand ils ont réussi à faire de l'homme, que Dieu a mis sur la terre pour le représenter, un être répugnant, dégradé, affreux à voir. Le poëte profane était bien mieux inspiré sur Dieu et sur la destinée de l'homme, lorsqu'il disait :
Os bomini sublime dédit : cœlamque fueri J assit, «t erectos ad aidera \.o\\«c« ^xs\V»&*