‹ Solidarité: vue synthétique sur la doctrine de Ch. FourierChapitre 4 sur 51 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Cbercbfiip, et fou9 troa?ereic.

Évangile,

L'homme partant du fait de son existence est nalureliemeiit porté à croire à une puissance organisatrice par laquelle il est (■), à une intelligence supérieure dont son intelligence serait une émanation.

L*homine s^élève ainsi à la pensée de Dieu, pensée

(») L'homme sent ^'il est lié à un système, que (ont en couservant son indhidualité, il fait partie d*un ensemble, d'un tout supérieur.

Cet ensemble, la nature, ayant en puissance de former l'homme, doit renfermer tous les principes dont l'homme lui-même est com-' posé. L'homme est matière , la nature est donc matière s l'homme est intelligence et passion, il y a donc, en dehors d^ V\i<c^\fiKcc^ , ^%kv<^\^ iMtiire, ime «oofced'iotelUgeace et à.« \^f^Tv«

qui, excluant toute participation du hasard à la direc-* tion des choses , conduit à admettre pour tous , pour rindividu comnie pour Tespèce, un but proyidentiel , une destinée.

Connaître ce but , pour y tendre, pour accomplir sa destinée, doit être Tobjet constant de tous les efforts de rhomme. C'est ainsi seulement qu'il peut mettre sa volonté en accord avec la volonté divine. C'est ainsi qu'il obéit, qu'il fait son devoir.

Mais avec le sentiment de son devoir^ l'homme porte en lui-même la conscience de son droit.

Ce droit est de pouvoir comprendre ce que Dieu attend de lui. Le plus inique, le plus absurde des despotes n'oserait prescrire l'obéissance à un ordre qu'il n'aurait pas clairement exprimé.

Jusqu'à ce jour, ces deux sentiments naturels du devoir et du droit, n'ayant pu se satisfaire ensemble, se sont exclus, et chacun s'est laissé entratoer par celui des deux qui dominait en lui..

Les uns pénétrés du sentiment du devioir soni restés dans la foi, mais ea admettant que la justice de Dieu n'est pas conforme au sentiment du juste que Dieu a mis en nous, en prescrivant à la raison de se soumettre, en donnant pour base à leur croyance le mystère.

Les autres emportés par la conscience de leur droit oui rejelé ce qu'Us ne comprenaient pas. N'açercevaai

pas les causes de ce qui est, ils ont douté de l'universalité de la providence, ils ont attribué la conduite des événements au hasard.

C'est que les uns et les autres ne pouvaient s'expliquer d'une manière satkfaisante comment le mal peut être, comment Texistence du mal est conciliable avec la pensée d'un Dieu souverainement bon.

^ Ainsi tous ont douté : ceux-ci ont douté de Dieu, ceux-là ont douté de la raison que Dieu leur a donnée, manière indirecte de douter de Dieu^

Pour ramener l'homme à la (bi, il faut lui offrir aujourd'hui une foi complète et composée, une foi solidement assise sur le témoignage de la raison. Pour cela il faut que le flambeau de la science dissipe toutes les obscurités, illumine loutes les questions, la question du mal surtout, devant laquelle tous ont reculé jusqu'à ce jour.

Fourier a-t-il bien apporté au monde celte explication universelle? L'humanité .lui serait-elle réellement redevable de cet immense bienfait ? Après avoir lu cet ouvrage, nous l'espérons , plusieurs pourront répondre à cette question si digne d'examen.

L'humanité a tellement négli^gé certaines parties des connaissances qu'elle doit acquérir, que, sous plu<sieurs rapports, les notions les plus élémentaires l»k ont manqué jusqu'à ce iour. XViisa ^^ \i^^^'$» <ew^«^^

12 PRBlUiRE PARTIE. <UU I.

résolu cette question primordiale à laquelle toutes les autres se rattachent : Quel est le pouvoir de la raison? Dans quelle sphère la raison est-elle compétente (i) ?

Frappés des erreurs sans nombre où les esprits sont tombés, des dissentiments profonds qui les séparent sous tant de bannières ennemies, la plupart ont admis que la raison est incertaine : Errare Aunumiim «9t, disaient les anciens-, et les modernes répètent : Il faut se défier des lumières de la raison.

Cependant toute question se traduit en dernier ressort au tribunal de la raison. Ceux-là même qui déclarent la raison insuffisante, qui lui ordonnent de se soumettre, ne peuvent s'adresser qu'à eUe pour qu'elle rende catUre elk un arrêt d'incapacité! Douter de la raison, c'est, en définitive, douter de tout : c'est se plonger dans les ténèbres en soufflant sur la seule lumière qui les puisse illuminer ; c'est se laisser conduire logiquement, s'il y a de la logique sans la raison, à la doctrine si ridiculisée du pyrrhonisme.

C'est cette question que nous examinerons d'abord, pour établir ce qui peut paraître à première vue un paradoxe :

LA RAISON DE l'HOMME EST INFAILLIBLE.

(i) Le mot raison est peut-être mal choisi, cependant nous trou- Tions des difficultés à l'emploi de tout autre : du reste, nous pré- Tenons tonte équivoque en disant que nous entendons par ce mot la faculté ou les facultés de l'intelligence par lesquelles l'homme raoaa//, comprend, accepte des principes. Cesile mens dfi&\ialv(i&.

DE LA RAISON ET BE I.A SaBRCE. 13

i Ton donnait à un géomètre dea iDsUrumeBts pour mesurer un terrain, on ne pourrait attendre de lui un résultat exact qu'autant qu'on serait assuré de la jus* tesse des instruments liwés.

Dieu, en mettant Thomme sur la terre, lui a dcomé à mesurer et à comprendre tout ce qui se trouve en rappm't avec lui, tout ce qui dépend de lui, tout ce qui exerce une influence sur ses actes et sur sa destinée.

Pour cela il lui a donné un instrument unique : la raiwn.

La raison doit donc être exacte, doit suffire à la. juste appréciation des choses, sans quoi Dieu aurait irrévocablement condamné Thomme à Terreur, et Dieu seul, fabricateur alors d'un mauvais instrument, serait coupable de cette erreur et de ses conséquences la douleur et le vice.

Cependant, sans aucun doute, l'homme s'est souvent trompé, il se trompe encore chaque jour.

Mais le géomètre aussi peut se tromper, quoique muni des instruments les plus parEiiits.

C'est que le géomètre doit apprendre à se servir de ses instruments ^ c'est que l'homme doit savoir user de sa raison.

LoBUvre de la raison est la recherche de la vérité.

La vérité n'a et ne peut avoir qu'un seul caractère^

c'est d'élre acceptée par la ra\%ow*\itiftdttfy3» ^R^xw^fc.»

14 PREMIÈRE PARTIE. €Br 1.

de par la raison qui la proclame telle ^ parce que la raison est, de droit di^in, unique et souverain juge du vrai et du faux.

Les connaissances humaines se composent de Tensemble des vérités découvertes : les vérités classées d'après leurs rapports constituent les sciences.

Toute science repose sur des axiomes , c'est-à-dire sur des principes reçus sans démonstration, seulement parce que la raison les admet.

Comment démontrer que le tout est plus grand que la partie ; que deux quantités égales à une troisième sont égales entre elles.? Qui songe cependant à mettre en doute ces vérités?

Pour passer d'un axiome à une vérité plus avancée de la science , l'intelligence fait un trajet : ce trajet a pour but de conduire la raison en face de la vérité nouvelle comme elle se trouvait d'abord en face de l'axiome. Alors la raison voit, reconnaît et proclame.

Et toute intelligence qui aura fait le même trajet apercevra et adoptera la même vérités

Nous ne prétendons pas qu'une intelligence quelconque puisse comprendre une vérité quelconque. Une intelligence peut être incapable de faire le trajet qui conduit à une vérité , et alors elle ne peut proclamer celle vérité qu'elle n'a pu voir.

Là se trouve la différence entre les intelligences : cellen^i peut frayer la voie qui condml ôl uue vérité

nouvelle : ceile-là parvient seulement à suivre le chemin a{dani par la première ^ une autre enfin manque (le force pour avancer sur la route dégagée même de tout embarras.

Les intelligences ont donc plus ou moins de vigueur et d'énergie pour marcher à la vérité : mais elles ne sont pas plus ou moins justes, plus ou moins fausses , puisque toujours elles acceptent toute vérité qu'elles ont pu voir.

Tant que rintelligence n'a pas pu ou voulu faire le trajet qui conduit à une vérité, la raison n'a rien à nier ou à affirmer touchant cette vérité : elle ignore , elle. ne sait pas, elle n'a pas vu.

Si dans cette ignorance d'une chose l'homme veut se prononcer sur cette chose , il ne peut parler qu au hasard^ il tombe nécessairement dans des contradictions et des absurdités, puisqu'il veut littéralement juger comme les aveugles jugent des couleurs.

C'est ainsi que le sauvage se forme sur l'astronomie des idées ridicules, sans qu'on puisse accuser sa raison^ qu'il n'a pas consultée sur les phénomènes qui le préoccupaient.

Lorsque dans sa pirogue il s'éloigne de la côte par un temps calme, ne peut-il remarquer que la mer lui dérobe d'abord la vue des objets les phis bas et en dernier lieu seulement la cime des arbres les çlui^ élevés : ne peut-il- en cone\ure cçi^Xa ^wcl^^^ ^'^ \sNS5sts-

est arrondie, et cette preoûére mérité ne le conduirait^ elle pas à d'autres, s'il entrait ain^i dans ia Yoie d^ obsenrations ?

Ne serait-il pas possible que^ sous certains rapports, les sayants de la ciyilisation en fussent encore au mÔme point que le sauvage en astronomie ? Si cela était , y aurait-il moyen de s'en assurer ?

Sur un point inexploré et incompris , les hommes ne pourraient émettre que des idées vagues, discordantes, sans liens les unes avec les autres. Paul n'aurait jamais une opinion identique à celle de Pùrvfy et même Paul de demain ne penserait pas absolument comme Paul d'aujourd'hui. Comme il y aurait des raisons tout aussi bonnes ou tout aussi mauvaises pour dire blanc que pour soutenir notr, chacun montrerait dans son opinion du jour d'autant plus d'opiniâtreté qu'il verrait fort bien le vice des raisons adverses, sans songer à la faiblesse des siennes propres. Ce serait la parabole de l'œil traversé par une poutre, qui voit la paille dans un autre csfil ^ seulement il y aurait poutre des deux côtés.

On croirait entendre le sauvage soutenant que chaque

jour un nouveau soleil éclaire son île, contre celui qui

prétendrait que le même soleil , après être descendu

dans la mer, regagne de nuit l'orient entre deux

eaux. Certes f la question astronomique posée en ces

DE LA RAISON £t DE LA SCIENCE. 17

termes ne serait pas prés d'arriver à nue bonne solution.

Ne yauMKknoos pas de peindre la civiltsation se livrant à ses études philosophiques (i), à ces prétendues sciences qu'elle même a distinguées des sciences Tëri*tables, en ne leur donnant pas comme à celles-ci l!épithà(8 d'exactes ( c'eût été trop fort l ) , sciences qui comptent autant de sentiments qu'il y a de tètes qui les. professei^y qui n'ont rien posé de net, de précis; rien découvert encore de réellement bon> d'évidemment utile; qui tournent indéfiniment dans des cercles vicieux dont elles ne songent pas à sortir»

En comparant ce qui se passe dans ces faïusses sciences avec la marche sûre el progressive des sciences vérili^s, il est aisé de reconnaître que si la raison a été consultée quant à celles-ci, elle est absolum^it étrangère k la constitution de celles-là.

Les hommes des sciences philosophiques confessent d'ailleurs implicitement leur ignorance, puisqu'ils avouent que dans cet ordre d'idées la certitude mathématique ne peut exister.

Comme s'il pouviÂt y avoir deux certitudes; une certitude qui rendrait certain et une certitude qui

(i) Par ce mot^ |)?it/o5ophiques , YEcc^i^ eiAcck^ ^"îNx^ vâ«soRR!^ poUUiue, éocoomia poliUqiiei ii¥&U|S»^«À^iaA»'K!«3»T^^«

18 PREMIÈRE PARTIE. CE. t*

permettrait de douter. Comme s'il était une évidence autre que révidence!

C'est qu'ils ignorent, et ne veulent pas l'avouer. Mais la raison est douée d'une telle rectitude qu'elle les force à convenir qu'ils ne sont pas absolument certains de leur savoir.

Sur quoi s'appuieraient -ils pour démontrer que l'évidence ne peut exister dans les sciences philosophiques, puisqu'on y trouve des axiomes aussi précis t]ue les axiomes mathématiques ?

Toutes circonstances égales d'aillmirs, si, dans le même temps et avec la même perfection, deux ouvriers ont fait la même quantité d'ouvrage, ils doivent être également rétribués : voilà un principe de justice aussi évident pour tous qu'il est évident que deux ajoutés à deux donnent quatre.

Pour soutenir cette impossibilité d'introduire la rigueur des démonstrations mathématiques, dans les sciences philosophiques, impossibilité qui les met à l'aise, que peuvent-ils dire si ce n'est qu'on n'y parviendra pas parce quon n'y est pas encore parvenu ?

Ce raisonnement eût pu servir contre l'invention de toute science ; il a dû être employé particulièrement contre la prétention de savoir ce qui se p^sse au lieu où gravitent les astres, parce qu'on ne peut s'y transporter corporellement.

Cependant la loi du mouvement des corç% c^\«%\.^%

est aujourd'hui connue : et Dieu qui nous a permis de fonder cette science, dont, à ia rigueur, nous eussions pu nous passer, eût été bien inconséquent s'il nous avait interdit ia connaissance de la loi du mouvement social , qui nous importe bien autrement.

Ainsi lorsque rintelligênee a su voir , la raison sait toujours distinguer le vrai du faux , et lorsqu'elle n'a pas vu , la raison nous apprend très-positiyement que nous ne savons pas.

Lors même qu'elle sert seulement à nous faire reeon*' naftre notre ignorance, la raison nous rend déjà un immense service ; car si nous avions la bonne foi de l'avouer, nous cesserions de nous quereller sur des choses également fausses, et, cherchant de concert la vérité, qui a pour caractère de produire l'accord, nous ne tarderions pas à la découvrir.

Nous disons que les hommes sont divisés parce que leurs idées sont également fausses*, cependant nous savons que chaque opinion peut exprimer une face de la vérité, car la vérité a plusieurs aspects, bien qu'elle soit une.

Mais la vérité considérée sous une seule face n'est pas la vérité, c'est encore l'erreur.

Ainsi deux astronomes ayant entrevu chacun une partie de la vérité sur raltraiClVoiv \!£v^\fe\vâ^fô^\x«v^ss^ que cette attraction agit en raison \'amT%e 4.^% çiW^^%

S> MBJailBRE l^ARtlEl. G». I*

dcê diâianoes, Tautre soiitiendra q^a'eUe agit m^raism dùréctt des maue^*

Et quoiqofi possédant Tuo ot Tautre nm faoQ de )a térité, its menfiroot tousi les deux^ car Tattraotm n'agit pas en raison directe des masses, elle n'agit pas en raison inverse des carrés des distances, elle agit en œènia temps en raison àirwte des massn et innerse 4$$ earris des distances.

Voilà toute la yérité, il n'y a pas d'autre vérité, Les astronomes avec leurs erreurs composées de demi^vériléfi eussent été éternellement en désunion ; ib s'aecorderont immédiatement dés qu'ils auront reconnu le vrai dans son entier.

Pour nous, comme on le voit» la vérité est absolue.

N'estH^ pas en eSet une étrange conception que celle d'une vérité changeant avec le temps et les lieux , d'une r^ité d^aujourd'hui qui sera mensonge demain ?

L'erreur a mille formes^ elle peut variffl*, progresser faH-squ'elle tend de plus en plus vers le vrai; ï&m la vérité est immuable.

Une vérité découverte est un point irrévocablement

tixé dans le champ des connaissances humaines. Ce

point peut donner de nouvelles bases d^où Ton partira

eomme des lignes d'un réseau trigonométrique » pour

délermiUer de nouveaux points, découvrir de nouvelles reniés.

DE LÀ RâlSON ET DE LA SOENGE. 21

Le progrès consisle donc à approcher des Tentés tant qu'elles ne sont pas déeouyiertes, à découvrir ecfci véritéS) à marcher des vériéès trûotées aux yërîtés encore inconnues. Il w montre «encore dans la manière plus (m moins heureuse avec laquelle on appitcpie les vérités théoriques au& relations humaines^ À Torganisation des sociétés ^ aux traTaux des arts , de Tin* dustrie, etc. Tout au^ progrès n'est qu'une iHusion.

Nous avons dit qd'il ne pouvait y ayoir qu'une certitude, celle qui ne perm^latt pas de douter. Nous donnerons quelque développement à cette pensée.

La certitude ainsi définie peut être nommée certiiud6 directe. Pour y parvenir, il fautavoir vu soi-même avec les yeux du corps ou avec les yeux de l'esprit.

L'humanité doit élev>er tïnutes ses connaissances à la certitude <dire<^e*, mais imcun de ses membres n'est appelé à s'occuper îndividueHemevit de toutes choses et ne peut parvenir à qe degré de certkode sur tous les points.

Cependant, sans faine une étude spéciale de c^taines branches des sciences , on peut s'y intéresser plus ou moins , connaître les résultais obtenus, et les admettre sans avoir cherché à voir par soi-même, mais parce que d'autres ont vu et que Ton a confiance en eux.

Cette conviction d'une chose sur laquelle la t^\&<^w n'a été consultée qu'indirecVem^wV ^ ^%V >»Nfô ^w\.\X>».^^

23 PREMIÈRE PARTIE. CH. l.

indirecte^ elle repose sur autrui, tandis que la certitude directe a sa source en nous-mêmes.

Ainsi la certitude indirecte chancellerait si la chose annoncée par les uns était démentie par d'autres. Mais la certitude directe inébranlablement assise sur le propre témoignage de notre esprit ou de nos sens, résisterait aux dénégations de Tunivers entier.

Nous n'ayons pas à nous occuper de la certitude indirecte, qui vient de la foi, indépendamment du raisonnement. Pour qu'elle naisse, il faut seulement être cru, lorsqu'on affirme avoir vu, et sans chercher à faire voir aux autres.

Après avoir lu ce qui précède, plusieurs penseront que, pour démontrer que la raison est infaillible, nous nous sommes contenté de l'affirmer. Résumons-nous pour mettre en saillie notre argumentation :

Oui, nous avons affirmé que la raison est infaillible. Prenons cette affirmation pour une hypothèse.

Les hommes ont suspecté la raison parce qu'ils ont reconnu qu'ils étaient exposés à l'erreur; évidemment, s'ils ne se trompaient jamais, ils ne mettraient pas en doute la rectitude de leur jugement.

Mais nous avons fait voir que toutes les erreurs des hommes pouvaient se concilier avec l'hypothèse d'une raison infaillible.

// faui donc choisir entre deux supposilious ç\ui, si

elles rendent compte des faits avec une même facilité, sont loin de s'accorder également bien avec la pensée qu'elles expriment une loi émanant de rintelligence infinie.

L'hypothèse d'une raison fausse oblige à admettre que le Créateur se plaît dans le mensonge , puisqu'il aurait négligé de donner à l'homme un moyen sûr pour reconnaître et pratiquer le vrai.

Tandis que l'hypothèse opposée rejette sur l'homme seul les erreurs dont il souffre et qu'il peut éyiter s'il veut se servir du guide infaillible que Dieu lui a donné pour boussole (i).

A moins qu'on n'ait condamné la providence de prime abord et sans appel , il n'y a pas à hésiter entre les deux suppositions, ^puisque, nous le répétons, si toutes deux expliquent les faits , l'une doit être écartée comme injurieuse au Créateur.

(i) SaQs donte celai qui a posé ou accepté une erreur prétendait bien que cette erreur allait à sa raison. Mais, encore une fois, il sentait que cette erreur n'aiait pas pour lui l'évidence d'une Térité mathématique. Il doutait donc de sa raison , il en bornait Vusage : car, s'il avait admis qu'elle devait agir sur tous les points avec une égale puissance, il n'aurait présenté son erreur que sons forme dubitative; il aurait provoqué les recherches qui devaient conduire * à cette certitude complète qu'il aurait cru possible d'atteindre. Mais l'homme a 'voulu affirmer avant de savoir, et, comme la vérité seule peut concilier tous les esprits , il a soulevé les oppositions qui l'ont passionné pour ses croyances empiriques, qui l'ont attaché au mensonge par tous les efTorf s qu'il faisait poxkT \^ %csoL\ft:ùv\ , «»s^sssa ^ vhaque combat eût été une démoTxsVroWoii.

2ff PRBmÈAE JPARTIB. €H. I.

L'homo^te, avoQShQous dit, est doué d'une raÎMm qui ne le trompe jamais lorsqu'il la consulte avec booaae foi, sans chercher à fau^e parade d'un faux savoir dont au fond il reconnaît la vanité.

Mais , dira^^Hon , rhomme peut*41 tout voir , tout connaître, tout juger?

Ceci est une question indépendante du sujet qui nous occupe, car qudque étroite que soit FinteUigenoe, quelque rétrécie que soit la sphère où elle peut agir , ia raison sera également droite dès qu'elle nous fera distinguer avec certitude ce que nous savons de ce que nous ne savons pas.

Quant aux limites que rintelligenee ne peut franchir, nous en dirons un mot.

Dans Tordre matériel, ia nature montre partout une haute sagesse, une suprême économie. Dans le réigae organique, par exemple, pas un muscle, pas un vaisseau qui n'ait son but et sa raison d'être , qui puisse être remplacé par un organe plus simple ou remplissant mieux le même objet.

C'est ce que les hommes ne peuvent nier, parce qu'ils le voient avec les yeux du corps.

Ainsi lorsqu'un anatomiste rencontre un organe

dont le but ne le frappe pas d'abord , il ne tranche pas

la difficulté en disant comme un philosophe dit des

passions : Ceci ne sert à rien, cela «st à retrancher, à

comprimer. Mais il cherche et il trouvera , parce qu'il

sait que tout ce qui est a son utilité^ sa nécessité, sa causev

Si dans Tordre philosophique les hommes montraient la mèmeréserTe, la même défiance d'eux-mêmes, la même foi dans la puissance qui crée et organise , ils comprendraient qu'un désir sans but à atteindre, sans satisfaction possible, serait dans la création un rouage qui la compliquerait oiseusement et la rendrait imparfaite, car tout marcherait aussi bien et mieux si ce rouage n'était pas.

Dés lors la question posée serait ainsi réisolue :

L'intelligence humaine doit pouvoir comprendre tout ce qu'elle sent le désir et le besoin de comprendre.

Il y a dans Vinfini (i) cependant quelque chose qui

(i) Les métaphysiciens ont singulièrement abusé des mots. Confendant dans un même sens l'absolu et Vinfini , ils ont condamné l'homme à n'arriver jamais qu'à des vérités relatives, prétendant que la vérité absolue n'appartient qu'à Dieu. C'est Vinfini qui est l'essence de Dieu, c'est la vérité infinie qui ne se trouve qu'en lui. Mais la vérité infinie est comme une formule générale qui contient toute vérité et se résout en formules de plus en plus restreintes et qui tombent enfin dans le domaine intellectuel de l'homme.

De ce qu'il y a des formules plus générales qui embrassent un plus grand nombre de cas particuliers, il ne s'ensuit pas que la formule qui résout isolément un de ces cas n'est pas parfaitement juste.

Ainsi l'arithmétique donne les solutions particulières de plusieurs problèmes, et ces solutions sont bonnes absolument et ne reçoivent aucune atteinte de la formule algébrique qui résout tous ces problèmes à la fois.

La pensée que l'homme ne peut arriver à rien d'absolu tleul^^^ics^^ à une confusion entl'e les idées tliéOT\qQe& e\\e%^<K>%fe'&^<e^\^\ic^dèi<Qi(y^.

Les sens de i'homme étant ImpaTîïàU ,*\\ ii^\\C\^^\.v^'fc^w»Qfe ^^-

26 PRËMIÈEE PARTIE. CH. I.

dépasse la portée d'une intelligence finie. Ainsi s'il nous répugne d'admettre que le temps ait commencé, que Tespace ait des limites, si nous sentons bien que Fespace et le temps sont sans bornes, ces yérités présentent cependant une face qui échappe à notre perception. Mais ceci ne peut nous tourmenter ni nous nuire, mais nous pouvons saisir et mesurer les éléments de Fespace et du temps qui sont en rapportavec nous, parce que nous en avons le désir et le besoin.

De même Dieu, en sa qualité d'être infini, peut sortir de la sphère où notre intelligence agit. Mais nous ayons besoin de connaître Dieu dans ses rapports avec nous, de savoir ce qu'il attend de nous , ce qu'il nous destine , et, sur ces points qui nous préoccupent sans

teindre à l'application parfaitement exacte des Yérités qu'il découvre; ainsi , bien que connaissant parfaitement les propriétés du cercle, l'homme n'obtiendra jamais un cercle rigoureusement tracé.

Partant de ce que tout principe théorique doit être vérifié par l'expérience , et de ce qu'une expérience rigoureuse est à jamais impossible, on en a conclu que la certitude absolue nous échapperait toujours.

Mais si l'on doit vérifier tout principe théorique, nos sens et nos instruments, tout imparfaits qu'ils sont, suffisent et au delà pour cette vérification.

Ainsi, partant delà définition ordinaire du cercle et de ses lignés, mon esprit parvient à concevoir avec lucidité que tout angle à la circonférence soustendu par un diamètre est un angle droit.

Si j'ai fait le premier cette découverte, craignant que mon esprit

ne se soit égaré dans sa route, qu'il n'ait omis quelque point, qu'il

ne se soit fait quelque illusion , je m'empresserai de vérifier: traçant

doacdes cercles, des diamètres , des angles à la circonférence , et

trouraut toujours que ces aagles sont droits, apmdies>ér\îkK.«LV\û\i%

tresse , nous ne pouvons être condamnés à une éternelle iodéci&ion.

Quelles précautions rbomme doit-U prendre pour n'être pas exposé à Terreur, en faisant usage de sa raison ?

Pour reconnaître la propriété pfaysiqtie d'un objet matériel , rhomine met cet dajet en rapport avec ses sens.

Ordinairement il emploie la vue : mais la vue peut le tromper dans certaines circonstances , elle peut faire prendre, par exemple, l'image pourlaréalité. L'homme ne peut donc pas s'en rapporter exclusivement à la vue, souvent il doit en appeler au témoignage d'un tsecond sens. Ce second sens peut être le tact.

assez variées et assez multipliées, sans m'inquiéter des petites errears tenaot à l'imperfectioa de mes inâtruraeiits, je serai certain, aèsoîument certain, que mon principe est vrai.

L'esprit de système est tellement tenace, que plusieurs diront qu'ils ne croient pas absolument même aux vérités de cet ordre.

Les intelligences d'un ordre supérieur, les habitants des sphères plus élevées, du soleil par exemple, parviennent probablement à un plus grand nombre de vérités ou à des vérités plus générales. Mais ce qui est vrai pour nous est vrai pour eux de la même manière.

S'il en était autremeat , le même fait se repriodairalt sur la terre où se trouvent des intelligences de diverses portées» Or, le contraire a précisément lieu, et le plus grand mathématicien, s'il comprend plus généralement les principes géométriques, s'il en possède un plus grand nombre, ne peut contredire en rien les \écvi4.^ ^«iâssifix^taires qu'emploie, dans sa {nraUc^ae , \^\\\»\«NàSt^w\Ko^^ ^>a^^»^ humble tailleur de pierre.

28 PREMIÈRE PARTIE. CH. l.

L'intelligence, pour s'assurer de l'existence d'une vérité, doit employer des précautions analogues-, elle doit voir et toucher.

Pour l'intelligence , la vue c'est la synthèse , le tact c'est l'analyse.

Une hypothèse qui résiste à cette double expérience est incontestablement la vérité même.

Ainsi tous les phénomènes, tous les faits relatifs à un certain ordre de chose ont été groupés^ et une supposition a été faite qui les explique avec facilité.

Cette supposition établit nue théorie, mais on n'a pas encore la science (i).

L'hypothèse doit subir encore l'épreuve synthétique. Pour cela elle doit être présentée à la raison , examinée dans son essence, sans tenir compte des faits à expliquer, pour chercher, si elle est juste, claire, évidente par elle-même.

Si l'hypothèse triomphe de cette épreuve composée , il n'y a plus seulement théorie^ il y a science et science exacte.

On aura donc à examiner si les principes que nous allons émettre sont bien par eux-mêmes adéquats à l'intelligence, s'ils paraissent lucides aupremier aspect, II faudra chercher ensuite s'ils expliquent tous les phé-

/V Fô/r pour )a définition de la science le discours prononcé à J'hôfel de ville par F/c/or Considérant.

DE LA RAISON ET DE LA SGIENGb. 29

nomènes connus, tous les faits de la vie de Thumanité.

Si DOS principes ne fléchissent ni dans Tun ni dans l'autre cas j nous serons en droit d'affirmer que la doctrine de Fourier est une science , une science de même ordre que la science astronomique par exemple.

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