‹ Solidarité: vue synthétique sur la doctrine de Ch. FourierChapitre 6 sur 51 · DE L HOMME, DE SES FACULTES ET DE SES PENCHANTS · texte numérisé non relu

DE L HOMME, DE SES FACULTES ET DE SES PENCHANTS

. . . . Quiconque connaîtra rhomme , verra que c'est un ouTrage de grand dessein , qui ne pouvait être ni conçu, ni exécuté que par une sagesse profonde. Bossubt.

Dans la passion envisagée comme elle doit l'être, on trouve la véritable cause des actes les plus sublimes aussi bien que des actions vulgaires, ou basses et infâmes. Qui ne voit, en effet, qu'elle est le ressort des vertus mêmes les plus ascétiques qui sont , en définitive, pratiquées en vue d'un bpnheur plus on moins éloigné? « Tous les hommes, dit avec raison Pascal, désirent être heureux ; cela sans exception. La volonté ne fait jamais la moindre démarche que vers cet objet (le bonheur). » En d'autres termes : tous les hommes se déterminent par des motifs passionnés, et ont en tout et toujours la passion, une passion quelconque pour inobile.

Notice sur Fourier, par Ch, P^llarin, D. M,

Cette vérité que Dieu, en organisant un être, pré- ' voyait un emploi utile des facultés et des penchants qu'il lui donnait, est tellement limpide qu'il faut tôate ceUe atmosphère de préjugés qa\ o\iSÇXvc^\s%^X!iX \>kw-

telligence de l'homme , pour qu'elle ne soit pas admise à priori.

Il y aurait donc une forme sociale possible où les penchants de Thomme produiraient autant de bien qu'ils produisent de mal dans la société présente si maladroitement disposée pour leur jeu.

Dans la société à découvrir, la raison et la passion seraient en parfait accord -, devoir et plaisir n'auraient qu'un même sens-, là, sans inconvénient et sans calcul, l'homme suivrait sa pente ^ là , n'écoutant que l'attraction; il n'agirait jamais par nécessité, il ne se courberait plus sous la contrainte^ là, par conséquent, il trouverait de l'attrait dans toutes ses fonctions.

L'homme, pour accomplir ses fonctions, doit développer ses facultés physiques et intellectuelles par Taction , par le travail , pourvoir à l'entretien de son espèce, à l'entretien de son individu. N'est-il pas rationnel de penser que Dieu qui est un , qui a donné l'attraction pour guide unique aux animaux , qui emploie encore l'attraction pour entraîner l'homme à une partie des choses qu'il doit faire, nutrition et reproduction, n'a pas dérogé à une loi si sage, pour le malheur de notre espèce , en usant de moyens coercitifs pour contraindre l'homme au travail.

L'attraction est la loi générale. Ecrite au cœur de

tous, elle révèle perpétuellement et unitairement la

roionlé de Dieu ; elle est de tous les lemçs eV. teA^xx'^

DE l'homme, de ses FACULTÉS, ETC. 47

les lieux , et montre ainsi la soHicitiide constante du Créateur pour tout ce qui émane de lui. Elle pousse chaque être danssa yoie, elle lui indique sa destinée, elle persiste toujours incompressible, malgré les préjugés et les prescriptions morales et légales.

En gouvernant par Tattraction, Dieu était certain d'être obéi avec reconnaissance et bonheur. Si dans son premier âge, par ignorance, une humanité (0 résiste à cette loi, elle est punie par le fait même, puisqu'elle souffre par ses attractions lésées. Ce châtiment indirect est seul digne de la grandeur infinie : ce n'est pas Dieu qui frappe, c'est l'homme qui se frappe lui-même et qui trouye dans la douleur le salutaire avertissement qui doit le ramener au vrai.

Ainsi nous promettons aux hommes un milieu social où l'ordre naîtra du libre essor de leurs penchants. Mais qu'on ne vienne pas en conclure que nous en^gageons les hommes à s'abandonner à ces penchants dans le milieu social actuel. La contrainte est indispensable

(1} Une humanité : L'humanité d'un globe quelconque, Tespèce intelligente qui le peuple. II est absurde d'admettre que Dieu ne gouverne que la terre; que notre planète microscopique porte seule à sa surface l'intelligence et la Tie. C'est sur des humanités , des mondes , des univers en nombre infini que s'exerce l'infinie puissance ; et toujours par l'attraction qui peut seule se plier à toutea le« natures sans cesser d'être idenl\que ^lNCC ^^-Tofeve» , ^^^^ '«^a comme Dieu est un !... Dieu donl eWe es\.\«iVA\»»»

4i8 PREMIÈRE PARTIE. CU. 111.

à ce milieu faux, la liberté lui est antipathique, elle n^y engendre que désordre et confusion.

C'est que tous les hommes ensemble doivent se ranger à la loi; c'est qu'il n'est pas donné à quelquesuns d'être heureux pendant que les autres souffrent ; c'est que tous les membres de la grande famille sont liés en un seul faisceau par un grand principe : La Solidarité !

C'est une chose juste et sainte que la solidarité! Quand l'homme pèche, est-il donc seul coupable? La société a-t-elle bien rempli tous ses devoirs envers ^celui qui méconnaît les siens ? N'a-t-elle rien à se reprocher pour être en droit de s'indigner contre cet homme qui n'a reçu d'elle que souffrance et qui s'est révolté ?

Nous reviendrons sur cette loi de solidarité , nous aurons à faire comprendre que les intérêts des hommes sont en tous points rigoureusement identiques.

Après avoir pressenti qu'il dèyait y avoir une forme sociale naturelle parfaitement convenante à l'homme que Dieu a fait, découvrir cette forme sociale est évidemment le plus pressant besoin de l'humanité.

Comment Thumanité a-l-elle tardé autant à la trouver? dira-t-on : pourquoi n'a-t-elle pas encore cherché? répondrons-nous.

Qui donc, avant Fourier, a songé à une forme sociale prévue par Dieu et réservée à Vbomme'? Qvû àoxvc. ;i

DE l'hOKME» de ses FACULTÉS, ETC. 49

CG(i|[)pris qu'une tçUe société n'avait rien d'arbitraire, qu'elle découlait rigoureusement de Torganisme humain?

Ceux qui se sopt doniié mission de conduire les autres, gouvernacits et politiques, sages et philosophes, oqt toi|s agi comme s'ils avaient supposé que Dieu, ay^iit cr^ l'homme sans plan arrêté, sans vue fixe, à peu pjrés au has^d, leur eût laissé le soin de corriger s.on œuvre pçur la plier à toute forme sociale éclose dans leurs cerveaux. Ils ont donc déclaré mauvais tout ce qui, dans l'homme, dérangeait leurs plans arbitraires. Ils ont toujours attribué le malàDieu, faisant de vains efforts pour modifier l'homme dans l'espoir de le rendre meilleur que Dieu ne Ta fait.

Fourier se\il a posé la question dans son droit sens. Seul il a pris l'homme pour donnée invariable du problême social, seul il a trouvé parce que seul il a cherché.

Cherchant un milieu social en accord parfait avec la nature de l'homme, il avait besoin, pour point de départ, de connaître rigoureusement l'homme et ses penchants^ il a donc fait celte étude qui doit nous occuper avant tout.

L'être humain est composé de trois principes : V. Les Passions, Principe actif et moteur; 2° . Le Corps , • Principe passif et mu ;

3^ L'JwTELLiGENCE, Principe neutre ^\T^^vXa\«aic

30 PREMIÈRE PARTIE. GH. lll.

Le corps en effet se meut en suivant dans ses mouvements les règles dictées par rintelKgenee , et agit harmoniquement avec elle pour obéir à la volonté, volonté qui ne peut nattre que des désirs ou passions. Par exemple, vous écrivez : cet acte ne peut s'exécuter sans le concours de vos facultés physiques et intellectuelles : mais vous écrivez, non parce que vous possédez ces facultés, mais parce que vous avez un désir à satisfaire en écrivant. Vous écrivez dans l'espoir de vous faire un nom dans les lettres ou dans les sciences 5 votre corps et votre intelligence se meuvent pour obéir à votre ambition, à votre dé^ir de gloire ou de fortune. Vous écrivez à la femme que vous aimez, Tamour est la passion qui vous fait agir. Enfin vous écrivez la carte de votre dîner, et le moteur qui met en jeu vos facultés est le désir de satisfaire votre sens du goût, c'est la passion correspondant au goût.

Toute action libre de l'homme, tout emploi volontaire de son corps et de son intelligence est de même déterminé par un désir. C'est ce désir, quel qu'il soit, que Fourier appelle Passion. L'ame, le moi, le moteur ne se manifestant que par les passions, peut être regardé comme leur somme. Si donc on fait l'analyse des passions, on aura analysé l'âme humaine, et l'on connaîtra d'elle tout ce qu'il est nécessaire de savoir quanih J'applicalion, quant à son action sur nous, sur Jcs aatresy sur le milieu où nous vivons.

DE l'homme, de ses FACULTÉS, ETC. 51

Ainsi Four ier donoe au mot passion un sens nouveau , mais clairement défini : ainsi il ne laisse aucun doute sur ce qu'il entend par le mot âme.

U ne faut pas oublier cette définition du mot passion, sur lequel les moralistes ne manquent jamais de s'abattre en le définissant autrement que Fourier, comme s* ils en avaient le droite quand ils veulent combattre les idées de Fourier. Ainsi , quand Técole dit qu'elle appelle passion, tout ce qui porte Thomme à agir, tous les mobiles qui sont en lui, plusieurs répondent imperturbablement qu'il y a dans l'homme D'AUTRES MOBILES encore que les passions! ! !

L'observation offrant parmi les hommes des caractères variés presque indéfiniment, il semble, à première vue, qu'il y a dans l'homme un nombre de passions trop grand pour qu'il soit possible d'en faire l'analyse. Les couleurs aussi présentent des nuances illimitées en nombre; cependant toutes dépendent des sept couleurs du prisme. Il en est de même des passions, toutes se rattachent à quelques passions élémentaires qui se combinent entre elles avec des intensités différentes^ et donnent ainsi tous les caractères.

Â, Toutes les passions de l'homme se résument en un désir d'être heureux, en un vœu d'un bonheur général dont il aurah sa part. Cette ^to^^%vVks^ ^'îst^ peut-être en partie conW&Vfe^, '^«x<i^ ^^ ^^^ ^^"^

0>2 PRBMEÈB£ PABTIE. CH. UI.

chaque jour Thoinme cherohaot son bien-être propre, sa satiabction personnelle aux dq»ens des autres, profr tant du malheur d'aatrui, frappant môme jceux qui lui font obstacle. Mais ces faits ne donnent pas le droift de conclure que le inal d'autrui peut être en lui-même et d'une manière, absolue une jouissance pour nous, puisque, pour les expliquer, il suffit d'admettre «pie tout en souhaitant le bien pour tous, cependant nous nous préférons aux autres et noBs voulons, avant tottf, notre bien*être particulier. Ainsi le philanthrope le plus éclairé, le plus ardent ami de Thumanité, peut, préférant sa nation aux autres nations, se réjouir des triomphes de sa patrie engagée 4ans une guerre, sans qu'on soit en droit d'en conclure qu'il aime, en euxmêmes, le carnage et la dévastation.

Il faut reconnaître que si Fhomme, ayant à opter entre son intérêt et celui de ses semblables , s'attaque aux intérêts (^posés aux siens , c'est en étouffant ses sentiments naturels de commisération et de sympathie ; et cet acte qu'il commet est une douleur qu'il s'impose, parce qu'elle est pour lui moins cruelle que la douleur personnelle qu'il évite. Si donc il voyait la possibilité de travailler efficacement et directement à son bien-être projH^e, en concourant au bien général, il entrerait dans cette voie avec d'autant plus d'ardeur ^ gu'ainsi il ne souffrirait dans aucun des sentiments /tumaios qui sont eo /ui et qu'il ne peul dëï^dtv^T %^tk«

i)E L'BOKHBy mm SfiS VàCtiLTÈStf ETC. 55

i&ouffrance. ^us sommes donc en droit de dnre coitiine nous i'avofas posé en commençant : le$ homme» désireraient marcher tous eneemUe dans Im routé du bonheur, si eeite route ëtent assex large pour que tous jntssent s'y engager sans è'eaÈraperhs uns les outrés ( i ) .

Mais les hamnes ne peimnt toît œ yxbu sat»fak tant qu'ilg ont des intérêts em opposition. Ce yœu eotrafne doncayec loi an besoin d'accord, d'faarmonie entre les désirs de tous.

En outre ^ si ce bonheur, frwt de lliarmonie, était

(i) Des exemples remarquables prouTènt que te dévouement est mtorel aux hemmes l6C9<i«'t|s sont udm par d«6-iii(éréti id«aliq«e«. Ainsi une armée ( l'armée française, par exemple, à la campag^ne de Russie) est composée d'hommes unis par un désir eommnn d'ambition, de gloire et de patrioUsoie. Aussi que l'une des fraeUoas de ce grand corps soit compromise, toutes les autres s'émeuvent, tous se précipitent ponr la protéger, même en dosnast leur tie. Et ce déTOoemenl de tous pour tou£ est général, chaque jow en fournit des exemples nou?eaux.

Mais am retour de cette désastreuse eana|»agiie, tente tendance générale a disparu^ tout lien est brisé entre ees soldats qui reculent. Ils ne sont plus animés par cet espoir de conquête et de triomphe qui lc»iuiimit, ils marclmt dane le seo) bnt tf atteindre ioditidnetlement un climat moins rigoureux , de retrouver du soleil et du pain. Alors chacun songe exclusivement à soi, chacun voit dans ses compagnons un rival qui lui dispute sa maigre pitance , sa place au foyer. Alors l'égoîsme se développe affreusement 1... Ce sont les même» hommes cependant qui, )a veille « se sacrifiaient si généreusement les UDS pour les antres l II n'y a de changé qne cette tendance commune qui s'est évanouie par la défaite. Cependant encore , si renoemi se montre, e'il menace les fuyards, m présence flit naître pour uaîQstant ua accord de désir et d'intérêt, le groupe disjoint se resserre , s'organise , le soldat retroiïve souTasi^ ^\.^^^wsk ^:î5;:t^'«»v antres celte protection qu'il attend d'eu^ewT^o^vc.

S4 PREMIÈlIfi PARTIE. GH. III;

i'éalisé sur la terré, les hommes sentiraient le besoin de croire que jamais ils ne retomberont dans un état moins heureux. Il leur faudrait donc la certitude d'être appelés, après la mort, à un bonheur au moins égal à celui dont ici-bas ils auraient la jouissance. En un mot, aspirant à un bonheur sans fin, ils voudraient que la satisfaction de ce vœu fût écrite dans les lois divines régulatrices de leur sort. C'est donc par un désir d'harmonie entre tous les êtres , toutes les créations , tous les mondes et Dieu, qu'il fait traduire cette tendance à un bonheur universel qui résume les passions de tous. Celle tendance, la seule qui soit au cœur deThomme, puisqu'elle contient toutes les passions comme le blanc contient toutes les couleurs, a été nommé par Fourier

TENDANCE A l'UNITÉ ! Ui^ITÉISME !

Si l'on ne connaissait de l'homme que celte passion d'tlnité , tige de toutes les autres passions , on ne pourrait en induire qu'un vœu stérile d'harmonie, sans moyen de réalisation. Cette passion se décompose en d'autres qu'il faut trouver en pénétrant plus profondément dans le cœur humain.

L'homme désire le bonheur et craint la souffrance. Il peut jouir et souffrir de trois manières seulement : a. Indépendamment de ses rapports avec ses semblables, en lui-même ou dans son contact avec la nature :

DE L*H0M1I£, h^ SES FACULTÉS, ETC. 55

i. Dans ses rapports particuliers avec ceux de ses semblables qui oui un contact plus ou moins direct avec lui ^

c. Dans ses rapports généraux avec la société.

Telles sont les trois sources d'où découlent le bien ou le mal ; les trois foyers d'où rayonnent le plaisir ou la douleur.

a. L'homme jouit ou souffre indépendamment de ses rapports avec ses semblables : 1°. en lui-même suivant que sa santé est bonne ou mauvaise, sa constitution robuste ou débile ^ 2°. dans son contact avec le milieu, suivant le degré de puissance qu'il possède pour faire plier ce milieu à sa volonté, pour se procurer les biens, objets de sa convoitise. L'homme désire donc la santé d'abord, et ensuite la richesse par laquelle il peut s'approprier les choses dont sa constitution l'incite à faire usage. Richesse et santé sont exprimées par le mot héxe dans le langage de Fourier, luxe interne ou santé, ItMce externe ou richesse. La tendance au luxe est la {)remière des passions sous-foyères, le premier rameau de l'unitéisme.

b. L'homme jouit ou souffre dans ses rapports pariiculiers avec ceux de ses semblables qu'il connaît, suivant qu'il peut ou non se réunir à ceux qu'il affectionne pour s'occuper avec eux des objets de leur commune sympathie : suivant la facilité avec laquelle il se met en relation avecles uns ^V «s^ç.\e& «»^x^%^^'«^'^'^^

S6 PfcEHIÈRË PARTIE. CH. lll.

la yolonté, rimptilsion, le caprice du moment. L'homme a donc le désir de s'approcher de ses semblables, de former ayec eux des réunions , des groupée, et la TENDANCE AUX GROUPES esl la seconde ramification de Tunitéisme.

c. Lliomme jouit ou souffre dans ses rapports généraux avec la société suivant que cette société Ihyoride ou comprime ses tendances au luxe et aux gtoUpes^ et règle avec plus ou moins de bonheur les irapporlS lie ces groupes entre eux. La forme sociale désirée deWfiilt donc, acceptant comme éléments ces groupefii libr<èMféVit formés, les rendre utiles et productifs, sans leur faire perdre de leur puissance d'attraction , de ttlaniêre à conduire à la santé et à la richesse tous ceux djiA «'y seront librement enrôlés. Elle devrait déterminer le mode des rapports à établir entre les groupes, lès clMser, les coordonner, en un mot, les organiser en séries i les groupes tendant à former des séries comitîe les individus tendent à former des groupes. La tendance AUX SÉRIES est donc la troisième subdivision primordiale de Tunitéisme.

Ce second pas dans l'étude de Thomme , cette analyse des trois passions sous-foyères nous apprend que l'harmonie , vœu de l'unitéisme , ne peut naître que d'une organisation des hommes en séries de groupes ; que la société doit présenter un vaste réseau sériaire oârant à chacun la faculté de se placer s^Kicesw^twfeTA.

DE l'homme « 1>£ SES FACULTÉS» ETC. â7

et ffuctueusemeiit pour lui, dans les groupes qui lui coftY^Boeut, près de ceux cpi'il aime, et d'oI>éir ainsi au besoin actuel d'exercer telle ou telle faculté.

Mais quel sera le caractère de ces groupes et de ces séries ? Â quelle condition doivent-ils satisfaire ? C'est ce qu'il faut trouver en cherchant à décomposer les passions sous^foyères comme nous avons décomposé Tunitéisme.

a. Tmdance au luxe. ftappelons*noui^ qqe le mot luxe comprend deux choses nécessaires Tune à Tautre, santé et richesse. Sans la santé Thomme est. inhabile à jouir 4m bien qu'il peut se procurer par la richesse, $aos ia riches^ U ne peut atteindre ayx plaisir^ apxquels il est prédisposé par sa santé.

I^'hompe a cinq seps par lesquels il peut être affecté d'autant de manières différentes. De 1^ cinq appétits sensuels, cinq rameaux de la passion tendance au luxe.

a. Passion de satisfaire le qout.

b. Passion de satisfaire l'odorat.

c Passion de satisfaire hk vue.

d* Passion de salisfp^ire l'ouïe.

e. Passion de satisfaif'e le tact, O^nt les seules passion^ de cet ordre, no^s le^

iSippel9l|S ^PISITIVES.

b. 7iM^a;9ç^4(U^ groupes. \^)X^\fe\>.\i\^^

S8 PREMIÈRE I^ARTIE. CH. m*

jouit de propriétés différentes suivant la cause qui a déterminé sa formation. Cette cause peut varier, parce qu'il y a des inégalités entre les hommes, et les inégalités à considérer , quant à la formation des groupes , ne sont que de trois espèces :

1*". Les hommes sont inégaux par lé rang qti'ik occupent , rang qui est la conséquence de leur fortune, de leur talent, de leur valeur ;

2"". Ils diffèrent par le sexe -,

5°. Ik sont de diverses familles et diffèrent encore par la naissance, par le sang.

De là quatre espèces de groupes.

f. Groupe formé sans tenir compte d'aucune dès inégalités naturelles, groupe ou régnent la confusion etTégalité des rangs, groupe d'àmitiÉ;

g. Groupe où les homme& classés d'après leur rang sont conduits par des supérieurs vers un but capable de satisfaire leur ambition. Réunion ambitieuse,

GROUPE d'ambition.

h. Groupe formé par la tendance des sexes à &'aitt)ér, à s'unir , groupe d'amour.

i. Groupe formé sous rinfluence du lien de parenté, réunion familiale d'individus, groupe de famille.

Amitié, ambition , amour et familisme^ ou lien de

parenté, sont donc les quatre passions comprises

dans la tendance aux groupes, les quatre passions

^i// tHfdent à rapprocher les hommes, à les réunir

BE l'homme, de ses FACULTÉS, ETC. 59

affectueusement. Ce sont les seules passions affectives.

c. Tendance aux Séries. Le lien entre les groupes doit être formé par l'organisation sériaire qui les met en rapports. Le rapport d'un groupe à un autre groupe ne peut être qu'hostile, ami ou indifférent. Un homme fonctionnant dans un groupe peut donc désirer le contact d'un autre groupe par trois raisons.

j. Il cherche le coniact des groupes rivaux avec lesquels il veut se mesurer.

k. Il aime la présence des groupes amis^ parce qu'ils le soutiennent dans ses prétentions , et qu'il se plaît à les soutenir de même.

1. Enfin Ja fatigue et l'ennui qu'il éprouverait s'il s'occupait sans cesse des mêmes choses en face des mêmes hommes, lui font sentir le besoin d'abandonner momentanément le groupe qu'il avait choisi pour passer dans un nouveau groupe indifférent aux prétentions générales du premier, mais vers lequel il se sent entraîné personnellement par quelque attraction.

Ainsi la tendance aux séries se décompose en trois passions : passions de rivalité, d'accord, de diver^ site.

j. Rivalité. Cette passion est un besoin d'intrigue, de lutte, de cabale , si naturel à l'homme que tous ses jeux, de l'enfance à la vieillesse, ne sont qu'une lutte entre plusieurs partis, Lotsqjol^ c^VX^ ^^si\wv \iss«js*

60 PREfflÊKE PARTIE. CH. Itt.

anime, nous oublions la îaligue pour ne sentir qu'ardeur et plaisir. C'est une fougue, mais une fougue réfléchie^ car celui qu'elle domine calcule ses actes de manière à ne perdre aucune chance de succès. Ctmnue déjà par plusieurs de ses effets, cette passion a reçu différents noms suivant le rôle qu'elle a joué diaprés les circonstances où elle a paru. On l'a nommée noble émulation, esprit d'intrigue, science diplomatique, passion du jeu, du trafic, envie, etc. Fourier le premier ayant nettement caractérisé cette passion, ainsi que les deux suivantes , a dû lui donner un nom propre qui lui manquait. Il l'a appelée Cabâliste.

k. Accord, Le besoin d'accord naît d'une passion qui est en tout l'opposé de la précédente. Ces groupes amis qui nous contemplent, cette vaste réunion d 'hommes qui applaudit à nos efforts fait naître en nous un enthousiasme aveugle, une fougue irréfléchie qui exclut la raison et nous porte à des acles de courage et de dévouement qui seraient impossibles si nous agissions de sang froid. Un plaisir simple n'est guère capable de développer cet enthousiasme ^ il veut un plaisir composé de plusieurs plaisirs. Son domaineestsurtoui l'amour, l'amour complet agissant sur l'âme et sur les sens. Cette satisfaction multiple qui seule peut engendrer cette passion lui a fait donner le nom de Composite. 1, Diversité. Le dernier rameau de la tendance aux séries est ce besoin qu'éprouvent tous \<is \vomm<»

DE L HOMME, DE SES FAGtLTÉS , ETC. 61

de varier leurs occupations. Un plaisir même deyient à la longue monotone et fastidieux. Cette passion, sous le nom d'inconstance, est généralement regardée comme un yice^ nous verrons quielle est destinée à jouer plusieurs rôles essentiels; entre autres c'est elle qui doit prévenir les excès en maintenant Téquilibre entre les facultés de Thomme. Cette passion est nommée Papillonne.

Cabaliste, Composite, Papillonne sont les passions DiSTRiBUTiVES, les groupcs doivent être distribués en séries conformément à leurs exigences.

La subdivision des trois passions sous-foyéres a donc donné douze passinns radieaîes qui pourraient être divisées à leur tour d'une manière analogue; ces subdivisions se continueraient indéfinimenl (i). Mais nous avons pénétré assez avant dans Tétude des passions humaines,- nous en savons assez pour déterminer la forme à donner à la société naturelle que nous voulons découvrir.

Le tableau suivant résume ce qui précède.

(i) Ainsi dans la passion ouïe se tronve le désir de musique, désir qui peut se subdiviser en désirs d'barmonie, de mélodie, de symphonie , etc. Je cherche à faire comprendre comment les passons radicales peuTcnt se décomp^aer sans prétendre donner ici une jjiTision régulière de la passion ouïe.

SenBitWei.

Animiqnesi Affectives. DistribatiTe«^

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DE l'homme, de ses FACULTÉS, ETC. 63

Qûelqires dévetoppemefits sont encore nécessaires pour que ce tableau soit bien compris.

a. Les passions sensitives, pouvant trouver quelque satisfaction dans Thomme isolé, ne tendent pas directement à le réunir à ses semblables, ne sont pas directement sociales. La société doit savoir les rendre sociales

indirectement en faisant d'elles un renfort de sociabilité.

b. Les passions affectives sont bien directement sociales, Thomme ne pouvant les satisfaire en aucune manière hors du contact des autres hommes. Pour bien comprendre les passions de cet ordre, il faut remarquer que chacune d'elles a deux ressorts, Tun spirituel, Tautre matériel, ce qui est indiqué au tableau suivant par les lettres S et M.

Amitié, ( S Affinité de caractères;

Affection unisexueUe, \ M Affinité de penchants industriels.

Ambition, ( S Ligne pour la gloire;

Affection corpotative* \ M Ligue pour l'intérêt.

Amoqb , ( M Àmonr physique ;

Affection Usexuelle. k S Amour animique.

Fàhiusme, ( M Lien de consangt

Affection consanguine, \ S Lien d'adoption.

Il est impossible de concevoir une réunion d'hommes librement formée qui n'ait pour cause une ou plusieurs des quatre affectives,, agissant par un des ressorts matériel ou spirituel de la passion, ou par les deux ressorts à la fois.

64 ^REmÈRK PAUTIB. CR. Ut*

Un groupe formé sous rinfimence du b&A ressort matériel manque de noblesse ; il manque d'utilité si le ressort spirituel seul est en jeu-, le groupe est parfait, noble et utile en même temps, s'il est formé par les deux ressorts de la passion.

Lois deux premières affectives où le ressort spirituel est placé en première ligne, parce qu'il y domine, $0)|t les affectives d'ordre majeur* Les deux dernières soat d'ordre mineur f le spirituel y est subordonné au matériel.

Fourier a cherché les propriétés naturelles des groupes et les a résumées en plusieurs tableaux que nous allons donner successivement.

Le premier tableau indique le ton naturel è chaque groupe, le second fait connaître d'oCi part Timpulsiou lorsque le groupe doit agir.

Le troisième tableau, sur lequel l'attention doit se fixer principalement) a rapport à la critique, à la critique qui corrige, redresse, q^ui est ainsi un des éléments de l'éducation* Chaque groupe a un mode de critique qui lui est propre et qui serait déplacé dans tous les autres.

Groupe d'ÂMiTiÉ ou nivellement :

Cordialité et confusion de rangis.

Groupe d' Ambition oy aséeàiMce:

DéfèrcDce des inférieurs aux supérieur^.

1>E l'homme, 1>E ^felS FACULTÉS, £TC« 61»

Groupe d'AMOUtt ou inversion :

D^rence du sexe fort au faible.

Groupe de Famille ou dé9emianté : Dôfére^e des supérieurs au^ inféfiieur^.

^% fintralneiiieiit.

Groupe d^AmnÉ :

Tous s^entcaîneAt en oonfusion.

Groupe d'AKBlTioi^ :

Les supérieurs eutralneDt les inférieurs.

Groupe d' Amour :

Les femmes entraînent les hommes.

Groupe de Famille :

Les inférieurs entraînent les supérieurs.

^. Critique.

Groupe d'AMiT^É :

La masse critique facétieuseinent Tindividu.

Groupe d'AMBiTiON :

Le supérieur critique jravemenM'inférieur.

Groupe d' Amour :

L'individu excuse aveuglément Findividu.

Groupe de Famille :

La masse excuse indulgemment Tindifidu.

En y réfléchissant, on Toit que ces tableaux sont

Texpression fidèle de Timpuision que nous recevons de

la nature, ce n'est qu'en se conformant à cett« im-

puhion qm les hommes çewiw\ltes\«ç ^w ^^x^Sisav. ^^s^;®*

irritation , sans malaise ^ dès qu'ils s'en écartent, il y a désordre et Vexation. Ainsi le supérieur ne pourrait critiquer faeétieuêement un inférieur sans compromettre son autorité ; et dans une réunion amicale, tel qui souffre gaîment une critique facétieuse^ serait vivement offensé s'il était critiqué gravement.

La critique n'appartient qu'aux groupes majeurs ^ en amour et dans la famille elle est toujours fausse et discordante , elle doit faire place à l'excuse , à l'excuse aveugle ou indulgente. Mais la société présente ne permet pas aux groupes de prendre le ton qui leur est propre, et le père, pour que la critique ne manque pas à son enfant, est obligé de le critiquer lui-même , quoique l'impulsion naturelle le porte à le gâter. Aussi l'enfant se révolte contre la critique qui n'aurait rien de choquant pour lui s'il la recevait dans les groupes d'amitié ou d'ambition.

Les affectives prédominent successivement aux différents âges delà vie, suivant le tableau ci-dessous.

Ages.

Passioqs dominantes.

Analogies.

Enfance ^

Amitié -,

Bouton :

Adolescence ^

Amour-,

Fleur :

Virilité-,

Amour et ambition ^

Fleur et fruit

Maturité ;

Ambition -,

Fruit :

Vieillesse ^

Familisme ^

Graine.

J^s sexes sont aussi sous l'influei^ce çlus çarlicu-

t>E l'hOMHB, 0E ses FACULTlêS, EtC. 67

Hère de quelques-unes des affectives ; les affectives majeures dominent dans Thomme *, les affectives mineures dans la femme. Tel est le genre d'égalité qui existe entre les sexes : en relations d'amitié ou d'ambition , rhomme est supérieur; la femme a le pas dans les relations d'amour et de famille.

Ces régies sont sujettes à des exceptions dont nous parlerons quand il y aura lieu.

e. Si les hommes n'avaient que des passions sensitives et affectives, ils tendraient bien à se réunir pour former des groupes -, mais ces groupes seraient toujours étrangers les uns aux autres. Le lien entre les groupes part des passions distribulives, qui tendent à réunir les hommes en un seul faisceau, à faire un seul tout de l'humanité.

À. Chacun porte au cœur les douze passions radicales, les passions sous-foyéres et la pivotale dont elles sont la conséquence ; chaque homme a toutes les passions , comme il a les cinq sens, l'énergie absolue et relative des passions de l'individu détermine son titre caractériel, et par suite sa position naturelle dans la société.

D'après la manière dont Fourier s'est posé le problème social, son système croulerait par la base, s'il avait mal compris l'hommô, s'il avait omis quelquesunes de ses passions. II convient donc de ne pas passer légèrement sur ce chapitre àoimfe^Xwv^^fc ^^X'^ss&r.

68 PABMIÈim PAHTI£. CH. III.

bainaine, et de chercher s'il est^ en dehors defr forces naotriceft que nous ayons trouvées, d'autres forces en tertù desquelles rfaouime agit.

Dèns le tableau des passions, nous n'ûTons pas compris ces habitudes ykieuses auxquelles on a é&tmé le nom de passions , et qui sont, non des passicHns dajBS te sens que nous avons attribué au mot, mais des effets subversifs de passions.

Ainsi b colère n'est pas use passion ,, car etie n*est pas par eUe-même. Elle naît d'une passion Uesaéê , eile est un mauvais effet résultant d'un amour trahi , d'une ambition déçue ^ ete. L'amour, l'ambtticMi res^ leroht toujours an ccrar de l'homme, mais la cdère ne s^y montrera phis, s'il parvient à éviter les contrariétés et les déceptions.

L'ouvrier enchatné chaque jour à un travail rebutant, pour que sa vie entité ne soit pas un supplice , cherche de temps en temps quelqoesdistractions à son dur labeur. Et quel plaisir lui est offert, dans nos sociétés, si ce n'est le cabaret ? U boit donc, parce qu'il trouve dafis l'ivresse quelques élans qui raniment sa vie décolorée, parce qu'il y puise l'insouciance et un peu d'espoir. Mais si sa vie était heureuse , si son avenir était assuré, s'il avait diaque jour à dioisir entre plusieurs plaisirs, s'adonnerait-«il à un seul ? Ne voit-on pas l'ivrognerie disparaître si l'on s'élève à des dasses plus heureusemeni placées sur i 'échelle soeîale ?

I>E l'homme, D£ SISS FACULTÉS» ETC. 68

Levai, le brigandage, qui naissent ordiiiaireQieftt du besoin de satisfaire les appétits sensuels, du déskr de posséder, de la tendance au luxe, ne se jretrouvent pfts davantage dans les clasaes moyennes tê, supérieures oûeetie mèoie tendance peut se manifesler par Tactir vite, par Tesprit d'ordre et le travail. Ainsi, tel qui figure aujourd'hui sur les bancs d'une cour d'assises, j)lacé dans d'autres circonstances, pour obër aux mêmes penchants qm l'ont conduit Jà, fût devenu un digne citoyen.

L'inconstance ou papillonne est une sage impulsion de la nature qui porte l'homme à ex^cer alternativement toutes ses facultés physiques et intellectuelles , facultés qu'il ne peut avoir reçues pour les labser dans l'inaclioB. C'est parce qu'ils n'obéissent pas à ce penchant, parce que le riche néglige d'user de sa force physique, parce que le pauvre ne peut exercer son intelligence , qu'ils reçoivent de si graves lésions dans leur santé et dans leur esprit. L'inconstance est un mal dans la société présente , où chaque homme n'ayant qu^une occupation utile devient oisif, dés qu'il l'abandonne. L'inconstance serait un bien , si la société offrait à chacun des occupations utiles , variées et appropriées à toutes ses facultés,

La paresse est le désir bien naturel d'éyiter la peine et l'ennui, mais non radian; le plus paresseux est souvent le plus aidi^YiV. wa. ^^iw • \a. ^^-

70 PREMIÈRE PATTIE. CU. in.

resse ne sera qu'une anomalie lorsque le trayarl sera attrayant (i).

La cabaliste, cei)esom de lutte qui engendre smiyent la discorde, la haine, la guerre, est aussi la source de cette noble émulation qui porte les hommes à se distinguer par le savoir, le talent , Futilité.

L'avarice, dégagée de toute crainte de privation pour soi ou pour les siens , est un effet d'unitéisme.' Celui qui est porté à des épargnes minutieuses rendra de grands services à la société de l'avenir. Alors ce caractère consacré au service de tous , ne fonctionnant plus dans un intérêt exclusivement égoïste, n'aura rien de

(0 Faut-ll que nous montrions aussi que la paresse, ce Tice qui vaut tant de remontrances, de sermons et de punitions à 4a malheareuse enfance, n'est point non plus une disposition innée de notre nature. Mais qui donc aujourd'hui n'a compris que, puisque l'homme est un composé de facultés et de forces diverses , il est radicalement impossible qu'il soit un paresseux? Est-ce que des forces peuvent exister et ne pas tendre à s'exercer? Et cependant 11 est indubitable qu'il existe des enfants et des hommes paresseux , — c'est-à-dire des individus dont les facultés refusent de s'exercer, du moins de s'exercer utilement. Mai« qu'y a-t-il d'étonnant à cela, sites circonstances dans lesquelles ces facultés sont appelées à s'employer, leur sont tellement contraires, que leur exercice devienne une douleur pour l'individu? — Or ce que nous supposons en ce moment est précisément ce qui a lieu. — Les conditions du travail, dans l'absence actuelle de toute organisation régulière, sont généralement incompatibles avec le facile et agréable exercice de nos facultés intellectuelles et corporelles. Là est toute l'explication de la paresse, qui n'est en définitive, comme on voit, que l'expression de la répugnance des individus pour les choses qui ne concordent pas avec leurs dispo-

jfWons nailves?

(Extrait d*un îraxfAl inédit d'Amédéc Paçiet.^

DE l'homme, de ses FÀGCLTÉS , ETC. 71

méprisable ; il sauvera de la destruction mille choses que les autres dédaignent*, de débris minimes et sans valeur en apparence , il saura tirer de magnifiques économies qui tourneront au profit de Tunité sociale(i).

En passant en revue, de cette manière, tous les excès , tous les vices qui dégradent aujourd'hui l'espèce humaine, on peut se convaincre que, si ces vices se rattachent à quelques passions, ils n'en font pas certainement partie essentielle, qu'ils dépendent au contraire de circonstances extérieures qu'il est possible d'éviter. Il y ayait donc à découvrir la société où toute voie mauvaise serait formée aux passions , où le che*min de la vertu serait une large route semée de fleurs, et non pas up sentier couvert d'épines. Il y avait à faire ce que Fourier a fait»

Mais nous devons laisser les passions pour un mo» ment, nous les reprendrons pour juger la société dont nous allons expliquer l'organisation^ par son degré de convenance avec elles.

(i) Ce r6te est représenté analogiquepieat parua animal domestique fort atile en pratique , mais teHemeot méprisé en théorie , que c'est à peine si j'ose en écrire le nom ; le cochon I Tout ce que les autres animaux refusent, le cochon l'accepte , il sait extraire de la -nourriture la plus dédaignée jusqu'à la dernière parcelle nutritive ; et pour tous ces restes qui sans lui eussent été perdus , il rend à l'homme uoe chair savoureuse dont plusieurs parties figurent avec orgueil môme sur la table du riche.

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