‹ Solidarité: vue synthétique sur la doctrine de Ch. FourierChapitre 7 sur 51 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

Ah ! croyez-moi « ils s'abusent ceux qui croient que l'industrie ne peut ayoir sa gloire, son point d'honneur , son enthousiasme l Ils se trompent ceux qui prétendent que le Français n'a d'ardeur que pour détruire, et que, pour se manifester, la fiiria francese a besoin de flairer la poudre à canon I

( Lettre de Michel Chevalier, )

§ I. Dispositions matérielles.

Les réformes tentées jusqu'à ce jour sur le milieu social ont été presque toujours des réformes générales, partant d'en haut et s'appliquant à une nation entière. Cette marche cependant est dangereuse-, si les promesses de la théorie n'étaient pas réalisées dans la pratique, on aurait trouïAfe \^ %wî\feVfe ^^!ù& %^^ vsçv-

74 PREMIÈRE PARTIE. GH. lY.

semble, sans que le plus souvent il fût possible de revenir au point de départ.

*Dans rindustrie, lorsqu'il s'agit simplement d'intérêts privés , on procède avec plus de prudence : une découverte, quelque brillantes que soient les espérances qu'elle donne, n'est appliquée généralement qu'après avoir été essayée en petit. Pourquoi ne pas agir avec la même réserve, lorsqu'il s'agit des plus graves intérêts de la société ?

La société n'est-elle pas composée d'un certain nombre d'agglomérations d'hommes réunis sur un point où ils vivent dans des rapports quotidiens, où ils peuvent demeurer étrangers à tout ce quf se passe ailleurs ? Toute réforme ne doit-elle pas, en définitive, descendre et se faire sentir au sein de ces agglomérations élémentaires , les communes , puisque la plupart ne doivent connaître que la seule vie de la commune?

Dès lors n'est-il pas convenable de commencer une réforme par les communes, d'essayer même sur une seule commune pour prévenir tput danger en cas de non succès ?

Si l'essai réussit, d'autres communes imiteront, la réforme gagnera de proche en proche, et, après un temps plus ou moins long, suivant la grandeur et l'évidence des résultats obtenus, la nation d'abord, et successivement le globe entier ne présentera plus que f/e^ communes réorganisées.

Telle est la marche sûre et progressive indiquée par Fourier, qui demande si le projet qu'il a conçu n'est pas suffisamment appuyé sur le raisonnement, pour qu'il soit convenable d'en faire l'essai sur un coin de terre.

Cést ce projet que nous allons faire connaître, en esquissant les principaux traits de la commune réorganisée, de la Phalange (i).

Supposons que dans une commune de UOO familles environ (1600 à 1800 âmes) les habitants délibèrent entre eux et adoptent les résolutions suivantes :

1*". Une association est formée entre tous les habitants de la commune ( riches et pauvres ) ; le capital social est composé des immeubles de tous , et des meubles et capitaux que chacun jugera convenable de mettre dans la société.

2®. Chaque associé, en échange de son apport, recevra des actions représentant la valeur exacte de ce qu'il aura livré.

S"". Chaque action aura hypothèque sur la partie des immeubles qu'elle représente et sur la propriété générale de la société.

4''. Chaque associé (qu'il ait ou non livré des im-

(i) Phalange, mot qui fait naitre une idée d'ensemble, d'accoird ^ d'miité de rolonté et de but. PHotansl^re , ôkeToeos^ ,\k^>&aS\ww ^<a^ la Phalange,

76 PREMIÈRE PARTIE. CU. lY.

meubles) est invité à concourir à Texploitation du fonds commun par son travail et par son talent.

S"". Les femmes et les enfants entrent dans la société au même titre que les hommes.

6"". Le bénéfice annuel , les dépenses communes acquittées, sera réparti entre les associés de la manière suivante.

a. Une première part paiera les intérêts des actions;

b. Une seconde part sera répartie entre les travailleurs , d'après les difficultés de la tâche et le temps consacré à l'œuvre par chacun d'eux.

c. Une troisième et dernière part sera divisée entre ceux qui se seront distingués , dans les travaux , par leur intelligence, leur activité, leur vigueur.

Ainsi chacun, homme, femme, enfant, peut avoir à toucher trois parts proportionnelles à son concours à la production par ses trois facultés productives : capital, travail, talent.

Cette question de la répartition des bénéfices doit paraître d'abord insoluble. Nous montrerons que l'organisation proposée permet de la résoudre très-facilement; il faut supposer, pour le inoment, que la répartition se fait d'un commun accord et réserver l'objection.

Les bases que nous avons posées pour l'association c/es membres d'une commune étanl adoi^l^es^ ow^ura

obtenu , par une simple transformation de la propriété, des résultats importants que nous indiquerons sommairement.

Cette transformation n'est pas une dépossession : la [propriété d^actions hypothéquées sur des immeubles est aussi bien garantie que la propriété de ces immeubles. Et même, dans nos sociétés, le revenu qui est la véritable richesse du propriétaire foncier, n'est assuré que par une hypothèque ou un privilège sur les récoltes du fermier.

Le premier avantage de la réforme est de rendre convergents les intérêts jusqu'alors opposés des habitants de la commune. Chacun d'eux comprend immédiatement que les trois lots qu'il peut espérer devant augmenter ou diminuer avec le bénéfice général, il ne peut travailler dans son intérêt privé qu'en travaillant pour tous : chacun sent que le bonheur de l'un ne peut plus être la conséquence ou la cause du malheur de l'autre.

Le sol de la commune ne tendant plus à se fractionner en parcelles à peu prés inexploitables, les clôtures, les fossés, une partie des chemins d'exploitation, disparaîtront , et le territoire sera cultivé comme le domaine d'un seul. Ainsi l'on saura cumuler les avantages inhérents à la grande propriété, avec les avantages de la petite; car le seul effet salutaire de la subdivision du sol est de permettre à un ^\u*^«xA\NSsvsJa^<^^'îJ^^

teindre à la propriété, de s'intéresser directement à son exploitation^ et, dans la commune associée, la plus légère économie peut se transformer en coupon d'action, titre ayec lequel on est réellement co-propriétaire du domaine de la phalange.

Dans la Commune morcelée, chaque chef de famille, quels que soient d'ailleurs ses goûts et ses aptitudes, avait à cultiver ses champs, ses vignes, ses jardins, ses vergers^ à conserver ses grains, ses vins, ses fourrages, etc. ^ et nul ne peut s'occuper avec succès de tant de choses différentes. Dans la commune associée, sur 1800 habitants on aura la certitude de trouver des personnes capables dans chaque spécialité. Ces personnes prendront, dans l'intérêt général, la direction des travaux où elles excellent, et4out s'exécutera avec des chances de succès d'autant meilleures que la culture en grande échelle permettra de ch(Hsir les méthodes les plus avantageuses, les plus économiques; de prendre pour chaque espèce de culture le sol le plus convenable, etc.

Une commune ainsi organisée sentirait bientôt qu'elle gagneraitinfinimentàremplacer ses 400 pauvres greniers, ses 400 mauvaises caves par un grand local parfaitement disposé pour recevoir et conserver les récoltes; elle comprendrait encore qu'elle doit substituer à ses 400 feux de cuisine, occupant 400 fenunes, dûs cuisines communes dirigées par qnd^esç^vsonoies

et DÛ tout consommateur trouverait , en rapport avec sa fortune et ses goûts ^ des repas plus variés, mieux préparés et bien moins coûteux que ceux qu'il pouvait avoir dans son isolement. On sait déjà qu'un très-petit nombre de femmes peuvent soigner, diriger, instruire un grand nombre d'enfants réunis dans des salles d'asile-, la commune profiterait de ces heureux essais.

Ainsi les sept-huitièmes des femmes qu'absorbent généralement des détails d'intérieur, seraient affranchies de ces soins et rendues au travail productif.

Ces modifications donnant nécessairement de grandes économies de bras et de temps, les travaux agricoles seraient insuffisants pour employer tous les instants de la population, et l'on songerait à y joindre des travaux industriels. Ainsi l'on établirait, toujours sur un mode unitaire, des ateliers, des manufactures, des usines appropriées aux convenances locales, et dés lors il y aurait possibilité de ne perdre aucun instant.

Ces changements exécutés , chacun n'aurait besoin que d'un petit nombre de chambres pour s'y réunir à sa famille, à ses amis^ pour s'y livrer à ses travaux particuliers, à ses réflexions. Pourquoi cet appartement bien simplifié, que chacun doit posséder en propre, ne se trouv€fait-il pas dans le grand édifice où déjà ont été réunis les cuisines et les salles à manger-, les caves, les greniers et les magasins ^ les salles d'asile et les àortoirs d'enfants, les ateWers, ^Vfc.'ï ÇjfôVXfc ^^^^^i^^sçs^.

n'ofirant que des avantages, serait adoptée, et l'on disposerait dans la grande maison commune des appartements de toutes grandeurs pour satisfaire toutes les fortunes et tous les goûts. Alors enfin les 400 masures qui composaient le village auraient disparu, et tous seraient établis dans le grand édifice unitaire, dans le Phalanstère,

Qu'on ne vienne pas parler ici de couvent, de caserne, de communauté ! Les dispositions proposées sont en tout point ce qu'il y a de plus contraire à la communauté. Toute la population habitera bien le même édifice , mais chacun y aura un logement à sa fantaisie et d'après le loyer qu'il voudra payer 5 tous pourront prendre leur repas au même restaurateur, mais ils se feront servir aux tables communes, dans des chambres séparées, même chez eux, suivant leur caprice, et ils choisiront sur la carte ce qui s'accordera avec leur fortune et leur goût.

Fourier donne dans ses ouvrages une analyse détaillée des conditions auxquelles doit satisfaire la grande maison, le phalanstère. Ce qui établit surtout son caractère unitaire, est une vaste galerie régnant dans tout le développement des constructions , au premier étage, sur les cours et sans interruption. Cette galerie, rue galerie f est en communication couverte avec l'ég^/ise, avec la salle de spectacle, a^ec \^% \i^\.vHv^tit&

ruraux et les usines qu'il est convenable d'isoler. Cette galerie, ventilée ou chauffée suivant la saison, rend faciles et commodes toutes les relations intérieures , et personne , pendant le mauvais temps (sauf l'exception , comme dans le cas de récoltes menacées par un orage), n'est dans la nécessité de s'exposer au dehors.

Ces dispositions matérielles seraient bien insuffisantes pour les grands résultats que nous avons annoncés; à elles seules, elles ne conduiraient certainement pas à une répartition des bénéfices parfaitement équitable et unanimement consentie, à l'accord des intérêts et des volontés , à l'entraînement au travail par la passion. Mais nous n'avons pas encore parlé des dispositions passionnelles dans lesquelles devraient être placés les travailleurs ; nous n'avons pas appliqué cette étude de l'homme présentée par nous comme la base de tout problème ayant rapport à l'organisation des sociétés.

Pour faciliter l'exposition de nos idées , nous avons supposé une commune acceptant tout à coup la théorie et s'y conformant. Cette supposition, purement abstraite, ne peut se réaliser, l'essai se fera en construisant de toutes pièces la commune associée , et les communes existantes n'imitej*ont qu'après avoir vu.

§ II. Dispositions passUmnelks-,

Un des earactëres inhérents à la civilisation est le simplisme. Le simplisme consiste dans la faute de n'envisager qu'un des aspects d'une question complexe^ de n'avancer d'un côté qu'en reculant de l'autre, de sorte que le progrés réel est nul ou négatif.

Nous avons déjà donné un exemple de simplisme en parlant delà grande et de la petite propriété. Ces deux modes d'exploitation du sol présentent des avantages qu'il faudrait cumuler, et, au lieu d'y tendre, les esprits préoccupés exclusivement des avantages de l'un , cherchent à le faire prévaloir, oubliant ou niant tes avantages du mode opposé.

Un second exemple non moins remarquable de simplisme se présente dans la pratique de l'industrie manufacturière. Là , il est constaté que la subdivision du travail, le travail parcellaire^ ajoute puissamment à la quantité et à la qualité des produits. Il y a donc progrés sous ce rapport. Mais quelle compensation ! Mon Dieu!

L'ouvrier voué pour la vie à l'exercice exclusif d'un

seul de ses organes s'abrutit et s'atrophie , l'espèce

humaine se dégrade, et dans tel pays où brillait, il y a

quelques années , une florissante jeunesse, l'observa-

ieuraUrislé De rencontré plus qu'une tsice ahOilardie,

que des êtres étiolés, devant fournir une pénible et courte carrière , pour faire place à une génération plus déplorable encore !

Puisque le principe de la subdivision du travail donne de bons résultats , il faut le propager, l'étendre à toutes les branches de Tindustrie humaine*, mais seulement après avoir trouvé le moyen d'éviter le mal , de prévenir la dégradation de l'ouvrier, de faire marcher parallèlement le progrès de l'individu et le développement de la richesse.

Mais c'est impossible I dira4*on. ... Eh bien !.. ce qui est impossible, Fourier l'a fait!

Dans tous les travaux du phalanstère , dans les travaux domestiques , agricoles, manufacturiers, chacun sera chargé d'une parcelle, d'un détail réduit autant que possible.* Une tâche semblable présente peu de difficultés, l'apprentissage ne sera pas long, et le même homme pourra prendre parti dans trente (0 travaux différents , de manière à employer alternativement tout ce qu'il possède de forces physiques et intellectuelles.

La nature est trop prévoyante pour nous avoir fait don d'une seule faculté que nous n'aurions jamais à utiliser. ^Un grand nombre des maladies qui nous frap-

(i) Trente est une approximation. Il en sera de même des autre» nombres qne nous donnerons en termes ^ré.<i\% ^\sc ^^>^sx\'«^^^<e^v pbrases^

pent viennent de ce que nous ne savons pas développer et employer intégralement , avec mesure et équilibre , tous les ressorts qui sont en nous.

Ainsi seront conservés les avantages de la subdivision du travail sans que l'individu ait à souffrir. Ainsi le travailleur passant successivement des ateliers aux champs , des soins domestiques aux occupations du cabinet ou du laboratoire, progressera sous toutes ses faces , deviendra tout ce qu'il lui est possible d'être, et rendra à la société et à lui-même tous les services qu'il est en état de rendre.

Dans la phalange le travail isolé n'existe plus. Toute œuvre est confiée à une collection d'individus, à un groupe.

La civilisation nous offre de rares exemples de travaux s'exécutant en réunions nombreuses (les vendanges,. les moissons, etc., sont quelquefois dans ce cas ). La gaîté et l'ardeur animent alors les travailleurs et font contraste avec l'ennui qui les accable quand ils travaillent isolément.

Un groupe est composé d'individus , chargés chacun du détail qui lui plaît, de la spécialité où il excelle. De cette manière , tous ont le sentiment de leur valeur personnelle et du besoin qu'ils ont du concours des autres pour arriver à un résultat.

Le groupe responsable d'un IravaW, dvi^^^V^tw^tiV \w-

ORGAt^lSATlON DE LA COMMUNE. S5

téressé à sa parfaite exécution , calcule le temps qu'il doit y consacrer, et divise ce temps en séance de deux heures : il répartit ces séances entre les jours de Tannée, du mois , de la semaine.

Hors des heures ainsi fixées pour les séances du groupe, chacun de ses membres se rend isolément aux séances des autres groupes dont il fait partie, pour satisfaire d'autres vocations par un emploi différent de son activité.

Il ne faut pas croire que le premier venu peut se jeter à travers les occupations d'un groupe et compromettre le succès par son ignorance : celui qui sent le désir de se livrer à un travail , se présente , pour un noviciat, au groupe qui en est chargé. Après avoir fait son apprentissage, s'il réussit, il est appelé au partage du bénéfice-, mais il ne pourra prétendre à rien tant qu'il ne saura pas se rendre utile.

Chacun , ayant opéré par son travail dans une trentaine de groupes, touchera, à la fin de l'année, une trentaine de dividendes , outre les intérêts de ses actions. Il aura droit encore à plusieurs sommes, au titre talent , dans les groupes où il se sera distingué.

Il ne faut pas s'arrêter à cette objection qu'un homme chargé d'un détail très restreint auquel il revient périodiquement, ne saura pas le faire aussi bien que s'il s'y livrait continuellement et sans alternance. Un homme dont les facultés sowX ôktesAo^^^^ ^«s& >5iKw

équilibre parfait est plus intelligent et plus adroit que celui qui n'en développe qu'une seule, d'une manière anormale et par Tatrophie des autres. Aujourd'hui même on voit les gens du monde s'occuper par instants des arts d'agrément et réussir dans ces choses plus diffic^es que ne le seront la plupart des détails dont se composera l'industrie. Ne voit-on pas un chirurgien devenir trës-^habile opérateur, bien qu'il ne puisse exer-^ cer son adresse manuelle que par séances courtes et assez éloignées les unes des autres.

Quant aux travaux des sciences, des lettres, des arts; quant aux méditations de celui qui observe, perfectionne ou invente, ils feront exception. Mais ces exceptions, comparées à la masse des travaux que doit exécuter l'espèce, sont assez rares pour que la règle n'en soit pas infirmée. D'ailleurs, le savant4ui-même, lorsque le travail sera attrayant, lorsqu'il s'exécutera en réunions toujours agréables, abandonnera volontiers et plusieurs fois dans la journée les hautes régions intellectuelles , pour se mêler aux groupes actifs , pour fortifier son corps et retremper son intelligence par l'emploi de ses forces physiques.

L'ensemble des groupes pratiquant les diverses branches d'une même industrie forme une série du premier degré; un certain nombre de séries du 4"^ degré fonctionnant dans des rapports analogues ^ forment une

OROANlSATIOn DE LA COHMURE. 87

Série du â"*. degré; les séries du 2"*. degré s'ordonnent de même en séries supérieures, etc. , la réunion de toutes les séries est la Phalange.

Ainsi la série des vergers peut être diyisée en séries inférieures appliquées les unes aux fruits à noyaux, les autres aux fruits à pépins, etc. : la série des fruits à pépins comprendra la série des pommes , la série des poires, etc., chaque espèce de poire aurait ensuite sa série particulière ^ enfin un groupe serait affecté à chaque yariété de la même espèce.

Il ne faut pas s'étonner du grand, nombre de séries et de groupes à fournir par une seule phalange ^ plus le nombre des séries sera multiplié , plus la tâche de chaque série sera simple et moins elle aura de temps à y donner. Chacun devant faire partie d'une trentaine de séries^ par suite des diverses combinaisons que peuvent former les travailleurs, il pourra y avoir, dans la phalange, beaucoup plus de groupes que d'individus.

Il faudra observer avec un grand soin cette règle qui consiste à subdiviser chaque industrie en branches aussi nombreuses que possible, pour appliquer un groupe à chacune d'elles. Il faut que, allant dans une série, du premier groupe au dernier, deux groupes voisins soient rapprochés, autant que possible, par le genre du travail et la nature des produits. Celte disposition des séries en échelle comçacU , s\»h^\X.\^sw-

88 PftEmÈRE PARTIE. GH. IV,

pression du maître , contribue puissamment à ce résultat que nous cherchons, rendre le travail attrayant.

Travaux parcellaires, séances courtes et variées (0, groupes de travailleurs ordonnés en séries d'échelle compacte, tel sera , dans la phalange , le mode d'exécution des travaux.

(i) Séances courtes et variées : Ce mode d'exercice de l'industrie obligeant les traTaîllears à des déplacements, conduira-t-il aune perte de temps notable ? Il faut prévoir cette objection.

Chaque jour, à une séance du soir que Fourier appelle la bourse, on négociera l'emploi du temps pour les jours suivants. De cette manière les trayailleurs sachant parfaitement et à chaque instant où ils doivent se rendre, il n'y aura ni hésitation, ni arrêt. Le territoire de la Phalange sera d'une lieue carrée environ, et autour du phalanstère, situé au centre, seront réunis les jardins, vergers, bâtiments ruraux , manufactures, etc. De sorte que les travaux de grande culture, qui n'auront lieu qu'à de certaines époques et pendant les heures du jour les plus favorables, appelleront seuls les travailleurs sur des points un peu éloignés du centre.

Dans une société où tout se fait avec ensemble et régularité, on aura sans beaucoup de frais des moyens de transports, tels que des omnibus, qui rendront les communications rapides et commodes.

Toutes ces considérations font voir que, dans la Phalange, il y aura bien moins de temps perdu qu'en civilisation. Cette petite perte de temps, causée par les déplacements, sera plus que compensée par l'ardeur entretenue chez les travailleurs, précisément au moyen des changements d'occupations.

§. III. Conséquence de ces dispositions.

' Enfin nous avons exposé les principales dispositions qui auront pour effet d'établir Taccord entre tous les associés , et de transformer en plaisirs toutes les occupations de rhomme.

Le travail attrayant est quelque chose de tellement en dehors de nos habitudes que sur ce point l'incrédulité nous étonne peu, bien qu'il n'y ait aucune raison sérieuse à opposer à la possibilité de cette transformation.

En effet , que l'homme s'amuse ou qu'il travaille , il emploie également ses facultés physiques et intellectuelles, il s'occupe. Pourquoi certaines occupations sont-elles amusement, plaisir? pourquoi d'autres sontelles travail ou peine ?

Ce n'est pas parce qu'une occupation est fatigante qu'elle est une peine, puisqu'il est des plaisirs plus fatigants encore pour le corps et l'esprit que les travaux les plus rudes et les plus compliqués.

Ce n'est pas (sauf la satisfaction directe du sens) dans l'action même que l'on fait que se trouve le plaisir ; celte action est d'ordinaire fort insignifiante par ell&*mème, et jamais l'homme isolé n'y chercherait des distractions. Ainsi on ne songe guère, lorsqu'on estseu], à danser, à jowei ^\3L\K^«!ç\\\w^KNa!^\^

resterait même aux occupations utiles pour lesquelles rhomme se passionne souvent , pour la culture d'un jardin, par exemple, pour Tart du tourneur, du menuisier, etc.

Le plaisir retiré d'une occupation est donc indépendant du plus ou moins de fatigue résultant de Toccupation, et en partie même de la nature de Facte exécuté. Dés lors pourquoi seraiu-il impossible d'appliquer aux occupations utiles , aux travaux , ces conditions extérieures desquelles dépendent la satisfaction, la jouissance.

l''. Le plaisir se trouve dans les réunions librement formées de personnes qui aiment à être ensemble.

Donc tout travail doit être exécuté par un groupe dont les membres se sont choisis. C'est ainsi que les hommes donneront satisfaction à leurs passions affectives d'après l'impulsion desquelles ils se sont groupés.

2^. Les hommes réunis pour le plaisir veulent se séparer dès qu'ils en sentent l'envie.

Donc tout groupe de travailleurs doit être dissout avant que la tiédeur n'ait succédé à l'entraînement. Travaillant ainsi en séances courtes et variées, on obéit aux impulsions d'une des passions distributives : la papillonne.

5"*. Dans leurs jeux, constamment en lutte les uns avec les autres, les hommes cherchent à surpasser, à vaincre des rivaux.

ORCiANI^ATlON i>E LA COHHVNE. 9i

La rivalité doit donc exister entre les groupes de trayailleurs , et pour cela plusieurs groupes doivent présenter des produits analogues , comparables, entre lesquels on ne puisse prononcer qu'avec difficulté. Ainsi , pour la satisfaction de la cabaliste, les groupes doivent être distribués en échelle compacte.

4"". Les hommes sont enivrés de plaisir, quand par leur adresse ou leur talent ils obtiennent d'éclatants triomphes dans des assemblées nombreuses.

Les groupes doivent donc être reliés les uns aux autres par Torganisation sériaire, pour que Tattention du plus grand nombre soit portée sur les actes de chacun; pour qu'il y ait des alliances entre les groupes dont les prétentions peuvent s'accorder, contre les groupes à prétentions analogues et par conséquent rivales. De cette manière, le travailleur se sentant observé, soutenu , applaudi par une masse, sachant que sa part à l'œuvre commune est rendue distincte et mise en relief par le travail parcellaire , se trouve dans la condition la plus favorable au développement de l'enthousiasme irréfléchi, de la composite.

5"". Lorsque les hommes trouveront le plaisir dans les occupations utiles, ils abandonneront nécessairement les amusements sans but dans lesquels ils l'ont cherché jusqu'à ce jour. Lorsque les travaux seront des fêtes, c'est pour ces fêles qu'ils réserveront tout Je Jujre, toute la recherche àoul W s«t^^^si^^\^V^

embellir. Ainsi les passions des sens, tendance au luxe, trouveront encore satisfaction dans les réunions de travailleurs, par des dispositions confortables, autant que le permettra la nature du travail auquel elles seront destinées.

6^. Après s'être rangé lui-même sous la grande loi sÉRiAiRE, qui resplendit partout dans la nature, rhomme comprenant enGn que rien dans la création ne lui est fatalement hostile, que le bonheur des autres est le complément de son propre bonheur, sera pénétré d'amour pour ses semblables , de gratitude pour Tintelligence infinie qui a disposé les choses avec un art si parfait. Il se sentira heureux dans ce haut sentiment d'harmonie , dans cette passion d'unité qu'il porte au fond du cœur.

Chaque industrie divisée en parcelles présentant des parties qui conviennent à tous les âges, à tous les sexes, chaque groupe sera composé généralement d'hommes , de femmes et d'enfants.

Cette réunion des trois sexes ( Fourier appelle Tenfance sexe neutre ou impubère) est un moyen puissant de porter l'attrait dans les travaux. La nature , pour assurer toujours cette Hisposition, a donné à quelques hommes les goûts les plus féminins ^ à quelques femmes les vocations les plus mâles. Ces caractères de trans/i/on sont ridiculisés dans une socièlè où Us u'out cas

d'emploi: ils seront appréciés en harmonie, où, grâce à eux, les travaux les plus exclusivement réservés à un sexe ne seront pas privés de ce genre d'émulation , qui naît de la présence de l'autre .

Mais la morale , peut-être , va s'effaroucher de ces rapports journaliers entre les hommes et les femmes. En vérité, la société qui ne voit rien de répréhensible >dans ses bals, dans ses fêtes presque uniquement consacrés à là galanterie, est bien venue de critiquer cette réunion des sexes, en lieux publics, en présence de V enfance et pour le travail , de blâmer une disposition qui doit jépandre le charme dans des occupations fécondes , disposition employée sans scrupule dans les assemblées frivoles tout au moins, si elles ne sont pas dangereuses.

Le travail organisé comme nous l'avons exposé, la société ne se composera plus d'hommes voués à l'exercice exclusif d'une seule fonction : de tailleurs, de cordonniers, de maçons, de médecins, etc. Mais il y aura des hommes consacrant à tous ces travaux une partie seulement de leur temps et de leurs facultés. Souvent les savants les plus illustres, les artistes les plus distingués choisiront pour alternat à leurs méditations, les occupations les moins relevées, les fonctions les plus infimes.

iVousaiJons passer en t^nu^ \3{>\'^Q{\^%\\^c\^^5ia.^'^

Fexécution par la série présente des particularités sur lesquelles il est conyenable de donner quelques explications.

Les soins domestiques, comme tous les travaux, seront exécutés par une série : cette série, qui sera nombreuse, fournira quotidiennement le détachement nécessaire au service du jour. Lorsque ses fonctions seront, comme les autres, des fonctions sociales et rétribuées par la masse, lorsqu'elles auront perdu tout caractère de servitude personnelle, elles ne seront nullement répugnantes, et plusieurs se plairont à consacrer deux ou trois séances par semaine, dans le but de se rendre utile à des personnes qu'ils affectionnent et qui , dans mille circonstances , les servent sous quel-* qu'autre rapport.

Les liens affectueux étant nombreux dans la phalange dont les membres sont journellement en contact et par les points même où ils sympathisent-, dans la série domestique, le travail se distribuera, autant que possible, de manière à ce que chacun soit chargé des soins à prendre pour ceux qu'il aime. Le travail ainsi réglé offrira un attrait de plus, puisque, récompensé comme tout autre, il sera payé en outre par la gratitude, par un surcroît d'affection.

Pourquoi ne parlerais-je pas ici de l'influence des

sexes? Combien il est de femmes que nous n'avons

jamais aimées d^amour^ mais dont Vam\lvë \vo\i^ ^sV.

ORGANISATION DE LA COlIMtNE. 95

précieuse, auxquelles nous rendrions avec empressement les plus humbles services! Qu'y a-t-il donc de mauvais dans une disposition tendant à utiliser tous les ressorts que Dieu a mis en nous?

Ainsi se résout un problème que l'on n'a pas même osé poser : I'abolition de la domesticité ! Plus de domestiques, et cependant chacun sera servi avec zèle et intelligence par les groupes qui ont pris cette fonction par goût, et qui trouvent à la bien reinplir honneur et considération.

Si d'une part la domesticité est une violation fla^ grante de la liberté et de la dignité de l'homme, d'autre part l'homme a besoin des autres pour son serviee personnel, aussi bien que pour la confection de ses vêtements, pour la construction de sa maison, pour la culture des champs qui le nourrissent, etc. Là se trouvait, pour ceux qui parlent sans cesse de liberté, de dignité, de droits de l'homme, un problème singulièrement difficile. Ils l'ont omis pour se tirer d'affaire, ils ont accepté la domesticité pour l'espèce humaine, comme leurs prédécesseurs, les anciens philosophes , avaient accepté l'esclavage.

Une série, principalement composée de femmes et de petites filles, est chargée des soins à donner aux enfants en bas âge, qui sont élevés dans des salles parfaitement appropriées à cette deslvu^Wow. \a %^\vb \ssw«^

chaque jour une garde qui peut, la nuit, se retirer et dormir au poste , en plaçant dans chaque salle des sentinelles qui appelleraient à Taide, s'il en était besoin. Pour que ce service soit moins lourd , il faut que le tour de garde revienne rarement.

Cette série est en rapport avec le groupe de médecins chargés des maladies du bas âge, et surtout des soins hygiéniques à donner aux enfants.

L'allaitement artificiel perfectionné, employé conjointement avec Fallaitement naturel, donnera aux mères boimes nourrices, la facilité de ne se rendre auprès de leurs enfants qu'à des heures réglées. Elles suivront donc, sans inquiétude, les travaux des groupes dans lesquels elles sont enrôlées.

Toute mère, sans doute, si elle le voulait, garderait son enfant près d'elle et se chargerait seule des soins à lui donner. Mais ce cas ne saurait se présenter , même par exception ; car la mère la plus opulente ne pourrait entourer son fils de soins aussi éclairés, aussi efficaces que ceux qu'il recevra de femmes amies et non servantes des mères-, de femmes ayant fait, par vocation, une étude spéciale de l'enfance, de femmes trouvant la satisfaction de leur ambition dans les bons résultats qu'elles obtiennent -, car cette série, de haute utilité, est largement payée en argent et en considération.

Et d'ailleurs, toute mère portée par l'attraction à s'occuper de la basse enfance, s'enT6\eTaL Aaws \^ %^TVi AQwt.

nous parlons et soignera son enfant avec les antres enfants de la Phalange.

Le nombre de femmes nécessaire aux soins domestiques , à la garde des enfants, étant restreint, là nature a donné à quelques femmes seulement du penchant pour ces occupations. Il serait facile de s'assurer qu'il en est ainsi, si la société, qui frappe de réprobation tout caractère qu'elle ne sait pas utiliser, n'obligeait la femme à dissimuler ses penchants, à feindre les goûts souvent les plus opposés à son organisation.

Et même, malgré cette dissimulation forcée, quiconque a pénétré dans l'intérieur de la famille peut savoir que la plus tendre mère se débarrasse volontiers de son enfant, en le confiant à des mercenaires ; qu'elle respire plus librement quand le sommeil de cet enfant lui permet de se livrer à des pensées, à des occupations moins fastidieuses. C'est que donner tous les instants de sa vie aux soins minutieux que réclame un enfant est un supplice, même pour la personne qui serait heureuse de consacrer périodiquement quelques heures à en diriger un très-grand nombre.

Fourier présente dans ses ouvrages une énergique réprobation du commerce civilisé, qu'il qualifie, à juste titre, de commerce anar chique et mensonger.

Le commerce doit mettre en rapport le producteur et le consommateur 5 tel est souYiVîA. w>i\^.'^'à\'^.,\'^\^v-

même , le commerce ne produit rien , il n'ajoute rien aux objets qu'il met en circulation. Il faudrait donc, dans rintérèt général, réduire les agents commerciaux au moindre nombre , et reporter Fexcédant à de plus fructueuses occupations.

Dans nos sociétés, le contraire a précisément lieu : les agents du commerce se sont multipliés outre mesure; rouage intermédiaire , n'ayant à remplir qu'un second rôle, ils ont.usurpé le premier rang : ils absorbent à eux seuls la plus belle partie des bénéfices, une partie hors de toute proportion avec les services qu'ils rendent : ils tiennent le producteur sous leur dépen-dance , réduisent au plus bas prix le salaire du travailleur et rançonnent le consommateur sans merci.

La libre concurrence, tant prônée par les économistes à courte vue, a largement contribué au mal. Par elle, les trafiquants se livrent une guerre acharnée, et, pour ne pas succomber, ils ne reculent devant aucun moyen, ils adoptent tous les expédients : ils sont philanthropes et ils font la traite; ils sont libéraux et ils vendent des armes à tous les oppresseurs; ils sont patriotes, et si le sort de la France se décide à coups de fusil dans les rues de la capitale, comme en 1830, ils suivent les chances du combat pour diriger leurs jeux de bourse, pour choisir entré la hausse et la baisse : ils sont humains, et ils falsifient les produits , ils altèrent la denrée , les farines, Jes vins, les viandes; ils empoisonuenl aubesovu, s'ils

l'osent, et s'il le faut pour mieux assouvir leur âpre avidité^ ils spolient le corps social de cent manières, par Tagiotage, Taccaparement, l'usure, la banqueroute, etc. ^ ils trompent toujours, ils mentent toujours, et cependant le commerce, dans nos sociétés corrompues , est la voie la plus sûre pour arriver à la fortune, aux honneurs et à la considération.

Nous ne parlons ici que du commerce intermédiaire, qui consiste à acheter d'un côté pour vendre de l'autre. Le manufacturier, le fabricant, rentrent dans la classe des travailleurs productifs. Souvent, il est vrai, leurs fonctions sont compliquées des caractères et des vices du commerce proprement dit.

Nous savons bien que l'humanité doit employer une fraction de sa force pour le transport des produits , pour mettre chaque chose à la portée du consommateur. Mais évidemment elle ne doit consacrer à ces soins que la force rigoureusement nécessaire -, tout ce qui dépasse ce minimum est pour la société une perte réelle. Il n'entre certainement pas dans ifotre pensée d'attaquer ni les classes ni les individus. Notre critique porte sur le milieu social, qui est coupable de placer l'homme dans une position dont il ne peut sortir avec bonheur pour lui et par le droit chemin.

Dans la phalange les rouages commerciaux sont simplifiés autant qu'ils peuvent l'être : une série est chargée des échanges , des acWV,«> , à^% ^^wVfô^ ^ ^^'^i ^xjkssxîs.-

gasinements et de la distribution. €ette série, toujours divisée en groupes appliqués à chacune des parties de l'œuvre, ne consacre à ce service que le temps strictement nécessaire , et ne perd jamais un instant à attendre le consommateur. Les jours, les heures de distribution sont réglées, et la série payée par la phalange n'a rien à gagner sur Tindividu. C'est ainsi que les choses se passent déjà dans les magasins d'un régiment.

Les savants, les artistes formeront pareillement des groupes et des séries. Les séries de science et d'art de toutes les phalanges seront classées , rattachées à des centres qui se relieront eux-mêmes à un centre unique, où tout convergera , et qui rayonnera dans toutes les directions.

Cette disposition donnera des avantages immenses et fera marcher les sciences à pas de géant. Lorsqu'un savant, dans le silence du cabinet, aura découvert un principe, il l'exposera à ses associés pour l'éclaircir par la discussion , puis il le fera parvenir au centre par la voie hiérarchique. Le centre, si le principe demande la confirmation de l'expérience , communiquera la loi soupçonnée aux trois millions de Phalanges qui couvriront la terre, et trois millions de séries d'expériences concordantes lui reviendront en peu de temps et porteront la lumière sur le point à constater. La partie wécanique de la science , les calculs par

exemple, calculs qui absorbent quelquefois une partie de la vie de Thomme de génie, seront exécutés avec une merveilleuse promptitude, d'une manière analogue par les groupes spéciaux des calculateurs, pris dans la phalange, dans la province, dans le royaume, etc., suivant le degré d'importance du travail. Des tables de logarithmes, contenant les nombres jusqu'à un million, et calculées à' trente décimales, seraient faites à peu prés dans le temps nécessaire pour établir la communication entre les phalanges et le centre, puisque chaque phalange n'aurait qu'un logarithme à calculer, même en demandant, pour vérification , chaqdelogarithnae à trois groapes.

La série des médecins, divisée en groupes appliqués chacun à une spécialité, comme cela a lieu déjà dans les grandes villes, et pour le bien des malades, se reliera à tout ce qui exerce une influence un peu directe sur la santé, aux séries des cuisines entre autres. L'art d'approprier la nourriture aux tempéraments entrera dans les attributions des médecins , qui seront rétribués d'autant plus qu'ils réussiront mieux, c'est-à-dire qu'il y aura moins de malades , et leur intérêt sera mis en accord avec l'intérêt des masses.

Ainsi pour tous les travaux la série ^ la série opérant en séances courtes et variées, et satisfaisant à toutes les conditions capables de iransteira^T Vi \x«Hi^^w''$«î««^ •

Il est cependant des travaux d'une nature telle qu'il ne sera jamais possible d'y entraîner les hommes par un attrait direct. Ces travaux sont en petit nombre ; la puissance de l'association , les progrès de la mécanique sauront les réduire encore et rendre leur exécution moins pénible. Néanmoins la classe qui, par contrainte ou par besoin, devrait s'y consacrer, serait nécessairement une classe inférieure et déconsidérée, une classe de parias dont la présence rendrait vains tous les efibrts tendant à établir l'harmonie au sein de la famille humaine.

Dieu a dû prévoir cet obstacle, et s'il aime l'accord et la liberté , il a dû ménager aux hommes un moyen naturel pour le surmonter : c'est ce moyen qu'il s'agissait de découvrir.

Une majorité des enfants mâles , une minorité des petites filles sont, dans nos sociétés, de vrais diables, de mauvais garnements. Brusques, décidés, volontaires, ils ne redoutent ni les taches, ni les déchirures, ni même les immondices : ils vont au but hardiment, et quand même, et par le plus court chemin !

Dieu a donc mis sur la terre un grand nombre d'enfants pleins de courage et d'énergie, prêts à tout entreprendre si on sait les diriger et les soutenir par le point d'honneur. Au moyen de ces enfants, organisés en une corporation que Fourier appelle la horde^ nous résoudrons le problème donl on s'Vïii\\xvfe\.i\V.

Ces enfants, avides de louanges, jaloux de sedistinguer aux yeux de Thomme fait, d'entreprendre quelque chose d'utile, ne seront arrêtés par aucun obstacle, si pour prix de leur peine ils doivent recueillir les applau^ dissements des masses. Elevez, enthousiasmez Tâme de ces enfants, et si Fhomme recule, appelez-les. Montrez-leur Tharmonie eu danger, le salut de tous compromis : offrez-leur ce travail, cette fatigue, ce dégoût que tous les autres refusent. La horde enfantine acceptera avec transport , parce que la horde va toujours en avant : parce qu'elle veut mériter les titres pompeux qui la décorent : parce qu'elle est milice de Dieu et soutien de l'unité. Et c'est à peine si vous rétribuerez ses services; ce qui la fait agir, c'est le dévouement : la récompense qu'elle veut, c'est la considération et l'honneur : c'est le pas sur toutes les autres corporations à la parade industrielle : c'est que tout étendard s'incline devant son étendard !....

La considération et l'honneur pour des fonctions immondes ?.... Hais, que font donc ces nobles femmes, ces corporations religieuses qui se sont vouées aux infirmes des dernières classes de la société ? Évitentelles une répugnance ? S'arrôtent-elles devant un dégoût.^ Et ne sent-on pas pour elles une vénération profonde en raison même de l'humilité des détails dont se composent les fonctions qu'elles ont acceptées ?

Ce qui se passera dans W ^\vî\^w%^ ^ Nnk^ ^\n5^^^^

SOUS les yeux de tous, dans l'armée, dans un régiment en garnison. Là, il faut nettoyer et les écuries et les cours et les baquets , et ces travaux s'exécutent sans humiliation pour ceux qui en sont chargés. C'est que le soldat travaille pour tous et ne sert pas l'individu; c'est qu'il n'est pas voué exclusivement à cette humble fonction*, c'est qu'il donne une partie de son temps à des travaux nobles et guerriers -, c'est que le régiment est une série hiérarchisée , et qu'une hiérarchie bien assise a puissance de tout relever, de tout ennoblir. Aussi dans l'armée et seulement dans l'armée, les chefs peuvent voir, sans être blessés dans leur orgueil, leurs fils placés dans la dernière classe et remplissant, sans exception , les charges les moins relevées attenantes à l'emploi (i).

Ainsi en douant ces enfants d'un tel caractère, en leur inspirant l'audace et le dévouement. Dieu leur gardait une noble tâche! Il voulait faire d'eux les soutiens de l'harmonie , le corps de réserve toujours prêt à marcher dés que l'accord et l'unité fléchiraient ! Est-il donc mieux de croire que Dieu aurait organisé ces enfants dans le seul but de tourmenter les parents, les maîtres , les domestiques , de faire distribuer abondamment les remontrances, les menaces et les^ punitions ?

(i) L'armée o//recertaineraeotun bel exemple de la série, quoique dans l'armée le lien soit la contrainte et hohYblUtwWoti»

ORGANISATION DE LA COMMUNE. iOo

Nous allons parler de TéducatioD, et Ton verra, ce que ToD doit bien supposer d'ailleurs , que nous ne songeons pas à consacrer ces enfants à des fonctions répugnantes exclusivement, et sans souci de leurdéveloppementphysique et intellectuel. Il ne faut que peu de temps pour les travaux de cette nature , chaque enfant de la horde aura, tous les deux ou trois jours, quelques quartsd'heures à peine à y donner, après quoi il reparaîtra au milieu de ses compagnons , pour les études et les travaux de la journée.

§ IV. Education,

Que deviendront les enfants dans cette société de travailleurs? comment seront-ils élevés? qui s'occupera de leur développement moral et intellectuel? Il est temps de songer à ces importantes questions.

Dans sa recherche de l'éducation naturelle, Fourier, €omme toujours, prend pour boussole les attractions mêmes de l'enfance^ comme toujours en civilisation, c'est le contre-pied de l'impulsion de la nature que l'on a suivi.

L'enfant aime le grand air, la liberté, le mouvement, l'action : on l'enferme, immobile pendant de longues heures, pour n'agir que sur son intelligence et par les plus déplorables moyens l L'euî^tvX ôifeV^V^V^Vv^x^^

abhorre la science écrite ; on le bourre de mots, on lui charge la cervelle de phrases qu'il ne peut comprendre ^ on lui fait traîner son boulet de grammaires, de dictionnaires , de livres qui lui sont profondément antipathiques.

Pauvre enfant! Il ne s'agit pas de Texercice de tes membres, de ton développement physique -, il ne s'agit pas de faire de toi un homme sain, robuste, énergique^ capable de grandes choses comme tout homme complet l Non : il faut comprimer les élans de ta bonne nature, les ressorts de ta vie qui déborde «, il faut avant tout te plier à l'élude, te garnir la cervelle de phrases bien souvent veuves d'idées -, il faut que l'on puisse dire, quand ne sachant que faire de ce qu'on t'aura appris, iu commenceras à oublier : voilà une éducation terminée I

L'éducation phalanstérienne, nous en faisons l'aveu, n'a aucun rapport avec l'éducation dont nous venons de parler. Sont but est d'aider au développement intégral de toutes lelfacultés physiques et intellectuelles de l'enfant, de faire de lui tout ce qu'il peut être, de ne perdre aucune de ses vocations, germes précieux que Dieu a déposés dans son organisme. Et pour atteindre ce résultat, pour faire de l'enfant un être complet, l'éducation phalanstérienne ne se croit pas en droit de le violenter, de le contraindre. Elle le livre à toutes ges tendances 'j ;seulement, à chaque passion qui parait, elle

offre UD emploi utile qui la satisfait, et ne lui laisse aucun loisir pour chercher son essor dans une mauvaise voie.

Les enfants forment entre eux deux grandes corporations, deux séries générales. La première, dont nous avons déjà parlé, la petite horde, composée des enfants les plus décidés, se chargeant par dévouement, par orgueil, de tout travail auquel Thomme répugne, et qui, par conséquent, mettrait en péril Tunité sociale. La seconde série, la petite bande^ formée d'une majorité de petites filles, renfermant les enfants doux, polis, soigneux, aimant la parure et le raffinement, se charge des soins de propreté et de luxe les plus minutieux. C'est la petite bande qui doit orner de Heurs, embellir, disposer de la manière la plus agréable les lieux de réunion, les promenades, les routes, le territoire de la phalange. On sait combien le goût de ces choses est naturel à certains enfants.

Il y a rivalité entre la horde et la bande : les deux séries concourent au bon ordre , Tune en enlevant ce qui peut choquer, l'autre en apportant ce qui peut plaire : par le ton, les vêtements, le langage, en toute chose enfin, les deux corporations sont en contraste.

Ce contraste f qui se fait sentir dès l'enfance, persiste à tous les âges de la vie. Les uns^ dit Fourier, vont au beau par la route du bon ; les OMtr^^ ^qtvV. aMw V^^w

i08 PREMIÈRE PARTIE.. CH. IT.

par la route du beau. Ce contraste n'est pas une opposition ^ les uns et les autres arrivent au même but, au bien qui a deux aspects, le bon et le beau.

Chaque série d'enfants est échelonnée en groupes distingués par Tâge ella valeur de ses sectaires. L'ambition- de Tenfant le porte à s'élever sur cette échelle, à passer au degré supérieur. C'est l'impulsion naturelle : l'enfant, assez indifférent aux actes d'un homme fait, suit attentivement l'enfant un peu plus âgé que lui, l'admire, cherche à l'imiter. Les succès de ce camarade sont ses trophées de Miltiade, qui l'empêchent de dormir.

Pour être admis dans ; ce groupe supérieur qui fait l'objet de son envie, qui porte des décorations plus brillantes, des titres plus pompeux (i), l'enfanl doit se montrer digne d'être reçu. Pour cela il subit des épreuves ^ il est examiné sous les rapports de l'intelligence et de l'adresse : il a pour juges ses camarades, qui, chacun le sait, sont des juges sévères et impartiaux. Et comme l'enfant ne figure pas seulement dans la horde ou dans la bande, séries qui sont dissoutes comme les autres quand leurs travaux sont terminés, l'enfant doit présenter, suivant son âge, un certain

(>) Dans la Phalange, les grades, les titres , les décorations sont très-multipliés. Toutes ces choses plaisent à l'enfant, elles plaisent encore à l'homme fait; il ne faut rien négliger de ce qui peut renforcer J'attrait que doit présenter le travail.

nombre de brevets de capacité et d'admission dans les groupes de travailleurs où il a dû s'enrôler : car, nous Tavons dit, dans toute industrie on réserve à Tenfance les détails qui sont à sa portée.

Si Fenfant échoue à une première épreuve, il pourra bien aller bouder ou pleurer auprès de ses parents , et ceux-ci, s'abandonnant à l'impulsion naturelle , chercheront à Tencourager, à le consoler : ils le gâteront;. mais cette fois sans danger , car le bambin comprend que, pour réussir, il ne suffit pas de l'approbation des siens , qu'il faut celle de ses compagnons. Il cherche donc à obtenir leur suffrage en s'en rendant digne, parce que ceux-ci du moins s'émeuvent assez peu de toutes les pleurnicheries.

C'est ainsi que l'enfant s'élèvera d'échelons en échelons, passionnément conduit par les enfants des groupes supérieurs, vertement critiqué et redressé par ses camarades quand il y donnera lieu, gâté et caressé par ses parents, près desquels il se sentira toujours heureux, parce que là il ne trouvera que bonté, indulgence et amour.

Pour initier l'enfant à l'industrie, pour l'introduire dans les groupes de travailleurs , pour reconnaître et développer ses aptitudes , un des membres de la série chargée de téclosion des vacations , conduit l'enfant dans les ateliers pour qu'il voie et qu'il admire*

ilO PREMIÈRU PARTIE. GH. lY.

Là l'enfant trouve tout ce qui peut le séduire , tout ce qu'il désire avec passion. On lui présente des outils en miniature, des instruments en rapport avec sa taille , on lui montre ses camarades un peu plus âgés , faisant déjà des choses dont on parle en termes pompeux.

Bientôt Fenfant demande à exécuter quelques tra-' vaux : il implore, il supplie. Enfin on cède à ses désirs, on lui confie quelque détail facile auquel on le laisse assez peu de temps pour ne pas le fatiguer, puis on le conduit ailleurs. Chaque jour on agit de même, et après un certain temps Fenfant aura essayé de beaucoup de choses, il en aura abandonné plusieurs, il se sera fixé à celles qui sont réellement dans ses aptitudes. Pour apprendre, il portait en lui un guide fort irrationnellement dédaigné en civilisation , la singerie ou manie imitalive.

Ainsi Ton a suivi l'indication naturelle en faisant passer fréquemment l'enfant d'une occupation à une autre, en offrant d'abord un emploi à ses facultés physiques , à cette activité que l'on combat vainement en civilisation, où elle pousse l'enfant au désordre, parce qu'il ne peut l'appliquer au bien.

Ainsi l'enfant a pris rang dans la bande ou dans la horde, et dans une vingtaine de travaux domestiques, agricoles, industriels -, ainsi il se trouve placé dans des circonstances parfaitement convenables pour le com-

plel développement de ses facultés physiques, pour raffermissement de sa santé.

Quant au développement intellectuel, ne voit-' on pas déjà que Tenfant, engagé dans une vingtaine d'industries, perçoit plus d'idées par ce qu'il fait et par ce qu'il voit faire, qu'il ne peut en retirer de l'éducation civilisée, où la théorie ne se grave jamais dans l'intelligence par la pratique.

Et puis laissez agir l'attraction : par elle l'enfant atteindra à toutes les sciences auxquelles il est apte ^ il y atteindra, quelle que soit la voie par laquelle il est entré dans l'industrie.

Ainsi l'enfant s'est engagé dans un groupe de maçons (i), il est porté à s'occuper des qualités physiques , chimiques, géologiques des calcaires propres à donner des chaux de bonne qualité. Les routes qui conduisent à plusieurs sciences lui sont donc ouvertes , il marchera dans celles qui conviennent à ses vocations.

(i) Mon fils maçoDlI.. — Et pourquoi pas. Madame? Pourquoi n'irait-il pas là, si vous l'abandonnez à l'attraction? N'avez-vous jamais remarqué que Monsieur YOtre fils se plaisait à laver la vaisselle avec votre cuisinière; à porter le bois avec votre portier; à cirer les souliers avec votre décroteur. L'enfant est trop nouvellement sorti des mains de la nature pour éprouver un aristocratique dédain pour certaines fonctions. Une vocation industrielle, quelle qu'elle soit, donne une valeur de plus à celui qui en est doué, dans une société où l'exercice de cette vocation ne s'oppose au développement d'aucune autre faculté. Une vocation quelconque comprimée est une mutilation de l'homme U..

lia PREMIÈRE PARTIE. GH. IV.

Un autre , apprenti cordonnier, désire connaître les conditions qui donnent de bons cuirs. Il touche d'une part à la tannerie et à la chimie, d'autre part à l'éducation des bestiaux. Partout et pour tous, les amorces qui doivent les initier aux sciences se présentent sous mille formes, et tous vont jusqu'où ils peuvent aller.

Poussé par la curiosité, par le désir de s'élever, par l'émulation, l'enfant sentira bientôt la nécessité de s'occuper des sciences dont les principes lui manquent dans les travaux pratiques , et de lui-même il se rendra aux cours théoriques qu'il est toujours libre de fréquenter.

Ces cours seront assez multipliés pour que l'enfant puisse choisir précisément la partie de la science qu'il désire connaître, car on donnera toute liberté de se présenter pour instruire les autres, à quiconque se croira quelque supériorité , ne fût-ce que sur un détail de la pratique ou de la théorie. Ainsi l'enseignement se subdivisera en parcelles, et le corps enseignant formera une série très -nombreuse. La liberté de professer n'engendrera d'ailleurs aucun abus, parce que chacun sera payé lorsque ses cours seront suivis et proportionnellement au nombre de ses auditeurs (i).

(*) Les cours faits dans une Phalange suffiront k la majorité. Quant aux hommes qui sont appelés à s'occuper spécialement des sciences et des arts , ils iront perfectionner leur éducation dans les r/y/é's, dont nous parlerons au chapitre saivaut.

OftCANlSÀTION DE LA. COMMUNE. 113

L'éducation harmonienne, unitaire en principe, sait

""s'approprier, comme on le voit, à chaque caractère, se

plier à tous les détails de chaque individualité : elle va

chercher toutes les facultés de l'homme pour les

développer harmonieusement.

Fourier attache une haute importance à l'éducation des sens, en y comprenant le goût(i). C'est parce que les sens raffinés seront bons appréciateurs des produits de l'industrie, que les travailleurs sentiront le besoin de se distinguer en rsffinant aussi dans leurs travaux. Cette tendance à la perfection peut seule faire nattre une émulation nécessaire pour que le travail attrayant soit exercé par passion.

L'éducation physique introduira de plus dans la phalange un ton , des manières , un langage unitaires, sans lesquels l'union ne serait pas complète entre les classes riches et pauvres, qui se heurteraient par la forme, quoique devenues sympathiques par le fond.

Cette éducation se fera, en partie, dans des salies destinées aux exercices gymnastiques et chorégra-

(i) Plusieurs se sont réyoltés de ce que Fourier veut que tous les hommes soient délicats et connaisseurs en toutes choses , même en bonne chère. Pourquoi donc ne prêchent-ils pas qu'il est moral de cultiver grossièrement, en se gardant bien de chercher à obtenir des produits perfectionnés? Car enfin s'il est bien de ne pas savoir distinguer un fruit savoureux d'un fruit médiocre « il est mal de chercher à obtenir de beaux produits , que les gens vicieux «eu]l& seraieat capables d'apprédeT.

Ht PREMIÈRE PARTIE. GH. 1V«

phiques, à la danse, à la musique, à la déclamation, au moyen de représentations théâtrales, auxquelles Fourier a conservé le nom d'oPÉRA, en élargissant la signification du mot.

Chacun , dés Tenfance, fera partie de quelques-unes des séries dont Fopéra se compose, et chaque phalange possédera un théâtre pompeux desservi par 1800 artistes.

Si Ton est tenté de rire de cet opéra de village, qu'on veuille bien penser qu'il se recrute sur 1800 personnes, complètement développées sous le rapport artistique comme sous tous les autres, et que, par conséquent, il y a plus de chances pour avoir des artistes distingués dans chaque phalange, qu'il n'y en a pour les théâtres réunis de la France entière, théâtres qui se recrutent sur une masse aussi peu nombreuse, et composée d'individus qui sont loin d'avoir reçu, dès le bas âge, une éducation complète.

Le théâtre perdra d'ailleurs toute chance d'immo» ralité, et par le choix des représentations, et par le caractère des artistes qui y figureront. II offrira un puissant intérêt et sera suivi avec passion, ce genre de plaisir convenant à tous, jeunes et vieux.

L'éducation morale se fera à l'église. Là seront exposées les vérités religieuses , les grandes synthèses ! ^à^ se dérouleront aux yeux de Yeul^tic-ft VwsAfcs \ft^

ORGANISATION DE LA GOMMONE. iië

merveilles de la cosmogonie, toutes les harmonieuses lois de la nature ! Là , le cœur s'élèvera à de hautes pensées sur Tunité universelle, à de profonds sentiments de gratitude envers celui qui , dans sa sagesse infinie, dans son inépuisable bienfaisance, a mis tous les biens, tous les bonheurs à la portée de tous les êtres !

Ainsi Tenfant recevra Téducation professionnelle et intellectuelle dans les ateliers et aux cours théoriques ^ ses facultés physiques se développeront dans les exercices de Topera ; son âme s'ouvrira à Féglise par un haut enseignement moral et. religieux; ainsi aucune des faces de la nature humaine ne sera négligée, et tous seront conduits au point le plus élevé où il leur est donné d'atteindre.

Et tout en s'initiant aux sciences, aux arts, à l'industrie, l'enfant, utilisant cette prodigieuse activité qui Qst en lui, produira, dés le bas âge, au delà de ce qui est nécessaire à ses besoins, et ne sera jamais une charge pour sa famille ou pour la société.

§ V. Répartition des Bénéfices.

Nous arrivons à la question de la répartition des bénéfices, et nous avons à prouver que le milieu réfor-t mé est tellement harmonique qu'il produira Taccord même sur un point qui partout ailleurs ferait discorder toutes les individualités , mettrait tous les égoYsmes à nu.

Par ce mot, bénéfice, nous entendrons tout ce qui récompense les services rendus, les honneurs, les grades, les titres et décorations, Tinfluence et le pouvoir aussi bien que Targent.

La justice exige que chaque travailleur soit consulté pour cette répartition^ quiconque fait quelque chose pour la société , doit avoir sur la direction à donner à cQtte société une part d'influence proportionnelle à la valeur de ses actes.

Ainsi nous voulons le suffrage universel! Mais qu'on ne craigne pas de nous voir tomber dans cette confusion où tendent les réformistes politiques, où sont déjà sufHsamment plongés les états constitutionnels et républicains. Si l'équité exige que tous soient consultés, le bon àens fixe exactement la limite de ce droit, en prescrivant de ne demander à chacun son âvis que sur les choses qu'il connaU, cpi'VV ^i^Viajift-^

et de peser cet ayis au poids de la valeur de celui qui remet.

Nous avons donc à montrer que, dans la phalange, tous exerçant leurs droits dans la sphère même de leur compétence et de leur capacité, peuvent prononcer, s'ils veulent, dans le sens de l'équité et de la raison*, nous établirons ensuite que le travailleur qui pourra être juste, sera directement intéressé à l'être^ et qu'il voudra l'être.

Il faut se le rappeler : dans la phalange, les individus forment des groupes, les groupes forment des séries de 1". degré, les séries du 1". degré forment des séries du 2"«. degré, etc.

Ainsi, dans l'armée, les escouades ou groupes forment des compagnies, les compagnies des bataillons, les bataillons des régiments, les régiments des brigades, etc. Seulement dans la phalange, le même travailleur fait partie de plusieurs groupes, figure dans plusieurs séries.

L'élection commence dans le groupe. Les membresdes groupes se distribuent les titres, honneurs et grades, nomment leurs chefs , officiers et sous-officiers.

Les chefs de tous les groupes d'une même série du 1". degré se réunissent ensuite pour choisir les chefs (le cette série. Les chefs des séries inférieures nomment de même les chefs des serves svvpfeVv^vv^^'^ ^ ^\ ^\S>KAs3b

us PREMIÈRE PARTIE. GH. IV.

chefs des séries les plus élevées nomment les chefs ou gérants de la phalange (0.

Ce mode d'élection satisfait bien à la première condition posée : consulter chacun, mais seulement sur les choses qu'il connaît. Les travailleurs d'un groupe qui se trouvent périodiquement à l'œuvre jugent sainement de leurs mérites réciproques sur la chose que tous pratiquent et pratiquent sous les yeux de tous *, de plus, à mesure que l'on s'élève sur l'échelle hiérarchique, à mesure qu'il s'agit d'intérêts plus généraux, les chefs , soumis à de nouvelles épreuves , choisis par une masse de plus en plus éclairée, offrent toute garantie d'aptitude aux fonctions qui leur sont confiées. C'est que par cette élection en plusieurs degrés, les électeurs et les élus n'étant jamais qu'à un pas l'un de l'autre, peuvent toujours se comprendre et s'appré- «ier.

Chaque travailleur ayant à voter dans tous les groupes dont il fait partie, voit son influence s'accroître avec le nombre des choses dont il s'occupe : de plus, sur chacune de ces choses, son influence est en raison de sa capacité, puisque, suivant son mérite, il est

(i) Les choix sont ratifiés pai* un scrutin auquel doivent prendre

part tous les individus, lorsqu'il s'agit de la phalange. Le mode

d'élection Tarie suivant la spécialité de la fonction à conférer ; il y

s même des fooctions qui se transmettent héréditairement , comme

oous l'expliquerom dans le chapitre sm\aii\.

appelé à agir, ou simplement sur l'intérêt des groupes, OU sur les intérêts moins restreints de la série, ou même sur les intérêts de la phalange entière.

Les récompenses en honneurs et grades sont distribuées de cette manière.

Les bénéfices pécuniaires seront répartis par le même procédé.

La gérance de la phalange, constituée comme nous venons de le dire , prélèvera d'abord , sur le produit annuel, la somme destinée à couvrir les dépenses communes*, 1°. les impôts, dont le recouvrement se fera de la manière la plus simple, sans frais de perception, sans ce contact immédiat, si souvent irritant, entre les agents du fisc et les individus^ 2"*. toutes les choses que la phalange tire du dehors, tout ce qu'elle ne doit pas au travail de ses groupes, en approvisionnements, en entretien descontructions, des instruments, en bien-être, en agrément, en plaisir, etc. 5 3*". la réserve pour les travaux de Tannée suivante, etc.

Cette première somme prélevée, le reste sera divisé en trois parties, destinées à rémunérer chacune des facultés productives capital, travail, talent.

Ces trois parts seront divisées entre les séries, les groupes et les individus, en descendant l'échelle hiérarchique dont nous avons donné la constitution. Chaque travailleur, outre les intérêts de ses actions, pourra toucher dans tous les gT0\\^^^à.cye\'^V»\\'5is^'v^^

une somme destinée à payer son travail et une autre somme devant récompenser son talent.

L'intérêt du capital étant arrêté, il n'y aura pas de difiiculté pour le répartir entre ceux qui posséderont des actions.

Le travail étant payé non*seulement d'après le temps qu'il demande, mais encore proportionnellement à la difficulté de son exécution et à son utilité, il y aura à fixer d'abord les droits de chaque groupe sur la seconde part. Chaque groupe ayant reçu ce qui lui revient, la somme sera répartie entre les travailleurs en proportion du temps donné par chacun d'eux au travail des groupes, temps qui sera connu par le relevé des registres où l'on aura inscrit, chaque semaine, le nom des membres présents et le temps pendant lequel ils ont fonctionné. Si l'un des travailleurs, dans le même temps, fait notablement plus d'ouvrage que les autres, il a droit à une récompense sur la part destinée à rémunérer le talent.

Cette troisième part sera divisée entre ceux qui se sont distingués d'une manière quelconque, qui ont mérité des titres, grades, honneurs, qui ont brillé par leur force, leur adresse, leur activité, leur intelligence.

Quant à ceux qui ont inventé ou perfectionné, le

résultat de leur travail devant servir non-seulement à

la phalange, mais à l'humanité entière, c'est de toutes

les phalanges qu'ils recevront la récomçense méritée.

Un ingénieur introduit un perfectionnement à la charrue. Sa phalange profite la première de l'invention qu'elle paie en votant une somme minime, un décime par exemple. La découverte se propage, toutes les phalanges du globe l'adoptent successivement, si die est avantageuse, et toutes votent de même une récompense à rinventeur. Si un décime est la moyenne des sommes votées, l'ingénieur touchera des 3,000,000 de phalanges une somme de 500,000 fr. Les travaux d'art, de poésie, de littérature sont récompensés de la même manière.

Ce mode remplace avec mille avantages la coutume des brevets. L'humanité profite le plus promptement possible de toute découverte , et l'inventeur obtient toujours une récompense proportionnée au mérite de son invention.

La cabale, l'esprit de coterie et de localité seront impuissants pour donner de la vogue à une découverte sans valeur, à une œuvre médiocre. Si, au théâtre de sa phalange, un poète obtient, par les menées de ses amis, un succès non mérité ^ s'il réussit encore auprès des phalanges voisines, où il peut être connu et aimé, son œuvre n'ira pas loin sans tomber, et il recueillera quelques centimes à sa grande confusion, et à la confusion des phalanges qui l'auront applaudi.

Si, au contraire, le poète ou inventeur était ûxjustement éconduit d'une çYva\wi%ei^A ^w ^^'^^^sj^.

au jugement des autres, et obtiendrait bientôt justice.

Te! est le mécanisme de la répartition : mais il reste à expliquer comment les droits réciproques du capital, du talent, du trarail et de chaque nature de travail en particulier, seront garantis suirant l'équité et d'un commun accord.

Dans une phalange, le probité de la répartition peut prendre la forme d'un problème d'arithmétique que voici :

Dans rintérêt général, auquel sont liés tous les intérêts particuliers, quels sont les travaux domestiques, agricoles, industriels que la phalange doit entreprendre.^ Quel développement doit-elle donner à chacun d'eux? Combien, par conséquent, de bras, d'intelligence, de capitaux doit-elle y attirer?

Le problème ainsi posé, il est évident que tous sont intéressés à en trouver une bonne solution, et cette solution est la solution du problème de la répartition.

En effet, les travailleurs, libres dans leur choix, se sont groupés d'une manière qui peut n'être pas absolument conforme à ce que l'intérêt général eût fait décider.

Pour rétablir l'équilibre, rappeler les travailleurs aux points où ils manquent, pour les éloigner des groupes où ihsonï surabondants, la société possède un moyen , la répartition.

En diminuant la somme affectée au travail d'un groupe, elle éloigne les plus tièdes et réduit le nombre des travailleurs. Par le moyen contraire, elle rappelle les travailleurs au groupe délaissé. Elle arrive ainsi, après quelques tâtonnements, à cet équilibre dont on a senti la nécessité.

Il n'y a donc rien d'arbitraire dans la détermination de la somme affectée à chaque groupe , puisque cette somme dépend du nombre des travailleurs dont ce groupe a besoin. Dans le groupe, la somme est répartie justement suivant le mérite de chacun.

Si un groupe était injuste envers ceux qui l'ont servi avec le plus d'efficacité, les travailleurs les plus capables abandonneraient le groupe ingrat, et tous souffriraient de leur injustice, plus encore que celui qu'ils auraient blessé.

L'organisation phalanstérienne permet seule au travailleur de résister à l'injustice d'une majorité. Partout ailleurs, celui qui ne sait qu'un métier, qui n'a qu'une fonction, doit s'y maintenir, s'il ne veut pas compromettre gravement sa position. Mais dans la phalange, le travailleur, sans en souffrir sensiblement, peut abandonner une des trente fonctions qu'il exerce *, et même il ne perdra rien , s'il se présente à un groupe dont les occupations ressemblent à celles du groupe dont il vient de sortir. Il y serax^'c.çxvsSXY 'îss^^ ^ssa et reprendra bientôt le ran^ ç\vv\\\vv ^s\. ^^.

Il n'est pas à craindre que Tamour-propre donne à certains travailleurs des prétentions exagérées. Celui qui, s'estimant plus qu'il ne vaut, se croirait méconnu et se retirerait mécontent, serait bientôt obligé de comprendre que d'une part on ne s'est pas aperçu de son absence , que d'autre part nul ne s'est empressé de le recueillir.

L'intérêt des actions résultera de même de la nature des choses ; il augmentera lorsqu'il faudra appeler le capital, il diminuera quand le capital sera surabondant.

Fonctionnant dans un grand nombre de groupes et de séries, un travailleur ne peut figurer partout au dernier rang. S'il est soldat ici, là il sera capitaine et aura sous ses ordres ceux qui lui commandaient ailleurs. Il pourra donc avoir, sur les hommes les plus éminents, une supériorité relative qui ne blessera ceux-ci en aucune manière, et qui sera, pour son amour-propre, une grande satisfaction, quelque insignifiante d'ailleurs que soit cette supériorité. C'est que nous attachons toujours une haute importance aux choses où nous excellons, c'est que le caractère de notre ambition est nécessairement en rapport avec l^ nature et la portée de notre intelligence (0.

{')Pan8 nos sociétés nous voyons certaines çTo^eB&\o\is v^\3L>aat-

Ainsi tous ces travailleurs développés intégralement par une éducation complète, auront des prétentions fondées sur la part destinée à récompenser le talent.

Le travail sériaire donnant de grands bénéfices, les plus pauvres gagneront au delà du nécessaire, et feront facilement quelques économies au moyen desquelles ils prendront des actions. Plusieurs avantages accordés aux petits capitaux favoriseront ee résultat.

A des degrés différents, tous seront donc capitalistes.

Le travail étant transformé en plaisir, les riches comme les pauvres seront entraînés à l'industrie.

Tous seront travailleurs.

Le bénéfice d'un individu sera donc fractionné en un grand nombre de lots à toucher, dans tous les groupes dont il fait partie, et pour chacune de ses facultés productives. Dans la discussion qui s'établira sur la fixation de Tun de ces lots, le travailleur ne peut montrer autant d'avidité et d'aveuglement que s'il s'agissait à la fois de sa fortune entière, d'autant plus qu'en favorisant injustement une de ses prétentions, il se nuit à lui-même dans tous ses autres droits. En outre, dans presque toutes les séries de la phalange, il se trouve des gens qu'il affectionne : une femme,

raies exalter outre mesure l'orgueil de ceuiL o^uv %'% dN&^k^sgâsx!^.. Ainsi les maîtres d'armes , de danse , âi'toWxw^ ^^ xasscNx^^iîs. <«». première ligne parmi les hommes \e» v^v» s^\\%\«K%^^>s8Q^^'^'^'^'^^

des enfants , des parents , des amis ^ et il aurait bien quelque difficulté à combiner ses votes de manière à satisfaire, en même temps, et son intérêt égoïste, et rintérèt de ceux qui lui sont chers.

Il ne faut pas craindre que la rivalité qui existera entre les séries et les groupes engendre la haine et le désir de nuire. Cette rivalité diffère essentiellement de celle qui divise aujourd'hui les gens de m'ême profession. Un groupe a intérêt à dépasser ses rivaux, en s'élevant au-dessus d'eux, mais non en les faisant descendre. Un triomphe obtenu par ce dernier moyen serait payé trop cher, puisque, par rabaissement d'un de ces groupes, la série entière ayant perdu de sa valeur, le groupe victorieux lui-même aurait un moindre dividende à toucher, une moindre gloire à recueillir. C'est ainsi que dans l'armée , seul exemple que nous ayons d'une série quelque peu régulière, les rivalités de compagnies se taisent quand il s'agit de l'intérêt du régiment, les rivalités de régiments s'effacent quand il faut songer à l'armée. Dans la phalange, il faut le remarquer encore, par l'alternat des travaux, les hommes qui étaient tout à l'heure en lutte passionnée, se rencontreront bientôt dans une même fonction, pour une même tendance, de sorte que les rivalités corporatives ne prendront jamais un caractère individuel.

Ces explications étaient nécessaires pout à^s\vQxwKv^%

ORGANISATIOIf DE LA COMMUNE. 127

qui, yiyant en civilisation, sont habitués à voir partout e( toujours l'intérêt superposé à tous les sentiments , rintérét toujours consulté et toujours écouté ! Mais en sera-t-il ainsi dans la Phalange ?

Là , le travail étant attrayant , il ne sera plus nécessaire d'y contraindre les hommes, qui , travaillant par passion, seront affranchis du joug même de la nécessité, par la certitude de jouir constamment, quoiqu'il arrive, d'un minimum fort décent en vêtement, logement, nourriture, place dans les voitures publiques, etc., de manière à ce que tous puissent aller vivre où ils voudront avec ce minimum (x). Le minimum sera assuré même dans le cas du refus de travailler ( ce cas ne peut être qu'une anomalie provenant d'un dérangement des facultés) (a). La société se chargera en outre des enfants qui ne peuvent encore travailler, des. vieillards , des infirmes qui ne peuvent plus le faire, de sorte que nul ne s'inquiétera de l'avenir ni pour lui » ni pour lés siens.

La perte absolue de la fortune, malheur en civili-

(i) Chacun ayant droit à ce minimum en toutes choses; la société le fournira à frais communs, et chacun n'aura à payer de sa bourse que ce qu'il demandera au delà du minimum.

(>) Celui qui voudrait se retirer des groupes de travailleurs dans Tespc^ d'arriver à une découyerte, de produire un bon ouvrage, etc., serait en position de le faire, en se contentant du minimum « dans le cas on il n'aurait pas eucove tcram. ^«^ \it««a:^^% ^^ ^^và^ qui lui ouFriraieot un large créâiW.

iâ8 PREMIÈRE PARTIE. CH. IV.

sation plus cruel que la mort, ne serait qu'un chagrin fort médiocre dans la Phalange , où celui qui en serait atteint ne descendrait pas de sa position sociale, puisque, conservant ses rangs et ses grades dans les séries, il continuerait le même ordre de relations. Aussi chacun se trouvant en possession d'un bien inappréciable, totalement inconnu dans nos sociétés, l'insouciance {(ibsence de soucis), Tâme ne sera plus desséchée par rinquiétude, et, dans un tel milieu, les hommes unis par tous leurs intérêts, liés par des services réciproques, trouvant partout bienveillance et affection, s'abandonneront à tous les sentiments généreux et désintéressés qui se montrent encore parmi nous dans la première jeunesse, mais qui bientôt sont étouffés par une juste défiance de Tavenir, par les cruels soucis de la famille, atra cura.

Ne sent-on pas combien , dans cette société , le problème de la répartition serait facilement résolu , quand même tous ne seraient pas directement intéressés à en décider équitablement ?

ORGANISATION DE LA G0M11I3NE. i29

§ VI. Propriété,

C'est ici ie lieu d'aborder une question que la science doit résoudre , si elle veut prévenir les commotions dont la société est menacée -, une question qui, demain, peut abandonner les brochures, les livres, les journaux où elle est restée jusqu'à ce jour, pour descendre en armes dans la rue, et se développer à coups de fusils. C'est la question de la propriété , la question des droits réciproques du capital et du travail , droits que nous avons respectés à un égal degré, parce qu'ils sont légitimes.

Dominés toujours par cet esprit de simplisme dont nous avons cité plusieurs exemples, les uns se préoccupant des intérêts du propriétaire, ont refusé au travailleur toute espèce de droit ; les autres sentant que nul ne doit dépendre^ pour vivre, du bon plaisir d'autrui, ont déclaré illégitime toute propriété. Tant que les uns et les autres ne sortiront pas de cet exclusivisme, tant qu'ils persisteront à joindre à des affirmations qui sont justes et qui peuvent se concilier, la négation inique du droit qui leur paraît opposé au leur, ils n'aboutiront qu'à la violence ^ et la violence , si elle peut conduire , par l'écrasement d'un parti, à un équilibre factice et précaire, est impuissante à engendrer ua^^^^^^^^s^^^^ un accord définitif*

Souyent en butte aux attaques des deux camps , attaques qui se neutralisent Tune par l'autre *, Técole sociétaire , à plusieurs reprises , a formulé sa théorie du droit de propriété *, nous allons la reproduire en peu de mots.

Dieu a fait à Tespéce humaine un présent digne de sa magnificence ^ il lui a donné la terre ! La terre splendidement éclairée, animée, fécondée-, la terre enserrant dans ses entrailles tout ce que Thomme peut désirer, tous les biens, toutes les richesses.

Ce don appartient à tous ; nul homme, nulle génération ne peut légitimement en disposer à l'exclusion des autres hommes, des autres générations. Le riche comme le pauvre, le propriétaire et le prolétaire ont des droits égaux sur le sol primitif, sur les produits bruts de la nature. Ce droit, c'est le droit de vivre, que tous ont acquis par le fait seul de leur naissance.

Cependant l'homme, à f image de Dieu, peut aussi dans sa sphère transformer et créer. D'un sol ingrat il fait un champ fertile ; d'un roc informe il fait un palais ; d'une matière terreuse il tire des cristaux, des glaces, du fer, de l'acier, de l'or ; en un mot, il centuple la valeur de tout ce qu'il a reçu. Ce que l'homme tient ainsi de son travail lui appartient en propre ; il peut en disposer comme il veut, c'est son bien, sa propriété, c 'est /e droit du capital.

ORGANISATIOIV DE LA COHADRE. iSi

Mais chacun peut réclamer sa pari sur tout objet qui n'a reçu aucun perfectionnement de la main de rfaomme , et sur la valeur primitive et brute de toute chose travaillée. C'est le droit de tous, c'est le droit du iraçailleur.

Ce droit est largement reconnu dans la Phalange, où chacun peut s'emparer de toute matière première dont il espère tirer parti, en s'enrôlant dans les groupes chargés de la préparation de cette matière.

La Phalange va même au delà; bien qu'il ne soit plus possible de vivre aujourd'hui sans industrie, de fruits sauvages, de racines incultes, elle peut concéder le droit de ne rien faire à celui qui se résigne à un minimum assez élevé pour le mettre à l'abri de toute privation pénible.

Le droit du capital est également respecté. Dans ce milieu que nous avons esquissé , il se concilie parfaitement avec le droit du travailleur , il lui est associé, et oés deux droits se soutiennent l'un par l'autre, marchent parallèleifient, augmentent ou diminuent dans une même proportion.

Si l'homme est propriétaire légitime de tout ce qu'il a créé par son industrie, il peut en disposer comme il l'entend , il lui est possible de donner, s'il veut employer sa propriété à cet usage.

Ainsi l 'on est encore çroçmVaxtÇi \^^vwn& ^^ ^^ ^^"^

iSâ PREMIÈRE PARTIE. GH. IV.

Von reçoit par Tabândon volontaire d'un précédent possesseur.

Et comme rien ne limite ce droit naturel , on peut

encore donner en abandonnant la vie. Ainsi Théritage,

. si violemment attaqué dans ces derniers temps, est une

chose juste , un moyea légitime d'acquérir la propriété.

Les adversaires de l'hérédité en ont attaqué le principe, parce que, en civilisation, la propriété exclut le travailleur de son droit , parce que Théréditè y marche escortée de nombreux abus. Mais tout ce mal a pleinement disparu dans une phalange.

Tranquille sur le sort de ses enfants, qui ont une position sociale assurée, quelle que soit leur fortune, le père, s'il ne les oublie pas à sa mort, n'oubliera pai» non plus tous ceux qu'il aura aimés, tous ceux qui auront partagé ses travaux, ses goûts, ses plaisirs. L'héritage se fractionnera donc en un grand nombre de legs, et ainsi divisé, il aura perdu sd^ profonde immoralité, il ne sera plus impatiemment attendu de l'héritier, qui n'y verra qu'un précieux souvenir, qu'un cadeau sans effet bien sensible sur son sort, sur la position de sa famille.

Parmi les adversaires du droit de propriété, il s'e^t trouvé des hommes qui sont allés plus loin encore, qui 17/7/ compris dans une môme réprobation les droits du irarail et du talent. Ils veulent uiiçwU%<ê fe%A A^ VQwsy

ORGANISATION DE LA COXMUNE. i33

les biens, quel que soit le concours individuel à la production des richesses.

Pour justifier leur monstrueuse conception , les égalitaires entassent les raisonnements sur les sophismes et parviennent peut-être à prouver que, dans un milieu dévoré par la misère , il n^est pas juste d'accorder aux uns tous les raffinements de la sensualité, tandis que les autres ne peuvent assouvir leur faim. Mais, en conscience, s'ils demandent que le milieu social soit réformé , c'est qu'ils espèrent que l'humanité gagnera quelque chose à les écouter. Or le progrès le plus urgent, le moindre bénéfice que l'espèce puisse espérer de ceux qui prétendent la conduire, c'est une abondance des choses de nécessité, c'est une large satisfaction des besoins.

Il faut donc raisonner comme si la société devait parvenir à cet état de bien-être, sans quoi, misère pour misère , qu'elle croupisse sans se déranger de son grabat! et alors que devient la logique des égalitaires? que deviennent leurs déclamations sur celui qui mange la part de son voisin ?

n ne s'agit plus du nécessaire que tous possèdent. Il s'agit de satisfaire ses sens avec plus ou moins de recherche et de raffinement, il s'agit pour les uns d'une table de lieutenants où l'on ne se plaint pas , je vous jure, parce que les capitaines mangent à une table plus chère, et les officiers supérieurs à. uoft V.^U& '^V^'b. cbére encore.

i34 PREMIÈRE PARTIE. CH. IV.

Cette inégalité de fortune peut bien moins pour le bonheur, que l'inégalité en dose d'estime et d'affection que chacun est appelé à recueillir. Si les égalitaires sont forcés d'accepter ces inégalités naturelles , s'ils ne peuvent pas faire que chacun récolte une égale part d'amour, d'amitié, de considération, qu'importe une inégalité de plus?

Et même, plus il y aura d'inégalités diversement réparties, plus il y aura de chance pour arriver à une égalité par compensation, seul genre d'égalité qui puisse se concilier avec la nature , avec les penchants de l'homme.

D'un autre c6té, les propriétaires, quand ils veulent bien reconnattre que la répartition suivant le capital, le travail et le talent, n'est pas la communauté, nous accusent d'ôter son plus grand charme à la propriété, en la mettant sous cette forme actionnaire qui privera le possesseur de la satisfaction intime de dire : ceci est à moi y voilà mon jardin , voici mes bois , etc.

Nous prétendons , au contraire , que ce sentiment d'amour-propre qui se satisfait par la possession d'une belle chose, sera développé dans la phalange, plus que partout ailleurs !

Si les vergers, par exemple, sont bien cultivés; si riehemcDl parés de fleurs ou de fruits, ils font l'admiraiion du voyageur'^ la série des ^etgets, cotkçq^^

d^hommes qui, par leur trayail et leur intelligence, ont produit te beau résultat, ne dira4-elle pas ayec plus de raison que le propriétaire actuel , mon verger! que le propriétaire qui se glorifie du talent de son jardinier , du saToir-faire de son fermier, qui n'a pas une plume à lui , dans cette parure d'emprunt sous laquelle il se pavane.

Ce fait se produit déjà dans nos sociétés : le bibliothécaire qui, dans une ville de province, est parvenu par ses soins , sa patience et son travail , à former une collection de livres un peu complète, n'est-il pas heureux autant et plus que si ces livres étaient siens, que s'il avait travaillé dans son intérêt égoïste, au lieu de remplir une fonction sociale.

§ VII. Ordre et Liberté.

La conception de Fourier peut se résumer en deux grands théorèmes relatifs : le premier à l'ordre général, le second à la liberté de tous les êtres.

1*". La série distribue les harmonies. Ordre.

^. Les attractions sont proportionnelles aux destinées. Liberté.

La grande loi sériaire, appliquée à l'organisation sociale, se traduit encore sur la terre.» car l'otdxel^ ^^^5& parfait , et cet ordre se eotwXVv^ «H^^\^\^ûfc\\^'^''$^^

absolue-) car, pour s'organiser et foiictiouner dans la phalange, les hommes n'onl à suivre qu'un seul guide^ Tattraction, n'ont à obéir qu'à leurs tendances, n'ont à écouter que leur volonté.

Hommes, femmes, enfants, indépendants les uns des autres quant à l'emploi de leurs facultés , suivront donc leurs aptitudes et iront au bien sans qu'il soit né-

^ cessaire de les y pousser par la prédication , de les y maintenir par la loi ^ et c'est seulement du travail attrayant que peut nattre la liberté. Quelle liberté peut espérer le travailleur dans nos sociétés? Sous tous les régimes, n'est-il pas soumis au despote le plus impitoyable, la nécessité? La nécessité qui frappe celui qui résiste du plus horrible des supplices , la misère et la faim !

Dans la phalange , la liberté peut être pour ainsi dire sans limites. Là, bien que tous soient classés et hiérarchisés, bien que l'impulsion vienne d'en haut, bien que la conduite des groupes et des séries soit confiée à des chefs, ces chefs donnent des conseils^ mais non des ordres ^ et chacun peut décider contrairement à leur avis. C'est que, dans cette société où tous les intérêts sont confondus avec l'intérêt général , on ne peut admettre que plusieurs résisteront aune invitation faite, pour le bien commun, par ceux qui ont été recon- /jas }es pins capables; on ne peut croire que plusieurs

voudront se nuire à. eux-mêmes en dèAîv\%uawl \^tv w%

nécessairement bon ? Evidemment , la révolte contre l'autorité ne peut être qu'une anomalie, un cas exceptionnel, comme serait le refus de travailler. On laisserait bouder le récalcitrant comme on a permis au paresseux de se croiser les bras , et cette seconde tolérance aurait si rarement l'occasion de s'exercer, qu'elle serait sans danger, comme la première.

Ainsi Inerte absolue pour tous , même pour les enfants, à Taffranchissement desquels nul radical encore n'a songé ; pour les enfants qui ont droit aussi au libre essor de leurs tendances , et que la société soumet à la dépendance la plus absolue , à l'esclavage le plus dur et le plus complet.

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