‹ Solidarité: vue synthétique sur la doctrine de Ch. FourierChapitre 8 sur 51 · DISTINCTION ESSENTIELLE ENTRE LES DEUX PARTIES · texte numérisé non relu

DISTINCTION ESSENTIELLE ENTRE LES DEUX PARTIES

DE l'ouvrage.

Aujourd'hui, il se trouve dans tous les partis des hommes qui reconnaissent que l'industrie ne doit point rester livrée, sans régulateur, à l'arbitraire, au caprice de l'intérêt privé, mais doit être organisée. Cependant nul ne propose un plan pour cette organisation , nul ne peut dire ce qu'il ferait s'il était mis en demeure d'exécuter (i).

(i) Quelques-uns ont donné la réforme électorale comme un moyen, comme la voie qui deyait conduire à l'organisation du tra-

Seul Fourîer offre un projet, expose avec précision tous les détails d'une réforme complète. Ce projet, dont nous avons esquissé les principales dispositions, ne peut blesser aucune susceptibilité. II respecte toutes les idées reçues, tous les principes consacrés, et, par conséquent, pour le combattre, il n'y a pas à s'armer de ces principes.

Plusieurs cependant, avec une légèreté qui touche à la mauvaise foi, accusent obstinément Técole de tendre à l'abolition de la propriété, de la famille, de la religion, confondant, malgré l'évidence, la doctrine de Fourier, avec les théories saint-simoniennes, égalitaires , communistes , babouvistes et autres , qui sont tombées dans quelques-unes de ces aberrations.

Ne parviendrons-nous donc pas à faire comprendre que répartition suivant le capital ne veut pas dire abolition de la propriété ? Que la répartition suivant le travail et le talent ne conduit pas à V égalité? Sommes-

vail. Mais, en Térité, il n'est pas possible de prendre au sérieux une semblable proposition. Les partisans de la réfoime peuvent prétendre, ce qui n'est pas prouvé certainement, que le pouvoir constitué par cette réforme, aura meilleure volonté que l'ancien. Mais saura- t-il mieux ce qu'il faut foire? Evidemment non. Ces lumunes que là réforme appellerait à la Chambre, existent en oe moment, et rien ne les empêche d'exposer leur projet d'organisation , s'ils en ont un; ce serait en le mettant en demeure d'agir, qu'ils prouveraient le mauvais vouloir du Gouvernement et la nécessité de le modifier. S'ils se taisent, c'est qu'ils ne savent pas; s'ils ne savent pas, ce ne sont pas les bancs de la Chambre qui leur inspireront la science qui leur manque; et tant que la science manquera , la proposition d'organiser le travail pourra prendre rang, quant an résultat, à côté de la fameuse proposition faite à la tribune des rats , d'attacher un grelot au cou de Rominagrobis. Certes les rats de l'assemblée étaient pénétrés de l'excellence de la motion , pétris de bonnes intentioDB en sa faveur; mais , comme dit V. Considérant : /à's bonnes inlentUms ne suffisent pas , il faut encore awlvîi cVvftse

nous revenus au temps de la Tour de Babel? Ayonsnous cessé de nous entendre sur le sens des mots ?

N'est-il pas évident encore que la famille, telle que la constitue la loi, loin d'être détruite par la réforme, trouvera de nouvelles garanties de bon ordre et d'accord dans une phalange où les relations de parenté, où les rapports des sexes seront indépendants de ces considérations d'intérêt qui les compliquent, qui y engendrent si souvent la discorde, la haine et même le crime ^ dans une phalange où le père, la mère, les enfants n'ayant jamais de contact forcé, ne se réuniront qu'autant qu'ils y seront portés par une commune sympathie et pour leur commune satisfaction? La religion, la politique, peuvent-elles s'effrayer, plus que la morale, d'un essai qui peut se faire en tout pays, quelles que soient les lois et les coutumes, et sans qu'il y ait à modifier en rien la foi politique ou religieuse de ceux qui participeront à cet essai de leurs personnes ou de leurs capitaux ?

Ainsi, comme nous l'avons dit, il serait illogique de repousser l'école à priori, au nom d'un principe quelconque. Pour combattre celte école , il faut s'occuper directement du projet qu'elle présente, et prouver qu'il est, par lui-même, impraticable ou sans valeur.

L'école phalanstérienne propose donc une seule chose : organiser le travail dans une commune.

Si l'essai était fait, s'il donnait tous les résultats promis par la théorie, il serait nécessairement imité, et la réforme, s'étendant de proche en proche, envahirait rapidement toutes les communes du monde civilisé.

L'esclavage serait aboU à^ li\V, \^ \wiL\ ^^^ t^"»^ Nr. mécanisme de la série , lowle xxAxssXvNfc ^wk<\^^^

142 miERMËDE.

attrayante-, car il ne serait plus nécessaire de contraindre au travail Thomme (pii s'y livrerait par passion.

Puis les barbares et les sauvages qui répugnent à nos coutumes les accepteraient avec transport, quand elles offriraient à leurs penchants, qui sont les nôtres, une pleine et légitime satisfaction.

Et sur le globe entier, couvert de phalanges, les sciences, les arts et l'industrie se développeraient largement, et Tordre le plus parfait pourrait régner enfin avec la liberté la plus absolue.

Alors tout ce qui est en dehors de la commune, tout ce qui réunit et centralise, lois, mœurs, religion, gouvernement, tout tendrait à se mettre en harmonie avec Tordre nouveau : alors, Texercice de Tindustrie étant unitaire, tout convergerait vers Tunité, et les hommes chercheraient à s'unir dans une même foi religieuse, sous une même loi, avec des coutumes morales identiques.

Ce désir de voir Tunité régner en toutes relations humaines est un désir saint et légitime. La vérité est UNE : il est bien d'espérer qu'en toute chose les hommes sont appelés à la connaître, à la pratiquer.

Fourier a donc pu, sans se soucier du blâme injuste qu'il prévoyait, exposer sa pensée sur ces croyances, sur ces coutumes unitaires de l'harmonie. Cette pensée, dans le domaine de la théorie pure, non suivie d'une proposition^ doit rester sans action sur le présent. Elle sera acceptée ou repoussée par les générations de l'avenir, qui seules auront à décider.

C'est de ce point de vue qu'il faut étudier la seconde

Page 1