S6 MIEIIIÈRS PART1&. CH. III
sur lequel les moralistes ne manquent jamais de s'abattre en le définissant autrement que Fourier, eomme s'ils en avaient le droit quand ils veulent combattre les idées de Fourier. Ainsi, quand TEcole dit qu'elle appelle passion tout ce qui porte Tbomme à agir, tous les mobiles qui sont en lui, plusieurs répondent imperturbablement qu'il y a dans l'homme D'AUTRES MOBILES encore que les passions! I !
L'observation offrant parmi les hommes des caractères variés presque indéfiniment, il semble, à prefloûère vue, qu'il y a dans l'homme un nombre de passions trop grand pour qu'il soit possible d'en faire l'analyse. Les couleurs aussi présentent des nuance illimitées en nombre ^ cependant toutes dépendent des sept couleurs du prisme. Il en est de même des passions,, toutes se rattachent à quelques passions élémentaires qui se combinent entre elles avec des intensités différentes , et donnent ainsi tous Les caractères.
A, Toutes les passions de l'homme se résument en un désir d'être heureux, en un vœu d'un bonheur général doat il aurait sa part. Cette proposition sera peut-être en partie contestée, parce que l'on voit chaque jour l'homme cherchant son bien^tre propre , sa satisfaction personndle aux dépens des autres, profitant du malheur d'autrui, frappant même ceux qui lui font obstacle. Mais ces faits ne donnent pas le droit de
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conclure que le mal d 'autrui peut être en lui-même et d'une manière absolue une jouissance pour nous, puisque, pour les expliquer, il suffit d'admettre que, tout en souhaitant le bien pour tous, cependant nous nous préférons aux autres et nous voulons, avant tout^ notre bien-être particulier. Ainsi le philanthrope le plus éclairé, le plus ardent ami de l'Humanité, peut, préférant sa nation aux autres nations , se réjouir des triomphes de sa patrie engagée dans une guerre , sans qu'on soit en droit d'en conclure qu'il aime , en euxmêmes, le carnage et la dévastation.
Il faut reconnaître que si l'homme, ayant à opter entre son intérêt et celui de ses semblables , s'attaque aux intérêts opposés aux siens, c'est en étouflant ses sentiments naturels de commisération et de sympathie-, et cet acte qu'il commet est une douleur qu'il s'impose, parce qu'elle est pour lui moins cruelle que la douleur personnelle qu'il évite. Si donc il voyait la possibilité de travailler efficacement et directement à son bien-être propre, en concourant au bien général , il entrerait dans cette voie avec d'autant plus d'ardeur; qu'ainsi il ne souffrirait dans aucun des sentiments humains qui sont en lui et qu'il ne peut déraciner sans souffrance. Nous sommes donc en droit de dire comme nous l'avons posé en commençant : Les hommes désireraient marcher tous ensemble dans la route du bonheur ^ si cette route était assez large pour
que tous pussent s'y engager sans s'entraver les uns les autres (0.
Mais les hommes ne peuvent voir ce yœu satisfait tant qu'ils ont des intérêts en opposition. Ce vœu entraîne donc avec lui un besoin d'accord , d'harmonie entre les désirs de tous.
En outre, si ce bonheur, fruit de Tharmonie, était
(f ) Des exemples neinarquabfes prouvent que le déTOoement est natnrel aui hommes lorsqu'ils sont unis par des intérêts identiques. Ainsi une armée (l'armée française , par exemple , à la campagne de Russie ) est composée d'bommes unis par un désir commun d'ambition, de gloire et de patriotisme. Aussi, que l'une des fractions de ce grand corps soit compromise, toutes les autres s'émeuvent, tous se précipitent pour la protéger, même en donnant leur \ie. Et ce dévouement de tous pour tous est généra), chaque jour en fournit des exemples nouyeaux.
Mais au retour de cette désastreuse campagne , tonte tendance générale a disparu , tout lien est brisé entre ces soldats qui recalent. Us ne sont plus animés par cet espoir de conquête et de triomphe qui les unissait , ils marchent dans le seul but d'atteindre individuellement un climat moins rigoureux, de retrouver du soleil et du pain. Alors chacun songe exclusivement à soi« chacun voit dans ses compagnons un rival qui lui dispute sa maigre pitance, sa place au
foyer. Alors l'égoîsme se développe affreusement l Ce sont les
mêmes hommes cependant qui, la veille, se sacrifiaient si généreusement les uns pour les antres 1 II n'y a de changé que cette tendance conunune qui s'est évanouie par la défaite. Cependant encore , si l'ennemi se montre, s'il menace les fuyards , sa présence fait naître pour un instant un accord de désir et d'intérêt : le groupe disjoint se resserre , s'organise , le soldat retrouve son rang et chacun offre aux autres cette protection qu'il attend d'eux en retour.
Le dévouement est dans la nature humaine, il se montre de» qu'une opposition trop radicale d'intérêts n'est pas là pour l'étouffer. Quel incendie a manqué de travailleurs intrépides?... A quel naufrage à portée des secours les braves de la côte ont-ils fait défaut?...
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réalisé sur la Terre, les hommes sentiraient le besoin de croire que jamais ils ne retomberont dans un état moins heureux. Il leur faudrait donc la certitude d'être appelés, après la mort , à un bonheur au moins égal à celui dont ici-bas ils auraient la jouissance. En un mot, aspirant à un bonheur sans fin , ils voudraient que la satisfaction de ce vœu fût écrite dans les lois divines régulatrices de leur sort. C'est donc par un désir d'harmonie entre tous les êtres, toutes les créations, tous les mondes et Dieu , qu'il faut traduire cette tendance à un bonheur universel qui résume les passions de tous« Cette tendance, la seule qui soit au cœur de l'homme, puisqu'elle contient toutes les passions comme le blanc contient toutes les couleurs, a été nommée* par Fourier
TENDANCE A l'UnITÉ : UnITÉISME !
Si l'on ne connaissait de l'homme que cette passion d'Unité, tige de toutes les autres passions, on ne pourrait en induire qu'un vœu stérile d'harmonie, sans moyen de réalisation. Cette passion se décompose en d'autres qu'il faut trouver en pénétrant plus profondément dans le cœur humain.
L'homme désire le bonheur et craint la souffrance. Il peut jouir et souffrir de trois manières seulement : a. Indépendamment de ses rapports avec ses semblables, en lui-même ou dans son contact avec la nature ^
b. Dans ses rapports particuliers avec ceux de ses semblables qui ont un contact plus ou moins direct avec lui ^
c. Dans ses rapports généraux avec la Société. Telles sont les trois sources d'où découlent le bien
ou le mal ; les trois foyers d'où rayonnent le plaisir ou la douleur.
a. L'homme jouit ou souffre indépendamment de ses rapports avec ses semblables : 1". en lui-même, suivant que sa santé est bonne ou mauvaise, sa constitution robuste ou débile ^ 2"". dans son contact avec le milieu , suivant le degré de puissance qu'il possède pour faire plier ce milieu à sa volonté , pour se procurer les biens, objets de sa convoitise. L'homme désire donc la santé d'abord , et ensuite la richesse par laquelle il peut s'approprier les choses dont sa constitution l'incite à faire usage. Richesse et santé sont exprimées par le mot luxe dans le langage de Fourier : luxe interne ou santé, luxe externe ou richesse. La tendance au luxe est la première des passions sous-foyères , le premier rameau de l'Uniléisme.
b. L'homme jouit ou souffre dans ses rapports particuliers avec ceux de ses semblables qu'il connaît , suivant qu'il peut ou non se réunir à ceux qu'il affectionne pour s'occuper avec eux des ol^ets de leur commune sympathie *, suivant la facilité avec laquelle il se met en relation avec les uns et avec les autres , d'après
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la volonté, FimpulsioD, le caprice du moment. L'homme a donc le désir de s'approcher de ses semblables, de former avec eux des réunions, des groupes ^ et la TENDANCE AUX GROUPES osl la seconde ramification de rUnitéisme.
c. L'homme jouit ou souffre dans ses rapports généraux avec la Société, suivant que cette Société favorise ou comprime ses tendances au luxe et aux groupes , et règle avec plus ou moins de bonheur les rapports de ces groupes entre eux. La forme sociale désirée devrait donc, acceptant comme éléments ces groupes librement formés, les rendre utiles et productifs, sans leur faire perdre de leur puissance d'Attraction , de manière à conduire à la santé et à la richesse tous ceux qui s'y seront librement enrôlés. Elle devrait déterminer le mode des rapports à établir entre les groupes , les classer, les coordonner, en un mot, les organiser en séries , les groupes tendant à former des séries comme les individus tendent à former des groupes. La tendance AUX SÉRIES est donc la troisième subdivision primordiale de rUnitéisme.
Ce second pas dans l'élude de l'homme , celte analyse des trois passions sous-foyères, nous apprend que l'harmonie, vœu de l'Uniléisme, ne peut naître que d'une organisation des hommes en séries de groupes ; que la Société doit présenter un vaste réseau sériaire offrant à chacun la faculté de se placer successivement
€t fructueusement pour kii , dans les groupes qui lui conviennent, prés de ceut qu'il aime, et d'obéir ainsi au besoin actuel d'exercer. telle ou telle faculté.
Mais quel sera le caractère de ces groupes et de ces séries? A quelle condition doivent-ils satisfaire? Nous allons le chercher en décomposant les passions sousfoyéres comme nous avons décomposé TUnitéisme.
a. Tendance au luxe. Rappelons-nous que le mot luxe comprend deux choses nécessaires Tune à Tautre, santé et richesse. Sans la santé Thomme est inhabile à jouir du bien qu'il peut se procurer par la richesse, sans la richesse il ne peut atteindre aux plaisirs auxquels il est prédisposé par la santé.
L'homme a cinq sens par lesquels il peut être affecté d'autant de manières différentes. De là cinq appétits sensuels , cinq rameaux de la passion tendance au luxe.
a. Passion de satisfaire le gout.
b. Passion de satisfaire l'odorat.
c. Passion de satisfaire la vue.
d. Passion de satisfaire l'ouïe.
e. Passion de satisfaire le tact.
Ce sont les seules passions de cet ordre ; nous les appelons sensitives.
b. Tendance aux groupes. Une réunion, un groupe,
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jouit de propriétés différentes suivant la cause qui a déterminé sa formation. Cette cause peut varier, parce qu'il y a des inégalités entre les hommes , et les inégalités à considérer, quant à la formation des groupes , ne sont que de trois espèces :
l"". Les hommes sont inégaux par le rang qu'ils occupent, rang qui est la conséquence de leur fortune , de leur talent, de leur valeur ;
2"*. Uâ différent par le sexe -,
5°. Ils sont de diverses familles et diffèrent encore par la naissance , par le sang.
De là quatre espèces de groupes :
f. Groupe formé sans tenir compte d'aucune des inégalités naturelles , groupe où régnent la confusion et Tégalité des rangs , groupe d'amitié.
g. Groupe où les hommes, classés d'après leur rang, sont conduits par des supérieurs vers un but capable de satisfaire leur ambition. Réunion ambitieuse ,
GROUPE d'ambition.
h. Groupe formé par la tendance des individus différents par le sexe à s'aimer, à s'unir, groupe d'amour.
i. Groupe formé sous l'influence du lien de parenté, réunion familiale d'individus, groupe de famille.
Amitié^ ambition, amour et familisme, ou lien de parenté, sont donc les quatre passions comprises dans la tendance aux groupes , les quatre passions qui tendent à rapprocher les hommes ^ à les réunir
affectueusement. Ce sont les seules passions affectives.
c. Tendance aux séries. Le lien entre les groupes doit être formé par l'organisation sériaire qui les met en rapport. Le rapport d'un groupe à un autre groupe ne peut être qu'hostUe, ami ou indifférent. Un homme fonctionnant dans un groupe peut désirer le contact d'un autre groupe par trois raisons :
j. Il cherche le contact des groupes rivaux avec lesquels il veut se mesurer.
k. Il aime la présence des groupes amis^ parce qu'ils le soutiennent dans ses prétentions , et qu'il se plaît à les soutenir de même.
I. EnGn la fatigue et l'ennui qu'il éprouverait s'il s'occupait sans cesse des mêmes choses en face des mêmes hommes , lui font sentir le besoin d'abandonner momentanément le groupe qu'il avait choisi pour passer dans un nouveau groupe indifférent aux prétentions générales du premier, mais vers lequel il se sent entraîné personnellement par quelque Attraction.
Ainsi la tendance aux séries se décompose en trois passions : passions de rivalité^ d'accord, de diversité.
j. Rivalité. Cette passion est un besoin d'intrigue, de lutte, de cabale, si naturel à l'homme que tous ses jeux, de l'enfance à la vieillesse, ne sont qu'une lutte entre plusieurs partis. Lorsque cette passion nous
DE l'hommb, de ans fagultés, etc. 63
aaime, nous oublions la latigue pour me sentir qu'ardeur et plaisir. C'est une fougue , mais une fougue réfléchie^ car celui qu'elle domine calcule ses aictes de manière à ne perdre aucune chance de succès. Connue déjà par plusieurs de ses effets , cette passion a reçu différents noms suivant le rôle qu'die a joué, d'après les circonstances où elle a parq. On Ta nommée noble émulation, esprit d Intrigue, seieace diplomatique, passion du jeu, du trafic, envie, etc. Fourier le premier ayant nettement caractérisé cette passion , ainsi que les deux suivantes, a dû lui donner un nom propre qui lui manquait. Il Ta appelée Cabâlistb.
k. Accord. Le besoin d'accord natt d'une pas^on qui est en tout l'opposé de ta précédente. Ces groupes amis qui nouseontemplent,cette vasteréunion d'homme» qui applaudit à nos efforts , font oattre en nous un enthousiasme aveugle , une fougue irré/léMe qui exclut la raison et nous porte à des actes de courage «ft de dévouement qui géraient impossibles si nous agbsions de sang-froid. Un plaisir simple n'est guère capable de développer cet enthousiasme ; il veut un plaisir coinposé de plusieurs plaisirs. Son domaine est surtout l'amour, l'amour complet agissant sur l'âme et sur les sens. Cette satisfaction multiple , qui seule peut engendrer cette passion , lui a fait donner le nom de Composite.