I. Diversité. Le dernier rameau de la tendance aux
(>6 PREMIÈRE PARTIE. CH. Ul.
séries est ce besoin qu'éprouvent tous les hommes de varier leurs occupations. Un plaisir même devient à la longue monotone et fastidieux. Cette passion , sous le nom d'inconstance , est généralement regardée comme un vice ; nous verrons qu'elle est destinée à jouer plusieurs rôles essentiels ; entre autres, c'est elle qui doit prévenir les excès en maintenant l'équilibre entre les facultés de l'homme. Cette passion est nommée Papillonne.
Cabaliste, Composite, Papillonne, sont les passions DiSTRiBUTivES; les groupes doivent être distribués en séries conformément à leurs exigences. .
La subdivision des trois passions sous-foyéres a donc donné douze passions radicales qui pourraient être divisées à leur tour d'une manière analogue ^ ces subdivisions se continueraient indéfiniment (0. Mais nous avons pénétré assez avant dans l'étude des passions humaines , nous en savons assez pour déterminer la forme de la Société naturelle que nous voulons découvrir.
Le tableau suivant résume ce qui précède.
(I) Ainsi dans la passion ouU se trouye le désir de musique, désir qui peut se subdiviser en désirs d'harmonie , de mélodie . de symphonie, etc. Je cherche à faire comprendre comment les passions radicales peuvent se décomposer, sans prétendre donner ici une division régulière de la passion ouïe.
DE l'hOHHE, de ses FÂCDI»t6s , ETC. 67
Ânimiqaes.
Sensitives. Affectives. Distributives.
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Quelques développements sont encore nécessaires pour que ce tableau soit bien compris.
a. Les passions sensiti^es , pouvant trouver quelque satisfaction dans Thomme isolé, ne tendent pas directem«it é le réunir à ses semblables, ne sont pas directement sociales. La Société doit savoir les rendre sociales indirectement, faire d'elles un renfort de sociabilité.
b. Les passions affectives sont bien directement sociales , l'homme ae pouvant les satisfaire en aucune manière hors du contact des autres hommes. Pour bien comprendre les passions de cet ordre, il faut remarquer que chacune d'elles a deux ressorts, Tun spirituel, l'autre timtériel, ce qui est indiqué au tabteau suivant par les lettres S et M.
AaiTiÉ, I S Affinité de earactères;
AffêctUm unisexuelle, \ M Affinité de penchants industries.
AMBITION , ( S Ligue pour la gloire ;
Affection coi-porative^ \ M Ligue pour Tintérét.
ÂHOOR, ( M Amour physique;
Affection bisexnette. { S Amour anfrnlqne.
Famiushb^ j M Lien de consanguinité;
Affection consanguine. \ S Lien d'adoption.
Il est impossible de concevoir une réunion d'hommes librement formée qui n*ait pour cause une ou plusieurs des quatre affectives , agissant par un des ressorts ma-
DE l'homme « DE SES FAGIU.TiS » ETC. 69
tériel ou spiriluel de la passion , ou par les deux ressorts à la fois.
Un groupe formé sous riaibieuce du seul ressort matériel manque de noblesse ; il manque d'utilité si le ressort spirituel seul est en jeu; le groupe est parfait , noble et utile en même temps, s'il est formé par les deux ressorts de la passion.
Les deux premières affectives, où le ressort spirituel est placé en première ligne, parce qu'il y domine, sont les affectives d'ordre majeur. Les deux dernières sont d'ordre mineur^ le spirituel y est subordonné au matériel.
Fourier a cherché les propriétés des groupes et les a résumées en plusieurs tableaux que nous allons donner successivement.
Le premier tableau indique le ton naturel à chaque groupe , le second fait connaître d'où part l'impulsion lorsque le groupe doit agir.
Le troisième tableau , sur lequel l'attention doit se fixer principalement, a rapport à la critique, à la critique qui corrige , redresse , qui est ainsi un des éléments de l'éducation. Chaque groupe a un mode de critique qui lui est propre et qui serait déplacé dans tous Jes autres.
1% Von.
Groupe d' Amitié ou nivellement :
Cordialité et confusion de rangs.
TS PBâBankaiR partie, cb. »;>
Les sexM sont aussi sous Fiafluence phispartkalière de quelques-unes des affectites ; Les affectives majeures dominent dans rhoinme; les affectives mineures dans la femme. Tel est le genre d'égadité qui existe entre les sexes : en relatioos d'amitié ou d'ambition , rhoÉtine est supérieur ; la femme a le pas dans les relations d'amour et de famille.
Ces régies sont sujettes à des exceptions dont nous parlerons quand il y aura lieu.
€. Si les honunes n'avaient que deâ passions sensitives et affectives , ils chercheraient bien à se réunir pour former des groupes, mais ces groupes seraient toujours étrangers les uns aux autres. Le lien entre les groupes part des passions distributives, qui tendent à réunir les hommes en séries, à les former en faisceaux, à faire un seul tout de THumanité.
A. Tout homme à Tétat normal porte au cœur toutes les passions. Privé d'une passion, l'homme serait mutilé, comme s'il était privé d'un sens. L'individu est différencié, son titre cc^ractértelesi déterminé par l'é- Aergie absolue et relative de ses passions, et ce titre donne sa position naturelle dans la Société.
Les sensitives (mode passif) correspondent plus particulièrement au matériel*, les affectives (mode actif) ^ à l'âme, au cœur*,, les distributives (mode neutre), dt l'intelligence, à l'esprit. ^
DB l'homme, DB ses FÀCULTÉgy ETC. 73
D'après la manière dont Fourier s'est posé le problème social, son système croulerait parla base, s'il avait mal compris l'homme, s'il avait omis quelquesunes de ses passions. Il convient donc de ne pas passer légèrement sur ce chapitre donné à l'analyse de l'âme humaine, et de chercher s'il est, en dehors des forces motrices que nous avons trouvées , d'autres forces en vertu desquelles l'Jiomme agit.
Dans le tableau des passions , nous n'avons pas com-> pris ces habitudes vicieuses auxquelles on a donné le nom de passions, et qui sont, non des passions dans le sens que nous avons attribué au mot , mais des effets subversifs de passions.
Ainsi la colère n'est pas une passion, car elle nest pas par elle-même. Elle naît d'une passion blessée, elle est un mauvais effet résultant d'un amour trahi, d'une ambition déçue, etc. L'amour, l'ambition, resteront toujours au cœur de l'homme, mais la colère ne s'y montrera plus , s'il parvient à éviter les contrariétés et les déceptions.
L'ouvrier enchaîné chaquejour à un travail rebutant, pour que sa vie entière ne soit pas un supplice , cherche de temps en temps quelques distractions à son dur labeur. Et quel plaisir lui est offert, dans nos Sociétés, si ce n'est le cabaret? Il boit donc, parce qu'il trouve dans rivresse quelques élans qui raniment sa vie déco-
lorée, parce qu'il y puise rinsouciance et un peu d'espoir. Mais si sa vie était heureuse, si son aveoir était assuré , s'il avait chaque jour à choisir entre plusieurs plaisirs, s'adonnerait-il à un seul? Ne voit-on pas Tivrognerie disparaître si Ton s'élève à des classes plus heureusement placées sur l'échelle sociale?
Le vol, le brigandage, qui naissent ordinairement du besoin de satisfaire les appétits sensuels, du désir de posséder, de la tendance au luxe^^ ne se retrouvent pas davantage dans les classes moyennes et supérieures où cette même tendance peut se manifester par l'activité , par l'esprit d'ordre et le travail. Ainsi, tel qui figure aujourd'hui sur les bancs d'une cour d'assises, placé dans d'autres circonstances , pour obéir aux mêmes penchants qui l'ont conduit là, fût devenu un membre utile de la Société.
L'inconstance ou Papillonne est une sage impulsion de la nature qui porte l'homme à exercer alternativement toutes ses facultés physiques et intellectuelles , facultés qu'il ne peut avoir reçues pour les laisser dans l'inaction. C'est parce qu'ils n'obéissent pas à ce penchant , parce que le riche néglige d'user de sa force physique , parce que le pauvre ne peut exercer son intelligence, qu'ils reçoivent de si graves lésions dans leur santé et dans leur esprit. L'inconstance est un mal dans la Société présente, où chaque homme , n'ayant qu'une occupation utile, devient oisif dès qu'il l'aban-
DE l'hOIOIE, de ses FACULTES, ETC. 75
lionne. L'inconstance serait un bien, si la Société offrait à chacun des occupations utiles, variées et appropriées il toutes ses facultés.
La paresse est le désir bien naturel d'éviter la peine, mats non l'action ; le plus paresseux est souvent le plus ardent au plaisir. La paresse ne sera qu'une anomalie , lorsque le travail sera attrayant.
L'oisiveté est un état passif où l'homme ne peut se plaire longtemps. L'ennui le pousse bientôt à agir : l'ennui qui indique le besoin de s'occuper comme la faim le besoin de manger. L'homme se plaît dans l'exercice de ses facultés, mais il veut les exercer agréablement^ c'est-à-dire pour la satisfaction de ses passions. S'il refuse le travail , c'est que le travail offert contrarie ses passions, le fait souffrir, et qu'à la douleur active il préfère un état passif, l'état de repos.
On parle d'individus et même de peuples invinciblement paresseux *, on cite les populations du Midi de l'Europe. Mais c'est là précisément que les hommes embrassent volontiers les plus pénibles, les plus dangereux métiers, des métiers qui les exposent aux plus grandes fatigues, aux plus «rudes épreuves , à l'emploi poussé jusqu'à l'excès de toutes les facultés. L'Espagne et l'Italie ne sont-elles pas la terre classique des contrebandiers et des brigands ?
Pourquoi les hommes de ces contrées préfèrent-ils ces rudes professions aux professions paisibles de l'a-
76 PEfimiÈllfi PARTIS. GH«, UU
gricullureet del1ndu9trie?G'estcequ6 doit comprendre aisément celui qui nous a suivi dans l'analyse que nous venons de faire des passions humaines (0.
La Gabaliste, ce besoin de lutte qui engendre souvent la discorde , la haine , la guerre , est aussi la source de cette noble émulation qui porte les hommes à se distinguer par le savoir, le talent, Tutilité.
L'avarice, dégagée de toute crainte de privation pour soi ou pour les siens , est un effet d'Unitéisme. Celui qui est porté à des épargnes minutieuses rendra de grands services à la Société de Tavenir. Alors ce caractère, consacré au service de tous, ne foi|ctionnant plus dan^
(t) « Faut-ii que nous montrioDS aussi qne la paresse, ce TÎoe quà TBut tant de remontrances , de sermons et de punitions à la malheureuse enfance , n'est point non plus une disposition innée de notre nature» Mais qui donc aujourd'hui n'a compris que» puisque rhomme est.nn composé de facultés et de forces diverses « il est radicalement impossible qu'if soft un paresseux ? Est-ce qne des forces peurent exister et ne pas tendre à s'exercer? Et cependant il est indubitable qu'il existe des enfants et des hommes paresseux, — c'çst^àrdire des individus dont les facultés refusent de s*eiercer, dumoinsde s'exercer utilement. Mais qu'y a-t-il d'étonnant à cela» si les circonstances dans lesquelles ces facultés sont appelées à s'employer, leur sont tellement contraires, que leur exercice devienne une douleur pour l'individu? — - Or, ce que nous supposons en ce moment est précir sèment ce qui a lieu. — Les conditions du travail , dans l'absence actuelle de toute organisation régulière , sont généralement incompatibles avec le facile et agréable exercice de nos facultés intellecr ttt'elles et corporelles. Là est toute l'explication de la paresse, qui n'est en définitive, comme on voit, que l'expression de la répugnance des individus pour les choses qui ne concordent pas avec leurs dispositions uatîves. »
( Exlrnit d'un travail inédit d\imédée Paget. )
BE L^HOllMEy DE SES FACULTÉS, ETC. 77
un intérêt exclusivement égoïste, n'aura rien de méprisable*, il sauvera de la destruction mille choses que les autres dédaignent^ de débris minimes et sans valeur «n apparence, il saura tirer de magnifiques économies qui tourneront au profit de TUnité sociale (0«
En passant en revue, de cette manière, tous les «excès , tous les vices qui dégradent aujourd'hui Tespèce humaine , on peut se convaincre que si ces vices se rattachent à quelques passions , ils n'en font pas cerilainement partie essentielle*, qu'ils dépendent au contraire de circonstances extérieures qu'il est possible d'éviter. Il y avait donc à découvrir la Société où toute - iroie mauvaise serait fermée aux passions , où le chemin de la vertu serait une large route semée de fleurs, et non pas un sentier couvert d'épines. Il y avait à faire «e que Fourier a fait.
Mais nous devons laisser les passions pour un moment, nous les reprendrons pour juger la Société dont aious allons expliquer l'organisation , par son degré de convenance avec elles.
(I) Ce rôle est représenté analogiquemeDt par an animal domestique fort utile en pratique , mais tellement méprisé en parole . que c'est à peine si j'ose en écrire le nom : le cocbon l Tout ce que les ^autres animaux refusent, le cochon l'accepte; il sait extraire de la nourriture la plus dédaignée jusqu'à la dernière parcelle nutritive; «t pour tous ces restes qui sans lui eussent été perdus, il rend à fl'honmie une chair savoureuse dont plusieurs parties figurent avec 4»rgueil même sur la table du riche.