‹ Solidarité: Vue synthétique sur la doctrine deChapitre 14 sur 42 · V. La série distribue les harmonies. Ordre · texte numérisé non relu

V. La série distribue les harmonies. Ordre

2°. Les attractions sont proportionnelles aux DESTINÉES. Liberté.

La grande loi sériaire, appliquée à Torganisation sociale, se traduira encore sur la Terre par l'ordre le plus parfait, et cet ordre se conciliera avec la liberté la plus absolue -, car pour s'organiser et fonctionner dans la Phalange , les hommes n'auront à suivre qu'un seul guide, l'attraction, à obéir qu'à leurs tendances, à écouter que leur volonté.

Hommes, femmes, enfants, indépendants les uns des autres quant à l'emploi de leurs facultés, suivront donc leurs aptitudes et iront au bien sans qu'il soit nécessaire de les y pousser par la prédication , de les y maintenir par la loi; et c'est seulement du travail attrayant que peut naître la liberté. Quelle liberté peut «spérer le travailleur dans nos Sociétés? Sous tous les •régimes, n'est-il pas soumis au despote le plus impitoyable, la nécessité? La nécessité, qui frappe celui qui .résiste du plus horrible des supplices, la misère et la faim.

Dans la Phalange, la liberté peut être pour ainsi dire sans limites. Là, bien que tous soient classés et hiérarchisés, bien que l'impulsion vienne d'en haut., bien que la conduite des groupes et des séries soit confiée à des chefs, ces chefs donnent des conseils ^ mais

non des ordres^ et chacun peut décider contrairement à leur avis. C'est que, dans cette Société où tous les intérêts sont confondus avec l'intérêt général , on ne peut admettre que plusieurs résisteront à une invitation faite, pour le bien commun, par ceux qui ont été reconnus les plus capables; on ne peut croire que plusieurs voudront se nuire à eux-mêmes en dédaignant un avis nécessairement bon ? Evidemment la révolte contre Tautorité ne peut être qu'une anomalie, un cas ex^ ceptionnel, comme serait le refus de travailler. On laisserait bouder le récalcitrant comme on a permis ^u paresseux de se <;roiser les bras, et <;ette seconde tolérance aurait si rarement l'occasion de s'exercer, qu'elle serait sans danger, comme la première.

Ainsi liberté absolue pour tous y même pour les en^ fants, à l'affranchissement desquels nul radical encore n'a songé ^ pour les enfants qui ont droit aussi au libre essor de leurs tendances , et que la Société soumet à la dépendance la plus absolue, à Tesclavage le plus dur et le plus complet.

§ Vni. Phalange d'essai.

On se fait, dans le monde, de trés-fausses idées sur les procédés à suivre pour organiser la première Phalange. Nous donnerons, sur ce point, quelques explica-

IKO PREMIÈRE PARTIE. GH. lY.

lions tendant à prouyer que Tapplication des principes découverts par Fourier peut se faire avec assez de méthode et de prudence, pour que le succès, un suceè$plu$ ou moins prompt , soit assuré.

Supposons satisfaites les conditions premières d'un essai. Une Société est formée, elle possède des capitaux largement suffisants et un terrain convenable.

Le gérant (0 aura scrupuleusement étudié la propriété à exploiter, en elle-même et dans ses relations établies ou à établir. Il aura déterminé le genre de culture à appliquer à chaque nature de sol , les industries à joindre à Tagriculture, d'après les convenances, les débouchés de la localité. Les plans et devis des con* structions pour logements , étables , magasins , ateliers» etc., seront arrêtés, ainsi que Tétatdu matériel nécessaire à Texploitation. Enfin le gérant saura combien d'ouvriers de chaque spécialité il doit appeler eueceêsivement.

Pour Tenrôlement des travailleurs , le gérant , sans l^'inquiéter des connaissances plus ou moins étendues qu'ils peuvent avoir en Science sociale, cherchera des hommes robustes , probes , zélés , intelligents , songeant surtout à mettre à la tête de chaque branche de

(1) Le gérant oa la gérance» assisté d'hommes spéciaux» agronomes, ingénieurs» etc. Pour abréger, nous sous-entendons tous ces détails.

ORGANISATION DE LA COMMUNE. iM

travail des contre-mattres capables de bien diriger les ateliers, de former de bons élèves.

Les travailleurs seront enrôlés aux conditions qu'on leur fait aujourd'hui. En échange de leur temps, qui appartiendra à la Société, ils recevront un traitement fixe capable de les attirer et de les retenir. Ils prendront connaissance des règlements auxquels ils devront se soumettre sous peine d'exclusion.

Les travailleurs seront appelés les uns après les autres , à mesure des besoins , pour qu'il n'y ait jamais encombrement ni chômage. Suivant le mode civilisé, on mettra chacun à l'œuvre qu'il connaît, l'agriculteur aux champs, le vigneron aux vignes, le maçon aux bâtisses, le forgeron à la forge, etc*

On cherchera cependant déjà à simplifier la tâche de chacun en approchant, autant que possible, du travail parcellaire tel qu'il se pratique dans les grandes manufactures , en employant plus particulièrement chaque travailleur à la tâche qu'il préfère et qu'il exécute plus parfaitement.

L'étatrmajorde la Phalange sera réduit au plus simple nécessaire. Il faudra des chefs pour chacun des travaux domestiques , agricoles , manufacturiers , et pour la comptabilité. Ces emplois pourront être confiés, de préférence, à des Phalanstériens.

On débutera donc par une exploitation purement ci* vilisée , où l'on se préoccupera d'abord exclusivement

152 PREMIÈRE PARTIE. GH. lY.

d'établir Tordre, l'ordre, première condition de f Harmonie.

Avec des capitaux abondants , un territoire fertile , de bons ouvriers, des chefs intelligents, un gérant ferme et capable, l'entreprise marchera. Toutes les forces s'utiliseront, tous les rouages fonctionneront ayec régularité , et bientôt le produit suffira pour payer les travailleurs et servir un intérêt aux actionnaires.

Parvenue à ce point, l'exploitation ne pourra plus péricliter, puisque le statu guo même ne serait pas menaçant pour elle. Alors le gérant^ respirant à l'aise, pourra préparer et exécuter de prudentes innovations. Alors il songera à la seconde condition de l'Harmonie, là

Page 1