DROIT DIT PLUS FORT
Partant de cette définition du mot vertu , hors de laquelle on tombe inévitablement dans V arbitraire, dans le puéril et dans V absurde (0, Fourier a posé que les rapports des sexes seront vertueux, d'autant plus qu'ils contribueront plus puissamment au bonheur de Tespëce humaine.
En conséquence , il a cherché comment les hommes pourraient être organisés, quant aux relations d'amour, en corporations ass^ nombreuses pour que chaque
(1) Pour n'avoir pas compris le sens du mot vertu, avant et depuis Cicéron , les hommes ont prétendu se faire un mérite d'actes incroyablement absurdes. Les nos ont roiila mériter en renonçant à parler, sans doute parce que Dieu nous a doués de la parole aOn que nous gardions le silence t Les autres ont bien consenti à utilîser le sens de la vue , mais seulement pour contempler obstinément le bout de leur nez ! Geui-ci , méprisant le tact que Dieu a doué d'une exquise sensibilité ponr que nous soyons à l'instant prévenus de toute approche désagréable ou dangereuse, l'ont brutalement offensé en se couchant sur la cendre , sur la pierre ou même sur des pointes de fer ! Ceni-là ont imaginé de tourmenter le sens du goUii et son subordonné Xestomac , en leur refosant même le nécessaire 1 Ils se sont conduits comme un enfant que sa mère^ dans sa tendre sollicitude, aurait couvert de vêtements cfaand» et commodes, et qui s'empresserait de les souiller > de les lacérer: se dépouillant ainsi, non par étourderie, mais par une volonté froidement raisonnée I non ponr ocmvrir ceux qui sont iim, mais pour montrer le mépris qu'il a pour ces choses qui lui ont été données avec tant d'amour t....
caractère trouvât sa place naturelle, une place qui lui permtt de se dessiner franchement, de se développer librement , sans cesser d'être utile et noble à un haut degré.
Les mœurs de la Civilisation peuvent-elles soutenir le parallèle avec les mœurs décrites par Fourier ! Les hommes sont-ils donc assez aveuglés par les préjugés , pour ne pas voir immédiatement de quel côté est la vertu, de quel côté est Timmoralité et Tignominie?
Mais ce n'est pas à la Civilisation, à ce qui est, que songent les Moralistes quand ils nous combattent : ces hommes , qui nous appellent utopistes , prennent pour terme de comparaison un idéal qu'ils ont rêvé, une Société imaginaire et impossible , où chaque femme serait une Baucis^ chaque homme un Philëmon^ Société où les humains marcheraient deux à deux, chaque couple s'isolant le plus possible des couples voisins.
Comme ils ont les yeux crevés par cette vérité qu'il y a des hommes et des femmes fort peu semblables au couple modèle , ils pensent modestement que c'est une faute que Dieu eût évitée s'il les eût consultés, et fabriquent des traités de morale pour réparer cette faute , en réprimant certains penchants dont Dieu a malencontreusement gratifié l'espèce humaine.
Et quand ils ont lancé, ad hoc^ quatre cent mille
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volumes, sans avoir, modifié d'un atome le système passionnel de l'homme, ils se disposent à en lancer quatre cent mille autres , avec la patience de Sisyphe roulant son roc vers le sommet où jamais il ne doit rasseoir.
A ceux qui les dérangent un instant de leur œuvre danaïdale^ pour leur montrer une route nouvelle, une route conduisant plus sûrement au but, ils crient en grossissant leur voix : immoralité !
Immoralité!... parce que nous acceptons tous les caractères pour les utiliser et les ennoblir, tandis que vous ne savez que les dégrader en les repoussant !
Immoralité!... parce que nous présentons de hautes fonctions , de nobles rôles , aux Aspasies , aux Ninons , aux Jocondes , aussi bien qu'aux Pénélopes et aux Orphées ; tandis que vous n'offrez que le désordre et la débauche aux caractères volages, que l'égoïsme conjugal détaché du mouvement social aux caractères constants!...
Immoralité!... parce que nous croyons en Dieu, parce que nous affirmons qu'il a tout fait pour le bien ^ tandis que vous osez prétendre que , en organisant rhomme, Dieu a travaillé pour le mal.
En terminant sur un sujet si difficile, il doit nouî^ être permis d'appeler le Maître au secours du disciple ;
nous allons donc citer Fourier. Par cette citation, il
sera bien établi que les Moralistes, s'ils éblouissent par quantité de bonnes intentions, ne brillent pas, à beaucoup prés, d'un pareil éclat, par la logique et le raisonnement. Ne pouvant s'occuper de tous les livres de morale, il y en a des milliers, Fourier a choisi un des ouvrages qui sont admirés avec le plus de ferveur ; il a pris Télémaque. Que dîra-t-on s'il est prouvé que , dans ce livre si vanté, il n'y a pas un atome du plus simple bon sens. Ab uno disce omnes!
La citation , à cause de sa longueur, a été placée à la fin du volume.
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