CHAPITRE Vn
Il y a aussi des corps célestes et des corps terrestres, maïs les corps célestes ont on antre éclat qne les corps terrestres.
Le corps, comme nne semence, est maintenant mis en terre plein de corruption, et il ressusdtera incorruptible.
Il est mis en terre comme nn corps animal , et il ressuscitera conmie un corps spirituel : comme il y a un corps animal, ily aun corps 5pirittie{, selon qu'il est écrit.
St. Pâcil aux Corinthiens,
Vous prendrez la forme d'un ange; De l'air tous parcourrez les champs.
Votre joie, alors sans mélange.
Vous dictera les plus doux chants.
L'aimable paix, qne la terre a proscrite.
Geindra de fleurs yotre front radieux.
Ah I sans regret, mon âme partez Tite, En souriant, remontez dans les cieux.
Db BiRÂRGEB.
Nous ayons prouvé qu'il était donné à l'homme de se placer dans un milieu où il serait en unité avec luimême, où il y aurait accord parfait entre ses penchants et ses devoirs, entre sa passion et sa raison. Mais Tunité
de rhomme avec lui-même ne constitue pas , à elle seule, l'unité universelle, qui se compose de trois branches :
4°. Unité de l'homme avec lui-môme 5 2**. Unité de l'homme avec Dieu -, 5°. Unité de l'homme avec l'univers.
Et, si tout finissait avec la vie présente, l'homme, sous plusieurs points essentiels , ne serait pas en unité av€C Dieu, qu'il pourrait accuser encore d'injustice et de partialité.
Les hommes, vivant ensemble dans le même siècle , auraient bien des intérêts à peu près identiques , pendant la majeure partie de leur existence , mais il n'y aurait pas de liens entre les diverses générations. Ainsi, ceux qui ont vécu pendant les périodes douloureuses de la vie humaine, ceux qui, par un travail d'esclave, en créant l'industrie, les arts , les sciences, ont donné puissance d'organiser l'Harmonie, pourraient reprocher à Dieu de les avoir créés dans les âges de souffrance , en réservant ses privilégiés pour les époques de bonheur. En Harmonie même , le mal existera , bien que réduit à la proportion de l'accident, et celui qui, lésé par un accident dans son développement passionnel , dans l'essor de ses facultés, sentira que sa vie est en partie manquée, accuserait Dieu avec raison. Puis le vieillard, le malade au bord de la tombe , seraient sans
lien avec les choses de la terre ^ car, à Tiostant suprême, qu'auraient-ils à s'inquiéter des progrès, des améliorations , des découvertes ? Quelle solidarité entre eux et ceux qui leur survivront ?
Une vie ultérieure est nécessaire pour résoudre ces difficultés, elle est nécessaire encore, parce que Dieu, qui en a mis le désir au cœur de tous les hommes , ne peut leur avoir donné cette préoccupation pour leur tourment.
Pour que notre destinée soit une, pour que le sort de chacun soit toujours dépendant du sort de Tespèce entière, il faut que l'autre vie soit liée à la vie présente, que les deux mondes soient solidaires, que dans Tun on ne puisse pas être indifférent à ce qui se fait dans Taulre.
Pour que nul ne puisse se plaindre d'avoir été traité avec défaveur, il faut que les existences individuelles se compensent, s'équilibrent; et cet équilibre doit nattre naturellement des lois de la création, sans que Dieu , à chaque instant, ait à intervenir, à modifier l 'ordre établi .
La conception de Fourier remplit-elle ces conditions, résout-elle ces difficultés, et le peut-elle seule, à l'exclusion de toute autre théorie cosmogonique ?
Les substances que nous offre la nature peuvent se classer en deux catégories bien distinctes, par leurs propriétés et par leur mode d'action sur nos sens.
La première catégorie comprend les substances que nous pouvons saisir , diviser, transporter, peser, les substances pondérables.
La seconde se compose de substances tellement subtiles qu'elles échappent souvent à nos sens, quoiqu'elles puissent se manifester, dans certains cas , par des effets d'une effrayante énergie. Ces substances, dont nous ne pouvons nous rendre maîtres d'une manière absolue, auxquelles les balances les plus délicates ne font reconnaître aucun poids, sont les fluides impondérables y que nous désignerons encore sous le nom d'arômes (0.
Le globe est donc composé de substances pondérables et d'arômes.
L'âme humaine, avons-nous dit, est un moteur : ce moteur a besoin d'instruments pour se manifester.
Dans la vie présente, appelée à agir prédominemment sur la partie pondérable du globe , l'âme prend un instrument, un corps de nature pondérable.
Mais s'il est dans la destinée de l'homme de gérer le globe, et de le gérer dans toutes ses parties, pour agir
{{) Ici je ne m'occupe pas de physique^ je n'ai pas à examiner si le calorique, rélectricité, la lumière, etc., sont des fluides ou simplement des états particuliers d'agitation , de vibration de certains milieux. Il suffit que toujours les physiciens soient dans la nécessité d'admettre l'existence de substances infiniment plus subtiles que les fluides les plus légers dont une balance peut accuser la présence. Ce sont ces fluides, cther ou calorique, lumière et autres, que je désigne sous le nom de fluides impondérables . d'arômes.
sur les éléments qui échappent à nos sens matériels, sur les éléments aromaux, Fâme aurait besoin, dans la seconde vie, d'un instrument plus subtil, plus raffiné, d'un corps aromal.
Ainsi la vie présente est une vie terrestre , pendant laquelle Tâme agit , par l'intermédiaire d'un corps pondérable, sur la partie pondérable du globe.
La vie ultérieure serait encore une vie terrestre, pendant laquelle Fâme agirait, par l'intermédiaire d'un corps aromal, SUT les éléments aromaux qui entrent dans la composition de la planète.
Ainsi, dans les deux vies, l'âme serait toujours unie à la matière. Il est difficile en effet de concevoir ce que serait une âme sans moyen de manifestation. Cette croyance, d'ailleurs, ne tend nullement au matérialisme : l'âme serait immortelle, quoique toujours unie à des corps mortels qu'elle abandonnerait au décès pour des corps nouveaux. C'est même ce que l'Eglise catholique enseigne comme dogme fondamental , lorsqu'elle parle de résurrection avec des corps glorieux.
Il ne répugne en rien â l'intelligence d'admettre que les molécules de la substance aromale peuvent se réunir pour former un corps dirigé par l'âme, comme le font les molécules de matières pondérables , les molécules d'oxigène, d'hydrogène, d'azote, etc. Si l'on est étonné d'abord de cette pensée, c'est qu'elle frappe par sa nouveauté, c'est qu'elle tranche avec de vieux préjugés.
c'est qu'elle sort des spéculations habituelles de Tesprit.
Ainsi, les deux existences auraient lieu sur le globe. Dans la vie présente, vie mondaine, vie inférieure^ on serait, sauf exception, sans communication avec la vie aromale, vie ultra-mondaine^ vie supérieure, parce que les choses et les êtres de cette vie échappent par leur subtilité à nos sens grossiers.
Dans la vie aromale , sans entrer en relation avec les mondains, on pourrait les voir, les comprendre, les suivre dans toutes leurs actions.
Avant de se prononcer sur une conception aussi neuve , il faut chercher à la bien saisir, et avoir la patience d'attendre les développements que nous avons à donner.
Une vie aromale, c'est-à-dire le temps pendant lequel Tâme est en possession d'un même corps aromal (d'un même corps sauf les accroissements, décroissements, modifications moléculaires, etc.), est, comme la vie présente, composée de veilles et de sommeils.
Un ultra-mondain fonctionne, au milieu de ses semblables aromaux, pendant une veille qui peut avoir deux fois la durée de la vie mondaine, deux siècles environ.
A la fin de cette veille, de ce jour de la vie supérieure , le corps aromal a besoin de repos ^ il s'en-
gourdit, se livre au sommeil. Pendant ce sommeil, Tàme ne peut employer le corps aromal ^ il lui faut un autre instrument, qu'elle trouve dans la yie mondaine, dans un corps pondérable : Tinstant du sommeil, dans la vie aromale, est Tinstant de la naissance à la vie présente, Finstant où Tâme vient s'emparer d'un corps nouvellement formé. La vie inférieure est le sommeil , la nuit , le songe de la vie supérieure.
Le corps pondérable n'offrant à l'âme que des organes absolument neufs, vierges par conséquent de toute impression du passé, l'âme chercherait vainement, sur ces organes, la trace de ses existences antérieures. L'éducation du nouveau corps est entièrement à faire ; c'est un livre dont tous les feuillets sont blancs» et sur lequel il faut écrire pour lui donner de la valeur.
Le corps pondérable se développe sous l'influence de l'âme, il acquiert petit à petit toute sa force ^ puis, après être resté â peu près stationnaire à son apogée, pendant un temps plus ou moins long, il décline, il vieillit, il parvient â un état tel que l'âme, ne pouvant plus en tirer parti , l'abandonne comme on abandonne un vêlement usé.
Cette séparation de l'âme et du corps pondérable, la mort, est le réveil du corps aromal. Sa nuit est finie, l'âme en reprend possession, et rentre dans la vie supérieure où elle retrouve le souvenir des existences ultra -mondaines précédentes qui ont impressionné
activement ses organes aromaux , et le souvenir des existences mondaines qui ont agi passivement W sur ces mêmes organes, pendant leur sommeil. Ainsi il y a double mémoire dans la vie supérieure, et dans celle* ci double lacune de mémoire.
La vie de Thomme est donc composée de trois termes :
1°. Vie simple ou sommeil; 2°. Vie composée ou veille; 5°. Vie surcomposée ou vie aromate.
Ainsi Fâme alterne entre les nuits et les jours, entre la vie mondaine et la vie ultra-mondaine. En rentrant dans la vie supérieure, l'âme retrouve les affections, les plaisirs, les travaux interrompus par le passage à la vie présente, comme nous retrouvons au réveil les amis et les choses quittés la veille, quels qu'aient été les songes de la nuit. En descendant à la vie inférieure, Tâme prend chaque fois un nouveau corps, commence une nouvelle existence, toujours liée à la vie générale de Tespéce , mais sans rapports directs avec ses existences antérieures. C'est ainsi que les songes sont indépendants les uns des autres, ne forment pas une suite.
(I) Le corps pondérable reçoit l'empreinte directe des éTénements de la vie présente , et le corps aromal , qui dort pendant que cet éTénements ont lieu, reçoit une contre-empreinte que l'àme consulte •n retournant à la ?ie supérieure.
La conception de Fourîer est une métempsycose ^ mais une métempsycose essentiellement distincte de la métempsycose simpliste des anciens ^ Timmortalité qu'il a comprise est, comme il le dit, une immortalité
BICOMPOSÉE.
Pour s'élever à la découverte de la vie ultra-mondaine, il fallait être guidé par une foi sans bornes dans la Providence , foi qui devait naître seulement dans un esprit sachant, par la connaissance des lois du mouvement social , que ces lois peuvent conduire au bonheur, que Dieu ne veut jamais le mal, le mal que rhomme peut toujours vaincre par la science, partout où il se montre.
L*homme ne pouvait donc connaître sa destinée dans la vie supérieure avant d'avoir compris et conquis sa destinée dans la vie inférieure. L'homme, pour son grand avantage, est forcé de suivre cet enchaînement en allant d'une vérité à l'autre. Dans les périodes subversives de la vie humaine, si l'homme eût été sans incertitude sur le sort qui lui serait réservé après la mort, combien de fois ne se serait-il pas soustrait, par le suicide, aux douleurs qui l'accablaient!
Par la même raison, la transition à la vie supérieure, la mort, doit être une transition douloureuse. Sans la répugnance qu'elle inspire , le passage eût été trop fa^ eilement franchi, pendant les phases pénibles de la vi^
de rhuinanité. Mais en Harmonie, la mort pourra san$ danger inspirer moins d'effroi. Aussi , quand par la culture et Tassainissemenl de toutes les parties de la terre, par l'emploi équilibré de toutes ses facultés, rhomme aura triomphé de tant de maladies qu'il s'est données par la mauvaise gestion du globe et par l'emploi inharmonique de son individu , presque tous parviendront à un âge avancé, presque tous s'éteindront de la mort naturelle, sans secousse et sans douleur. La mort aura d'ailleurs perdu toute son horreur morale, quand tous auront bien compris qu'elle n'est qu'une transition, qu'elle ne nous sépare que pour un instant de ceux qui nous sont chers; que les défunts continuent à nous suivre de leurs vœux, à s'intéresser à nos actes; qu'ils seront là pour nous recevoir quand la mort nous aura frappés à notre tour ; quand tous seront certains que l'adieu que nous disons au monde inférieur n'est pas définitif; que d'ailleurs, dans Tautre vie, le bonheur nous attend, plus complet, plus raffiné encore que dans la vie présente (la vie présente en Harmonie où le bonheur se trouvera). *
Avec ces saines idées sur l'avenir, les hommes verront tranquillement la mort s'approcher. Tout ce qui tend à troubler l'homme, à la pensée de l'une quelconque des phases nécessaires de son existence, est antireligieux. Il est ridicule , odieux même à ceux qui parlent d'une âme immortelle, d'appeler l'attention, pour épou-
COSMOGONIE. â4S
vanter les faibles, sur la décomposition, sur la putréfaction d'un cadavre. Qu'est-ce qu'un cadavre, sinon un vêtement usé ou vieilli, que l'âme a rejeté comme n'étant plus digne d'elle? Qu'importe ce qu'il devient, quand l'âme n'y est plus? S'inquiète-t-on sur le sort d'un vieux manteau ?
Cette transition, la mort, est absolument nécessaire pour qu'il y ait mouvement et vie. Si un homme était arrêté, pendant plusieurs siècles, à un même point de son développement, de sa carrière, il serait bientôt saturé et dégoûté de tous les plaisirs auxquels il serait apte dans son état actuel. En toutes choses il faut de la variété : variété dans les travaux et dans les jouissances, variété et alternat dans les existences.
Toutes les lois naturelles ont leur raison d'être, leur justification, que l'on peut découvrir de même quand on cherche avec confiance. Ainsi nous avons dit qu'il y avait oubli dans la vie présente. C'est que cette vie, la vie inférieure, serait fade, si la comparaison y était possible entre ses jouissances et les jouissances de la vie supérieure. Dans la vie supérieure ce danger n'existe plus. Aussi, là on a le souvenir, sans lequel, la continuité de l'existence a'étant pas sentie, l'immortalité ne serait, pour ainsi dire, qu'un mot.
La promesse que, sauf l'accident, l'homme ne connaîtra pas la maladie dans la vie harmonienne, fait
toujours sourire les incrédules. Quoi de plus facile à admettre cependant?
Quand , pour la première fois j Fhomme a paru sur la terre, pense-t-on que Dieu l'avait gratifié déjà de phthisies, de rhumatismes, de scrofules, de fièvres^ de pestes, etc.? Si ces maladies ont frappé Thomme^ c'est qu'il se les est données, d'abord par ses excès ou son inaction, c'est-à-dire en n'employant pas toutes ses facultés régulièrement et avec équilibre, puis par la mauvaise gestion du globe, dont les parties mal élaborées donnent naissance aux fièvres, aux miasmes pestilentiels, etc. En Harmonie, vivant sans inquiétude, sans douleur morale, dans les conditions les plus favorables à son organisme, l'homme verra petit à petit les maladies disparaître avec les causes qui les ont engendrées.
Les animaux sauvages , sur lesquels l'ignorance de l'homme ne peut agir pernicieusement, jouissent déjà, en partie, de cet avantage d'une vie sans infirmités, bien que la mauvaise gestion du globe réagisse nécessairement sur eux-mêmes. Ne sent-on pas que Dieu, en accordant aux animaux un tel privilège , eût agi avec déraison s'il eût refusé le même avantage à l'homme, au roi de la terre, qui ne doit rien avoir à envier aux êtres inférieurs ?
Un des plus sérieux obstacles à la propagation des
idées deFourier , c'est que les hommes, habitués à souf- Trir et à voir souffrir autour d'eux , n'ont en Dieu qu'une demi-confiance*, la foi manque, la foi intégrale par laquelle, comprenant la cause d'une chute temporaire, ils travailleraient efficacement à se relever. Avec cette foi , la question même de la vie future se poserait nettement à leur esprit; ils sentiraient qu'une théorie, sur ce point, est d'autant plus près de la vérité, qu'elle est capable d'inspirer de meilleurs sentiments, d'exciter des passions plus généreuses , de présenter le Créateur sous un aspect plus majestueux ^ ils avoueraient qu'une conception assez parfaite pour satisfaire toutes les aspirations humaines (^^ serait la vérité même, car ce que Dieu a décidé doit convenir à l'homme mieux que ce que l'homme peut imaginer.
Alors nous n'éprouverions aucun embarras pour défendre la solution donnée par Fourier au problème de l'immortalité. Nous demanderions simplement si toutes les conséquences de cette solution ne sont pas heureuses*, si tout, en l'homme, ne s'émeut pas pour l'accepter.
Nous allons examiner la question sous plusieurs faces, la livrant d'ailleurs aux méditations et affirmant que
(4 ) On nous dit souvent : // serait bien heureux que cela fût vrai ,
maïs qui le prouve ? Ce qui le prouve, répondrait-on si l'on ne
se défiait en rien du Créateur, c'est qu*\l serait h%en heureux que cela fût.
:2tf SECONDE PARTIE. CH. VII.
chaque nouvel aspect sous lequel on envisagera la solution , fournira une preuve nouvelle de sa solidité.
Ainsi tout se réunirait pour donner la preuve mo* raie, la preuve de sentiment, de cette immortalité que Fourier nous a révélée 5 et cette conception, qui repose sur les données les moins mystérieuses, les plus simples» les plus faciles à admettre, jouirait bien, à rexclusion de toute autre , de la propriété de tout expliquer , de résoudre toute difficulté, de repousser toute accusation contre Dieu , sans demander à la raison aucune abdication de ses droits.
Sans rien changer à Tordre immuablement établi , Dieu est juste envers toutes les générations et tous les individus. Les hommes qui formaient autrefois la population du globe la forment aujourd'hui et la formeront encore dans l'avenir , et aucune génération n'est réservée pour les époques heureuses , aucune n'est une génération privilégiée.
Dans cette série indéGnie d'existences mondaines et ultra-mondaines que tous sont appelés à parcourir, les chances étant égales , tous auront une part équivalente dans les maux et dans les biens. Ceci résulte du calcul des probabilités , calcul rigoureux quand on le déduit d'événements qui se répètent sans fin.
Les périodes heureuses de la vie humaine étant trèslongues comparées aux époques malheureuses ou sub-
versives, chacun, à la fin de la carrière du globe, jetant un regard sur le passé, sentira qu'il doit remercier Dieu de tant de bien acheté par si peu de mai.
Les êtres, entraînés dans un mouvement sans fin, ne sont pas cependant abandonnés au hasard ; les lois de la création les protègent tous. Il importe peu qu'un accident puisse briser une vie particulière*, cette vie manquée est un mauvais jour dans une existence toute de bonheur. Ainsi , la loi se préoccupe de Tindividu avec autant de sollicitude que de Tespèce , et nul ne peut craindre d'être oublié.
La destinée individuelle est en parfaite harmonie avec la destinée générale , et l'on comprend enfin qu'il y a entre les hommes une solidarité complète et de tous les instants. Jeunes et vieux , sains et malades , mondains et ultra-mondains (0, tous ont un égal intérêt aux choses de la terre, au sort de l'Humanité. Quelle peuplade sauvageon barbare, quelle classe de la Société civilisée n'intéresserait pas vivement celui qui sait que lui et les siens peuvent partager un jour le sort de
(4) Le bonheur des ultra-mondaiDs est entravé tant que les mondains n'ont pas fait régner l'Harmonie dans la vie inférieure. Il est entravé physiquement, parce qu'une gestion inintelligente de la partie pondérable du globe réagit d'une manière fâcheuse pour la gestion aromate ; moralement, parce que les ultra-mondains se préoccupent de la crainte de revenir à la vie mondaine où ils ont tant à souffHr.
250 SECONDE PARTIE. CH. Vif.
ces misérables, déshérités de savoir et de richesses? Quel haut baron , quel noble prince, regardera dédaigneusement cette foule qui rampe à ses pieds , quand il saura que, dans cette foule, sous ces haillons, se cachent peut-être ses illustres aïeux dont il montre le blason avec tant d'orgueil ?
Evidemment, tout homme en position de prévenir un mal , d'effacer une douleur , d'apporter un bien , donnera, par égoïsme même, jusqu'à sa fqrtune et sa vie pour un tel résultat , s'il doit revenir à plusieurs reprises jouir du bien qu'il aura fait, souffrir du mal qu'il n'aura pas empêché? Avec la croyance de Fourier, égoïsme et dévouement n'ont qu'une seule tendance ; en d'autres termes, l'égoïsme est rendu impossible par l'étroite solidarité qui lie tous les membres de la famille humaine.
Il n'y a plus à songer à son salut individuel , à se racornir le cœur par un lâche Espom d'être sauvé , quel que soit le sort réservé aux autres hommes nos frères. Il faut sauver l'Humanité pour se sauver soimême ; la voie du bonheur général est la seule voie du salut. Tel est le noble but offert à chacun ! but bien capable d'échauffer le cœur , d'élargir l'âme , de féconder tous les sentiments généreux l
La solidarité entre les hommes est une chose sainte, car l'Humanité entière est complice de celui qui a péché. IjU solidarité n'exclut pas la responsabilité indivi-
duelle : les vies mondaines et les vies ultra-mondaines sont liées comme les sommeils et les veilles, et celui qui a manqué une existence inférieure , qui l'a troublée par les excès, par le crime, par le suicide, souffrira dans la vie supérieure suivante *, comme celui dont le sommeil a été interrompu par un cauchemar, par de mauvais rêves, se sent moins bien disposé pendant la veille qui suit.
Les hommes ont toujours eu un sentiment plus ou moins vague de la solidarité -, ils Tout écrit dans leurs croyances , le péché originel en est une preuve. Mais nul, avant Fourier , n'a fait comprendre que la solidarité est juste : la métempsycose bi-composée en est la seule démonstration, puisque seule elle prouve que les vivants ont travaillé, dès Torigine, à conduire THumanité dans la voie bonne ou mauvaise où elle se trouve actuellement. Sans la métempsycose, les fils ne doivent pas répondre des actes des pères, et le péché originel est une monstrueuse injustice.
En liant aussi étroitement le bonheur de l'individu au bonheur de l'espèce , Dieu entraîne les hommes vers le bien, assure parmi eux la pratique de la vertu d'une manière certaine et seule digne de sa grandeur. Regretterait-on, par hasard, ces hurlements désespérés , ces cris de rage , ces blasphèmes , horrible concert qui empoisonnerait éternellement le bonheur des élus , si
les élus conservaient encore au cœur une corde sensible' à la douleur d'autrui ? Dieu , gouvernant paternellement par Tattraction , conduisant les hommes à ta sa-
• gesse et au bonheur par la solidarité , semble-tnl donc
moins grand que celui qui ne saurait diriger les mondes sans s'étayer d'un bourreau ? que celui dont on ne pourrait parler sans montrer à ses côtés son Trist&n l'Ermite^ Satan, qui serait la pierre angulaire de la création , comme l'exécuteur des hautes œuvres a été , jusqu'à ce jour, la pierre angulaire de Tédifice social ?
Comment les hommes pourraient-ils aimer un Dieu partageant entre le ciel et Tenfer les misérables créatures sorties de son sein ? Gomment ne se sont^ls pas révoltés quand on leur a dit qu'ils chanteraient un jour les louanges de ce Dieu , de ce Dieu qui frapperait, san» merci, sans mesure et sans fin, leur mère peut-être ,^ leur sœur, leur fille , leurs semblables ?
La croyance au salut individuel, si elle n'a pu altérer la bonté native des esprits généreux , a triplé le sentiment de personnalité des âmes étroites , et la peur de l'enfer a fait des lâches de ces cœurs desséchés. Rampant sous l'impitoyable puissance à laquelle ils croyaient, pour se la rendre favorable ils auraient, dans leur monstrueux égoïsme, incendié l'univers. Ils l'ont prouvé chaque fois qu'ils ont eu le pouvoir de le faire : les Charles £X,les Louis XI Ven sont des exemples fameux. %i ceci n'est pas le crime d'un seul , c'est le crime d'un
principe, puisque l'Eglise n'a jamais eu de focMlres contre cet infânne sacrilège, contre cette exécrable supposition qu'on se rendait agréable à Dieu en immolant des victimes humaines , en se souillant de persécutions et de meurtres ; puisque TEglise a fait sortir Tlnquisition de cette religion de paix , dont le Fondateur empêchait de tirer Tépée, même contre ses persécuteurs et pour sa légitime défense (0.
D'autres , placés dans des circonstances moins heureuses , ne pouvant donner d'aussi éclatantes preuves de foi , ont inventé des ignominies , des lâchetés d'une autre nature. Pensant que Dieu se complaisait à leurs douleurs , ils ont prétendu se rendre agréables à ses yeux en se torturant affreusement. Ici un hideux fakir se place dans une attitude forcée qu'il garde pendant des années, jusqu'à ce que ses articulations se soient
(i) La science de Dieu est la plus féconde des sciences; les erreurs sur Dieu sont les plus funestes erreurs.
Ces erreurs ont ensanglanté les annales de tous les ' peuples : la Grèce nous présente son détestable Galchas réclamant, pour ses dieux , le sang d'une vierge innocente } Rome a enterré ses Testâtes; les sombres forêts de la Gaule ont entendu les cris des victimes des druides ; l'Inde brûle encore ses yeuTCs ; l'islamisme liyre au bourreau ses renégats; enfin, le christianisme lui-même pleure au souvenir de ses auto-da-fé présidés par des brutes infâmes qui se prétendaient disciples do Christ 1 du Christ qui avait toujours le pardon dans le cœur, et dont ils osaient porter l'image à leurs fêtes de sang i
De nos jours, dans le monde civilisé, de tels excès ne sont plu» possibles; mais Vintelligence et le comor se faussent encore cbex les hommes qui, pour comprendre Dieu, ne cpnsulteat pi« Jeor
254 SECONDE PARTIE. CH. Vil.
ossifiées. Là, je ne sais quel non moins hideux person* nage de la légende catholique, mu par un sentiment identique , se hisse sur le chapiteau d'une colonne et s'y établit pour la vie, prouvant sa sagesse en ne descendant dans aucun cas, pour aucune nécessité. Plus près de nous , de sales moines se privent de chaussure et de linge , croyant que leur vertu sera mesurée à Tépaisseur de la crasse qui couvre leur corps. Et tous ces dévots sont bien satisfaits d'eux-mêmes quand ils ont réussi à faire de Thomme , que Dieu a mis sur la terre pour le représenter^ un être répugnant, dégradé, affreux à voir. Le poëte profane était bien mieux inspiré sur Dieu et sur la destinée de Thomme^ lorsqu'il disait :
Os homini sublime dédit : cœlumque tueri Jussit et erectos ad sidéra tollere vultus.
jugement. Ainsi, dans ses Conférences sur la religion, pour justifier Dieu du traitement plus ou moins sévère qu'il réserve à ceux qui n'ont pas pratiqué le christianisme, même lorsqu'ils ont été dans l'impossibilité de le connaître , M. de Frayssinous dit : « Si nous sommes des enfants privilégiés, nos plaintes et nos
• murmures ne font que montrer notre ingratitude jointe au blas- » phème. Que penser d*tm enfant qui , couvert des bienfaits de son-
* père , lui reprocherait de ne pas traiter ses frères avec la même » libéralité ? •
Que penser de cet enfant?... qu'il a le cœur noble et généreux I... L'enfant qui agirait autrement, qui serait insensible au sort fait à ses frères , serait un misérable égoïste.
C'est ce dernier pourtant que M . de Frayssinous offre pour modèle aux chrétiens 1.... C'est ainsi que la conscience se pervertit quand on s'habitue à regarder le Créateur sous un faux jour.
Car Dieu ne veut pas régner sur des esclaves pâles et tremblants, mais sur des hommes heureux et libres, reconnaissants et fiers de la haute mission qu'il leur a confiée.
Se sacrifier pour les autres est un acte de haute vertu, et cet acte est trop souvent nécessaire aux époques subversives, lorsque l'intérêt privé est en opposition avec l'intérêt général; mais soufirir pour souffrir est une absurdité *, souffrir pour se rendre agréable à Dieu est une insulte à sa bonté.
Si , dans le passé , la crainte de Fenfer a pu détourner du mal les hommes faiblement trempés , la solidarité telle que l'a conçue Fourier , la solidarité qu'il explique, qu'il fait toucher du doigt, ne remplit-elle pas le même but , plus noblement , en s'adressant à des sentiments plus élevés du cœur humain ? Pouvant choisir entre ces deux moyens d'intéresser l'homme à la pratique du bien , Dieu a-t-il dû balancer ?
L'immortalité bi-composée s'accorde avec tous nos désirs. Chaque vieillard demanderait à recommencer la vie, avec l'expérience qu'il a acquise; et ce souhait est pleinement satisfait , puisque tous recommenceront la vie , puisque tous profiteront de l'expérience du passé , la jeunesse ne pouvant s'égarer en Harmonie.
Descendons dans notre cœur; ne sentons-nous pas que nous abandonnerions avec regret cette terre que la
science peut rendre si belle ? Ne serions-nous pas heureux de savoir que nous sommes liés à son sort^ liés au sort de tous les hommes , que nous devons souffrir avec nos frères , mais que , comme eux , nous sommes appelés à tous les biens ?
M'est-ce pas daus ces conditions mêmes que nous au^ rions demandé la vie , tandis que nous l'aurions refusée avec la plus petite chance pour une éternelle damnation? Puisque Dieu n'a pas consulté Thomme en le créant , n'a-t-il pas dû lui faire une destinée qu'il aurait acceptée ? Sans cela la vie ne serait pas un bienfait , et Dieu ne pourrait nous inspirer qu'un sentiment, l'épouvante !
Me se sent-on pas pénétré de reconnaissance et d'amour pour Dieu que Fourier nous fait connaître ? pour Dieu *qui offre sans cesse à tous et des fleurs et des fruits, qui ne tient pas de glaive, qui pardonne toujours^ car la faute est punie par la faute même, car le retour toujours possible est toujours récompensé.
La reconnaissance et l'amour sont bien les sentiments que Dieu prétend nous inspirer ^ trop au-dessus de nous pour que notre familiarité lui soit à craindre» il est peu jaloux des marques d*un respect craintif. C'est ainsi qu'un puissant monarque sourit aux naïves caresses d'un enfant dont les salutations l'ennuieraient , quelque exigeant qu'il soit, sur ce point, avec lesgrands, avec ses égaux. Dieu, qui nous seconde dans tous nos
travaux, veut que nous le regardioDS comtue un asso** cié, comme un ami.
Avec la conception de Fourier, tout s'explique ainsi avec simplicité ^ les lois de la création n'ont plus rien d'arbitraire ou de fâcheux. Les preuves morales sont donc toutes en sa faveur.
Mais , sur cette importante question. Dieu nous devait des preuves de plus d'un genre. Il s'en trouve plusieurs dans l'analogie universelle, dont nous parlerons tout à l'heure*, il y en a une pour les sens dans le magnétisme animal dont nous allons nous occuper.
On a appelé magnétisme amma/ cette influence qu'un homme peut exercer sur un autre homme par l'action de sa volonté. Le magnétisme produit souvent un sommeil plus ou moins profond, sommeil qui se distingue quelquefois du sommeil ordinaire par les phénomènes les plus étranges. Le sommeil, dans ce cas, a reçu le nom de somnambulisme.
Le somnambule jouit de l'exercice de ses facultés sensitives sans le secours de ses organes habituels. Il voit à travers les corps opaques, et quelquefois à grandes distances ; il saisit des pensées qui n'ont été exprimées ni par le signe, ni par le son^ il perçoit des saveurs qui n'existent que par la volonté du magnétiseur ; il peut être rendu insensible aux coups, aux blessures ^ enfin,
ses facultés intellectuelles semblent ne plus dépendre de celles qu'il possédait à Tétat de veille, et il se trouve doué, tout à coup, de la connaissance de choses dont il ne s'était jamais occupé.
Cet état singulier se présente avec une grande variété dans les phénomènes, mais il est toujours parfaitement inexplicable avec les connaissances scolastiques actuelles de THumanité. La conception de Fourier peut seule en rendre raison facilement.
Le magnétisme aurait pour premier effet de suspendre les fonctions sensitives du corps pondérable; son second effet serait de tirer , très-imparfaitement , le corps aromal de son engourdissement, en rendant à r&me la faculté de l'employer. L'âme se servirait du corps aromal dans le somnambulisme ; elle verrait, elle entendrait, elle goûterait, elle aurait conscience d'ellemême , par l'intermédiaire de ses organes aromaux , organes dont la perfection explique ce que les phénomènes magnétiques ont de merveilleux. La vision pourrait s'opérer à travers les corps opaques que les arômes traversent si facilement. L'âme retrouverait, en en cherchant la trace sur son corps aromal , avec le souvenir des vies précédentes , des idées et des connaissances qu'elle n'a plus quand elle ne peut user que du corps mondain.
Un fait a été constaté par tous ceux qui se sont occupés de magnétisme. Dans le somnambulisme on a la
mémoire de ce qu'on a.yu dans la YÎe ordinaire et dans les somnambulismes précédents ; au réveil on ne sait rien de ce qui s'est fait pendant le sommeil magnétique. Ce souvenir dans un cas, cet oubli dans l'autre , sont absolument semblables à ce qui se passe dans les deux vies : vie aromale avec double mémoire, vie mondaine dépourvue de souvenirs. L'explication est la même : dans le somnambulisme, le corps pondéraUe endormi ne reçoit pas d'impressions de l'extérieur , et quand l'âme en reprend possession, elle ne peut y lire ce qui n'y est pas gravé.
Il est un état, décrit par les magnétiseurs sous le nom d'extase^que la conception de Fôurier expliquerait encore avec facilité. Âpres être revenu à lui-même , après être sorti de la crise pendant laquelle la vie semblait avoir abandonné son corps , Y extatique raconterait qu'il a voyagé dans l'espace, qu'il a rencontré des vivants avec lesquels il n'a pu entrer en relation , mais qu'il a pu communiquer avec les morts, qui , du reste, ne lui inspiraient aucun effroi.
Ce voyage de l'extatique ne pourrait être qu'un voyage du corps aromal , au moyen duquel on ne peut communiquer avec les mondains , quoique l'on puisse les voir , mais qui permet d'entrer en rapport avec les ultra-mondains. On conçoit d'ailleurs que l'aspect de la vie supérieure inspire à l'extatique un vif désir d'y
rester, désir qu'il mârnifeste toujours en se plaignant d'avoir été ramené à la vie présente.
Ceux qui nient les phénomènes du magnétisme animal seraient fort embarrassés pour expliquer les phénomènes analogues et non moins extraordinaires du somnambulisme naturel , phénQmènes trop bien constatés pour qu'il soit permis de les révoquer en doute.
Le somnambulisme est un état de transition entre les deux vies , état dans lequel Tâme emploie simultanément, mais imparfaitement, les deux corps dont, dans les cas ordinaires , elle doit se servir alternativement. Cette transition n'est peut-être pas la seule que nous puissions observer. On voit des hommes qui paraissent jouir de facultés vraiment aromates dans un certain cercle^ par exemple, pour découvrir des sources cachées. Doit-on rattacher à la même explication la facilité avec laquelle certains enfants parviennent à résoudre, en quelques minutes, des problèmes d'arithmétique qui auraient coûté des journées aux plus habiles calculateurs? Ces cas de transition ne sont et ne peuvent être que de très-rares exceptions.
Le magnétisme, qui sera en Harmonie d'une double utilité, ne peut se développer dans la Société présente, où les expériences isolées sont seules possibles, où une défiance si naturelle, quand tous ont intérêt à tromper, est opposée même au magnétiseur de bonne foi. Le magnétisme n*est pas du ressort de la Civilisation, et il faut
Yen féliciter, car il coBduirait anx abus les plus graves, dans cette Société où le bonheur de Fun dépend si souvent du malheur de l'autre.
La phrénologie encore est une science que l'Harmonie seule saura établir et utiliser. Si cependant , malgré leur inutilité dans le moment , les principes de ces deux sciences ont été découverts en même temps que ceux de la Science sociale, et quand les progrés de rindustrie assurent à Fhomme une si haute domination
sur la matière, c'est que les temps sont venus, c'est que l'Humanité est préparée, c'est que la voie du bonheur est ouverte , c'est que l'homme n'a plus qu'à vouloir pour entrer dans la terre promise.
Ce que nous avons dit ne montre pas encore avec assez de netteté le lien qui unit le Créateur aux créatures. Entre l'homme et Dieu il se trouve un abtme, un vide inimense, contraire à tout ce que nous connaissons de la nature , qui ne procède jamais par sauts brusques , qui ménage partout des transitions.
Pourquoi, dans l'univers , l'homme seul serait-il, à l'image de Dieu, doué de la raison? (L'homme, l'être qui remplit sur une planète quelconque le rôle qui nous appartient ici-bas. ) Ne devrait-on pas regarder Dieu et l'homme comme les extrêmes d'une série , à chaque terme de laquelle on trouverait, en montant, des êtres de plus en plus grands , de plus en plus rapprochés de
26â SECONDE PARTIE. CH. YII.
Dieu ? Le yide qui nous effrayait serait ainsi comblé* Il n'y aurait plus à chercher comment l'infini et le fini peuvent entrer en rapport, et l'on comprendrait que chaque être , agissant directement sur ceux qui le touchent en haut et en bas, tient étroitement à tous par cette grande chaîne dont Dieu est le premier^ anneau.
Il y aurait donc au-dessus de nous un être supérieur d'un degré, qui nous ferait sentir son influence immédiate, qui mêlerait à notre vie une partie de sa vie, qui ressentirait nos douleurs, qui partagerait notre joie ; un être que nous pourrions voir et toucher.
Ne devine-t-on pas que cet être est la planète sur laquelle nous naissons ? La planète qui est corps, et à laquelle, sans motif, nous avons refusé l'intelligence et la passion.
Sans motif, car la planète n'est pas une matière inerte : c'est un corps savamment organisé, avec sa circulation aromale analogue à la circulation du sang ; et si l'on a compris que l'âme, dans l'autre vie, peut agir par des organes aromaux, il n'y a pas de difficulté nouvelle à accorder à la planète des organes de même nature pour la manifestation de sa volonté , de ses désirs , pour ses relations avec les autres planètes.
Les astres seraient donc des êtres intelligents et passionnés , en rapports aromaux les uns avec les autres , rapports faciles et prompts par la nature de l'agent , et qui ne demanderaient aucun déplacement du corps
pondérable. Le corps des astres serait en même temps matière pondérable et arôme.
Les astres obéiraient sans résistance à Faction de la grayité,commenQus y obéissons nous-mêmes. Ils pourraient, dans des cas particuliers, par exemple lorsque, au sortir de Tétat cométaire, ils ont à choisir une distance convenable pour circuler autour du soleil, ils pourraient tirer de leurs arômes une force qu'ils combineraient avec la gravité , pour se diriger dans Tespace, comme nous combinons, avec la pesanteur, notre action musculaire pour nous transporter sur la surface dç la terre.
Ainsi , la distance de chaque planète au soleil serait due à la volonté de la planète. Ceux qui attribuent tout au hasard doivent trouver bien surprenant le fait de la découverte des quatre petites planètes de notre système, découverte qui se fit en comparant Içs distances des planètes connues au soleil, en reconnaissant que ces distances formaient une série dont un terme manquait, et en cherchant au lieu où devait se trouver une planète pour que ce terme ne manquât pas. Ils doivent s'émerveiller encore plus de cette singulière combinaison du double mouvement de tout satellite observé , combinaison par suite de laquelle le satellite présente toujours le même hémisphère à sa planète , quand , d'après le calcul des probabilités, cette combinaison ne devrait se reproduire que par exceptions infiniment rares.
Les globes seraient donc des êtres semblables à rhomme, mais supérieurs et d'un degré plus rapprochés du Créateur. L'âme d'un globe serait unie à ce globe jusqu'au moment du décès-, à cette époque, elle s'emparerait d'un globe nouyellement formé, entraînant toutes les âmes humaines, qui iraient ainsi recommencer une nouvelle carrière humanitaire , une noayelle série d'existences.
Notre système planétaire est un groupe dont le Soleil est le chef et le pivot. Un ensemble de soleils avec leurs planètes forment une série d'astres, un tourbillon, un univers comme celui que nous connaissons.
On doit voir encore dans cet univers un être intelligent et passionné , de deux degrés supérieur à l'homme, d'un degré supérieur à la planète, en relation avec d'autres univers, comme les planètes avec les planètes , comme les hommes entr'eux.
Mais notre univers, avec ses dimensions infinies pour nous, n'est, dans la création , qu'une nébuleuse, un point, un atome ; il forme des groupes et des séries avec d'autres univers dont l'ensemble ne constitue encore qu'une unité pour des combinaisons supérieures.
Cet ensemble d'univers , cette nouvelle unité , le binivers^ est encore un être intelligent : il est pour l'univers ce que la planète est pour l'homme, ce que l'univers est pour la planète.
Les binivers se groupent entr'eux pour former des trinivers, puis, toujours par de nouvelles combinai^ sons, toujours en remontant vers Dieu, viennent les quatrinivers ^ les'quiniinivers^ etc., etc.
La pensée peut s'élever ainsi indéfiniment , sans jamais atteindre Dieu cependant, Dieu, Vinfinivers , dont le corps comprend toute matière, dont Tintelligence renferme toutes les intelligences.
Cette hiérarchie rappelle , en la complétant , la hiérarchie céleste admise dans toutes les religions , les anges, archanges, séraphins, chérubins, trônes, dominations, etc. Fourier attribue à ces êtres les corps qui peuplent l'espace et dont une partie est perceptible à notre vue bornée.
Dieu excepté, tous les êtres sont soumis à des changements , à des accroissements et décroissements , à la mort : mort qui n'est que l'abandon d'un vieux corps pour un corps nouveau. Au moment de cette transition, chaque âme entraîne avec elle les âmes qui lui sont subordonnées. Les petites âmes sont associées aux grande^, sans perdre leur individualité, comme notre corps qui fait paHIe du corps de la planète , et qui cependant en est parfaitement distinct.
Tous les êtres de cette hiérarchie sont faits à l'image de Dieu , ont une raison , non égale , mais homogène à le sienne, et des passions qui diffèrent seulement par leur intensité et par leur mode de satisfaction. Tous ,
en effet , ne peuvent avoir qu'une passion de base, Vl5-r nitéisme, c'est-à-dire le désir d'être heureux et de voir les autres heureux , et FUnitéisme ne peut se décomposer pour eux autrement que pour n'ous.
Ces êtres sont immortels , le mouvement qui les entraîne devant durer éternellement -, ce mouvement d'ailleurs ne peut avoir commencé hier, ni à une époque quelconque : il a toujours été , et l'éternité se trouve derrière nous comme devant nous.
Le corps d'un astre mort se décompose pour fournir de la matière à la formation des astres nouveaux.
Maintenant il est facile de comprendre la pensée de Fourier, lorsqu'il dit que l'homme, comme la planète, comme l'univers, comme tout ce qui est, est composé de trois principes éternels, incréés, indestructible^ :
i**. L'Esprit (0 : principe acti f et moteur ;
2". La Matière : principe passif et mu;
5". La Mathématique (2) : principe neutre et régulateur.
Il importe peu, quant aux conséquences, de savoir si Dieu , principe actif, a fait naître les deux autres principes de sa volonté , ou si les trois principes sont
(1) Vcsprit, le souffle, spiritus, lavie, la passion.
(2) La malhématique au physique, la justice au moral.
Tessence de Dieu ^ car Dieu, ne pouvant être changeant et capricieux , se soumettrait aux lois qu'il aurait dictées , aussi absolument que si ces lois étaient indépendantes de lui-même , parce qu'elles seraient sa propre nature.
Les trois principes se montrent dans tout ce que nous voyons , dans tout ce que nous pouvons observer. La matière la plus inerte en apparence est soumise cependant aux attractions et répulsions moléculaires , à rinfluence chimique des milieux, des corps en contact : elle vit, et la matière qu'abandonne une vie individuelle rentre dans une vie plus générale, à l'influence de laquelle elle obéit alors plus exclusivement. Ainsi, le corps d'un homme qui vient de mourir vit encore de la vie du globe , et la matière qui composait le corps d'un globe, après la mort de celui-ci, ne cesse pas de vivre de la vie de l'univers , etc.
Cette perpétuelle sollicitation de la matière par Vesprit n'a pas lieu d'une manière arbitraire : elle est soumise à des lois précises , à des règles rigoureuses, dont elle ne peut s'écarter. Ces lois, ces règles constituent le troisième principe , le principe régulateur , sans lequel il est impossible de concevoir que quelque chose existe.
-•■♦♦>^tV€«H