CHAPITRE Vffl
Sans cette fidélité d'analogie, comment ponrriontnous étudier la nature? Nous n'aurions aucune ▼oie de comparaison. Foubiib.
Là , pour nous enchanter, tout est mis en usage : Tout prend un corps , une âme, un esprit, un Tisage.
BOILBiO.
Quand elle se sert d'un mot nouveau, ou d'un mot déjà connu, mais auquel elle attache un sens spécial, l'École a toujours soin de le définir. Offrant ainsi à la critique sa pensée tout entière , elle fait tout ce qui dépend d'elle pour prévenir une guerre contre les mots, pauvre chicane trop souvent essayée , bien qu'elle ne puisse conduire à aucun résultat sérieux.
Le mot analogie est un de ceux auxquels Fourier a donné une signification particulière que nous chercherons d'abord à faire comprendre.
Deux quantités homogènes , deux choses de mèm«
nature, peuvent être mises en rapport ^ il est possible de les comparer, de leur trouver une commune mesure.
Entre les choses hétérogènes , y a-t-il encore des points de contact, des rapports possibles?
À cette question la science serait bien tentée de dire non ! mais depuis longtemps Tinstinct des masses a répondu par Taffirmative.
Toutes les langues ont des mots qui ont un sens propre et un sens figuré, c'est-à-dire qui s'appliquent également bien à des choses d'ordres différents, à des propriétés physiques, par exemple, et à des qualités morales.
Ainsi Tadj ectif cfur^ dans son sens propre, exprime une propriété physique des solides : corps dur.
Le même adjectif, dans son sens figuré, exprime un vice accidentel de l'âme : caractère dur.
C'est qu'entre les propriétés physiques et les qualités morales il y a des rapports réels , indépendants de toute convention-, c'est qu'il y a, dans la dureté physique, quelque chose qui correspond à la dureté morale. Cette correspondance ne tient ni au hasard, ni à l'habitude , et chacun sent qu'il serait absurde de chercher à éveiller l'idée de la même qualité morale en employant un autre adjectif physique , en convenant de dire d'un homme inflexible, caractère mou, l'adjectif mou conservant le sens propre qu'il a dans cette^ phrase : corps mou.
Il y a donc entre les choses hétérogènes des rapports vrais. Ces rapports , très-différents de ceux qui existent entre les choses homogènes, ont été nommés par Fourier rapports analogiques. Tel est le sens que nous donnons au mot analogie.
La nature, en comprenant sous ce terme tout ce qui est, ou, plus simplement, tout ce que Fhomme peut embrasser par les sens et par la pensée, la nature peut être considérée dans chacune de ses parties, divisée, subdivisée, par l'esprit, en règnes, branches, rameaux, etc. (0.
Ces divisions et subdivisions particulières du système
(I) Fourier divise le système de la nature en cinq branches ou mouyements : quatre mouvements cardinaux et un mouvement pivotai.
\ . TjC matériel , ou lois suivant lesquelles Dieu règle
le mouTement de la matière.
2. Varomalt ou lois suivant lesquelles Dieu distribue les arômes.
5. Vorganique , ou lois suivant lesquelles Dieu distribue les formes , couleurs , odeurs , saveurs , propriétés.
A, Vinstinctuel » ou lois suivant lesquelles Dieu distribue les penchants et les instincts.
X Le social ou passionnel, ou lois suivant lesquelles Dieu règle
l'ordonnance des mécanismes sociaux.
Dans tes classifications , Fourier distingue souvent les pivots qu'il
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général , sont régies par des lois spéciales , qui déterminent , chacune dans leur sphère plus ou moins circonscrite, tous les mouyements, tous les phénomènes, tous les événements.
Ces lois que Thomme peut rechercher et étudier une à une, dans chaque phénomène qu'il constate, sont -elles indépendantes les unes des autres? agissent-elles isolément? Aucune influence ne tend-elle à les rallier pour un but unitaire?
Il ne peut en être ainsi : la pensée de Dieu est une; l'œuvre de Dieu forme un seul tout. Par conséquent, les parties du système tiennent étroitement les unes aux autres , les lois du système ont un principe de coordination.
Et cette coordination doit être d'autant plus intime, que là se trouve pour l'œuvre une condition essentielle de simplicité et de perfection.
Il faut donc admettre que les lois des divers règnes sont les conséquences les unes des autres , qu'elles sont calquées les unes sur les autres, qu'elles sont les divers reflets d'une même chose, les expressions variées d'une unique pensée.
Unité de principe, variété infinie dans«Ies applica-
déaigoe par ce stgne x. Ainsi , dans la classification des coulenrt primitives, Fourier mettait le signe X en face du blanc, qni est l'ensemble des couleurs et non nne 8*. couleur. Souvent il distingot Us transitions, auxquelles il affecte le signe K,
tioDS , c'est ainsi que Dieu W se manifeste dans ses œuvres! Que Ton songe au mode de reproduction des êtres animés, depuis Thomme jusqu'au plus humble végétal *, quelle simplicité dans la cause! quelle admirable diversité dans les effets !
Cette corrélation entre les diverses lois de la nature, donne à Thomme un puissant moyen pour fonder les sciences, pour avancer du connu à Finconnu. Dés qu'il aperçoit clairement les lois d'un ordre de phénomènes , pour en conclure les lois d'un ordre encore inexploré il lui suffit de déterminer un rapport. Ensuite il peut marcher hardiment, il ne doit pas s'égarer.
Les rapports qui existent, comme nous l'avons vu , entre les choses hétérogènes, ne sont donc pas une exception ^ ils ne se bornent pas à ce petit nombre de cas où ils ont été saisis instinctivement, sans étude méthodique : ils sont la règle, et tout ce qui passe dans un des règnes a, dans tous les autres, sa reproduction , son analogie. Mais dans chaque règne les lois se traduisent dans une langue spéciale \ ainsi l'art, qui est
(t) Dieu ne peut pas coDlrerenir à ses propriétés pritiiordiales qui sont :
attribution radicale: X Distribution intégrale do houybiiibnt.
f 1. ËcoDOinie de ressorts.
AUributiom primaires : < 2. Justice distribotive.
V 5. UniTersalité de la proYidence.
Attribution pivotale : x Unité db ststèiib.
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un y peut rendre la même pensée par la forme , par ia couleur, par la musique, par le langage.
Tout se ralliant à Thomme, tout doit dépendre du règne ou mouvement passionnel dont les lois déterminent le développement des individus et le progrès des sociétés. C'est pourquoi , dans toutes les sphères , les phénomènes sont les images des phénomènes passionnels ; en d'autres termes , chaque eOet de passion , chez rhomme, est imité, reflété, reproduit dans toutes les parties de la création. Ainsi, dans le règne organique, les saveurs, odeurs, couleurs, formes, propriétés, sont distribuées pour représenter scrupuleusement le jeu harmonique ou subversif des passions humaines.
Ces rapports entre les divers modies de manifestation de la vie, celte nécessité qu'un phénomène quelconque ait partout ses analogues , telle est la loi découverte par Fourier, la loi d'ANALOGIE UNIVERSELLE.
La vie d'un végétal, d'un animal est, dans tous ses détails, la conséquence du développement que prend une passion, agissant sur un caractère donné et dans une des phases de la vie de l'humanité. Tout detant tendre à rendre parfaite la ressemblance analogique , rien n'est arbitraire, et Ton peut assigner une cause à ta forme la plus fugitive d'un pétale, au parfum le plus léger d'une fleur.
C'est ainsi que Fourier a expulsé. le hasard de tous les points qu'il semblait occuper en maître; c'est ainsi qu'il a montré que, dans la création , le moindre détail est la conséquence nécessaire de lois inflexibles.
On le dit depuis longtemps : il n'y a pas d'effets sans causes ; mais on ne croit qu'à demi à cette vérité.
Si l'axiome est vrai absolument , les formes , couleurs, propriétés d'un être, ont une cause que l'homme doit chercher, qu'il peut trouver, qu'il a trouvée en effet dans la loi d'analogie, puisque cette loi rend compte des faits de la manière la plus simple , la plus heureuse \ puisqu'elle manifeste hautement la sagesse et l'unité du plan suivi par le Créateur !
Des considérations d'un autre ordre viennent à l'appui du principe d'analogie universelle , principe qui permet d'expliquer un fait absolument inconciliable, sans son aide , avec la pensée d'un Dieu sage et prévoyant: la présence, sur un globe, d'animaux, végétaux et minéraux inutiles ou nuisibles , d'espèces en hostilité avec l'homme , avec le gérant.
Aux époques de subversion , les passions humaines produisent de mauvais eflets^. L'analogie, mh*oir fidèle, doit représenter ces mauvais effets , aussi bien que les bons, dans tous les règnes de la nature. Si la calomnie souille de son venin^ toutes les relations civilisées , la nature en peint les effets* variés dans la famille des vi-
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pères, famille hideuse, bien qu'elle se présente, comme la calomnie, sous une peau brillante et artistement nuancée. Si nos routes sont infestées de lâches brigands, nos forêts sont peuplées de loups, leur parfaite image. Et remarquons que la Civilisation, qui parvient à se délivrer en partie de la violence brutale, sait aussi purger les contrées qu'elle occupe de la plupart des animaux féroces, emblèmes de brutalité; mais elle ne sait pas se préserver des emblèmes des vices qui la rongent: de vils insectes, de méprisables chenilles ont borné sa puissance et prélevât chaque année un riche tribut sur les produits de son industrie.
Pendant Fenfance d'un globe, les passions conduisant le plus ordinairement au désordre , les premières créations, destinées à fournir le mobilier de ces époques malheureuses, ont dû donner, par analogie, des espèces malfaisantes en majorité : aifêsi rien n'est plus pauvre que le règne animal que nous possédons. Dans Tordre des articulés, par exemple, pour quelques serviteurs précieux» tels que Tabeille, le ver à soie, la cochenille, combien^ d'espèces n'existent que pour notre tourment.
Mais la science démontre qu'il y a eu déjà , sur la terre, plusieurs créations successives, et l'on n'a pas de raison pour prétendre que la série des créations est arrivée à son dernier terme, que l'avenir n'aura pas les siennes aussi bien que le passé.
ANALOGIE UNITERSKLLE. 377
Les eréations futures, destinées à fournir le mobilier des âges d'Harmonie, devront donner, pour emblèmes des vertus de ces époques, des espèces bienfaisantes en majorité; des animaux utiles par eux-mêmes, et utiles encore parce qu'ils aideront Thomme à débarrasser son domaine de tout ce qu'il renferme de répugnant, de malfaisant et d'odieux.
L'analogie nous présente un prisme enchanteur à travers lequel la nature se montre sous les formes les plus riantes , sous les plus gracieuses couleurs. Ainsi l'homme trouve à satisfaire ses penchants les plus futiles en apparence , jusqu'à ce désir du merveilleux qui le suit à tous les ftges, et auquel il pourra se livrer sans crainte de s'égarer, lorsque enfin le merveilleux s'accordera avec la raison.
L'étude des analogies de la nature sera pour rhomme une source inépuisable de plaisirs. Au lieu de présenter à ses lecteurs une charade, un logogripbe, un journal demandera l'analogie d'une plante, d'un animal , etc., et un prix sera décerné à celui qui aura découvert quelque fragment de la vérité. Le fade plaisir de déchiffrer une insignifiante énigme sera remplacé par un plaisir composé , par le plaisir de lire quelques lignes de plus dans le grand livre de la nature.
Ici, comme toujours. Dieu offre à l'homme l'agréable et l'utile en même temps ; la loi de l'analogie est un
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puissant moyen de comparaison , d'inyestigation , et en outre, la connaissance des analogies d'une plante ré- Yélera toutes ses propriétés hygiéniques, médicales, nutritives, etc., fera connaître tout le parti que Ton peut en tirer (0.
La loi d'analogie a quelque chose de tellement saisissant que plusieurs Tont admise, tout en rejetant d'autres parties de la découverte.
Mais, après avoir accepté un principe, il est absurde <le repousser les conséquences qui en découlent le plus naturellement.
Fourier, lui, ne regarde jamais un principe comme une vaine parole , il t'applique toujours sans hésitation : s'il a suivi le sien dans ses dernières conséquences, s'il a osé s'en servir, non-seulement pour donner les causes des propriétés des êtres vivants, mais encore pour déterminer les propriétés des êtres des créations futures , on peut être confondu de cette hardiesse : mais en rire, c'est prouver seulement l'illogisme de son esprit C^).
Dans un milieu subversif, un homme est conduit au
(1) Si l'on avait conou, par ietomple, TAnalogie do pavot, on aurait pu deviner tous les effets de l'opium , son produit. L'opium , dont l'usage dégénère en une tentation irrésfstible , dont' Fivrésse solitaire produit un plaisir abrutissant et mortel ^ est un triste et indirect emblème d'une triste habitude , qui trop souvent , bêlas i
flétrit la jeunesse en Civilisation.
(2) M. Louis Rousseau, du journal V Université caihoHqtte', après
ANALOGIE miIVERSELLE. 379
mal par ses passions dévoyées, et la nature nous peint ce fàcheusL résultat dans un animal malfaisant. Dans un milieu harmonique, le même homme, dirigé par les mômes passions , ne ferait que le bien , et la nature donnerait , pour emblème de cette heureuse transformation , un animal utile. Celui qui, comme Fourier, connaît d'une part le jeu des passions humaines , d'autre part le mécanisme des sociétés passées , présentes et futures , a des données suffisantes pour calculer TefTet d'un caractère sur chacun des milieux sociaux, pour déterminer les propriétés des espèces animales et végétales destinées à représenter cet effet. Ainsi , dans une société barbare , l'ambition fait d'un homme un despote , dont nous supposerons que le lion est l'emblème. En Harmonie, Id même passion conduirait le même homme dans une voie opposée , ferait de lui un être éminemment utile, et les> créations futures , pour emblème de cet effet inverse d'une cause unique, donneraient un animal inverse du lion , un animal bon par toutes les qualités qui rendent le lion dangereux , par son énergie , par sa souplesse, par sa vigueur, ua