ANTI-LION
avoir écrit : C'est surtout par la découverte de tanalogie universelle que Fourier s'est montré homme de génie, relègue aa rang des contes de Peau-d^Ane , les antMions, les anti-crocodiles, etc., qoi, comme nous allons l'expliquer, résultent rigoureusement de la loi acceptée d'abord par loi.
Anti-lion , anti-tigre , anti-crocodile ! Combien
de gens ont soutenu leur réputation d'esprit, pendant trois jours , sur ces trois mots ! . . • .
La nature, qui nous a prouvé, par la production même des êtres malfaisants^ toute la grandeur, toute la variété de ses ressources^ ne peut-elle montrer, pour le bien, une fécondité aussi grande, un art aussi merveilleux?
Mais comment apparaissaient sur un globe les couples générateurs de chaque espèce , de chaque famille, de chaque variété?.... Ce problème devait occuper Fourier, qui ne recule pas devant la difficulté , on a dû s'en apercevoir.
Nous avons dit qu'une série d'êtres hiérarchiquement ordonnés étaient interposés entre l'homme et Dieu. Ces êtres ont la direction des sphères qu'ils embrassent *, ils y régnent, comme l'homme règne dans sa sphère plus restreinte, sans cesser d'être soumis aux lois supérieures de l'Eiteniel.
Disposant ei^ mattre de la surface de son globe , l'homme y préside au perfectionnement, à la multiplication des animaux et des végétaux, etc. : là, il ordonne, il crée-, là. Dieu fait sentir sa puissance, seulement par des lois générales auxquelles l'homme ne peut résister sans souffrir*
Les êtres supérieurs ont un plus vaste empire à gou-
iFerner, ud empire où ils représentent Dieu, comme rhomme représente Dieu sur la terre.
Par celte délégation graduelle d'une partie de sa puissance à tous les êtres intelligents , on s'explique comment F univers peut marcher sans rapport immédiat entre Tin&ni et le fini , chaque être n'ayant & agir directement que sur ceux qui le précédent ou qui le suivent (0 à petite distance.
Les êtres supérieurs les plus voisins de l'homme sont les planètes. L'homme doit donc voir dans les planètes ses pourvoyeurs habituels, ses anges gardiens, les intermédiaires par lesquels les bienfaits de Dieu lui sont transmis.
Les planètes communiquant ensemble par des organes aromaux , doivent trouver, dans les rapports ainsi établis , la satisfaction de toutes les passions , et par conséquent de la passion amours qui leur est propre comme à nous-mêmes.
Pour l'essor physique de l'amour, les planètes auraient des organes sexuels, et pourraient se féconder. Les produits de ces fécondations seraient précisément les premiers de chaque espèce , les premiers parents
(4) L'aCtioo des êtres les ods sur les autres est réciproque. Elle se fait sentir en montant comme en descendant. Ainsi rbomme a de l'influence sur les êtres qni le dominent ; mais cette Intoence se disperse et s'affaiblit à mesure qu'on s'élève, de sorte qu'elle est infiniment petite ou nulle quand on paryient à Dieu.
282 SECONDE PARTIE. CH. TllI.
de tous les animaux, de tous les végétaux. Les planètes seraient nécessairement androgynes , pouvant féconder et être fécondées.
La fécondation d'une planète par les autres planètes du système, aurait lieu à certaines époques, signalées chaque fois, sur la planète , par une création d'espèces animales et végétales. Les planètes formées en série régulière donneraient des séries régulières de produits.
Chaque planète douée d'un caractère propre donnerait des produits en rapport avec ce caractère, des emblèmes des passions qui le constituent. Les satellites d'une planète, liés à cette planète par affinité caractérielle , donneraient des emblèmes des effets variés des n^èmes passions (0.
{i ) Dans notre système solitaire, après le SOLEIL, astre PIYOTAL au titre d'Unité, Tiennent quatre planètes càboiii ales et deux ahbigobs. Les autres planètes sont ou devieudroutles satellites des cardinales.
Saturne, cardinale d'Ambition, avec 7 lunes, | i2 touches du clavier La Terre, cardinale d'Amitié , avec 5 lunes, i majeur.
Jupiter, cardinale de Familisme, avec 4 lunes, 1 42 touches du clavier Uerschell, cardinale d'Amour, avec 8 lunes, ) mineur.
Vénus et Mars, ambiguës. -
Les cinq lunes de la terre seront : Mercure , Vesta, Junon, Cérès, Patios, La lune actuelle ne compte pas. c'est un astre sans liquides ni gaz, impropre à 1& vie et à la végétation ; c'est un astre mort, un cadavre , une momie : la science l'admet aussi bien queFourier. Ce cadavre ira se décomposer et sera remplacé par les cinq lunes vivantes , dès que la culture unitaire aura rendu la terre attrayante, eo régularisant ses fonctions, ce qu'elle manifestera en reproduisant la couronne boréale, couronne qui est, comme l'anneau de Saturne, un signe de la dignité de cardinale majeure.
ANALOGIE UNITERSELLE. 285
Une planète mal entretenue par son gérant ne pourrait fournir à l'acte de la fécondation que de mauvais germes qui avorteraient ou produiraient des monstruosités , des espèces nuisibles représentant le jeu inharmonique ou contre-moulé des passions.
Ces idées ont été résumées avec bonheur dans le passage suivant des Transactions de JtMt Muiron.
(( Dieu crée immédiatement l'ensemble de Funivers. » Il le crée en faisant jaillir de soi-même les germes » actifs et puissanciels des tourbillons d'astres. Ces » germes sont, par le Créateur, pourvus de toutes » les facultés individualisantes , agglomérantes et for- » matrices des globes et de leurs accessoires. Ainsi » les êtres de tout ordre que nous voyons peupler la )) terre, ne sont que des créations médiates de Dieu. » Ce sont les produits de Texercioe des facultés créa- » trices dont les astres sont pourvus par le Créateur, » comme nos édifices, nos instruments, nos meubles, » sont les produits des facultés créatrices départies )) à rhomme. Les individus de la surface d'un globe » opèrent les créations industrielles ; les astres opèrent )) les créations organiques de ces individus de la sur- » face -, Dieu crée les tourbillons générateurs des )) astres.
)) De ce que les choses créées sont la manifestation » naturelle des affections et pensées de Dieu, de Tastre,
284 SBGONBE PARTIE. CH. TIII.
)» de rhomme, il suit nécessairement que chaque objet » ré?èle quelqu'une de ces affections et pensées. Ainsi )> Tastre , créature déjà médiate de Dieu, crée le chien » par exemple, pour manifester Taffection vivante de » Tamitié, la pensée de la Gdélité. L'homme, à son » tour, dans le même but, crée un couteau, un vase, » du papier, de l'écriture. Le couteau divise le pain y> ou les mets, le vase reçoit les liqueurs qu'on offre » à un ami, en témoignage de l'affection qu'on lui )) porte , l'écriture lui exprime la pensée de cette affec- )» tion. La cause créatrice ne saurait peindre dans ses » œuvres que des choses dignes d'elle : or, quoi de plus » digne d'être peint que ce qui, sous le nom depassims, » constitue l'essence de l'âme, premier produit de la » cause créatrice ? Avouons que saint Paul a exprimé » cette vérité avec une grande justesse , quand il a dit : )) Le monde n'est qu*un système de choses invisibles , » manifestées iune manière visible. »
Nous n'entrerons pas dans plus de détails sur la belle loi d'analogie : nous en avons assez dit pour espérer que les développements qui manquent ici seront recherchés avec empressement dans les ouvrages de Fourier, par tous ceux qui ne repoussent pas une idée parce, qu'elle est neuve et hardie ; par tous ceux qui ont compris que l'analogie est le lien nécessaire entre toutes les parties de la création, l'engrenage entre tous les
ANALOGIE UNITERSBLLB. 388
régnes, qu'elle fait ressortir magDÎ&qaement Tunité de lystëme de l'univers.
Pour montrer combien sont fidèles les portraits tracés par la nature, nous allons prendre dans Fourier quelques exemples de l'application de la loi.
« J'ai dépeint l'intrigant industriel et fortuné , » Toyons le portrait de la noble industrie humiliée : » c'est celle du savant ou artiste.
y> Il est peint dans une fleur nommée couronne im- » périale , donnant six corolles renversées et surmon- >» tées comme la balsamine d'une touffe de feuillage. )) Cette fleur, qui a la forme de vérité (forme triangu- » laire du lis et de la tulipe) , excite un vif intérêt par )) l'accessoire de six larmes qui se trouvent au fond du » calice. Chacun s'en étonne *, il semble que la fleur soit » dans la tristesse ; elle baisse la tète et répand de » grosses larmes qu'elle tient cachées sous les étamines . H C'est donc l'emblème d'une classe qui gémit en )> secret. Celte classe est très-industrieuse, car la fleur » porte en bannière le signe d'industrie , la touffe de » feuilles groupées au haut de la tige, en symbole de » la haute et noble industrie, des sciences et arts.
)» La- classe d'industrieux qui gémit en secret n'est » pas celle des plébéiens grossiers , mais celle des Isa- )) vants utiles et obligés de fléchir devant le vice heu- )) reux : aussi la plante incline-t-elle ses belles fleurs en
» attitude humiliante. Elles sont gonflées de larmes ca- )) chées, image du sort des savants et artistes, qui font » l'ornement principal de la Société et n'en sont payés » que par des dégoûts, tandis que les agioteurs et sang- » sues amoncellent des trésors en quelques instants.
» Cette fleur est de couleur orange, qui est celle de » V enthousiasme ou composite, par analogie à la classe )) industrieuse des savants et artistes qui n'ont d'autre » soutien que l'enthousiasme contre la pauvreté et les » humiliations dont ils sont abreuvés dans le jeune âge.
» A la suite d'une pénible jeunesse, ils parviennent )) à obtenir quelque relief ou quelque petit bien-être : )> par imitation, la fleur, après avoir passé le bel âge )) dans une attitude humiliante, élève son pédoncule et » sa capsule de graine *, mais il est trop tard , pour )) prendre cette attitude, quand le pédoncule n'est plus )> orné de sa belle fleur et n'a plus qu'une triste gousse » à présenter. Cet effet dépeint le tardif bien-être des )) savants et artistes, qui ne peuvent lever la tête, sortir )) de l'état de gêne et d'oppression qu'après avoir con- » sumé péniblement leur jeunesse à amasser quelque ar- » gent, après avoir fléchi dans leurs jeunes années sous » le poids de la détraction, de la pauvreté, de l'injus- )) lice , et perdu les beaux jours de la vie à préserver )) leur vieillesse de l'indigence.
» L'hortensia^ emblème de la coquetterie, étale force
ANALOGIE UNITfiRSELLE. 287
)) parure, plus de fleurs que de feuilles (j'ai compté i 08 » boules sur un hortensia de moyenne dimension ). )) C'est une plante qui fatigue Tœil par ses massifs de » fleurs : elle donne dans le même excès que la co- )) quette qui voudrait consumer en colifichets toute la )) fortune du ménage. Par analogie, Thortensia cache » ses feuilles sous un fatras de fleurs inodores et à demi » nuancées, en rosat ou demi-rose, argentin ou demi- » bleu, nias ou demi-violet: teintes ambiguës comme )) les sentiments de la coquette, qui sont :
)) Un faible amour, argentin et non azur.
» Une demi-amitié , lilas et non violet.
» Une fausse pudeur, rosat et non rose.
» L'hortensia et la balsamine ( coquette et égoïste ) ^) sont deux fleurs qui ne vivent que pour elles et se re- » fusent à la coupe. On oe peut employer l'hortensia » coupé ni enl)ouquets, à cause du fatras, ni en vases » où il se flétrit subitement. Non coupé, c'est-à-dire en » pots , il figure à merveille dans les salons et les jar- » dins, comme la coquette dans le grand monde. Il n'a )) pas de parfum , parce que la coquette éblouit les » yeux et fascine l'esprit sans trop gagner les cœurs ; )) elle charme les sens : le lien est simple *, il faut que » le charme de la fleur soit simple, récréant la vue sans 3> flatter l'odorat.
» La coquette se ruine par le luxe, et l'hortensia ,
38S SEG0N1NI PAUTie. cir. TIU.
» par analogie , craint Fastre da luxe et périt d'un » coup de soleil. La coquette, au déclin de Tâge , ap- » pauvrte par ses folles dépenses, est forcée à s'in- » dustrier '. par imitation, Thortensia, après avoir am- » plement brillé , perd son coloris, son luxe, et prend » la nuance du travail, le vert, couleur delà feuille. II )) n'arrive qu'au demi-vert, parce que la coquette ne » revient qu'à un demi-travail allié aux intrigues. Enfin , )) à un âge avancé , elle tombe dans le rôle de prude ; » et l'hortensia , par allégorie , revêt dans l'arrière- )» saison la couleur de la pruderie, le brun, nuance de )) la scabieuse, qui est fleur de la pruderie , rebelle à » la main qui veut la cueillir.
» Les coquettes du grand ton sont des femmes qui » ont reçu une éducation soignée , et , pour emblèm« » de ce travail préparatoire , la nature donne à l'hor- » tensia une feuille élégamment dentée en losanges sy- )) métriques. La fleur semble privéed'étaminesetpistils; » c'est le tableau de la coquette qui ne s'occupe nullement » du rôle productif. Aussi les parties de fructification » sont-elles cachées dans l'hortensia, fleur qui, pourar- » river à la perfection , exige un grand attirail de soins : » sa toilette agricole est des plus compliquées, image » exacte des personnages que représente la fleur.
» Vénus a régulièrement fourni son contingent en » fruits rouges dans la framboise et la mûre de ronce.
n Eq simple, là. murb ob boncb; hièrogh la «raie morale. » En composé , Lk 9RkMauoi8E; • la fànue morale.
» Il règne, dans la morale sévère, des intentions )) amicales et bénévoles pour Tentant -, mais les théories 9) morales ne lai présentent, comme la ronœ, que des » épines. Rien de plus insipide que cette science qui ») veut nous établir en guerre avec nous-mêmes, avec )» la nature ou attraction. Aussi la mûre, emblème de » la morale pure et simple , donne-t-elle un fruit fade » et bon pour amuser les enfants, mais qui n'arrive pas ^) jusqu'aux bonnes tables et n'est pas un fi^uitd'homme «) fart.
» Il en est ainsi de la morale dont les systèmes , en- :» nemis du luxe , peuvent trouver crédit chez les en- » fants , mais non pas chez les hommes faits. C'est par » analogie que la saveur de mûr«, qui nous flattait dans » l'enfance, paraît fort insipide à l'âge viril.
» Ce petit fruit, en passant du rouge au noir, de la y) couleur du luxe à celle du deuil et des privations, nous » peint la marche de la science morale, qui est fille du T) luxe, car elle ne naît que dans les états opulents, et » qui, oubliant son origine, arbore les couleurs de la » pauvreté et nous prêche les privations. La ronce ne » fleurit et ne mûrit que fort tard , par analogie à la )) naissance tardive des sectes morales , qui sont des » fruits de civilisation avancée et parvenue au plein. » Quant au rôle social de ces sectes, il est représenté
)) par les jets qui de toutes parts vont po^er des eur )) traves, arrêtant les petits yoleurs et non pas les gros. » Ainsi la morale cojntient tout au plus leei enf^ots, et )) uon pas les pères.
)) Par ansilogie à cette science qui veut étouffer les » passions, la ronce jette de tous côtés ses rameaux » épineux qui vont au loin s'enraciner et obstruer la » circulation. Eh ! que feste-t-il de leurs fatras de )) branches éparses ? Il n'en reste , comme des nom- )) breux systèmes de morale, qu'un chaos inextricable » dont les plus érudits sont réduits à dire , avçc Con- )) dillac : Il faut oublier tout ce que nou$ avons appris^ )) reprendre nos idées à leur origine, et refaire Ten-- » tendement humain.
» Il le faut d'autant mieux que la morale ne conduit )) qu'à la ruine, figurée par les couleurs du fruit de roncQ » passant du rouge au noir, du luxe à la pauvreté. Qui- )> conque voudra suivre les principes de morale sévère, » la justice et la vérité, n'arrivera à coup sûr qu'à la » pauvreté , et sera en peu de temps ruiné.
» Passant du simple au composé , de la mûre à la )) frambroise, nous trouverons dans celle-ci les emblé- )) mes de la fausse morale qui amalgame, avec quelques » momeries de bons principes, les dogmes d'ambition » et de rapacité. Aussi la framboise n'arriye-t-elle pas » au noir, couleur de la pauvreté; elle s'en tient à U )) couleur du luxe, au rouge vif. Elle rejette l'épine,
» par allusion à la morale mondaine qui rejette les doc- » trines contraires au plaisir. Elle est, comme la mûre, » divisée par petites capsules comprimées, en symbole » de Téducation civilisée , qui , même chez les gens du » monde, est un concours de doctrines répressives et )> ne produit que des enfants viciés et suspects. Aussi )) la frambroise, qui en est l'hiéroglyphe, est-elle de » tous les fruits le plus vermoulu : c'est un ramas de » vers petits ou grands , ce qui la fait suspecter gêné- » ralement, et malgré sa saveur exquise, elle est peu » présentable : on voit ^a majorité des convives *s'en » défier , et la dédaigner à cause des vers dont elle est )) si rarement exempte,
» De là vient qu'elle n'est propre qu'aux emplois » composés ou alliés au feu. La confiserie en tire grand » parti. Les enfants et les imprudents la mangent crue » et sans défiance ; de même que dans le monde les im- » prudents se lient facilement avec un homme imbu » de mauvais principes , mais séduisant par le ton et la » fortune.
» La balsamine est le portrait de Tégoïste industrieux. » Les feuilles finement dentées et symétriquement dis- » tribuées sont un emblème du travail intelligent. Une )) toufie de feuilles surmonte les fleurs, en symbole de » Féconome judicieux et prudent, qui veut que le tra- » vail ({iguré par les feuilles) et le bénéfice excèdent la
» dépense. En suivant cette méthode, il peut britler )> longtemps sans s'appauvrir, comme la balsamine qiri » donne une série de feuilles copieuses, brillantes et » longtemps renouvelées.
» Les ménages pourvus de cette prudence raffinée » sont ambitieux et égoïstes au suprême degré. Aussi » la balsamine, par analogie, refuse-t-elle tout cadeau )» à rhomme ; ses fleurs sont imprenables isolément par » défaut de queue, et collectivement par embarras de » feuillage. On ne peut ni les cueillir, ni en garnir les » vases de salon ^ c'est une plante qui ne vit que pour )) elle , comme les ménages des riches égoïstes donnant )> du relief au pays; gens d'industrie et de représenta- » tion , utiles à la masse, mais insipides par leur esprit » cauteleux ; gens qui se rendent nécessaires , comme » la balsamine , sans être ni aimés ni aimables. Us » savent s'installer dans toutes les avenues de la gran- » deur, comme cette fleur qui s'empare des lieux les )) plus fréquentés du parterre, et y joue le grand rôle, » sans y exciter le charme; aussi est-elle privée de par- » fum , symbole de charme. Elle est tardive et meuble )» d'automne, par allusion à ces thésauriseurs qui ne » commencent que tard à figurer dans le monde. Malgré )) toute leur vigilance, il arrive que leur fortune passe à » des héritiers imprudents qui la dissipent, et de même » la graine ou héritage de la balsamine s'échappe des » mains au moment où on la recueille sans précaution.
ANALOGIE UÎ^IVERSëLLÉ, 293
yi J'explique ici Tanalogie du perroquet, emblème » des faux savants , des gens habiles à manier la parole » et en abuser en discours et en écrits. Tout est magni- » fique dans leur plumage littéraire. On n'y trouve que » perfectibilités perfectibles, vertus civiques, amour » du commerce, balance, contre-poids, garantie, équi* » libre et bonheur suprême assuré au peuple si Ton » veut mettre les philosophes à la tête du gouverne- » ment. La nature a dû donner un superbe plumage à )» Toiseau emblématique de ces hâbleurs : il étonne , » comme nos sophistes , par son habileté à manier la ^ parole *, mais c'est l'oiseau le plus perfide par ses » morsures.
)) Comme il n'y a qu^astuce et pièges dans leurs dis- » cours , la nature en dépeint la fausseté dans certains » perroquets par la double couleur du bec montrant » une mandibule blanche , symbole de la pureté qu'af- » feclent ces beaux parleurs. Le bec présente un » énorme crochet, image de la rapacité de tous ces » êtres à parole fleurie, démagogues, gens de loi, so- » phistes^ etc., gens qui par le verbiage s'accrochent à » tout, comme le perroquet par son bec.
» Leur éloquence ne tend qu'à la rapine ; elle ne » couvre que pièges et noirceurs , figurées par la langue )) noire du perroquet. Il est inutile et immangeable, en » symbole de l'inutilité de leur bel esprit. Il est bâte-
)» leur comme eux , habile à faire cent minauderie» » et se retourner en tout sens ; image des caméléoDSr » littéraires, il harasse, il étourdit par son cri aigre » et perçant, son bavardage perpétuel ; comme ces n sophistes qui étourdissent le siècle de leur phébus » de perfectibilité, et harassent Fadministration sur » ce qu'elle ne veut pas élever le peuple au vrai bon- » heur en donnant de bonnes places aux pbiloso- )» phes. »
Pour trouver Tanalogie particulière d'un végétal ou d'un animal , Fourier part de la connaissance des analogies spéciales de chacune des parties , de chacun des caractères qui distinguent Tindividu. Ainsi, dans le règne végétal :
Radne : Emblème des principes qoi régnent dans Kessor
de la passion.
Tige : Emblème de la marche que sait la passion.
Feuille : Emblème de la classe ou de la personne dépeinte ;
puis emblème des soins ( éducation et autres ) qui ont préparé l'effet de la passion.
Calice : Emblème de la forme dont s'enveloppe une passion , des alentours qui l'influenceot.
Pétales: Emblèmede l'espèce de plaisir attaché à t'exercloe
de la passion.
Pistils, èlamines : Emblème du produit que doit donner la passion.
Graine: Emblème des trésors amassés par rexercrc« de la
passion.
Parfum : .... Emblème du cbçrme qu'excite la passion.
Fourier se sert encore, pour ses calculs, de l'analogie des couleurs, des formes géométriques, analo-
ÀNàLOGlE tNiVERSELLE. 298
gies qui se trouvent, avec plusieurs autres, dans le tableau suivant :
GAMME DES DROITS I^ATURËLB, AVEC ANÀLOGIBSi
Df*ot<5. Passions. Couleurs. Courbes.