‹ Solidarité: Vue synthétique sur la doctrine deChapitre 3 sur 42 · J)Ë LA RAISON ET DB LA SCIENCE · texte numérisé non relu

J)Ë LA RAISON ET DB LA SCIENCE

... Les arts mécaniques , comme s'ils étaient pénétfé^ d'an certain souffle de vie, éroissèot et se perfectionnent de jour en jonr..«. La philosophie , au contraire, et les sciences intellectuelles, semblables à deé statues, sont encensées et adorées, mais ne font aucun pas eo avant. Bagor.

Cherchez, et tous trouverez.

ÉtHmgite.

L'homme partant du fait de son existence est nalurelieinenl porté à croire à une j[>uissarice organisatrice par laquelle il est (0 , à une intelligence supérieure dont son intelligence serait une émanation.

(1 } L'homme sent qulC est lié à un système, que tout eft^wnserv avt «on individualité, il lait partie d*un ensemble, d'un tout supérieur.

Cet ensemble , ht nature , ayant eu puissance de former l'homme , •doit renfermer tous les principes dont l'honmiè liti-ménie est com- «posé. L'homme est matière, la nature est donc matière; l'homme est intelligenoe -et passion , it y a donc , en dehors de l'homme , dans la «ataise^ «ne «ivroe d'intelligence et de pMsioo.

fO PREMIÈRE PARTIE. CR. I.

L'homme s'élève ainsi à la pensée de Dieu , pensée qui , excluant toute participation du hasard à la direction des choses, conduit à admettre pour tous, pour rindiyidu comme pour Tespèce, un but providentiel, une destinée.

Connaître ce but, pour y tendre, pour accomplir sa destinée , doit être Tobjet constant de tous les efforts de rhomme. C'est ainsi seulement qu'il peut mettre sa volonté en accord avec la volonté divine. C'est ainsi qu'il obéit, qu'il fait son devoir.

Mais avec le sentiment de son devoir , Fhomme porte en lui-même la conscience de son droit.

Ce droit est de pouvoir comprendre ce que Dieu attend de lui : le plus inique, le plus absurde des despotes, n'oserait prescrire l'obéissance à un ordre qu'il n'aurait pas clairement exprimé.

Jusqu'à ce jour, ces deux sentiments naturels du devoir et du droit, n'ayant pu se satisfaire ensemble, se sont exclus, et chacun s'est laissé entraîner par celui des deux qui dominait en lui.

Les uns, pénétrés du sentiment du devoir, sont restés dans la foi, n'ont pas douté de la Providence, mais en admettant que la justice de Dieu n'est pas conforme au sentiment du juste que Dieu a mis en nous, en prescrivant à la raison de se soumettre, en donnant pour base à leur croyance le mystère.

Les autres, emportés par la conscience de leur droit,

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ont rejeté ce qu'ils ne comprenaient pas. N'apercevant pas les causes de ce qui est, ils ont douté de l'universalité de la Providence, ils ont attribué la conduite des événements au hasard.

C'est que les uns et les autres ne pouvaient s'expliquer d'une manière satisfaisante comment le mal peut être, comment l'existence du mal est conciliable avec la pensée d'un Dieu souverainement bon.

Ainsi tous ont douté : ceux-ci ont douté de Dieu , ceux-là ont douté de la raison que Dieu leur à donnée, manière indirecte de douter de Dieu.

Pour ramener l'homme à la foi, il faut lui offrir aujourd'hui une foi complète et composée, une foi solidement assise sur le témoignage de la raison. Pour cela il faut que le flambeau de la science dissipe toutes les obscurités, illumine toutes les questions, la question du mal surtout, devant laquelle tous ont reculé jusqu'à ce jour.

Fourier a-t-il bien apporté au Monde cette explication universelle? L'Humanité lui serait-elle réellement redevable de cet immense bienfait? Après avoir lu cet ouvrage, nous l'espérons, plusieurs pourront répondre affirmativement à cette question si digne d'examen.

L'Humanité a tellement négligé certaines parties des connaissances qu'elle doit acquérir, que, sous plusieurs rapports, les notions les plus élémentaires lui ont man-

12 PHBMlàRB PÀftTIE. CH. I.

que jusqu'à ce jour« Ainsi elle n'a pas encore résolu cette question primordiale à laquelle toutes les autres se rattachent : Quel est le pouvoir de la raison? Dans quelle sphère la raison est-elle compétente (0?

Frappés des erreurs sans nombre où les esprits sont tombés, des dissentiments profonds qui les séparent sous tant de bannières ennemies, la plupart ont admis que la raison est incertaine: Errare kumanutn est, disaient les anciens; et les modernes répètent : Il faut se défier des lumières de la raison.

Cependant toute question se traduit en dernier ressort au tribunal de la raison. Ceux-là même, qui déclarent la raison insuffisante, qui lui ordonnent de se soumettre, ne peuvent s'adresser qu*à elle pour qu'elle rende contre elle un arrêt .d'incapacité! Douter de la raison, c'est, en définitive, douter de tout : c'est se plonger dans les ténèbres en soufflant sur la seule lumière qui les puisse illuminer-, c'est se laisser conduire logiquement, s'il y a de la logique sans la raison, à la doctrine si ridiculisée du pyrrhonisme.

C'est cette question que nous examinerons d'abord,

(1) Le mot ralsùn est peot-étre mal choisi, cependant noos troufions des difflcoltés à l'emploi de toat autre : du reste» nous pré- Tenons tonte éqni?oq[iie en <nsant fftàt nous entendons par ce mot la faculté ou les facultés de l'intelligenee par lesquelles rhomme eonnaïl, comj^nd, accepte des principes. C'est le mens des Latins.

DE Là RAISON BT DE hk SCIENCE. i5

pour établir ce qui peut parattre à première vue un paradoxe :

LÀ RAISON DE l'hOMME EST INFAILLIBLE.

Si l'on donnait à un géomètre des instruments pour mesurer un terrain , on ne pourrait attendre de lui un résultat exact qu'autant qu'on serait assuré de la jus-* tesse des instruments livrés.

Dieu, en mettant Thomme sur la terre, lui a donné à mesurer et à comprendre tout ce qui se trouve en rapport avec lui, tout ce qui dépend de lui, tout ce qui exerce une influence sur ses actes et sur sa destinée*

Pour cela il lui a donné un instrument unique : la raison.

La raison doit donc être exacte, doit suffire à la juste appréciation des choses, sans quoi Dieu aurait irrévocablement condamné Thomme à Terreur, et Dieu seul, fabricateur alors d'un mauvais instrument, serait coupable de celte erreur et de ses conséquences, la douleur et le vice*

Cependant, sans aucun doute, l'homme s'est souvent

trompé, il se trompe encore chaque jour.

Mais le géomètre aussi peut se tromper, quoique muni des instruments les plus parfaits.

C'est que le géomètre doit apprendre à se servir de ^es instruments ^ c'est que l'homme doit savoir user de sa raison*

14 l»llEHtftRE PÀRTie«' C0. U

Vœuvre de la raison est la recherche de la mérité*

La vérité n'a et ne peut avoir qu'un seul caractère, c'est d'être acceptée par la raison. Une chose est vraie, 4e par la raison qui la proclame telle, parce que la raison est, de droit divin, unique et souverain juge du vrai et du faux.

Les connaissances humaines se composent de l'en- '^mble des vérités découvertes : ces vérités classées d'après leurs rapports constituent les sciences.

Toute science repose sur des axiomes, c'est-à-<lire sur des principes reçus sans démonstration, seulement parce que la raison les admet.

Comment démontrer que le tout est plus grand que la partie ; que deux quantités égales à une troisièine sont ^ales entre elles? Qui songe cependant à mettre en doute ces vérités?

Pour passer d'un axiome à une vérité plus avancée de la science, l'intelligence fait un trajet: ce trajet a pour but de conduire la raison en face de la vérité nouvelle ) comme elle se trouvait d'abord en face de l'axiome. Alors la raison voit, reconnaît et proclame.

Et toute intelligence qui aura fait le même trajet apercevra et adoptera la même vérité.

Nous ne prétendons pas qu'une intelligence quelconque puisse comprendre une vérité quelconque. Une intelligence peut être incapable de faire le trajet qui

BE LA RAISOÎI ET DE LÀ SCIENCE. i5

conduit à une mérité , et alors elle ne peut proclamer cette vérité qu'elle n'a pu voir.

Là se trouve la différence entre les intelligences : celle-ci peut frayer la Voie qui conduit à une vérité nouvelle : celle-là parvient seulement à suivre le chemin aplani par la première ; une autre enfin manque de force pour avancer sur la route dégagée même de tout embarras.

Les intelligences ont donc plus ou moins de vigueur et d'énergie pour marcher à la vérité : mais elles ne sont pas plus ou moins justes, plus ou moins fausses, puisque toujours elles acceptent toute vérité qu'elles ont pu voir.

Tant que l'intelligence n'a pas pu ou voulu faire le trajet qui conduit à une vérité , la raison n'a rien à nier ou à affirmer touchant cette vérité : elle ignore , elle ne sait pas, elle n'a pas vu.

Si dans cette ignorance d'une chose l'homme veut se prononcer sur cette chose, il ne peut parler qu'au hasard ; il tombe nécessairement dans des contradictions et des absurdités, puisqu'il veut littéralement juger comme les aveugles jugent des couleurs.

C'est ainsi que le sauvage se forme sur l'astronomie des idées ridicules^ sans qu'on puisse accuser sa raison, qu'il n'a pas consultée sur les phénomènes qui le préoccupaient.

Lorsque dans sa pirogue il s^éloigne de la côte par

16 PftEMIÈR£ PAKTIB. Ctt. t.

un temps calme , ne peut-il remarquer que la mer lui dérobe d'abord la Yue des objets les plus bas, et en dernier lieu seulement la ctme des arbres les plus élevés : ne peut-il en conclure que la surface des mers est arrondie, et cette première vérité ne le conduiraitelle pas à d'autres, s'il entrait ainsi dans la voie des observations ?

Ne serait-il pas possible que, sous certains rapports» les savants de la Civilisation en fussent encore au même point que le sauvage en astronomie? Si cela était, y aurait-il moyen de s'en assurer?

Sur un point inexploré et incompris, les hommes ne pourraient émettre que des idées vagues, discordantes, sans liens les unes avec les autres. Paul n'aurait jamais une opinion identique à celle de Pierre , et même Paul de demain ne penserait pas absolument comme Paul d'aujourd'hui. Gomme il y aurait des raisons tout aussi bonnes ou tout aussi mauvaises pour <]ire hlanc que pour soutenir noir, chacun montrerait dans son opinion du jour d'autant plus d'opiniâtreté qu'il verrait fort bien le vice des raisons adverses, sans songer à la faiblesse des siennes propres. Ce serait la parabole de l'œil traversé par une poutre, qui voit la paille dans un autre œil^ seulement il y aurait poutre des deux côtés. *

On croirait entendre le sauvage soutenant que chaque

DB LA BAfiSON ET DB Là aOENCB. 17

jour «n nonfeau soleil éclaire son Ile, eontre cekn qui prétendrait que le même soleB, après être d«* eefedu dansja m^y regagne de iniil l'orient entre deux enaou Certes, la question astfonomique posée en ces larmes ne serait pas prés d'arriivr à une bonne solution.

Ne f enons-nous pas de peindre la Cirilisation se lî?rant à ses études philosophiques 0), à ces prétendues scittioes qu'eUe^mèsie a distiaguées des scieÉces yéri* tables, en ne leur donnant pas comme à eeUes*eâ Tépithéte d'exactes (c'eût été trc^ fort ! ) , sciences qui comptent autant de sentimenli qu'U y a de tdtes qui le» professent^ qui n'ont rien posé de ficiH de pr6eiâ^ rien décoUfert encore de récAleiiMttt boui d'é^idem* ment utile; qui tournent iBtâéfinisieiit dand des cercles Yioieux dont elles ne songent pas à sortir.

En coaqmrant ce qui se passe dans ces fausses sciences avec la marche sûre et progressive des seietiees véritables , il est aisé de recoimattre que si la raisoii a été consultée quant à celles-ci y elle est absolument étrangère à la constitution de eelles^à.

Les hommes des sciences philosophiques confessent d'ailleurs implicitement leur ignorance , puisqu'ils

(0 Par étuiUs phUosoplU^iies, l'Ecole entend quatre sdeeesi.' potttfqoe» économie politiqae, métaphysiqae , morale. On ne doit ]^ -èitfiHtt^telte ekpSoÉlioo.

18 t^REMIÈHE PARTIE. CB. I.

avouent que dans cet ordre d'idées la certitude ttiathé^ inatique ne peut exister.

Comme s'il pouvait y avoir deux certitudes: Une certitude qui rendrait certain et une certitude qui permettrait de douter. Gomme s'il était ime évidence autre que l'évidence !

C'est qu'ils ignorent, et ne veulent pas l'avouer. Mais la raison est douée d'une telle rectitude qu'elle les force à convenir qu'ils ne sont pas absolument certains de leur savoir.

Sur quoi s'appuieraient-ils pour démontrer que l'évidence ne peut exister dans les sciences philoso* phiques, puisqu'on y trouve des axiomes aussi précis que les principes mathématiques les plus clairs.

Toutes circonstances égales d'ailleurs, si, dans le même temps et avec la même perfection, deux ouvriers ont fait la même quantité d'oqvrage , ils doivent être

également rétribués : voilà un principe de justice aussi évident pour tous qu'il est évident que deux ajoutés à deux donnent quatre.

Pour soutenir cette impossibilité d'introduire la rigueur des démonstrations mathématiques dans les sciences philosophiques, impossibilité qui les met à l'aise, que peuvent-ils dire si ce n'est qu'on n'y parviendra pas parce qu'on ny est pas encore parvenu?

Ce raisonnement eût pu servir contre l'invention de

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toute sdence; il a dû être employé particulièrement contre la prétention de savoir ce qui se passe au lieu où gravitent les astres , parce qu'on ne peut s'y trans-^ porter corporellement.

Cependant la loi du mouvement des corps célestes est aujourd'hui connue : et Dieu, qui nous a permis de fonder cette science, dont, à la rigueur, nous eussions pu nous passer encore, eût été bien inconséquent s'il nous avait interdit la connaissance de la loi du moïkvement social, qui nous importe bien autrement.

Sous le mot raison , nous comprenons donc la conscience^ qui n'est autre chose que la raison s'exerçant dans l'ordre moral.

Devant servir à tous , les vérités morales essentielles sont non plus évidentes , mais plus à la portée des esprits ordinaires que les vérités de l'ordre matériel* Dans cette sphère , si l'homme a souvent et grossière^ ment erré, c'est qu'il l'a voulu absolument.

Cherchons un exemple de cet égarement pour ainsi dire volontaire. Près du berceau d'un enfant, demandons-nous si l'être innocent qui nous sourit , par un concours quelconque de circonstances, peut avoir à Téponàre justement d'actes accomplis par d'autres , s'il peut être légitime d'appeler sur sa tète l'infamie et les supplices.

La question posée en ces termes , nous répondrons

M HumiteE pAUTiK. en. u

uoKUiiiiieiiietit par la négative, parce que, quand k conisoîeiioe Toît clairement, elle parle à tons d^nne seule manière et avec une précision qui ne permei pas d'errer.

liais si nons refusons d'écouter sa toix, si noua spécialiaons la question pour mettre enjeu nos passions dèrôyées , Torgueil de caste , le fonattoft du sectaire, etc., réaotus d'avuice à faiare plier nos cMivictietts aux axigenoes d'une idée, d'un système préconçu, doms nous égarerons certainement.

C'est ainsi. que les hommes ont pu poursuivre les ehEusts paur les fautes des pères, c'est ainsi qu'ibont osé môme prendre Dieu pour complice dé leur iniqutlé, en l'accusant d'une aveugle colère ctetre des êtres que son scoilto venait à peine d'animer.

El la consciâQce n'a jamais été pour rko dans cas égaretnents , contre lesquels elle se. révoltait , puiaqua lea hommes ont dû la récuser en prétendant que la justice du ciel n'a paa de rapports avec la justice de la terre.

Pveicriire de reconnaflre bon ce que la raison trouve injusAc on ridicule, sous prétexte que l'homme ma peut luger des volontés de Dieu , est une matbeurenae prè* leation qui tendrait à abrutir l'espèce humaine. Ge que l'homme ne comprend pas é^ la création^ Il sait qu'il ne le comprend pas *, mais ce qu'il reconnaît imuivaia , H h ^timfrmi puiêfi^îH k itêg$f et îl le j^ffi sainement

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