SUITE DU CH. TI
qu'à une huitaine de pages, ce qui rend les contradictions d'autant plus plaisantes, qu'elles ne sont souvent qu'à un feuillet de distance , comme les suivantes , fort digneà de l'attention des commerçants et des économistes :
(( Il faut régler l'étendue de terre que chaque famille )} pourra posséder-, il ne faut permettre à chacun, » dans chaque classe , que l'étendue de terre ABSO- » LUMENT NÉCESSAIRE pour nourrir le nombre de
» personnes dont elle est composée w (C'est la loi
agraire, l'arrière-secret de la morale douce et pure. )
(( Si l'on a planté trop de vignes, il faut qu'on les )) arrache*, le vin est la source des plus grands maux » parmi les peuples. Que le vin soit donc conserve » comme une espèce de remède , ou comme une liqueur » très-rare , qui n'est employée que pour les sacrifices. )) (Et ailleurs il dit) qu'on n'admette que le vin du » pays. »
Ne garder du vin que pour les burettes !!! Voilà un moraliste bien endiablé contre les ragoûts et le vin : comment s'accordera-t-il avec Horace et Anacréon, et même avec les sacrificateurs ou prêtres , qui ne sont point d'avis qu'on limite aux burettes l'usage du vin ; ils aiment assez à voir du vin sur table : mais procédons au recueil des contradictions que notre moraliste va articuler, dès les pages suivantes, contre son précepte de loi agraire et destruction des vignes.
(( D'ailleurs, la liberté de commerce était entière à » Salenle : bien loin de le gêner par des impôts, on )) promettait une récompense à tout marchand qui » pourrait attirer à Salente le commerce de quelque » nouvelle nation. »
Eh ! sur quoi commercera-t-on dans un pays qui, ne cultivant que la quantité de terre absolument néces.- SAiRE pour nourrir son peuple, n'a pas de superflu à exporter ? Un pays qui , arrachant les vignes et n'ad> mettant que les vins du cru , ne peut acheter ni vins étrangers, ni liqueurs, également prohibées, et qui défend Xouien marchandises de pays étrangers, pouvant introduire le luxe et la mollesse; un pays où le savant politique Mentor « retrancha un nombre prodigieux » de marchands qui vendaient des étoffes façonnées » des pays éloignés*, des broderies, des vases d'or et )» d'argent , avec des figures de dieux , d'hommes et )> d'animaux -, des parfums , de beaux meubles , etc. )> ( Mentor a ordonné plus haut de rassemUer tous les meubles somptueux et de les vendre aux Peucëles^ pour éviter la corruption et la renvoyer charitablement chez les voisins. )
Après tant de prohibitions, je ne vois pas sur quoi on pourra commercer dans une contrée qui ne veut rien acheter de l'étranger, et qui, n'ayant que les cultures absolument nécessaires y n'a rien à donner en échange, rien à livrer au commerce extérieur.