DE LÀ RAISON ET DE LA SGIBNCE
être remplacé par un organe plus simple ou remplissant mieux le même objet.
C'est ce que les hommes ne peuyent nier, parce qu'ils le voient avec les yeux du corps.
Ainsi lorsqu'un anatomiste rencontre un organi^ont le but ne le frappe pas d'abord , il ne tranche pas la difficulté en disant, comme un philosophe dit des passions : Ceci ne sert à rien, cela est à retrancher, à comprimer. Mais il cherche et il trouvera, parce qu'il sait que tout ce qui est a son utilité, sa nécessité, sa cause.
Si dans l'ordre philosophique les hommes montraient la même réserve, la même défiance d'eux-mêmes, la même foi dans la puissance qui crée et organise, ils comprendraient qu'un désir sans but à atteindre, sans satisfaction possible, serait dans la création un rouage qui la compliquerait oiseusement et la rendrait impar* faite 9 car tout marcherait aussi bien et mieux si ce rouage n'était pas.
Dés lors la question posée serait ainsi résolue :
L* intelligence humaine doit pouvoir comprendre tout ce quelle sent le désir et le besoin de comprendre.
Il y a dans Vinfini (0 cependant, dans l'infiniment
(1) Les métaphysiciens ont singnlièrement abasé des mots. Gonfondant dans un même sens Yabsolu et Vinfini, ils ont condamné
grand comme dass l'iûfinimenl petit, quelque «hose qui dépasse la portée d'une intelligence fiaie; ^iasts'U nous répugne d'admettre quelle temps ait» c^anmeneé, que Tespace ait des limites,: si nous sentons bieatque )'esp«ce et le temps sont sans bornes, ces Térifé» «présentent cepeiMlant> une. face qui échappe à notre pereep^ tion. Ici même pourtant, le doute ne nous est paspos*-* sible, nous ayons à choisir entre Tincompréhensible el Tabsurde , et nous devons conclure que rincompréhen? sible est le vrai^ D'ailleurs, les questions de cetoréfe
rbomme à n'arriver jamais qu'à des vérités relatives , prétendant que la vérité alisolue n'appartient qu'à Dieu. C'est Yinfini qui est l'essence de Dieu , c'est la vérité infinie qui ne se trouve qu'en lui. Mais la vérité infinie est eomme une formule générale qui ootttient toute vérité et se résout en formules de plus en plus restreintes et qui tombent enfin dans le domaine intellectuel de l'homme.
De ee qu'il y a des fomniles-plas générales qui embrassent lâi pkn grand nombre de cas particuliers , il ne s'ensuit pas que la formule qui résout isolément un de ces cas n'est pas parfaitement juste.
Ainsi ruritbmétique donne les sotatioas particulières de pluiSears problèmes , et ces solutions sont bonnes absolument et ne reçoivent aucune atteinte de la formule algébrique qui résout tous ces pro7 blêmes à la fois.
La pensée que l'homme ne pent arriver à rien d'absolu tient encore à une codfUsioU entre les idées théoriques et lés choses de la pratique.
Les seds de l'homme étant Imparfaits, il n^luàest'pas^hûiâtfll'atT teindre à l'application parfaitement exacte des vérités qu'il découvre; ainsi , bien que connaissant parfaitement les propriétés du cercle , l'homme n'obtiendra jamais on cercle rigoureusement tracé.
Pariant de ce que tout principe fbéorique doit être vérifié par l'expérience, et de ce qu'une expérience rigoureuse est à jamais impossible, on en a conclu que la certitude absolue nous échapperait toujours.
Mais si l'on doit vérifier tout principe théorique, no» •eBi.«i:no9
bE LÂl RinSOlV.EV DR LA SCttNCE.
&e p0tt\»DA4i(Hi8 tourmeater^ leursohitibn imporle pen à' DOlré* bonheur c si nous lie^ nous rendons pas bien compte des propriétés infinies de l'espace et du temps^ nous pouvons saisir et mesurer les éléments de Fespace et du teinpt.^ui sool en rapport avec nous, et cette puissance suflBt à iios désirs et à nos besoins.
De même, Dieu, en sa qualité d'être infini, sort de la spbftre d'action de notre intell^nce. Mais nous avons besoin de connaUite .Dieii ilans ses raf^siorts avec nous j de savoir ce qu'il attend de nous, ce qu'il nousdestifte^
histiiiiiieirtâ « tout imparftiîts qu'ils sont, suffisent et au delà pour cette Térifieatioo.
Ainsi, partant de la définition ordinaire du cercle et de ses lignes , nmii' esprit paurieDi^côncéroir ^ec hieidité que tout angie à la circonférence aoua-tenda par un diamèliie est on angle (koit.
Si j'ai Hait le premier cette découverte , craijlnant que mon esprit a&ae séit ^ré dans sa route , qu'il n'ait ^hbis quelque pdnt, qu'É ne se soit fait quelque illusion , je m'empresserai de vérifier : traçant donc des cercles « des diamètres, des angles à la circonférence, et traufsÉittei^otirs que ces aig(1es «ont droits , après des vérifioations assez variées et^issez multipliées, sans m'in^uiéter des petites erreurs tenant à llmperfeciion de mes instruments , je serai certain , absolument certain , que mon principe est vrai.
Les intelligences d'un ordre supérieur, les habitanU des sphères ptfÊB élevées, dn-Soleil par eiemple , parviennent probatilement à un plus grand nombre de vérités et à des vérités plus généraiiès. Mais ce qui est vrai pour nous est vrai pour eux de la même manière.
S^ en était autrement, le même ftiit se reproduirait eur la Terré où se trouvent des intelligences de diverses portées* Or, ijQoootraire a précisément lieu, et le plus grand mathématicien, s'il comprend plus générolement les principes géetnétHques , s'il en possède un plus grand nombre « ne peut contredire en rien les vérités élémeu'^ tâires qu'emploie, dans sa pratique, le plus petit charpentier, le plus linmUë tiéilear 4le pieeres.
et , sur ces points qui nous préoccupent sans cesse ^ nous ne pouvons être condamnés à une éternelle indécision.
Quelles précautions rhomme doit-il prendre^ pour n'être pas exposé à Terreur, en faisant usage de sa raison?
Pour reconnaître la propriété physique d'un obje€ matériel , Thomme met cet objet en rapport avec ses sens.
Ordinairement il emploie la vue : mais la vue peut le tromper dans certaines circonstances, elle peut faire prendre, par exemple, Tirnage pour la réalité. L'homme ne peut donc pas s'en rapporter exclusivement à la vue, souvent il doit en appeler au témoignage d'un second sens. Ce secoiid sens peut être le tact.
L'intelligence, pour s'assurer de l'existence d'une* vérité, doit employer des précautions analogues*, elle doit voir et toucher.
Pour iTutelligence, la vue c'est la synthèse, le tact c'est l'analyse.
Une hypothèse qui résiste à cette double expérience
est incontestablement la vérité même.
Ainsi tous les phénomènes, tous les faits relatifs et un certain ordre de choses ont été groupés, et une* supposition a été faite qui les explique avec facilitée
DE LA RAISON ET DE LA SCIENCE. Si
Cette supposition établit une théorie^ mais on n'a pas encore la science W.
L'hypothèse doit subir encore l'épreuve synthétique. Pour cela elle doit être présentée à la raison, examinée dans son essence, sans tenir compte des faits à expliquer, pour chercher si elle est juste, claire, évidente par elle-même.
Si l'hypothèse triomphe de cette épreuve composée, Il n'y a plus seulement théorie ^ il y a science et science
exacte.
.On aura donc à examiner si les principes que nous allons émettre sont bien par eux-mêmes adéquats à l'intelligence, s'ils paraissent lucides au j>remier aspect. Il faudra chercher ensuite s'ils expliquent tous les phénomènes connus, tous les faits de la vie de l'Humanité.
Si nos principes ne fléchissent ni dans l'un ni dans l'autre cas, nous serons en droit d'affirmer que la doctrine de Fourier est une science^ une science de même ordre que la science astronomique par exemple.
(I) Yoir^ pour la définition 4é ià science, le discours prononcé àrHôtel-de-yille par Victor Considérant.