‹ Solidarité: Vue synthétique sur la doctrine deChapitre 9 sur 42 · CHAPITRE m · texte numérisé non relu

CHAPITRE m

DE l'homme, de ses FACULTÉS ET DE SES PENCHANTS.

.... Qoieonque conaaitra l'homme , yerra que c'est un ouvrage de grand dessein , qui ne pouvait être ni conçu, ni eiécuté que par une sagesse profonde. Bossubt.

Dans la passion enyisagée comme elle doi^ l'être, on trouve la yéritable cause des actes les plus sublimes aussi bien que des actions vulgaires , ou basses et infâmes. Qui ne voit, en effet, qu'elle est le ressort des vertus même les plus ascétiques, qui sont, en définitive, pratiquées en vue d'un bonheur plus ou moins éloigné ?

L'exercice de la pensée elle-même n'a pas d'autre motif, comme l'exprime cette belle parole de saint Augustin : Nulla est homini causa philosophandi nisi ut heatus sit, « Tous les hommes, dit avec raison Pascal, désirent être heureux; cela sans exception. La volonté ne fait jamais la moindre démarche que vers cet objet ( le bonheur). » En d'antres termes : tous les hommes se déterminent par des motifs passionnés, et ont en tout et toujours la passion, une passion quelconque pour mobile.

Fourier, par Ce. Pellabir , D.-lff.

Cette vérité que Dieu, en organisant un être, prévoyait un emploi utile des facultés et des penchants qu'il lui donnait^ est tellement limpide qu'il faut toute cette atmosphère de préjugés qui obscurcissent Tin-

su PREHIÈRB PARTIE. CH. III.

telligence de rhomme, pour qu'elle ne soit pas admise à priori.

Il y aurait donc une forme sociale possible où les penchants de Thomme produiraient autant de bien qu'ils produisent de mal dans ta Société présente, si maladroitement disposée pour leur jeu.

Dans la Société à découvrir, la raison et la passion seraient en parfait accord -, devoir et plaisir n'auraient qu'un même sens^ là, sans inconvénient et sans.calcul, l'homme suivrait sa pente*, là, n'écoutant que l'Attraction, il n'agirait jamais par nécessité, il ne se cour^ berait|)lus sous la contrainte^ là, par conséquent, il trouverait de l'attrait dans toutes ses fonctions.

L'homme, pour accomplir ses fonctions, doit développer ses facultés physiques et intellectuelles par Faction, parle travail, assurer la conservation de son espèce, pourvoir à l'entretien de son individu. N'est-il pas rationnel de penser que Dieu qui est un, qui a donné l'Attraction pour gnide unique aux animaux, qui emploie encore F Attraction pour entraîner l'homme à une partie des choses qu'il doit faire , reproduction et nutrition, n'a pas dérogé à une loi si sage, pour le malheur de notre espèce, en usant de moyens coërcitifs pour contraindre l'homme au travail.

L'Attraction est la loi générale. Ecrite au cœur dç tous, elle .révèle perpétuellement et unitairement la volonté de Dieu : elle est de tous les temps et de tous

DE l' HOMME, DE SES FACULTÉS, ETC. 51

tes lieux , et montre ainsi la sollicitude constante du Créateur pour tout ce qui émane de lui. Elle pousse chaque être dans sa voie, elle lui indique sa destinée*, incompressible, elle persiste toujours, malgré les préjugés et les prescriptions morales et légales (0.

En gouvernant par TAttraction, Dieu était certain d'être obéi avec reconnaissance et bonheur. Si dans son premier âge, par ignorance, une Humanité (^) résiste à cette loi, elle est punie par le fait même, puisqu'elle souffre par ses Attractions lésées. Ce châtiment indirect est seul digne de la grandeur infinie : ce n'est pas Dieu qui frappe, c'est Thomme qui se frappe lui-même et

(f) Toujours incompressible Qu'on se rappelle ces ascétiques

personnages qui fuyaient dans les déserts pour mieux combattre V Attraction , nommée par eux tentation. Us parvenaient peut-être à résister, mais ils ne tuaient pas l'Attraction. Pour l'affaiblir ils afTaiblissaient leur corps, mais elle n'expirait qu'ayec eux, ils l'exhalaient dans leur dernier soupir.

L'Attraction c'est la vie, c'est le ressort qui donne à l'homme volonté et puissance. Briser ce ressort, c'est tuer l'homme.

Ces malheureux , dans leur ignorance , accusaient l'Attraction qu'ils attribuaient à Satan. Us ne voyaient pas que le mal est dans la forme sociale , dont les combinaisons sont vraiment sataniqnes , puisqu'elles transforment eu boue l'or que Dieu nous a donné.

^2) Une Humanité : l'Humanité d'un Globe quelconque, l'espèce int^igente qui le peuple. Il est absurde d'admettre que Dieu ne gouverne que la Terre; qœ notre planète microscopique porte seule à sa surface l'intelligeoce et la vie. C'est sur des Humanités, des Mondes , des Univers en nombre infini, que s'exerce l'infinie puissance , et toujours par l'Attraction qui peut seule se plier à toutes les natures sans cesser d'être identique avec elle-même, d'être une comme Dieu est uni... Dieu dont elle est la loi!...

Sa ' PREMlÈaÇ PARTIE. CH. IIJ..

qui trouve (jaos la douleur le salutaire avertissement qui doit le rasoiener au vrai.

Ainsi nous promettons aux hommes un milieu social où Tordre naîtra du libre essor de leurs penchants. Mais qu'on ne vienne pas en conclure que nous engageons les hommes à s'abandonner à ces penchants dans le milieu social actuel. La contrainte est indispensable à ce milieu faux; la liberté lui est antipathique, elle n'y engendre que désordre et confusion.

Ainsi , tant que la forme sociale ne sera pas appropriée au jeu de nos penchants, il sera nécessaire de comprimer la majeure partie des forces humaines, d'établir de nombreux frottements seulement pour user la force de ces ressorts, ce qui vaut mieux encore que de leqr permettre d'agir pour le mal.

Cette compression des penchants qui devraient créer richesse et joie, est une perte pour la Société, une douleur pour Pindividu. Tous les hommes en souflrent plus ou moins, suivant leur position et les circonstances dans lesquelles ils vivent ^ mais ils souffrent sans aucune exception, ce qu'ils avouent lorsqu'ils disent que le bonheur complet n'est pas fait pour la Terre. C'est qu'il ne nous est pas donné d'être heureux les un$ sans les autres, c'est que tous les membres de la grande famille sont liés en un seul faisceau, par une Loi divine, l.^ Solidarité.

DE l'homme, de ses FACtfLtiS, ETC. 53

La Solidarité est un« chose juste et sainte. Le mal eslTena, le mal s'éloignera par le concours de tous, concours proportionnel à la puissance de chacun. Il n'y a pas de crime individuel, de douleur privée, dont la Société Tre soit complice: les actes de Tindividu dépendent en grande partie des circottstances de vie qu'on Ta contraint d'accepter.

Nous reviendrons sur cette loi de Solidarité-, nous aurons à faire comprendre que les intérêts des hommes sont en tous points rigoureusement identiques.

Après avoir pressenti iju*îl détail y aroif une forme sociale naturelle parfaitement convenante à l'homme qtie Dieu a fait, découvrir celte forme sociale est évidemment le plus pressant besoin de l'Humanité.

Comment l'Humanité a-t-elle tardé autant à la trouver? dira-t-on. Pourquoi n'a-t-elle pas encore cherché? répondrom-nous.

Qui donc, avant Fourier, a songé à une forme sociale prévue par Dieu et réservée à l'homme? Qui donc a compris qu'une telle Société n'avait rien d'arbitraire, qu'elle découlait rigoureusement de l'organisme humain?

Ceux qui se sont donné mission de conduire les autres, gouvernants et politiques, sages et philosophes, ont tous agi comme s^ils avaient supposé que Dieu, ayant créé l'homme sans plan arrêté, sans vue fixe, à peu près

54 PREMIÈRE PARTIES CH. Uî.

au hasard, leur eût laissé le soin de corriger son œuvre pour la plier à toute forme sociale éclose dans leurs cerveaux. Ils ont donc déclaré mauvais tout ce qui, dans rhomme, dérangeait leurs plans arbitraires. Us ont toujours attribué le mal à Dieu , faisant de vains efforts pour modifier Thommedans Tespoir de le rendre meilleur que Dieu ne Ta fait.

Fourier seul a posé la question dans son droit sens. Seul il a pris Thomme pour donnée invariable du problème social -, seul il a trouvé , parce que seul il a cherché.

Cherchant un milieu social en accord parfait avec la nature de Thomme, il avait besoin, pour point de départ, de connaître rigoureusement Thomme et ses penchants ^ il a donc fait cette étude qui doit nous occuper avant tout.

L'être humain est composé de trois principes :

Page 1