EAU
Oui, oui, bonne nuit.
SOLNESS
Bonne nuit. (La retenant.) Écoutez! Les dessins de Ragnar sont là, n'est-ce pas?
KAIA
Oui, je n'ai pas vu qu'il les ait emportés.
SOLNESS
Trouvez-les moi, en ce cas. Je voudrais tout de même les parcourir un peu.
KAIA, joyeusement.
Oh! oui, faites cela !
SOLNESS
Pour vous, chère Kaia. Allons, trouvezles moi bien vite, entendez-vous !
(Kaia passa vite dans la salle de dessin, fouille anxieusement dans le tiroir de la table, y trouve un carton et l'apporte.)
KAIA
Voici tous les dessins.
SOLNESS
C'est bien. Posez-les sur la table.
KAIA, déposant le carton.
Bonsoir. (D'une voix suppliante.) Et pensez à
moi avec bonté.
SOLNESS
Oh! je le fais toujours. Bonsoir, chère
64 SOLNESS
petite Kaia (Regardant la porte de droite.) Allez,
allez !
(Madame Solness et le docteur Herdal entrent par la porte de droite. Le docteur est un homme d'un certain âge, replet, au visage rond, satisfait, entièrement rasé, à la chevelure blonde, clairsemée. Il porte des lunettes d'or.)
MADAME SOLNESS, dans la porte.
Écoute, Halvard. Le docteur veut s'en aller.
SOLNESS
Allons, entrez.
MADAME SOLNESS, à Kaia qui éteint la lampe du pupitre.
Vous avez fini votre lettre, mademoiselle ?
KAIA, troublée.
Ma lettre ?...
SOLNESS
Oui, il n'y avait que quelques mots à écrire.
Bien peu, à ce que je vois.
SOLNESS
Vous pouvez partir, mademoiselle Fosli.
Et venez de bonne heure demain.
KAIA
Oui, monsieur. Bonsoir, madame.
(Elle sort par la porte du vestibule.)
Madame SOLNESS
Tu dois être content, Halvard, d'avoir trouvé cette demoiselle ?
SOLNESS
Certainement. Elle s'entend atout.
MADAME SOLNESS
On le voit.
LE DOCTEUR HERDAL
Elle sait aussi tenir les livres ?
SOLNESS
Eh ! elle a acquis un peu de pratique dans l'espace de ces deux années. Et puis elle est gentille et pleine de bonne volonté.
66 SOLNESS
Oui, cela doit être bien agréable.
SOLNESS
Sans doute. Surtout quand on n'est pas gâté sous ce rapport.
MADAME SOLNESS, avec un doux reproche.
Est-ce à toi de dire cela, Harvard ?
SOLNESS
Oh ! non ! non ! chère Aline. Je te demande pardon.
MADAME SOLNESS
Il n'y a pas de quoi. C'est dit, docteur ; vous reviendrez tantôt prendre le thé avec nous.
LE DOCTEUR HERDAL
Dès que j'aurai fait cette visite, je reviendrai.
MADAME SOLNESS
Merci.
Elle sort par la porte de droite.)
SOLNESS
Vous êtes pressé, docteur ?
LE DOCTEUR HERDAL
Du tout.
En ce cas, puis-je causer un instant avec vous ?
LE DOCTEUR HERDAL
J'en serai enchanté !
SOLNESS
Asseyons-nous donc.
(Il indique au docteur la chaise à bascule, et s'assied dans la fauteuil.)
SOLNESS, avec un regard scrutateur.
Dites-moi... N'avez vous rien remarqué chez Aline ?
LE DOCTEUR HERDAL
Tout à l'heure ?
SOLNESS
Oui. Quand elle était là devant moi... n'avez-vous rien remarqué ?
C3 SOLNESS
LE DOCTEUR HERDAL, souriant.
Pardieu ! Il n'était pas difficile de voir que... votre femme... hem !...
SOLNESS
Allons !
Que votre femme regarde de travers cette demoiselle Fosli.
SOLNESS
Piien d'autre ? Je l'avais remarqué moimême.
LE DOCTEUR HERDAL
Il n'y a là, après tout, rien de bien étonnant.
SOLNESS
Que voulez-vous dire?
LE DOCTEUR HERDAL
Il n'est pas étonnant qu'elle n'aime point à voir sans cesse une autre femme à vos côtés.
SOLNESS
Non, non, vous avez peut-être raison et Aline aussi. Mais à cela... il n'y a rien à faire.
LE DOCTEDR EERDAL
Ne pournez-vous pas prendre un commis ?
SOINESS
Le premier galopin venu ? Merci, cela ne ferait pas mon affaire.
LE DOCTEUR QERDAL
Mais si votre femme., faible comme elle est... ne peut pas supporter cela?
SOLNESS
Ma foi, tint pis... Kaia Fosli doit rester ici... il le faut... Je ne puis la remplacer par personne.
*,E DOCTEUR HERDAL
Par personne?
SOLNESS, d'un ton bref.
Non, par personne.
70 SOLNESS
LE DOCTEUR HERDAL, approchant son siège de celui de Solness.
Écoulez-moi, mon cher monsieur Solness, me permettez-vous de vous poser une question d'ami?
SOLNESS
Parlez.
LE DOCTEUR HERDAL
Les femmes, voyez-vous... ont un vrai flair dans certaines matières...
SOLNESS
Oui, vous avez raison, mais?...
LE DOCTEUR HERDAL
Écoutez-moi. L'aversion que votre femme éprouve pour cette Kaia Fosli ?...
Eh bien ?
LE DOCTEUR BERDAL
Cette aversion insurmontable serait-elle tout à fait... tout à fait sans motif?
SOLNESS, le regarde et se lève de son *U
Ah ! nous y voilà donc i