‹ Solution de grands problèmesChapitre 18 sur 69 · CHAPITRE Xn · texte numérisé non relu

CHAPITRE Xn

Conlimialion. — Preuves métaphysiques. — Preuves de sentiment.

S'il n'y a pas un atome dans l'univers sensible qui ne proclame un Dieu créateur et ordonnateur , il n'y a pas un fait de l'ordre intellectuel et moral qui ne démontre la même vérité à l'esprit méditatif.

Mais ici soyons courts. Le siècle du mouvement est trop brouillé avec le monde métaphysique. Comme on n'y trouve point de mines d'or , d'argent , de cuivre , pas même de houille , il tombe dans l'oubli. Jetons quelques paroles aux solitaires qui le parcourent eiicore, et reprenons bien vite notre terre à terre.

I. Le fini , l'imparfait existe : comment l'infini , le parfait n'existerait-il pas ! La perfection , c'està-dire , l'être serait-il une raison de ne pas être!

IL Nous avons l'idée de l'infini en perfection ' : il existe donc ; s'il n'était pas , nous ne pourrions l'idéer.

IIL Dieu est possible, de l'aveu même de l'athée : donc il existe ; car sa notion implique l'idée de l'existence; il est impossible de le concevoir non existant.

IV. Qu'entend-on parDieu?— L'Etre suprême, le plus être des êtres, celui qui seul peut dire.

1 On a objecté cent fois que l'idée de ï infini est négative ; on a répondu autant de fois que si ce mot renferme une négalion [non- fini) ce n'est que dans la forme grammaticale, et qu'au fond il est souTcrainement affirmatif. Qu'est-ce , en effet, que l'être fini, sinon l'être qui a des bornes, qui manque d'une perfecUon ultérieure? L'idée de fini , quoique énoncée sous une forme affirmative , est donc essentiellement négative. L'idée de l'infini , au contraire , renfermant la négation absolue de toute négation , est la plus positive qu'il soit possible de concevoir. C'est l'idée de l'être tout être, pur de tout néant. Voyez Fénélon , Démonstration de l'existence de Dieu, Ile part. , ch. 2. — Bossuet , Elévation Ile.

Je suis celui qui est. Nier Texistence de cet être , c'est dire : Celui qui est n'est pas!

V. L'homme pense , et il ne s'est pas fait luimême ; il est donc l'œuvre d'un être intelligent.

Vf. L'homme ne pense pas sans la parole ; il ne parle qu'autant qu'on lui a parlé» Il faut donc reconnaître un être qui ait parlé à l'homme ou l'ait créé parlant , etc. , etc. , etc.

Ces principes , approfondis par la réflexion , paraissaient d'une telle évidence aux Descartes, aux Bossuet , aux Fénélon , aux Pascal , aux Mallebranche, aux La Bruyère, aux Leibnitz, aux Gerdil , aux de Maistre , aux de Bonald^ etc. , qu'ils ne pouvaient concevoir l'extravagance do l'athée. « 0 Dieu ! s'écrie l'aigle de Meaux , on « se perd dans un si grand aveuglement * ! »

Le cœur a aussi ses démonstrations , démonstrations sans réplique pour tout homme en qui la sensation brutale n'a pas éteint le sentiment.

Je parlerai bientôt de la tendance irrésistible de notre cœur vers finfini, tendance qui serait

i Elévation Ire,

encore plus absurde qu'elle n'est incontestable , si i infini n'existait pas. — Maintenant je me borne à un seul fait.

Vous ne pouvez nier, dirai-je à l'impie, que Dieu n'ait eu et n'ait encore bon nombre d'amants passionnés, disposés à tout souffrir plutôt que de lui déplaire, et dont la vie entière n'est qu'un long soupir vers le ciel.

Voyez le jeune missionnaire catholique s'arrachant des bras de sa famille , de ses amis, traversant des mers inconnues, abordant , la croix à la main, les anthropophages des forêts de l'Amérique ou des îles de FOcéanie^ bravant chaque jour au Japon , en Corée , au Tong-King , à la Cochinchine, des supplices dont la pensée fait frémir. Que veut-il ? Faire connaître et aimer son Dieu , embraser tous les cœurs du feu qui le consume.

Voyez la fille de Vincent de Paul au chevet du moribond, le frère et la sœur des écoles chrétiennes s'entourant d'enfants demi-nus.

Ecoutez le trapiste, le chartreux, la carmélite, le capucin, chantant, au cœur de la nuit, l'hymne d'amour, et ne se consolant de la longueur de leur exil que par la longueur de leurs prières.

Suivez le prêtre au lazaret des pestiférés , des cholériques. — Voyez-le, au jour de l'omnipotence philosophique , refuser le mot qui lui sauverait la vie et marcher à la mort comme Von va aux îioces^.

Enfin , n'avez-vous jamais entendu le chrétien fervent , sur sa couche de mort , soupirer avec plus d'ardeur après son Dieu , que le cerf altéré après les sources d'eau vive? ( Ps. XLI, 1 . )

Dites-moi , un sentiment si profond , si duiT.- Lle, si héroïque dans ses effets , serait-il sans objet réel ? Le néant est-il capable de toucher , de remuer si puissamment le cœur de l'homme-^ ! Trop souvent il lui arrive de prendre du cuivi'e pour de l'or et de se passionner pour des futilités ; mais

1 C'est l'expression du commissaire septembriseur Viollet, charge de présider au massacre des cent quatre-vingt prèlres renfermés aux Carmes. « Je me perds, je m'abîme d'e'tonne- « ment , je n'y conçois rien : vos prêtres allaient à la mort « avec la même joie et la même allégresse que s'ils fussent « allés aux noces. » Barruel, Histoire du Clergé pendant la révolution , tom. II , p. 97.

2 Tanlus amor nihili 1 ( Anti-Lucret. )

l'a-t-on jamais vu sacrifier son repos, ses plaisirs , ses affections les plus chères, sa vie à la poursuite d'une chimère absolue !

Si l'ascension spontanée du fer ne s'explique que par la présence de l'aimant , vous qui niez l'aimant céleste , comment expliquerez-vous l'attraction religieuse du cœur humain , de ce cœur non moins asser\i à l'amour des beautés terrestres que le fer l'est aux lois de la pesanteur I Montreznous donc , parmi les vôtres , l'amant passionné du hasard , le dévot de la nature , le martyr du néant.

Ce n'est pas tout : Dieu est haï. Grâce à la philosophie du dix-huitième siècle, nous avons vu ce qui ne s'était jamais vu , des assemblées nombreuses entrer en convulsion en entendant prononcer le nom de Dieu. Nous avons vu des frénétiques ne reculer devant aucun forfait pour anéantir l'idée de l'Etre suprême. — Le néant peut-il inspirer tant de haine! Une si furieuse réaction dans le cœur de l'impie ne prouve-t-elle pas quïl se sent blessé, heurté, foulé par la présence divine !

Vous qui voulez qu'on vous montre Dieu^ re-

gardez donc I Vous le verrez également et dans les douces larmes que sa penséo fait couler des yeux du juste moribond , et dans l'écume que son nom fait bouillonner sur les lèwes qui le nient.

Nous venons de le voir, le chrétien seul se montre homme dans la solution qu'il donne à cette première question : D'où viens-je? Passons aux deux questions suivantes.

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